L’OPINION
exprimer leurs défiances et leur dédain, tantôt par l’organisation de la famille, tantôt par les inégalités légales, tantôt par les moqueries, tantôt par des éloges non moins humiliants, car ils s’adressent à l’être frivole, à la créature aussi insignifiante que séduisante, ils ne mettent en relief que les charmes extérieurs, la beauté, l’élégance ils ne supposent ni l’âme, ni l’individualité. L’amour seul, et quel amour! semble exprimer la mission tout entière de la femme, disons mieux, de la poupée.
On se rappelle ce mot du fabuliste :
« Si nos confrères savaient peindre! »
Les femmes savent peindre, elles nous l’ont prouvé plus d’une fois; même elles savent réclamer; elles éprouvent aujourd’hui le besoin de réagir contre cette longue calomnie qui les a rabaissées; elles veulent échapper au rôle médiocre que l’orgueil masculin leur a de tout temps imposé; elles reven-
diquent une large émancipation.
L’égalité absolue sur tous les terrains, il ne s’agit
de rien moins que cela!
INJUSTICES A RÉPARER
Avouons-lc, une dure injustice a pesé, pèse encore sur les femmes.
Les lois ont été faites par les hommes, et les femmes ont eu lieu de s’en apercevoir.
A bas la tyrannie I tel est le cri qu’on entend de partout.
La tyrannie a existé, une ignoble oppression a, durant des siècles, écrasé le sexe le plus faible. Cette oppression subsiste encore sur une grande partie du globe, elle n’a pas entièrement disparu dans nos pays christianisés et civilisés; ce qui reste est peu de chose, comparé à ce qui s’est évanoui au contact de l’Evangile; il n’importe, l’œuvre doit s’achever, Légalité sincère doit s’établir, nous devons provoquer le changement des lois civiles et pénales qui consacrent cette chose odieuse qu’on appelle le droit du
INJUSTICES A RÉPARER
plus fort. Sur ce point, les émancipatrices trouveront en nous de fidèles alliés.
Pour combattre les mauvaises prétentions que met en avant une réaction légitime et généreuse dans son principe, nous avons besoin d’ailleurs d’obéir à l’équité partout où elle se montre.
Or, nos codes ne sont pas équitables. Ils ont trop maintenu la tradition antique, la tendance latine, le pater familias , sous le despotisme duquel la femme est aussi courbée que les enfants.
Nous déclarons sans cesse, et nous avons raison je crois, que les femmes valent mieux que nous! Comment concilier cette assertion parfois complimenteuse, le plus souvent sincère, avec , le système qui subordonne d’une manière constante ces êtres supérieurs à l'être inférieur?
Le pouvoir absolu ne convient pas à l’homme, il le rend fou et cruel : voyez les Césars! Dans la famille il en va comme dans la politique. Ne donnons pas un pouvoir absolu au mari. Si l’arme terrible tombe aux mains d’un de ces hommes en grand nombre que leur conscience ne gouverne pas et dont les étages successifs vont descendant jusqu’aux perversités achevées, jugez de ce qui arrivera lorsqu’un être pareil se sentira libre de faire chez lui tout ce qu’il lui plaît sans avoir de compte à rendre à personne 1 Dien des tragédies domestiques, tantôt
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éclatantes, tantôt ignorées, se sont abritées sous cette égide du pouvoir absolu.
On dit : — Si l’homme est parfois tyran au logis, la femme le lui rend bien !
Je l’accorde. Chacun en connaît de ces ménages où la femme, vrai despote, gouverne tout et tous, donnant carrière à son humeur et rendant la vie insupportable à chacun. Mais de telles exceptions n’ont rien à voir avec la question légale, avec l’établissement d’un pouvoir illimité qui s’exerce obscurément, dans le buis clos de chaque demeure, sans responsabilité publique par conséquent.
Prenons quelques-uns de nos codes.
S’agil-il des enfants? L’inégalité du père et de la mère est rendue énorme par la loi française. Chez nous, pour le fait capital du mariage des enfants, et ceci dit tout, l’autorisation seule du père suffit; que la mère désapprouve, que la mère approuve, les enfants n’ont légalement pas à s’en embarrasser! L’Angleterre va peut-être plus loin encore; non-seulement le mari seul décide la question du mariage, mais il tranche souverainement celle de l’éducation; il peut faire enlever ses enfants à la mère, celle-ci n’a pas à réclamer.
S’agit-il des biens? notre loi qui remet entre les mains du mari seul l’administration des fortunes réu-
INJUSTICES A RÉPARER
nies par la communauté, lui confère en outre le droit de disposer des effets mobiliers ; autant dire de vendre tout, au gré de son inconduite ou de sa brutalité. En Angleterre, la femme disparait tellement dans le mari qu’elle ne possède plus rien. Je comprends cette fiction de la loi anglaise qui considère le mari et la femme comme ne faisant qu’une seule personne. Ce serait là une grande vérité si la loi recevait cette maxime dans ses deux applications réciproques. Mais il n’en va pas de la sorte. Entre les époux, tout ce qui est à elle est à lui; n’allez pas croire que tout ce qui est à lui soit à elle; le droit l’exigerait pourtant, dès que les biens appartiennent au personnage légal nommé le couple; dans ce cas, après avoir été administrés sous l’autorité du mari, lesbiens devraient se partager également entre le mari et la femme, chacun pouvant disposer de sa part selon les règles de l’héritage et du testament. Rien de semblable n’a lieu; le mari, selon la loi anglaise, absorbe tout, dispose de tout, ses héritiers reçoivent tout, son testament transmet tout; à moins que ses désordres n’aient pris soin d’avance de dissiper tout.
Ce n’est qu’au moyen de dispositions compliquées et coûteuses, dont l’aristocratie seule peut faire usage, qu’un père anglais prévient l’absorption de la fortune de sa fille. Encore cette fortune ne saurait-elle rester entre les mains de celle-ci; confiée à dos tiers,
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administrée par eux, le revenu, non le capital, passe à la fille, et c’est sous cette forme détournée que la femme anglaise parvient à conserver tout ou partie de ses biens. Dans les classes qui ne peuvent faire usage de ressources pareilles, la femme en se mariant est dépouillée jusqu’au dernier farthing, plus dépouillée que ne le furent jamais les esclaves, auxquels leurs maîtres ont toujours laissé un pécule.
Aux Etats-Unis il en était de même naguère; les exceptions tenaient à des conventions particulières, à des scttlements conclus au profit des jeunes filles riches qui se mariaient. Un mouvement s’est fait dans le sens de la justice et de l’égalité. Plusieurs États ont introduit depuis quelques années, non-seulement dans leurs lois, mais dans leurs constitutions, des dispositions en vertu desquelles l’ancienne coutume anglaise est abolie. Désormais, les femmes, en se mariant, conserveront la propriété de leurs biens et demeureront maîtresses de ce qu’elles pourraient acquérir dans la suite par l’héritage ou par leur industrie particulière.
La législation anglaise tend à se modifier dans le même sens; toutefois elle subsiste encore, et, sous le rapport de la propriété, les femmes des harems sont mieux partagées que celles de la libre Angleterre. M. Dixon l’a fait remarquer : s’il y a dans les législations musulmanes plus de respect des droits civils de
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la femme, plus de précautions contre les brutalités de l’époux, cela tient en partie à ce que, chez les musulmans, la loi religieuse est en même temps la loi civile; or cette loi religieuse, ne l’oublions pas, doit beaucoup à la Bible. Chez les nations chrétiennes, au contraire, la loi civile doit fort peu à l’Écriture; nous avons suivi la tradition païenne et puisé nos principes dans les Pandectes de Justinien; de là l’inégalité entre époux maintenue par nos codes.
En fait d’inégalité, le Code vaudois renferme l’expression du plus absolu mépris du droit commun. Les femmes du canton de Yaud sont condamnées à une dépendance éternelle, disons mieux, à une éternelle enfance. Quel que soit leur âge, quelle que soit leur position, veuves ou célibataires, ayant reçu leur fortune par héritage ou l’ayant gagnée par le travail, elles ne peuvent ni vendre, ni acheter, ni échanger une parcelle de terrain, ni prêter, ni emprunter, ni disposer en un mol de ce qui leur appartient, sans l’autorisation d’un conseiller et l’assistance de deux hommes de leur famille. Dans un pays où les femmes sont particulièrement cultivées et distinguées, cet article absurde prend un caractère odieux.
Voulez-vous un autre genre d’injustice? D’après notre loi française, la femme qui, à la suite de mauvais traitements, a quitté le domicile conjugal, peut
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être forcée de le réintégrer; les agents de l’autorité viennent la saisir, et sur la réquisition du mari, elle est remise entre ses mains exaspérées et brutales.
On a beau dire, le droit légal de faire ramener, par force, la femme au domicile conjugal, constitue un trait saisissant de l’esclavage; impossible de ne pas songer aux esclaves fugitifs. Elle aussi, comme eux, rencontre à son retour un maître irrité, tout-puissant, qui fait chez lui ce qu’il veut et qui peut infliger beaucoup de souffrance sans s’exposer à aucun châ- ■, timent.
Figurez-vous d’ailleurs ce que sera ce mariage rétabli par la gendarmerie, ce que seront ces relations, ce qu’est cette union de par la loi! On ose à peine y penser : toute délicatesse et toute justice en demeurent révoltées.
Je me permets de rappeler ici le principe, constamment méconnu, de la réciprocité. Le mari aussi ' a promis en se mariant de ne pas abandonner sa femme; il faudrait, pour être juste, qu’elle pût, comme lui, s’adresser à la force publique pour le ramener au logis. Mais le ridicule de la mesure en démontre l’inutilité. On accorderait la réciprocité aux femmes qu’elles ne s’en serviraient pas, étant les plus faibles et sachant ce qui les attend.
La femme n’a pour se protéger d’autre ressource qu’une séparation prononcée par les tribunaux, sépa-
INJUSTICES A RÉPARER
ration qui exige un procès coûteux et la démonstration publique de détails qu’on répugne à divulguer. A moins d’en venir à ce terrible moyen, la cohabitation reste imposée comme un devoir légal. C’est donc tout simplement un article à rayer du Code.
Autre injustice. En cas d’adultère, la loi française autorise le mari à tuer sa femme et le complice de celle-ci.
Or la femme est si peu considérée comme l’égale du mari, qu’usâl-elle du môme droit dans des conditions pareilles, le Code la traiterait d’assassin. Impossible de nier plus nettement la réciprocité.
L’inégalité qui existe dans nos lois civiles et pénales a pu justifier plus d’une fois cettfT parole : le Code organise l’asservissement des femmes; l’homme absorbe tous les droits, comme il gouverne tous les intérêts et dispose de toutes les ressources!
Sans égalité, point d’unité; l’unité n’existe qu’entre égaux. Toutefois, des limites devront nécessairement, s’imposer. Dans cette question même de l’égalité civile, il faudra s’arrêter au point précis où le caractère féminin et la mission féminine seraient compromis tous deux. Nous avons du chemin à faire pour arriver à ce point-là.
Le Code, qui ne peut ni imposer, ni supposer
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l’amour, doit dos garanties à la femme. Tous les vices, toutes les duretés, toutes les tyrannies du monde ne sauraient altérer la pleine validité du contrat civil; la femme reste donc livrée «à un despotisme occulte, très-positif et très-puissant, si le Code n’y pourvoit en rétablissant l’équilibre et le droit.
J’indique, je n’examine pas; il appartient aux hommes compétents de fournir une solution.
Quant à la question des biens, je ne pense pas que la séparation légale des fortunes constitue l’idéal entre époux; la communauté me paraît plus naturelle et plus conforme à ce type d’intime union que nous devons poursuivre. Mais si l’on ne veut fondre en une seule masse ni les biens déjà possédés, ni ceux qui seront acquis pendant la durée du mariage, une moitié appartenant à chaque époux, quelles que soient les provenances, il faudrait au moins que le revenu des deux fortunes et le fruit du travail des deux époux fussent indistinctement consacrés aux besoins communs du ménage.
A défaut de la communauté des biens ou de la communauté des revenus et produits, écartons absolument les systèmes en vertu desquels ce qui appartient à la femme est mis à la disposition du mari, sans que la réciprocité existe. Ne dépouillez pas la femme de ce qu’elle a gagné ou de ce qu’elle possède; la séparation des biens, dans sa rigueur et dans son équité,
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vaudrait mieux : ce serait un régime tendu, mais juste.
Je suis disposé, pour ma part, à croire que la loi devrait réserver le droit des femmes dans l’administration de leurs propres biens.
Le droit de la mère sur ses enfants me parait encore plus sacré, l’inégalité plus choquante, l’équilibre plus important à rétablir par un article exigeant pour le mariage des enfants l’autorisation de l’un comme de l’autre des époux.
En tout état de cause, nous avons à protéger la femme contre l’autorité excessive du mari. Au point de vue de l’Évangile, l’autorité peut être proclamée en termes très-forts; elle ne dégénérera jamais en tyrannie, car elle rencontre devant elle l’arhour chrétien, l’unité, l’égalité réelle, le respect des âmes pareillement rachetées et immortelles, le partage des devoirs de la famille et des responsabilités de l’éducation. Mais au point de vue de la loi, il n’en va plus ainsi; la loi n’exclut personne du mariage; les êtres les plus grossiers, les plus vicieux, ceux qui sont en marche vers le bagne ou vers l’échafaud se marient, et la pensée recule devant les cruautés et les hontes qui fondront alors sur les malheureuses que de tels hommes considèrent comme leur chose.
Si les chrétiens ont dans l’Évangile une loi supérieure dont les exigences et l’élévation ne leur per-
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met pas de recourir à de certaines mesures, la loi civile est tenue d’assurer à l’ensemble des hommes ces garanties que la conscience chrétienne reste libre de ne pas mettre à profit : je citerai la prescription, d’un usage utile en général, mais qu’une âme délicate n’acceptera point. Le législateur, qui fait la loi pour tout le monde, n’est nullement appelé à mettre tout l’Évangile dans le Code.
L’Evangile nous dit que celui qui liait est un . meurtrier, que celui qui regarde une femme avec convoitise est un adultère; le Code pénal n’appliquera pas ici la peine de l’adultère et du meurtre. L’Évangile pose, pour l’administration des biens et pour les devoirs à l’égard des pauvres, des règles qu’aucune loi humaine ne saurait transformer en devoir légal, .l’ajoute que si elle l’essayait, elle commettrait une faute grave : les règles de l’Evangile sans l’esprit de l’Evangile, la loi extérieure au lieu de la loi intérieure,. ce serait le pire des socialismes et des despotismes.
Voilà pourquoi, lorsqu’il s’agit du mariage, la loi civile établit et doit établir ses règlements à elle; ceux qui conviennent le mieux à l’ensemble des hommes, laissant les chrétiens maîtres de suivre à leurs risques et dépens les inspirations d’une morale plus haute; voilà pourquoi nous réclamons l’introduction dans cette loi de l’égalité et de la réciprocité,
INJUSTICES A RÉPARER
la suppression de tout ce qui ressemble à l’autorité absolue du mari, le châtiment exemplaire en cas de sévices, la séparation de plein droit pour le corps et pour les biens résultant de toute condamnation motivée par l’abus du pouvoir, l’énergique répression de certains crimes : la séduction et l’adultère*.
J’ai dit la séparation, je n’ai pas dit le divorce, entendons-nous 2 .
Le nombre des ménages où s’exercent des violences impunies, où le mari pris de vin se permet tout, où même sans ivresse il agit avec un arbitraire illimité, ce nombre est considérable, chacun le sait ; pour pro-
1. Indépendamment de l'cgalité à établir dans le dernier cas, on ne tient pas assez compte, pour le premier, de l'effroyable tort causé à la fille séduite, de sa chute morale, de son avenir ruiné, des tentations successives et de la dégradation finale auxquelles on l’expose. L’homme s’en lave les mains, et une pénalité légère termine tout. Je ne sais pas si la recherche de la paternité est bonne, mais, de toutes façons, il faut, sous peine d’injustice criante, sévir contre l'attentat.
2. Le divorce qui brise les liens, le divorce qui permet de contracter une seconde union, le divorce .tel que l’a maintes fois prononcé l’autorité papale au moyen Age, le divorce, cette honte des pays protestants, ce divorce-là que Jésus a formellement condamné lorsqu’il a toléré la simple séparation en cas d’adultère, le divorce constitue à lui seul la négation du mariage; avec le divorce, la femme n’est ni l’épouse définitive, ni la mère définitive, ni la maîtresse de maison définitive. Le fait du divorce, môme lorsqu’il reste à l’état latent, inllige aux femmes la plus cruelle injure. Vous criez à l’abaissement de votre sexe, alors n’admettez pas le divorce, ne réclamez pas le divorce, formez partout où il règne encore une sainte ligue contre le divorce, car le divorce vous dépossède, il vous flétrit ; le divorce une fois admis, vous n’avez plus de sanctuaire, plus de royauté, vous n’avez plus de famille : c’est pis qu’une abdication, c’est une déchéance,
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téger les malheureuses livrées en proie à des maris brutaux, pervertis et cruels, la condamnation motivée par des sévices doit entraîner de plein droit la séparation; sans la séparation de plein droit, vous remettez la victime aux mains d’un maître exaspéré. L’ivrognerie, loin d’être une. excuse en oas de mauvais traitements, me paraît au contraire une circonstance des plus aggravantes. Je crois môme que le fait d’ivrognerie habituelle et grossière forme, indépendamment des sévices, une cause suffisante de séparation. La séparation est le seul refuge ouvert à la femme contre les abus d’autorité où les violences du mari. La séparation a ceci de bon qu’elle disparaît légalement dès que, par un libre mouvement de leur volonté, les époux se réunissent de nouveau. Sans doute une femme chrétienne acceptera difficilement la séparation; certains passages des Épîtrcs défendront sa conscience contre la tentation d’abandonner son mari, fût-ce en cas de vie douloureuse et d’amères déceptions; dans les occasions très-rares où une femme chrétienne aura cru pouvoir recourir à cette ressource, elle regardera comme un devoir d’y renoncer dès qu’un changement favorable apparaîtra; au moindre symptôme d’amélioration elle se replacera d’elle-mèmc auprès de son mari, s’exposant à de nouvelles souffrances pour accomplir les promesses qu’elle a faites en se mariant : telle sera, telle devra
INJUSTICES A RÉPARER
être la conduite d’une femme chrétienne; mais, répétons-le, les lois ne sont pas écrites pour les chrétiens, elles sont écrites pour lout le monde.
Les mesures qui ont pour but de provoquer les châtiments et par suite la séparation en cas de violence ou d’ivrognerie habituelles resteront inefficaces, à moins que ces délits ne soient poursuivis d’office.
Attendre une plainte, c’est abandonner la femme sans défense à la merci du mari; plus le mari se montre redoutable, moins la femme se risque à l’irriter par une réclamation légale. Les poursuites d’office, qui seules protègent réellement la femme, ne la compromettent pas; quelles que soient leurs conséquences, elles ne laissent qu’un adversaire, le magistrat, en face du mari; point de vengeance à exercer contre le magistrat; le mari, placé sous une surveillance à laquelle il ne peut se dérober et qu’il ne peut intimider, est bien forcé de refréner ses passions.
Qu’une pénalité sévère, suivie de la suspension des droits du père de famille, punisse les violences, réprime la tyrannie du fort sur le faible, et nous aurons .fait un pas considérable vers la justice.
Aussi longtemps qu’une inégalité choquante subsistera dans nos codes, tant qu’ils maintiendront la soumission servile des femmes, deux faits se produiront : la ruse et la revanche.
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Vous aurez des femmes qui dissimuleront plus ou moins, qui tourneront les volontés du mari — j’allais dire les positions de l’ennemi, — qui seront gracieuses, doucereuses, mais qui ne seront pas sincères et dont l’Ame ne marchera pas droit. La tactique féminine, d’un usage très-général, ne manque guère son but; ainsi se fonde en face de l’autorité brutale du mari la réalité du gouvernement de la femme : la femme gouverne, et même elle domine. On en sourit, pas moi. Ces détours sont la marque de l’esclavage, j’y vois le plus triste fruit d’un régime dégradant. Le sens moral a disparu, le mensonge règne; il réussit, ce qui est plus grave; on respire un air malsain ; le caractère de la femme, en s’abaissant, a tout abaissé; la famille entière est descendue : époux, enfants, nul n’échappe aux exhalaisons empoisonnées. 11 n’y a qu’un moyen de purifier l’atmosphère, c’est d’y ramener le vif courant du droit et de l’équité.
Voici l’autre fait.
Dans un état de choses où la tyrannie légale des maris se trouve plus ou moins organisée, la tyrannie morale des femmes se produit fréquemment. C’est la revanche que prennent les femmes acariâtres aux dépens des maris débonnaires. Les hommes les moins despotes sont justement ceux qui expient le despotisme de leur sexe; c’est la règle, il n’en sau*
INJUSTICES A RÉPARER
rait aller autrement; les bons payent pour les mauvais, et par une suite naturelle, les femmes méchantes se chargent de venger les bonnes qui ont le cœur trop haut placé pour jouer un tel rôle.
Croyez-moi, quand le sexe féminin n’aura plus à lutter dans son ensemble contre l’ensemble de la
tyrannie masculine, quand l’égalité et l’unité auront été conciliées par la loi ïTvec le maintien d’une autorité nécessaire, alors le despotisme bruyant des femmes acariâtres et le despotisme occulte des femmes rusées cesseront d’être une revanche pour ne plus être qu’un vice; alors l’opinion de tous, «à commencer par les femmes, s’élèvera contre les mégères et les câlines ; nous entrerons alors, autant que le permet
la corruption humaine, dans les voies de l’harmonie
et de la loyauté.
Nous parviendrons d’autant mieux à réformer nos lois, que nos mœurs ont pris les devants.
Ne méconnaissons pas les progrès accomplis sous l’influence de l’Évangile et de la liberté. Sans remonter jusqu’au temps et s’en aller jusqu’au pays où le mariage n’est qu’une vente, où le père livre sa fille contre un prix convenu, nous ne sommes pas bien éloignés de l’époque où le mariage s’opérait par ordre, où le consentement était forcé.
L’ancienne loi anglaise déclarait le mari maître et
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seigneur de sa femme. N’a-t-on pas cité de nos jours, et plus d’une fois, des cas de vente au marché? quelque grossier manant tirant derrière lui sa femme, la corde au cou, et la cédant à vil prix! Le meurtre d’un homme par sa femme entraînait le supplice du feu ; ai-je besoin de dire que la réciprocité n’existait pas?
Au siècle dernier, chez nous, un père réglait en souverain la destinée de ses enfants. Il décidait que sa fille ne se marierait point, afin de réserver toute la fortune à monsieur son frère; il envoyait la fille au couvent ; bon gré mal gré, avec ou sans vocation, en dépit d’une inclination passionnée, il fallait se cloîtrer. Tel autre arrêtait pour sa fille un mariage quelconque; il lui choisissait pour maître et seigneur peut-être un vieillard, peut-être un homme perdu de vices ; quel que fût l’état du cœur de la malheureuse, elle devait prononcer le oui fatal ; le mot obéissance avait, pour les filles surtout, une portée que nous concevons à peine aujourd’hui; l’esclavage de l’enlant vis-à-vis du père préparait l’esclavage plus avilissant de l’épouse vis-à-vis de l’époux.
Nous n’en sommes plus là. Sur le chemin au bout duquel on aperçoit les habitudes américaines, nous avons déjà fait de grandes enjambées.
En fait, l’autorité illimitée reçoit des limites. Au sein des familles honnêtes, l’égalité pratique, le partage équitable des fonctions, l’intervention des deux
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époux dans les résolutions graves, l’association digne des deux êtres libres se produit de plus en plus, malgré le texte des codes. J’en conclus qu’on doit modifier les lois. D’autres en concluent que cette modification est inutile. Il n’existe pas de plus dangereuse erreur. Creusez au-dessous de la région où règne l’équité, au-dessous de la région où, à défaut de justice, règne le respect mondain de l’opinion, tout au moins une certaine tradition de convenance, vous trouverez les couches sociales où l’on ne se gêne pas, où quiconque a le pouvoir en abuse. C’est surtout pour ces couches-là, pour ces natures-là, pour ces sauvageries-là, souvenons-nous-en, que les lois sont faites.
LA PETITE MORALE
L’asservissement de la femme, que sanctionnent les codes, tient à d’autres causes. Avant tout à l’éducation.
Mirabeau disait : — Il s’y connaissait, hélas! — « La petite morale tue la grande! »
On a mis beaucoup trop de petite morale et pas assez de grande dans l’éducation ordinaire des femmes. Si j’excepte les pays de la Bible, que gouvernent des idées plus vraies, plus élevées et plus saines, il est impossible de ne pas voir que la femme étouffe, emprisonnée dans les mailles étroites d’un réseau de petite morale. Petits devoirs : plaire, bien tenir un salon! Petite instruction : un peu de musique, la danse, des notions superficielles en toute chose ! Petite dévotion des pratiques, des habitudes, de la bigoterie; c’est tout. Le grand souffle manque.
LA PETITE MORALE
La frivolité de beaucoup de vies de femmes leur nuit bien plus que les plus dures législations. Quand les préoccupations de la toilette, les visites, les futilités tiennent la première place, il est impossible que les femmes ne diminuent pas leur rôle et ne s’abaissent pas dans l’ opinion. On les prend pour ce qu’elles veulent être ; on les classe d’après la figure et la parure, et Dieu sait à quel point Pâme se dégrade par cette vanité des habitudes *.
Ce qui se passe dans les classes élégantes de la société se produit sous d’autres formes dans celles qui le sont moins. La bourgeoisie a ses existences mondaines et très-mondaines. Si l’on rencontrait autrefois plus de sérieux dans les familles de robe, ce sérieux a presque entièrement disparu ; les Benoitons ne sont que l’exagération d’un genre trop réel. Dans les ateliers, le même principe amène des conséquences peu différentes; l’ouvrière, mise à part des idées et des intérêts d’un ordre supérieur, frivole, légère, l’esprit vide, reléguée dans la sphère mesquine qu’on lui attribue, cherche rarement à en sortir*.
L’association des pensées et des vies, au sens noble
1. La frivolité n’est ni la beauté, ni la grâce, ni le charme. Loin do méconnaître ces dons, je pense au contraire qu’ils viennent de Dieu, comme l’amour, ce sentiment idéal que nous avons réussi à gâter, ainsi que tant d’autres choses excellentes.
2. Disons, jiour être juste, que, s’il y a de la frivolité chez les femmes, il y en a tout autant chez beaucoup d’hommes. Ou les
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et. chrétien du mot, est une révolution qui l'este à accomplir partout, chez les laboureurs, chez les artisans, chez les bourgeois comme dans le grand monde.
Le ''mariage d’argent, plaie ignoble et profonde, contribue pour sa large part à l’amoindrissement dont se plaignent les femmes. Avouons-le toutefois, les calculs de position sont aussi familiers aux jeunes lilles qu’aux jeunes gens. Elles-mêmes se réduisent à n’ôtre qu’un objet de luxe; elles récoltent ce qu’elles ont semé. Élégance, mondanité, luxe, rien ne leur manque, rien, excepté le respect, l’amour et le véritable bonheur. Sans compter qu’à force de besoins factices on éloigne du mariage pour les livrer à la corruption une foule de jeunes hommes, et que l’on condamne au célibat un nombre égal de jeunes fdles, les mieux douées de beauté, de vertus aimables, de distinction, dont le seul tort, tort irrémissible, est de ne pas avoir assez d’écus!
Il appartient aux femmes de changer cela. Mères, qu’elles inspirent des sentiments plus élevés, qu’elles donnent des habitudes plus simples à leurs enfants. Jeunes filles, qu’elles ne consentent pas à descendre au niveau d’une marchandise taxée chez les notaires
compte par milliers, ces existences inutiles et corrompues, ces habitudes de fainéantise absolue qui de la ville au village vont remplissant les clubs, les cafés et les cabarets !
LA PETITE MORALE
cl cotée à la Bourse; qu’elles deviennent exigeantes, romanesques, oui, romanesques, je répète le mot; qu’elles deviennent chrétiennes, tout est là; elles viseront haut, et l’une des grandes formes de l’émancipation féminine aura trouvé sa réalisation.
Ajoutons que la femme se mariant très-jeune et l’homme très-tard, il en résulte une différence exagérée entre les époux. Un seul est expérimenté. L’autre est un aimable enfant dont l’éducation ne s’achève jamais. De là l’infériorité, de là l’inégalité, de là cette vocation de jouet dont on ne se relève point.
Que personne ne sourie si je dis, pour achever, que la doctrine romaine du célibat a fortement maintenu notre tradition latine sur l’infériorité des femmes.
Les modernes réformatrices seraient bien étonnées d’apprendre qu’en déconsidérant le mariage, qu’en le regardant comme une servitude, elles continuent Grégoire Vil !
Quoi qu’il en soit, voici le célibat déclaré un état saint ; voici toute la classe des prêtres et des moines qui s’élève moralement au-dessus du commun des hommes, par cela seul qu’elle n’a point de commerce avec les femmes; il en résulte évidemment que cellesci impriment une souillure!
Si les nonnes, qui gardent le célibat, appartiennent
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également à la classe des saints de premier ordre, c’est que le mariage lui-même est flétri, et que la famille constitue un ordre inférieur. Qui dit la famille dit le royaume de la femme ! En abaissant la famille, le catholicisme romain a fait descendre la femme. Dans cette situation vulgaire, indigne des grands saints, qu’on nomme la famille, il est naturellement entendu qu’aucun développement transcendant ne peut se produire; les fonctions que la femme y remplit ne sauraient avoir de valeur ; les êtres voués au ménage, au soin du mari, à l’éducation des enfants, peuvent se contenter à bon marché. Les femmes, ces créatures dont tout saint d'élite doit se garer sous peine de déchoir, restent à jamais la race intime.
LE MOUVEMENT FÉMININ
Et maintenant, passons aux réclamations du sexe opprimé.
Le mouvement féminin a ses journaux dans tous les pays et tient partout ses conférences. A Paris, il publie le Droit des femmes , la Ragione en Italie, la Révolution à New-York. En Suisse, l’Association internationale des femmes, fondée sous la présidence de madame Goegg, relie les sociétés analogues des divers pays. Quand la ligue de la paix s’est assemblée à Berne en 1868, madame Goegg a pris la parole, les droits de la femme y ont été acclamés, et tous les représentants du socialisme européen se sont empressés de nommer madame Goegg membre du comité central. En France, en Angleterre, en Amérique, ces dames donnent des séances publiques où
se produit leur éloquence ; elles n’éprouvent pas le
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moindre embarras, leur timidité ne les arrêle pas un instant : interruptions, interpellations, elles font face à tout. Des hommes de talent et de savoir les appuient: on cite en Angleterre M. Stuart Mill et M. Bright; MM. Jules Favre, Louis Blanc, M. de Girardin en France.
La Révolution! Ce nom du journal américain indique clairement la grandeur des changements qu’on réclame ; et la devise qu’il a adoptée : Les hommes, leurs droits, rien de moins! Les femmes, leurs droits, rien de moins! ne laisse aucun doute à cet égard. Égalité politique, suppression non-seulement de toute infériorité, mais de toute distinction entre les deux sexes au point de vue de leurs vocations extérieures, c’est bien lace que revendique le parti. En Europe comme aux États-Unis, les maris de ces dames ont pour consigne de refuser leur vote à quiconque ne se prononce pas nettement en faveur des prétentions féminines.
Le mouvement allemand présente un caractère très-spécial que je tiens à signaler.
Il ne réclame aucun droit politique, il poursuit le développement intellectuel et l’élargissement du rôle moral. En cela l’Allemagne, le pays qui de tous a le mieux compris la vie de famille, demeure fidèle à ses
tendances et à ses traditions. Si des idées fausses se
glissent parfois dans les journaux créés pour soute-
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nir le mouvement, si quelques écrivains cherchent à le faire dévier dans un sens politique, l’Allemagne, considérée comme ensemble, a résisté jusqu’ici, se bornant à ouvrir aux femmes et aux jeunes filles des écoles professionnelles, des établissements et des cours du soir.
Le même fait s’est produit en Suède, où Frédérika Bremer avait donné une certaine impulsion à l’émancipation des femmes, à la bonne, à cette émancipation intellectuelle et morale que nous voulons tous.
Sur le terrain religieux, l'alliance chrétienne des femmes , dont on parle depuis quelque temps, cherche à réaliser ce que d’autres poursuivent sur le terrain politique : l’organisation à part de l’action féminine et de l’intérêt féminin. On veut qu’il y ait, en religion aussi, un parti des femmes. On cherche à diviser ce que l’Evangile unit étroitement : l’humanité dans ses deux expressions.
Si l’on parvenait, sous prétexte de les tirer de leur isolement et d’établir des relations suivies entre elles; si l’on parvenait à grouper les femmes pour la défense de leurs intérêts et la revendication de leurs droits, ce serait un fait- très-grave et, je ne crains pas de le dire, un immense malheur. A l’union entre les deux sexes, loi providentielle, on substituerait l’antagonisme; une lutte constante tiendrait les ar-
DEUXIÈME APPENDICE
niées en présence, chacune son drapeau déployé. Se représente-t-on la famille? Se représente-t-on les défiances réciproques? Se représente-t-on l’esprit, le cœur, les idées les plus simples, les notions les plus fondamentales faussées, et ces mères et ces épouses se mettant en garde, allant en conquête!
Ne supposez pas que je refuse mon respect à des élans généreux, même lorsqu’ils aboutissent à des idées erronées; il y a dans le désir d’échapper au cercle étroit que nous avons tracé autour des femmes un sentiment dont il ne faut pas méconnaître la grandeur. Les âmes aspirent à quelque chose de meilleur; de là ce jet vers d’autres carrières, vers d’autres horizons, vers d’autres droits. Le tort est de mettre de bonnes intentions au service de chimères funestes.
Toutes les réglementations anciennes, disent les partisans de l’émancipation féminine, tombent l’une après l’autre devant le principe moderne de la liberté et de la responsabilité de l’individu ; la situation seule des femmes reste soumise aux vieilles traditions; elle doit donc, elle aussi, participer au progrès général!
Les barrières vermoulues sont brisées, cela est très-vrai; il n’y a plus ni vilains, ni plébéiens, ni serfs, il y a des hommes; les ouvriers ne sont plus condamnés à rester parqués dans leurs corporations, les industries ne sont plus tenues de conserver leurs procédés antiques : en toutes choses l’intervention de
LE MOUVEMENT FÉMININ
la loi so retire pour faire place à la liberté qui mettra chacun où il doit être. Cette même liberté, je n’en doute pas, exercera son influence sur la fixation légale du sort des femmes; cependant, quoi qu’on fasse, le principe de la distinction des rôles n’en saurait être plus atteint que le fait de la différence des sexes.
On insiste : — L’incompatibilité des femmes on matière de fonctions publiques est la seule qui subsiste aujourd’hui; toutes les autres, celles qui tiennent à la religion, ù l’aristocratie, à la richesse, ont successivement disparu. Il ne reste plus que les femmes qui soient légalement incapables; et l’exception contient la moitié du genre humain!
Cet argument historique ne prouve rien. Encore un coup il s'agit ici, non de notre histoire, mais de notre nature; la question unique est de savoir si les femmes sont des hommes, et si, par conséquent, toute distinction doit être supprimée entre les fonctions des deux sexes.
Chaque progrès du genre humain, dit-on encore, a été signalé par une élévation de la position des femmes. Les progrès du xix B siècle sont tenus d’amener une élévation nouvelle qui ne peut être que l’égalité!
D’accord; mais l’égalité n’est, pas l’identité; la
emme, égale de l’homme, peut avoir une mission dif-
DEUXIÈME APPENDICE
iërente. Ceux qui oublient ce point, ceux qui prétendent qu’en at tribuant aux femmes un rôle politique on achèverait de les mettre à notre niveau, ceux-là ont à prouver que la femme gagnerait quelque chose
à devenir un homme, et, ne nous le dissimulons pas, un homme très-incomplet.
La vieille tradition qui pèse encore sur les femmes et qui rétrécit plus ou moins leur rôle dans toutes les classes comme dans tous les pays, n’est au fait qu’un principe vrai, faussé par l’esprit mondain. Rien n’est plus vrai que la distinction profonde établie en vertu du pouvoir de Dieu même entre la carrière féminine et la carrière masculine. Lorsque l’esprit mondain, opposé en tout à l’Évangile, s’est appliqué à cette vérité-là, il l’a faussée, faisant d’elle un mur de séparation, non-seulement entre la mission des deux sexes, mais entre le sérieux réservé à l’un, et la frivolité ou les occupat ions mesquines assignées à l’autre.
La femme ne devant pas être un homme, ce qui est vrai, on s’est hâté d’en conclure qu’elle ne devait s’associer ni à l’instruction, ni aux travaux, ni aux intérêts de l’homme, ce qui est faux. Le principe n’en reste pas moins debout, essentiel, fondamental, et toute réclamation qui y porte atteinte, peu ou beaucoup, introduit un élément de désordre dans l’âino et de désorganisation dans la société,
Nul ne désire plus que nous l’élévation de tous les
LE MOUVEMENT FÉMININ
niveaux. Nous sympathisons avec le mouvement féminin lorsqu’il proteste contre l’abaissement et la dépendance systématique des femmes; seulement il importe d’établir une distinction entre les questions fort diverses que l’on confond dans le même programme. Nous tenons à ne pas rejeter le bien, nous tenons à ne pas accepter le mal. Droit à l’instruction, droit au travail, droit au vote : de ces trois articles nous pou- , vons adopter les deux premiers, à la condition de les maintenir en deçà de la limite où commence l’altération du caractère féminin et de la vie féminine ; quant au troisième, il contient si clairement cette double atteinte que nous le rejetons net.
Les précédents, en tout cas, ne sont pas pour nos adversaires; quiconquese rappelle les clubsde femmes de la première Révolution, ceux de la seconde, qu’on fut obligé de dissoudre en 18 i 8 , les violences féminines par lesquelles ont été marqués tous les mouvements anarchiques, les discours prononcés et les prétentions émises dans les divers congrès émancipateurs, ne se sentira pas pressé d’enlever la barrière qui jusqu’à ce jour sépare les femmes de la vie publique.
guerre a l’évangile
La plupart des réclamations, du reste, arborent hardiment le drapeau de l’impiété.
Le christianisme conseille la résignation, il assigne aux femmes la place qu’elles doivent occuper et les y enchaîne ; rejetons le christianisme ! N’a-t-on pas sanctionné en son nom l’oppression des ouvriers et l’esclavage? N’a-t-on pas soumis en son nom les familles et en particulier les femmes à la direction des prêtres?
11 ne s’agit pas de savoir ce qu’on a dit ou fait au nom du christianisme — une foule d’iniquités, de sottises et de tyrannies ont été consacrées ainsi; — il s’agit de savoir ce que le christianisme a dit ou fait lui-même. Le christianisme n’est pas responsable des crimes ou des erreurs de ceux qui, après l’avoir cor-