‹ L'ennemi de la familleChapitre 43 sur 67 · LE MARIAGE ATTAQUÉ PAR LE SOCIALISME AU NOM DE LA PAROLE DE DIEU · texte numérisé non relu

LE MARIAGE ATTAQUÉ PAR LE SOCIALISME AU NOM DE LA PAROLE DE DIEU

Voici la seconde attaque, plus générale, plus subtile^ et qui trouve désarmés beaucoup de cœurs pieux.

Elle appelle une vigoureuse résistance, car c’est le centre, c’est le Fort même.de la famille qui se trouve ici menacé.

Si l’Évangile proclame à un degré quelconque la supériorité du célibat sur le mariage, la famille a reçu un coup mortel.

La famille pose tout entière sur le mariage. Diminuez le mariage, réduisez le mariage à ne plus représenter qu’un minimum de sainteté, ;\ ne plus être qu’une concession accordée aux faiblesses humaines; vous le ruinez, et la famille avec lui.

Moine vient d’un mot grec qui veut dire seul . —

Contradiction flagrante opposée à la déclaration de Dieu : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. »

N’importe — l’histoire est là pour nous le montrer, — dès que le paganisme antique, se faisant chrétien, réussit à établir la supériorité morale du célibat, cette déclaration dé Dieu, base de la famille, va s’effaçant peu à peu. Il devient impossible d’empêcher que les âmes délicates, altérées de perfection, ne tournent le dos aux vulgarités de la vie ordinufre pour se consacrer aux raffinements de la vie dévote. La vraie iàmille une fois supprimée, on a la famille spirituelle, qui en tient lieu; pour mesurer le ravage, il faut voir ce qu’elle fait de l’autre, il faut voir ce que deviennent les liens du sang aux yeux des grands saints monastiques; il faut voir de quelle façon les traite le communisme des Franciscains, des Fralicelli , des Beggards!

Mais sans aller jusqu’aux ordres mendiants, ouvrez les yeux. Partout où l’homme a donné sa démission, abdiqué son individualité, renié sa responsabilité, aliéné son trésor; partout où il s’est fait moine à un degré quelconque, il a rompu avec les tendresses de la famille ; il en a méconnu les bienfaits ; il en a trahi les devoirs: la sainte indifférence a paralysé son cœur. Sortir du monde, c’est-à-dire de la vie comme Dieu l’a créée, renoncer aux obligations qu’elle nous impose, éviter les luttes qu’elle met devant nous, briser les ter-

restres attaches : telles sont les formules de soi-disant perfection que l’égoïsme signera toujours. Des religieux qui ne connaissent plus ni mères ni frères; des religieuses qui marchent sur le corps d’un père pour entrer au couvent, l’égoïsme nous donnera cela; il ne nous donnera ni. les époux dans leur émouvant échange de consécration, d’amour et de sacrifices; ni le père et la mère dans leur dévouement ; ni les vrais frères et les vraies sœurs dans leur amitié qui sait souffrir au besoin; ni pas un de ces renoncements continuels, habituels, pas une de ces bonnes batailles, pas un de ces triomphes bénis que la famille nous fait rencontrer à chacun des tournants du chemin.

Si l’on veut le type le plus achevé, si l’on veut la théorie la plus effrayante du saint égoïsme, on n’a qu’à prendre l’ Imitation. Point de créatures! Tant qu’il reste des Créatures, nous ne monterons pas d’un libre élan vers Dieu ! — Impossible d’anéantir plus audacieusement l’humanité pour ne garder que le moi. Ce livre prétend nous enseigner nos devoirs, et nous n’y trouvons pas un mot sur la famille, sur scs droits, sur nos obligations envers elle! Je ne connais guère de scandales pareils à cette lacune. L’anathème vaudrait mieux, il ne marquerait pas tant de mépris.

Un moine célèbre, le moine par excellence du monde moderne, Rancé, revient sans cesse dans ses écrits — avec l’approbation de Bossuet, remarqucz-lc,

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ot à la grande admiration du siècle — sur les ennuis qui accompagnent les affections, sur le suprême bonheur qu’on trouve à s’en délivrer, sur ce que le parfait religieux ne doit conserver ni la moindre parcelle d’une tendresse humaine, ni l’ombre d’un terrestre lien. Quant au mariage, cette pénitence, fiancé n 'imagine pas de Trappe comparable à celle-là! — Jamais l’égoïsme claustral ne s’est, passez-moi le terme, plus cyniquement affirmé. Il faut retourner à Lycurgue pour trouver l’équivalent.

Les moines, au fond, sont des Spartiates. Jetés dans le moule du socialisme antique, toujours le même à travers les apparentes transformations, ils témoignent à la fois et de sa vitalité tenace et de son absolue stérilité.

Mettez en face le peuple dont Dieu Lui-même a réglé les lois : le peuple juif. — Où prendrez-vous le célibat sacré? où sont les anachorètes? montrez-rnoi un religieux !

Je vois un sacerdoce puissamment organisé, je vois le mariage assis dans sa pureté, dans son excellence, sur tous les degrés de la hiérarchie sacerdotale.

Les lévites sont mariés, les sacrificateurs sont mariés, leur chef souverain est marié, les prophètes sont mariés. Le paganisme, au même moment, il faut s’en souvenir, a bien soin de vouer au célibat une partie de son clergé. Seul entre tous, le peuple de

LE SOCIALISME

Dieu ne connaty pas, n’admet pas celte sainteté factice, étrangère à l’état intérieur de l’âme, négation audacieuse de la divine création.

Et tout comme le peuple.de la Bible est le seul qui •par les lois que Dieu lui a données, par son esprit, par ses mœurs, proteste contre la fausse doctrine du célibat saint; l’ Evangile est la seule religion qui ne contienne ni un prétexte pour l’appuyer, ni une charge pour l’appliquer.

Au temps de Moïse, les paganismes antiques avaient leurs prêtres et leurs prêtresses saintement célibataires. Moïse, en présence de ce fait, établit le mariage au cœur même du Sacerdoce, sur tous les degrés.

Au temps de Jésus-Christ, la Palestine et l’Égypte avaient leurs thérapeutes et leurs esséniens, qui vivaient en communauté et ne se mariaient pas. Si le célibat, si la communauté des biens, si l’existence conventuelle que menaient ces moines avant les monastères eussent présenté le moindre atome de perfection, Jésus aurait dit : Allez, et faites comme eux! — Non-seulement Jésus ne l’a pas dit, mais ces spécimens de vie religieuse passent totalement inaperçus, restent absolument négligés de Celui qui nous veut parfaits, comme notre Père qui est aux deux, est parfait.

Jésus, quand il parle de l’homme, déclare que Dieu l’a créé mâle et femelle, que l’homme quittera son père

et sa mère pour se joindre à sa femme, que rien ni personne 11e peut les séparer, car l’ Eternel n’en a lait qu’un *. Le Saint-Esprit, quand il donne ses directions aux Églises, proclame le mariage honorable entre tous 2 3 4 . Il veut que les femmes âgées forment les jeunes à aimer leur mari, à être soumises à leur mari \ Saint Paul, quand il réclame ses droits méconnus, insiste avec énergie sur celui qu’il a, bien que n’çn usant pas, de mener avec lui une sœur femme, comme les autres apôtres et comme les frères du Seigneur l . — Tels sont les enseignements.

Maintenant, voici les faits :

En présence des paganismes antiques — surtout du paganisme oriental, — qui présentaient, répétonsle, de solennelles consécrations au célibat; en présence des essais monastiques tentés sous leurs yeux par les esséniens et les thérapeutes, les apôtres, tous, sauf saint Paul, sont mariés. L’Esprit-Saint procède partout à la fondation, partout au règlement des Eglises, et ces règlements, d’une simplicité divine, cette organisation que les hommes, occupés dans tous les temps à gâter l’œuvre de Dieu, ont faussée depuis en la compliquant ; cette organisation et ces règlements

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