‹ L'ennemi de la familleChapitre 32 sur 67 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

LE SOCIALISME

NOTRE ENNEMI

J’ai coupé court, il le fallait. Le «langer presse. Le temps n’est pas aux développements.

Je me suis refusé le plaisir d’envisager, au point de vue de la famille, la littérature et les arts. Miroirs fidèles des civilisations qu’ils reflètent, les ails et la littérature nous auraient permis de comparer la notion idéale des païens et des chrétiens, des sceptiques et des croyants, des protestants et des catholiques, en matière de famille, de mariage cl d’amour. La littérature .et les arts nous auraient montré ce que devient, dans l’imagination des hommes de tous les Ages, la lumière de la famille, son centre et son Ame : la femme, l’être essentiel par lequel vit la famille, sans lequel la famille se meurt.

Un trait suffira. Cet être, la femme, et avec elle

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l’amour vrai, et par elle la famille, el par la famille les bonnes affections unies aux sérieux devoirs, vous pouvez bien les demander aux arts, à la littérature antiques, à leurs modernes dérivés, ils ne vous les donneront pas. Ils ne vous donneront pas davantage cette poésie incomparable du foyer, cette éternité des liens, légitimes objets de nos plus ardentes aspirations.

Vous aurez la forme; l’indifférente beauté plastique vous apparaîtra dans sa sérénité froide; quelques pâles lueurs du monde moral mettront çà*ct là leurs intermittences, mais la flamme, mais les divines tendresses, vous les chercheriez en vain. Vous ne les cherchez plus dès qu’apparaissent la littérature et

l’art qu’ont éclairés, qu’ont réchauffés l’Évangile. L’Évangile a tout restitué. Voilà le visage humain; je le reconnais, on y sent courir la vie, il a secoué l’impassibilité des traditions classiques. Voici la femme, chaste, ferme et douce, avec son cœur pour chérir, avec son courage pour lutter. Nous avons des amants, des époux, des pères et des mères; nous contemplons, dans ses profondeurs sublimes, le drame des immortelles amours; nos destinées sont ressaisies, le foyer s’est rallumé; nous n’habitons plus la place publique, ce portique banal de l’antique tragédie; nous sommes chez nous, notre intérieur est à nous, nous nous y trouvons bien, et nous y restons.

C’est pour cela que j’aime mon temps!

NOTRE ENNEMI

Nos législations, qui laissent beaucoup à désirer, nous ont donné beaucoup. Les premières à être justes, elles ont établi sur bien des points l’égalité des époux, sur tous l’égalité des enfants; par là elles ont amené la division des héritages; par là elles ont créé la petite propriété. J’aime cela.

Ne nous y trompons point toutefois; l’ennemi, le vieux ennemi qui dans tous les temps a guerroyé contre la famille, cet ennemi n’est pas mort.

11 a rencontré au contraire, sous la forme nouvelle qu’il a revêtue, une plus redoutable popularité. Il s’appelait paganisme, philosophie, il se faisait catholique, il se faisait protestant; au fond il était incrédule; maintenant il se fait tout à tous ; maintenant il a pris un nom : socialisme, qui lui donne toute sa portée et qui exprime toutes ses ambitions.

Nous le connaissons de longue date; c’est l’implacable adversaire de l’individu. Païen, philosophe, catholique ou protestant, c’est tou jours le vieux athée, le vieux despote; celui qui toujours attaquera l’individu, cet éternel révolté! qui toujours sapera l’Évangile, cet éternel délivreur 1 qui toujours démolira la famille, cette éternelle forteresse de toutes nos • libertés!

Il pourrait y avoir un bon, un admirable socialisme. (Jue dis-je : il pourrait? Ce socialisme existe; l’Évangile nous l’a révélé. Pas une question sociale dont

Mi SOCIALISME.

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l'Évangile ne fournisse la solution. Si vous en douiez, consultez l’histoire. Nous l’avons parcourue, nous savons ce qu’elle nous a fait voir. L’esclavage anéanti, le servage aboli, toutes les carrières ouvertes à tous, les indépendances au lieu des oppressions, le droit commun au lieu des privilèges, les petits relevés, les faibles protégés, l’homme partout affranchi; voilà ce que l'Evangile, voilà ce que le vrai socialisme nous a dçnné.

Ce qu’ôte le socialisme faux, c’est l’homme; et c’est pour cela que nous n’en voulons pas.

Regardons-le bien en face. Il se lève à tous les bouts de l’horizon : au bout de l’horizon politique, au bout de l’horizon religieux.

Socialisme et christianisme, socialisme et individu, socialisme et famille, autant d’antagonistes absolus : il s’agit de choisir.

Ou nous aurons l’homme, l’àme humaine, la responsabilité individuelle, la vie personnelle et libre; ou nous aurons l’État absorbant toutes les personnes et toutes les libertés.

L’Evangile nous veut entiers; il ne diminue rien, il ne mutile rien, il développe et il agrandit. L’Évangile n’écrase qui que ce soit; il prend l’homme, la femme, l’enfant, le serviteur, et les relève tous en mettant chacun à la place qui lui convient. L’Évangile donne à tous les cœurs les mômes espérances, il a le secret de toutes es douleurs. L’Évangile, résolvant les plus effrayantes

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questions, établit seul l’indestructible : seul il unit

pour l’éternité. Ainsi la société se fonde, ainsi l’Evan-

gile découvre à nos yeux les sources très-profondes et très-pures du socialisme vrai.

Le faux socialisme, notre ennemi, fait précisément le contraire. Il rabat l’homme à la terre, aux appétits, oubliant que l’homme « ne vivra pas de pain seulcmcni! » Sous prétexte de lui donner sa pâture, il lui ôte son âme. L’État se charge de penser, de vouloir, d’agir, de croire, de vivre pour lui. L’Etat sera le citoyen, l’éducateur, l’ouvrier. L’Etat sera le père et la mère. Il serait la famille si la famille existait encore, mais elle n’existera plus; car la première chose que réclame la famille, c’est l’homme, et l’homme est justement l’objet incommode dont le socialisme, s’il veut régner, doit se débarrasser à tout prix.

Toutes les fois que le socialisme, relégué dans la région des idées, a rédigé sa formule, il a supprimé la famille hardiment.

Aujourd’hui qu’il aspire à gouverner le monde, il se fait hypocrite et désavoue les conséquences du système que lui-même a posé. Supprimer la famille ! cela ne s’opère pas tout seul. Le monde, qu’on en veut délivrer, s’effraye, il se scandalise : — Itassurons-le toujours ! plus tard on avisera !

Ce n’est pas notre moindre péril. Avec ce socialisme

habile et prudent, la famille, moins ouvertement

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