Actes, iv
LE SOCIALISME
No lez -le , ce n’est plus un dépouillement total' le propriétaire ne se démet pas de tout ce qu’il a; le propriétaire opère v.ne vente , selon que lui dicte son cœur, selon que le réclament les besoins; le sacrifice n’est pas une mesure universelle, car Barnaba£, fils de Joses, est cité pour avoir vendu un fonds; or, si les huit, mille chrétiens — et plus — qui formaient l’Église avaient tous vendu toutes leurs propriétés, si telle avait été la règle, si tel avait été le devoir, personue n’aurait songé, et saint Luc moins qu’un autre, à citer Barnabas pour la vente d’un champ. L'offrande enfin, qui n’est ni radicale, ni universelle, n’est pas davantage obligatoire.
. « Si tu avais conservé ton bien, dit Pierre à Ananias, ne te demeurait-il pas? et l’ayant vendu, n’était-il pas en ton pouvoir d’en garder le prix? » — Le crime d’Ananias, faites-y attention, n’est pas d’avoir retenu pour son usage une fraction quelconque de la chose vendue; le crime, c’est d’avoir menti au Saint- Esprit. Le crime de la femme d’Ananias n’est pas de s’être entendue avec son mari pour diminuer le don
fait à l’Église, C’est de s’être accordée avec son mari
pour mentir au Saint-Esprit.
Vous le voyez, les faits que vous invoquez pour établir la communauté, se rangent contre elle, tous, • et tous renvoient votre hypothèse à votre imagination.
Paul travaille afin de gagner sa vie; Aquilas et Priscille en font autant; comment, avec la communauté, arrangez-vous cela? Paul organise des quêtes, il sollicite avec instance en faveur des pauvres de Jérusalem; comment, avec la communauté, arrangezvous cela? Dans les agapes , les uns apportent d’abondants soupers, les autres ont faim ; comment, avec la communauté, arrangez-vous cela? Or Paul n’ordonne pas à ces riches de tout vendre pour se mettre au
niveau de leurs frères qui n’ont rien; non, Paul ,qui
aurait pu s’indigner — et certes il y avait de quoi, — Paul se borne à dire : « N' avez- vous doue pas des maisons pour manger et pour boire?... Ne faites pas honte à ceux qui n’ont rien. »
Paul, ce grand organisateur des Églises, envoie ses directions précises aux assemblées qui se forment en tous lieux. Si la communauté, si le dépouillement étaient un devoir, l’apôtre l’imposerait. Si la communauté, si le dépouillement étaient dans les habitudes des chrétiens, l’apôtre le dirait. Si la communauté, si le dépouillement se présentaient à l’apôtre, ne fùl-ce que comme un idéal à poursuivre, l’apôtre ferait ce qu’ont fait tous ceux qui ont admis le principe, il présenterait à son tour cet idéal aux fidèles, il en chercherait, il en réaliserait l’application; il ferait ce qu’ont fait les Pères, qui ont anathématisé les richesses, glorifié l’indigence, imaginé la commu-
LE SOCIALISME
nauté, et qui les ont établis par la vie de couvent. Paul ferait en un mot ce qu’a fait l’Église romaine, qui a généralisé, qui a régularisé l’œuvre des Pères, qui lui a donné sa monstrueuse extension! Or l’apôtre, or les apôtres gardent un silence absolu sur ce point si essentiel à la sainteté.
Loin d’écarter la question d’argent, les apôtres l’attaquent de front. Voici ce qu’ils disent, et voici ce qu’ils ne disent pas.
Ils ne disent pas : Vendez tout, donnez tout, quittez vos maisons, croisez-vous les bras, vivez de l’existence commune et mangez le bien commun!
Les apôtres disent : « Que personne ne foule son frère et ne fasse son profit de lui dans les affaires 1 ! » — Donc les chrétiens ont des affaires.
Les apôtres dirent : « Que chacun de vous mette à part quelque chose en accumulant ses profits 2 3 ». — Donc les chrétiens font des profits, et même des profits accumulés.
Les apôtres disent : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus... il y en a qui ne marchent pas dans l’ordre , ne travaillant point... nous les exhortons au nom du Seigneur à manger leur propre pain en travaillant \ — Donc le