‹ L'ennemie sociale: histoire documentée des faits et gestes de la fracChapitre 41 sur 46 · XX · texte numérisé non relu

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,\ « Guerre aux prêtres, guerre! Guerre inexorable, guerre éternelle aux détracteurs impies de notre respectable Fraternité Maçonnique! Guerre aux infâmes trafiquants qui ont prostitué l'Église en en faisant un abominable commerce ! Guerre aux misérables assassins qui ont renié leur patrie et Tont livrée aux étrangers rapaces !

« Que leur race infâme soit à jamais maudite! (i) »

Ces crimes, ces attentats, ces violences qu'ils cherchent à provoquer, ne paraissent pas inspirer aux Chefs de la Franc-Maçonnerie italienne une confiance bien illimitée dans le succès final de leur plan de campagne, car ils essaient de raisonner la guerre que la Franc- Maçonnerie fait à la Papauté :

/^ « Les rapports entre la famille et TEtat d'une part et la Papauté d'autre part, ne comportent que trois solutions : Privilège de la Papauté sur l'Etat ; Suppression de la Papauté par l'Etat; jF^a//^^ parfaite, en matière religieuse, entre la Papauté et l'Etat. »

« C'est à la Franc-Maçonnerie à les établir, au mieux du progrès de rHumanité,en opérant un transformisme social qui tranche nettement les deux partis : les cléricaux et les conservateurs qui veulent maintenir tous les préjugés sociaux et politiques, d'un côté, et, de l'autre, les libéraux qui veulent la réalisation de l'émancipation totale de l'Humanité (2). »

*^ a La lutte féroce qui a lieu depuis si longtemps entre le pouvoir civil et le pouvoir théocratique, entre l'Eglise et l'Etat, doit certainement se terminer comme l'exigent la liberté et la raison; car si le parti catholique — (nous disons catholique, car d'après les dernières déclarations du Pape et du Congrès, il n'y a plus désormais de différence logique entre catholique et clérical) — est puissamment organisé, et si son organisation ne peut être eflScaceraent combattue que par une autre organisation également puissante par sa cohésion et sa discipline, la Franc- Maçonnerie oppose ses forces à celles du

(i)]Déclaration du i*»* juin 1889. Rivista, XX, p. 166. (2) Rivista, XVIII, page^aoo.

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parti clérical et n'oublie pas que son mot d'ordre traditionnel est : « Combattre le Vatican ». »

« Il est vrai que la force la plus grande des prêtres est qu'ils obéissent sans discussion, et que cette obéissance aveugle ne saurait être imposée aux libéraux. Mais dans la mêlée, qui est si proche, en présence du grand effort, le dernier peut-être des cléricaux, les libéraux doivent se pénétrer de ce que le premier de leurs devoirs est de combattre, aux dépens de n'importe quel sacrifice, le parti des parricides, et que la Franc-Maçonnerie doit servir de lien pour réunir dans cette lutte anti-cléricale tous les partis qui inscrivent la liberté sur leur drapeau. »

« Ainsi, et ainsi seulement, pourrons-nous vaincre et écraser le parti des parricides (i). »

Après le raisonnement, voici l'habileté ;

/^ « Ce qui serait vraiment politique, véritablement fécond pour l'Italie, ce serait une lutte ouverte entre le Vatican et nous, dans laquelle nous nous efforcerions de faire progresser notre législation et le Vatican d'aiguiser ses dogmes. »

« Que le prêtre se réconcilie avec la religion ; nous devons nous réconcilier avec notre droit public, dévié de sa vraie évolution, et avec la conscience de l'Italie. »

« Nous devons nous réconcilier avec la'conscience de l'Italie qui nous a amenés à Rome, et qui ne se sent plus bien représentée par nous; nous réconcilier,enfin,avec la religion de la pensée, avec laquelle on peut répondre au Vatican et sans laquelle il n'est pas nécessaire ni même tolérable que l'Italie puisse exister (2). »

Et ensuite le chauvinisme,que l'on veut aussi ameuter contre la Papauté :

/^ « L'Italie, par la loi de sa naissance, est la gardienne née de l'inviolable liberté de l'esprit humain et des fondements du progrès social. »

« Il lui appartient de réaliser le jugement des siècles

(1) Déclaration du F.'. Ulysse Bacci, Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie, du 1 5 octobre 1889 : Rivista, XX, page 178.

(2) Interpellation du député F.-. Jean Bovio à la Chambre des députés d'Italie : Rivista, XVIII, page 147.

contre l'interminable maléfice d'une Eglise conjurée, avec les puissants de la terre, pour lutter contre la liberté, et de rendre inviolable la patrie du peuple qui fut le premier interprète et le premier agent de la civilisation en Europe (i). »

Tout cela pour en arriver à solliciter l'intervention gouvernementale :

^*, « Le très illustre Frère François Crispi, président du Conseil des ministres du Royaume d'Italie, a dit à Turin le 25 octobre 1887 :

« L'attitude du Gouvernement à l'égard de l'Eglise est d'en être respecté, tout en la respectant, et notre autorité est basée sur le devoir, le pouvoir et le savoir. »

« La Franc-Maçonnerie prend acte de ces déclarations solennelles qui résument le développement de l'épopée nationale, dont les trois facteurs sont :

» Vadmission du principe du Progrès continu dans toutes les fonctions de l'Etat ;

» La reconnaissance du principe de la Liberté, dans toutes ses manifestations ;

» La condamnation, au nom de l'Italie nouvelle et de l'unité nationale, des revendications illégales du Pontife et de la Papauté (2). »

Et voici comment ils essaient de présenter la justification de cette intervention du Gouvernement contre la Papauté :

/, « Il faut que les Italiens se mettent une bonne fois dans la tête ces deux choses importantes :

» Qu'il est impossible d'entrer dans aucun arrangement avec le Vatican ou avec le vaticanisme ;

» Et qu'il faut leur faire une guerre à outrance, sans relâche et partout.

» Car le véritable dilemme est net :

» Ou bien les valicanistes détruiront l'Italie ou bien l'Italie détruira les vaticanistes (3). »

(1) Le Frère Saffi le 2 novembre 1887 : Rivista, XVIII, page 283.

(2) Déclaration officielle du Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie du 25 novembre 1887 : Rivista, XVIII, pages 258 et 259.

(3) Rivista, XVIII, page 32o.

Pour donner le change sur le caractère satanique de cette lutte entre l'Eglise de Dieu et l'Eglise de Satan, la Franc-Maçonnerie italienne veut faire accroire que c'est la Papauté qui Ta provoquée :

/^ « Si chaque jour qui passe rend évidente une plus absolue et plus criante contradiction entre les devoirs de citoyen italien et les devoirs de catholique, la faute est, non pas à la Franc-Maçonnerie, mais bien au Pape et à la presse vaticanesque. »

« Le Pape soutient dans sa dernière encyclique que Ion ne doit obéir aux lois de l'Etat qu'autant qu'elles ne sont pas en contradiction avec les enseignements et les canonb de l'Eglise. »

« Donc les cléricaux veulent l'Eglise supérieure à l'Etat, le pouvoir civil soumis en tout au pouvoir religieux (i). »

Mais bientôt elle revendique le rôle offensif :

*^ « Entamons une lutte, obstinée et à outrance, contre la Papauté, pour lui rendre impossible toute conquête ultéfieure. »

« Regardons bien en face, sans hypocrisie et sans crainte, cette question sociale et faisons-la nôtre, comme les Francs -Maçons du siècle dernier ont fait leur la Révolution française. »

« Voilà le but, voilà le devoir I Et si quelqu'un des nôtres, par lâcheté ou par trahison, s'arrête en route, passons-lui sur le corps et serrons les rangs (2) ! »

Et, comme ses procédés sont toujours les mêmes, elle commence par chanter victoire :

/, « La lutte est aujourd'hui plus ardente que jamais entre le catholicisme, dégénération et même aberration .de l'idée chrétienne et la Franc-Maçonnerie,éternellement fidèle à ses traditions de justice et de vérité. »

(( Le Christianisme se transformera-t-il à nouveau, ou

(1) Le F.*. Ulysse Bacci, Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie. Rivista^ .page 261 .

(2) Déclaration du Grand Maître adjoint, le F.'. Gaet,\ Pini. Rivista, XVUÎ, page 6.

finira-t-il par se suicider, dans la folie furieuse de son absurdité dogmatique et de son intolérance sociale ? »

« L'avenir résoudra vite cette question, car on aperçoit déjà comme fatale la disparition du dogme devant Taxiome, la retraite complète de la Foi devant la science (i). »

*^ « Depuis Giordano Bruno, la ruine du Vatican a été persistante, continue, et il finira par sombrer inanimé, ce monstre inhumain dont les repris tortueux ont asservi pendant tant de siècles THumanité titubante dans sa marche, car son terrain est hors de la vérité. Honni par les vertueux à qui ses infamies font horreur, le Vatican n'existe encore que parce qu'une autre hydre, la diplon\atie, le tient encore debout. »

« Le monstre est pourtant à Tagonie, et sent l'approche de la mort. C'est à nous, Francs-Maçons, de lui donner le coup de grâce, c'est à nous de disperser ses cendres, pour qu'aucun de ses atomes ne vienne empoisonner l'avenir de nos enfants (2). »

Pour déclarer ensuite qu'elle se trouve en cas de légitime défense, non seulement de lOrdre maçonnique :

/, « Dans le document que, sous le nom d'encyclique, a dirigé contre nous le Pape Léon XIII, il signale à la suspicion, au mépris et aux haines féroces des classes les moins intelligentes, une catégorie de citoyens qui portent le nom de Francs-Maçons. »

« Cela nous place dans le cas de légitime défense, et nous autorise à rappeler que, dans la seconde moitié du XIX® siècle, sont partis de Rome, placée encore sous le régime théocratique, comblés de dons et de bénédictions, les brigands qui ont ensanglanté les provinces méridionale& de l'Italie. »

{( La Franc-Maçonnerie italienne, très Illustres, très Parfaits et très Chers Frères, membres de toutes les grandes puissances de la famille Maçonnique univer-

(1) Rivistat XI, page 3o7.

(i) Le F.-. Pierre Lupo, a Naples, le i9février 1888. Rivista, XIX, page 84.

selle, la Franc-Maçonnerie italienne forme votre avantgarde. »)

« A vous de lui transmettre le mot d'ordre de la lutte, de lui assigner les emplacements du combat, de la diriger par des manœuvres savantes vers le triomphe qui ne saurait lui faire défaut (i). »

Mais encore en légitime défense de la Patrie elle-même : *^ « Le 1 1 octobre 1888, le jour de larrivée à Rome de l'empereur d'Allemagne, le grand drapeau de la Maçonnerie italienne fut arboré au siège du Grand Orient d'Italie, sur la place Poli, et la circulaire suivante, portant le n^ 17, fut adressée à toutes les Loges italiennes :

« Vénérés et chers Frères,

« Rarement, il m'a semblé aussi nécessaire qu'aujourd'hui que le Chef Suprême de l'Ordre vous adresse la parole. »

« On voudrait nous contester, à nous Italiens, le droit d'avoir une patrie. Le Pape s'est dressé, en prérendant ridicule, en face de l'Italie. Il prétend que lui seul peut assurer Ja paix et la civilisation, et il déclare que, pour cela, l'Évangile ne lui suffit pas, et qu'il a besoin de gendarmes et de jésuites (2). »

« 11 maudit et condamne, et les évêques, le secondant, organisent des congrès, des expositions, des pèlerinages, où, sous le manteau de la religion, ils machinent les rébellions et les parricides. »

« Lorsque les Italiens conspiraient pour rendre la patrie une et libre, le Pape, son poignard planté dans le cœur de l'Italie, envoyait aux galères et aux échafauds ces patriotes. Aujourd'hui que le Vatican conspire pour rendre la patrie morcelée et esclave, le Pape proteste contre la légitime défense des Italiens, et veut l'impunité pour ses machinations ; ce qui est, plus qu'absurde, ridicule. »

(1) Circulaire officielle du Grand-Maître de Franc-Maçonnerie italienne, du 21 avril 1884 : Rivista, XV, page i3o.

(2) Voyez note (1), page Sgo.

« L'humanité, dans sa marche irrésistible, est sortie de Torbite dans laquelle la Papauté, ayant perdu toute puissance attractive, est impuissante à l'attirer. La Papauté, dans le paroxysme de Tagonie, fait d'inutiles efforts pour arrêter celte évolution historique ; elle se lamente sur ses privilèges et ses grasses prébendes perdues : laissons-la crier; elle nous lance ses imprécations : laissons-la maudire, car si ses malédictions tuaient autrefois nos Frères, aujourd'hui elles portent bonheur ; elle invoque les armées étrangères : laissons-la faire, car la patrie est forte, et si, autrefois, les Césars allemands descendaient, en maîtres, les Alpes pour s'assurer du vasselage de l'Italie et recevoir la couronne impériale des mains des Papes, aujourd'hui ils les descendent en hôtes, pour rendre hommage à notre renaissance nationale, pour consacrer l'indiscutable intangibilité de la Rome italienne. »

« Travaillons, bien armés, au temple de l'Humanité, réconfortés par la pensée que l'ennemi le plus terrible est déjà renversé, qu'aucune force de réaction n'est capable d'arrêter le progrès et que le jour approche où tous les hommes composeront une seule famille de Ubres, d'égaux et de Frères. »

« Le très Puissant Grand Maître,

« ADRIEN LEMMI, 33»»e (i). »

La Franc-Maçonnerie combat le christianisme dans la Papauté :

/^ « Les Francs-Maçons italiens, en tant que citoyens italiens, doivent combattre, comme un seul homme, le Prétendant qui veut porter atteinte à l'unité de la Patrie, le tyran qui veut supprimer toutes les libertés. »

« Les Francs-Maçons italiens, en tant que membres de l'Institution maçonnique, doivent combattre dans le Pape, non pas la couronne de Roi, mais l'orgueil du Pontife, qui a relevé les idoles des vieilles superstitions

(i) Rtvista, XIX, pages 248-249.

et qui béatifie et sanctifie Tignorance^ la brutalité la plus folle et la plus furieuse. »

« Pour la Franc-Maçonnerie, aussi bien à Rome au Vatican, qu*à Fulda près du tombeau de saint Boniface, qu'à Malte derrière les murs crénelés des anciens Chevaliers, qu'à Jérusalem près des lieux saints, le Pape sera toujours Vupas assassin qui empoisonne la terre de son ombre mortelle et contre lui, toujours et partout et par tous les moyens, elle brandira les armes qu'elle enserre dans ses bras puissants. »

« Elle triomphera fatalement, car, patiente parce qu'elle est éternelle, la Franc-Maçonnerie, dont les armées aguerries à la lutte, nombreuses et disciplinées, se trouvent non seulement en Italie mnis dans le monde entier, est partout, voit tout, sait tout et peut tout, »

/, « Dédaigneuse des escarmouches, elle organise aujourd'hui les grandes résistances de la pensée et saura gagner demain les grandes batailles de la raison et de la liberté (i).»

Et la Franc-Maçonnerie italienne a reçu de la Franc- Maçonnerie universelle la mission de renverser la Papauté :

^\ « Nous devons prouver à tous les Francs-Maçons du monde entier que,puisque ici, à Rome, se trouve leur ennemi invétéré le plus sauvage, le plus obstiné et le plus féroce, c'est à nous, Francs-Maçons italiens, qu'il appartient d'être la sentinelle vigilante, l'avant garde courageuse qui est prête et décidée à entamer la lutte mortelle. »

{( Car l'ennemi de la Maçonnerie italienne c'est l'ennemi de la Maçonnerie universelle, c'est cette réaction vaticanesque alliée à toutes les tyrannies, à tous les bas fonds sociaux, destructeurs par l'envie, par la calomnie et par toutes les plus infâmes passions, de la société moderne (2). »

(1) Rivhta, XIII, pages 3 et ^.

(2) Rapport officiel lu, le 16 janvier i885, à l'Assemblée Constituante de la Franc-Maçonnerie italienne. Rivista^ XVI, page 6, col 1 , lignes 18 à 29.

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La Franc-Maçonnerie italienne a décidé de . prendre TofFensive dans cette g^mE%9 :

/^ « La Franc-Maçoiginèrie italienne a reçu de l'Italie le poste si bojîorabU de sentinelle du Vatican ; mais quelque flatteuse que cette mission de surveiller les mouvements de Tennemi puisse être, elle ne suffit pas à son activité. »

« Elle éprouve le besoin, elle sent^la nécessité de transformer en celui à'asê^^ard son rôle d'observateur (i). »

Et d'employer tous les moyens, même les plus violents, pour assurer son triomphe :

/, « La lutte entre la Papauté et la Franc-Maçonnerie italienne sera toujours à outrance et à mort, ejt les Francs-Maçons italiens, d'accord en cela avec tous les Frères de tous les pays du monde, la continueront sans trêve et sans faiblesse jusqu^iu jour où ils auront réalisé la conquête de leurs idéaux les plus élevés (2). »

*^ « Autrefois la Franc-Maç«nnerie,^a/z5 des temps où la liberté n était qu'un mythe, a su mêler le suc amer, mais salutaire, de ses doctri#iessacro -saintes, aux suaves liqueurs qui remplissaient les'TOUpes dorées dans les sardanapalesques bombances des J^apes et des Rois. »

« Aujourd'hui N'insistons pas Intelligenti

pauca. »

« La chose vaut la peine qu'on y pense sérieusement (3). »

Elle compte sur Tappui de la Franc-Maçonnerie universelle :

,\ « A la guerre que lui fait le Vatican, le gouvernement de l'Ordre maçonnique italien a répondu en donnant le cri d'alarme à temps et en s'opposa nt à ce que de tristes et fatales condescendances ne rendissent possible la violation des lois de l'Etat en faveur de conciliations rêvées. »

« La Franc-Maçonnerie de l'Univers entier a répondu à

(1) Rivista, XV, page 24.

(2) Rivista, XVII, page 170

(3) Rivista, XII, page 180, col. 2, lignes i à 12.

notre appel et nous ne sommes plus isolés pour veiller et combattre en faveur de la liSerti'de la pensée (i), »

Et la preuve officielle en est donnée par la communication suivante :

/, « Un des membres du Directoire Stiprême de la Franc-Maçonnerie, qui a son f iège à Berlin^ et quelques uns des courriers de cabinet, cbar^s de porter partout certains mots d'ordre, ont envoyé le 9 juin 1889 au Grand Maître Lemmi le télégràmsre suivant :

« Nous nous associons à la lutte sublime entamée au nom de la Libre Pensée contre le Vatican, Tennemi éternel de l'Italie. »

Et ont signé des noms suivants plus ou moins italianisés par la transmission : Costabel, Oliva, Nicolini, Palmieri, Papo, Dalbelli, Cavaggioni, Andrina^ Trabucchi, Morengo, SinigagUa, Ancona, Bocconi, Labianchi, Rossi, Tonmi, Bessiolti, Sabatelli, Giovanucci (2). » -.

*^ « Tout Maçon qui étudiera le procès des Templiers, s'écriera dans un Um^ge qui nous est familier:

« Ces pauvres -Frères étaient sans défiance; ils ont quitté l'Orient sans revfcer leur Constitution et leurs Rituels qui en avaient grand besoin I »

« D'autres qu'eux, pour avoir cru à la foi jurée, aux serrements de mains, aux douces paroles et aux doux sourires, pour ne s'être pas assez méfié des papes et des rois, eurent un sort pareil et la Saint- Barthélémy vint, au bout de 258 ans, servir d'éloquent commentaire au procès du Temple. »

« Mais la croix rouge des Templiers disparus devient noire en signe de deuil, sur le manteau blanc des Chevaliers teutoniques, les plus dignes entre leurs héritiers d'être leurs vengeurs. »

« Et ces Chevaliers teutoniques fendent la Prusse et par la Prusse, hérétique comme eux-mêmes, hérétique conmie l'étaient les Templiers, ils font l'Allemagne. »

( I )^Rappoî*t officiel fait à l'Assemblée Constituante le içmai 18S7. Rivista, XVlir, page 1 35.

(3) Rivista, XX, page i38.

« Et aujourd'hui, qu*pn le veuille ou non, ils gouvernent à leuF grë le monde (i). »

L'objectif avoué de cette lutte est de réduire le Catholicisme à Tétat dô^èeçte :

/, « Les cléricaux apprendront que la Franc-Maçonnerie, après avoir renversé le pouvoir temporel du Pape, continuera la lutte jusqu'à ce qu elle réduise TEglise aux limites modestes d'une institution, assujettie, comme toutes les autreâ, à l'autorité des lois, jusqu'à ce qu'elle dépouille l'Eglise de tous les privilèges qu'elle possède et qui lui permettent aujourd'hui encore de soulever dans le pays des troubles dangereux. »

« Ils pourront nous maudire et nous calomnier, nous autres Francs-Maçons; nous saurons réduire par force le cléricalisme à l'état de secte anodine, et cela dans des temps pas trop éloignés (2). »

Et la Franc-Maçonnerie italienne fait de cette lutte une affaire nationale et intérieure :

/, « La question Vaticane échappe au droit international et appartient exclusivement au droit public intérieur italien ; car Rome a été conquise par nous, Rome a été rebaptisée par nous, Rome est notre mère et nous sommes ses fils, qui la défendrons contre tout et contre tous. Malheur a qui ose y toucher! »

« La loi des garanties est venue consacrer ce droit, mais comme elle n'a plus aucune raison d'être aujourd'hui, elle doit disparaître, et le Vatican, les associations religieuses et les prêtres, doivent rentrer, purement et simplement, dans le droit commun à tous (3). •

Cette lutte entre la Papauté et la Franc-Maçonnerie italienne est à outrance :

/^ « Les Eglises sont des associations i^igieuses et non pas des pouvoirs publics; leurs chefs et leurs symboles ont une valeur tant qu'on y croit ; si c» n'y croit pas, ils sont de nulle valeur ! »

(1) Le F.'. Rahlenbeek, ce 10 février 1888. Bulletin du Suprême Conseil de Belgique, n» 3i, page 67

(2) Déclaration du Grand Secrétaire du Grand Olrient ^Italie : Rivista, XVII, page 18

(3) Rivista, xVlII, page 21a.

« Si les temps passés ont élevé des trônes aux Papes, les temps présents ont renversé ces trônes et pour toujours! »

« Oui pour toujours, car nous ferons du Vatican un Musée et une Ecole, après en avoir chassé avec des fouets les trafiquants qui en ont fait un marché infâme de conspirations contre le Patrie! (i) »

Elle est sans quartier :

■ /^ « Malheur à vous, sectaires ha'isseurs de Tltalie, dont la pensée parricide veut chasser Tltalie de Rome pour la reconquérir au Pape ! Et si dans le secret de vos conciliabules vous plagiez le cri de Garibaldi en disant : Rome papale ou la mort, nous répondrons avec les proies de Taltière espagnole qui fut Impératrice de France : Et mort vous aure^ ! »

« Et à ceux qui rêvent des retours impossibles du passé, des résultats impossibles de conciliations mensongères, nous répondrons que les trois termes : Rome aux Italiens, de Mazzini; Rome ou la mort, de Garibaldi; Malheur à qui la touche prononcée autrefois par Napoléon I^r en metlant^sur sa tête la couronne d'Italie et redits aujourd'hui avec foi et décision par tout un peuple résolu à conserver intacte son intégrité et à la défendre contre tout ennemi, proche ou éloigné, découvert ou caché (2). »

Elle exige une « action immédiate » contre les jésuites (3) :

/^ « A toutes les Loges d'Italie et à toutes les Associations progressistes et libérales d'Italie, nous demandons de s'unir à nous pour lutter légalement dans le but d'empêcher que les jésuites se rassemblent et s'emparent de la (jonscffince de la nation, de l'enseignement de la jeunesse et des volontés irrésolues des femmes et des timideè. »

« Nous leur demandons de s'unir à nous pour obtenir

-^^^XVIII, page 161.

iSSdtratlon du Grand-Maître adjoint en 1887: Rivii^taf XVI ÏI, page 180

(3) Voyez note (1), page Sgo.

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du peuple et du gouvernement de l'Italie, que les jésuites, chassés par la volonté nationale et par la loi, soient considérés comme les ennemis des citoyens, de l'État et de THumanité, et ne puissent, par sophismes ou prétextes spécieux, s'introduire dans la Péninsule pour conspirer, plus ou moins secrètement, contre les consciences, les caractères des hommes et le bien de Fltalie. »

« Tout retard dans Taclion est dangereux ; il faut agir promptement (i). »

Elle n'admet aucune conciliation que ce soit, ni nationale :

/^ « Si le Pape veut faire le prêtre il n'a pas besoin de se réconcilier avec l'État italien. »

« S'il veut faire le Roi, il ne peut pas se réconcilier avec le pouvoir civil de l'État italien. »

« Et pourtant, après l'alliance avec l'Autriche, après la contrition de Bismarck, après la diversion abyssinienne, après l'invasion des jésuites dans les écoles, après des flots de bénédictions en des versets barbares dans la forme et dans le fond, à la suite de tout un système organisé d'avilissements et de mensonges, nous sommes arrivés à la possibilité d'une conciliation qui pardonne à l'Italie d'être Italie. »

« Ce n'est pas de conciliation ni de pardon que l'Italie a besoin ; elle a besoin de sagesse d'Etat, d'honnêteté de finances, d'éducation scolaire éducatrice^ et de franchise de caractère pour bien rappeler au Roi, aux conseillers de la Couronne et au Parlement, que l'Italie est issue de la science, de la vérité et du droit, et que, hors de cet ordre d'idées, elle deviendra ou cimetière ou « Bordel Ion \ »

« Aussi, la question romaine est tellement close et bien close, la séparation entre l'Église et la Papauté est tellement profonde, qu'aucun Gouvernement italien ne peut envisager la conciliation autrement que comme une trahison envers la Patrie (2). »

(1) Déclaration des Francs-Maçons de Florence du p -octob. i883. ivista, XIV, page 296

(2) Le F.*. Bovio, iîéputé : Rivista, XVIII» page 1 13

Ni même internationale :

/, « La conciliation entre la Papauté et T Italie est impossible, car ni la conciliation ne peut réhabiliter la religion, ni aucun Pape ne peut laccepter. La conciliation est un replâtrage, mais ce n*est pas une solution. Le penseur ne la comprend pas, le prêtre n'en veut pas. »

« Après le 20 septembre 1870, date de la prise de possession matérielle de Rome par l'Italie, le 9 juin 1889, date de Térection de la statue de Giordano Bruno, est aussi la date de la prise de possession religieuse de Rome au nom de la Pensée humaine. »

« Deux devoirs s'imposent au Gouvernement italien : la laïcisation de TEtat, qui proclame désormais la liberté de conscience la plus pleine et entière, et la suppression radicale de toute hégémonie romaine d'Empereurs ou de Pontifes, la suppression de toute alliance de ritalie avec des Etats superstitieux (i). »

Enfin, la Franc-Maçonnerie italienne, après avoir imposé cette lutte contre la Papauté, et cela d'une manière officielle, au Gouvernement italien lui-même, car :

^\ « Par communication officielle adressée le ij février 1886 à son Excellence le Président du Conseil des ministres du Royaume d'Italie, le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie italienne lui dit :

« Au nom des Libres-Maçons italiens. Je demande au Gouvernement, que, en présence des graves indices de conspiration cléricale, dénoncés par presque toute la presse, il soit fait, sans délai, ou pleine lumière ou entière justice. »

« En attendant, je déclare que les Loges maçonniques ne cesseront plus de maintenir vive et vigilante la conscience publique contre les machinations du Vatican. »

« Le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie italienne,

« Adrien Lemmi(2). »

(1) Le F.*. Jean Bovio, à Naples : Rivista, XX, page 19S.

(2) Rivista, XVI, page Syi, col. 2, lignes 7 à 22.

Et rimpose despotiquement à toutes les Loges italiennes :

/, « Conscient de la plus grande responsabilité qui lui incombe, par devant la Franc-Maçonnerie du Monde entier et par devant le monde profane, le Grand Orient d'Italie ne permettra pas que les Loges italiennes s écartent en quoi que ce soit de Torbite qui leur est tracée par nos lois librement discutées, spontanément acceptées, et répondant si fidèlement au concept et aux ordonnances de la Franc-Maçonnerie universelle (i). »

Pour terminer cette étude sur Faction de la Franc- Maçonnerie en Italie, nous attendions que les Francs- Maçons italiens se soient expliqués sur un document qui a été publié par de nombreux journaux de France, de Belgique et d'Italie.

Cest le texte d'un jugement du Tribunal de Marseille du 22 mars 1844 où figure le nom de Adrien Lemmi.

Il n'en a rien été.

Le N° de juin 1890 de la Rivista délia Massoneria italiana, que nous avons sous les yeux, ne publie aucun mot relatif à ce jugement.

OOCUIEITS JUSTIFICATIFS Blission de la Franc- Maçomierie italienne.

Manifeste pour les Loges étrangères

(Rivista délia Massoneria italiana, Xlv, pages 207 à

209 et 238 à 241.)

* ^uLes Philanthropes, les âmes généreuses,les vertueux des anciens temps, qui fixèrent leur attention sur les erreurs et les vices des hommes, sur leur aveuglement,

(1) Circulaire officielle du Grand Maître, du i5 juin 1887, Rivista, XVIII, page 167

sur les conditions de leur existence, sur leurs misères et leurs infirmités, prirent la noble résolution de combattre ces vices et ces maux, en adoplant, pour ces glorieux combats, desimpies moyens pacifiques et inoffensifs.

» Oui, ces hommes, touchés des tristes conditions delà famille humaine, conçurent et nourrirent la douce espérance de pouvoir dissiper les épais nuages de Terreur, en instruisant les peuples, en agitant sans cesse devant eux le flambeau de la vérité et de la raison, de faire abhorrer le vice, de faire soulager les misères, de faire cesser « possiblement » (sic) tous les maux qui sont le produit des vices sociaux, en prêchant et en inspirant le culte de la vertu.

» Mais quel fut le sort de ces amis de la vérité et de la justice, de ces humanitaires aux aspirations si pures et]si saintes ?

» Quel a été le sort de tant de cœurs généreux, qui crurent à la possibilité de corriger les hommes, de les civiliser, de les polir, de les rendre meilleurs ti possiblement (sic) heureux, sans contrainte, sans violence, sans rigueurs, et seulement par la libre manifestation de la pensée et en leur procurant une instruction sage et rationnelle ?

» L'histoire nous le dit : Les potentats, les maîtres des peuples, grands et petits, conservateurs tenaces et très jaloux du statu quo, ayant l'adhésion, la complicité des privilégiés, et particulièrement du sacerdoce, ont craint, haï et persécuté tous ceux qui ont montré des aspirations réformatrices, tous ceux qui ont entrevu pour l'humanité de meilleurs et plus dignes destins, ainsi que^ les moyens de les obtenir sans troubles et sans douleurs.'

» Et il faut noter que depuis la ciguë qu'on fit avaler à Socrate, et la flagellation de Jésus, la haine des hommes du privilège contre les amis de la vertu est devenue de siècle en siècle plus profonde, plus acharnée, plus atroce à inventer les tourments et les supplices qui sont la honte majeure du moyen âge, et dont les horreurs plus navrantes smt dévolues au Vatican.

» Si les, hommes qui se sentent assez forts, assez

capables, assez sages pour régir et gouverner les peuples, étaient un peu familiarises avec Thistoire et pouvaient se mettre de temps en temps sous les yeux Thorrible tableau des victimes innocentes qui ont été faites, de par la loi et de^par Dieu, de la manière la plus brutale, la plus perfide, la plus atroce, ils trouveraient assurément des enseignements précieux et salutaires.

» Si les hommes qui ont la tâche redoutable de conduire les nations et d'en améliorer les destins, savaient s*en expliquer les erreurs, les fautes et leurs horribles conséquences, ils profiteraient certainement des leçons si nombreuses et si utiles que les annales des peuples leur fournissent ; et après tout, ils ne pourraient plus détourner les yeux d une terrible vérité qui, étant constamment devant eux, leur montrerait que les maux sociaux sont toujours dérivés beaucoup plus du manque de sagesse, de vertus et d'aptitudes dans les gouvernants que de la rudesse des gouvernés.

» Et voici maintenant la vérité que je contemple et qu'il faut relever.

» Les hommes qui frémissaient devant l'horrible spectacle des atroces brutalités de la tyrannie, devant la terreur qu'elle répandait, voyant que la pacifique manifestation de la pensée n'était plus libre ni permise, durent naturellement sentir et reconnaître qu'une fatale nécessité les forçait de sortir de la voie pacifique et d'essayer les moyens violents, même les plus détestables et les plus criminels.

» Et vraiment la défense au peuple de discuter pacifiquement leurs intérêts, d'invoquer leurs droits, d'exprimer leurs besoins, leurs vœux et leurs aspirations dut être nécessairement une très violente provocation à la révolte : et les peines, si brutales et si atroces qu'on infligeait à ceux qui avaient le noble courage d'élever la voix contre les iniquités de la tyrannie, durent mettre les hommes, assez sensibles et jaloux de leur droit et de leur dignité envers l'arbitraire des pouvoirs despotiques, dans le cas de légitime défense, pour laquelle tous les moyens possibles sont légitimes et justifiables, et toujours

approuvés et applaudis par la conscience universelle. Rien n'a jamais réjoui, soulagé et ravivé les peuples autant que le renversement d*un pouvoir arbitraire et despotique, autant que la destruction d'un tyran.

n Organisation de forces collectives et harmonisantes, associations secrètes, conspirations ténébreuses, complots, séditions et assassinats, révolutions violentes, qui, réprimées ou triomphantes, ont presque toujours fait couler à flots le sang fraternel, en faisant d'horribles carnages, d'horribles catastrophes; tout a été violemment provoqué, tout a étéig^ime, nécessaire et (je crois pouvoir ajouter) très utile eTtrèfrilétond, quand lobjectifaété réelJement d'un intérêt général.

n Malgré la nécessité et l'efficacité assez défnpntrées des moyens violents, dont la fatale nécessité, ayant N|>ien heureusement cessé pour plusieurs peuples, existe enc^e pour bien d'autres, et que des gouvernements peu sages^. peuvent faire renaître d'un moment à l'autre, la Franc- Maçonnerie, institution antique et universelle, car son Eglise est ouverte à toutes les races, à toutes les nations, à toutes les écoles, à tous les principes, à toutes les croyances, à toutes les opinions non contraires à l'honnêteté^ est restée inébranlable dans son attente pacifique, ayant foi dans l'action de la philosophie, dans la puissance de l'idée et surtout dans la lumière de la raison ; elle paraît avoir pleinement adopté la maxime évangélique : Non suntfacienda tnala ut éventant bona.

a Enfin les Francs-Maçons ont compté sur l'efficacité des moyens moraux, permis et possibles; toujours résignés, ils ont supporté toutes les formes, tous les régimes politiques ; comme membres du corps maçonnique ils n'ont jamais conspiré, jamais agi contre les gouvernements, quels qu'ils aient été.

ï) Ainsi l'Institution maçonnique, sûre d'être tolérée, a pu s'avouer ; elle ne cache aux profanes que ses rites et ses a cl es intérieurs.

rt Et vraiment, c'est par son sage dessein de n'être lamais hostile aux gouvernements, et de rester étrangère a la politique, que cette corporation a pu se perpétuer,

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s'universaliser et s'étendre; c'est ainsi qu'elle a su se tenir à Tavant-garde du progrès par la voie pacifique ; c'est ainsi qu'elle est parvenue à faire sentir et comprendre que :

» La Fraternité n'a pas de frontières.

» Quand la voix de la philosophie se taisait devant la doctrine de l'Évangile, que l'Europe apprécia, accepta et suivit pour les principes qu'elle renferme, éminemment humanitaires et féconds, sans faire attention aux procédés du Vatican, qui en altérait l'esprit et la forme pour la rendre propre et adaptée à la réalisation de ses desseins mondains, aussi audacieux que pervers;

» Quand d'innovation en innovation, d'usurpation en usurpation, de dogme en dogme, le Pontificat était arrivé à l'apogée de sa puissance, et que ses absurdes fictions étaient déjà recardées par la chrétienté abrutie et fanatisée comme des vérités inattaquables ;

» Quand les évêques de Rome étaient enfin parvenus à se faire reconnaître comme les véritables représentants d'un Dieu, qu'ils avaient fait selon leur cœur et à leur image, et dont ils faisaient un véritable trafic ; Quand, dans la fureur de leur haine implacable et profonde, ces mandataires de Dieu consommaient ouvertement la plus énorme des scélératesses humaines, celle qui glorifiait l'assassinat et le montrait comme le plus digne objet des récompenses éternelles; Quand, altérés de sang et de carnage, ils avaient inventé, pour assouvir leur soif insatiable de vengeance et de victimes, tout ce que la perfidie de l'homme a pu suggérer de plus barbare, de plus atroce, de plus horrible; Enfin quand pour les catholiques l'assassinat et la guerre fratricide étaient un devoir sacré et le moyen le plus sûr pour obtenir les meilleures récompenses de la terre et du ciel, que les chrétiens s'entre-déchiraient comme des cannibales, et que l'Europe n'était plus qu'une boucherie de chair humaine, la Maçonnerie, le cœur saignant et toute saisie d'horreur, dut sentir et comprendre encore plus combien sa mission devait être utile et nécessaire.

» Les horreurs du moyen âge durent être, pour les

esprits sains ei réfléchis, toujours dédiés à la cause humanitaire et spécialement pour ceux qui ont accepté; sinon sollicité, la mission de régir et conduire les peuples, un pressant avertissement de la nécessité impérieuse et absolue d étudier les maux sociaux et d'en chercher, d'en démêler et en discerner les causes afin de pouvoir les combattre sans confusion et avec justice.

» Pour la Maçonnerie, le moyen âge fut, et il Test encore, un aiguillon de plus et en même temps une source de révélations et d'indices certains, par lesquels il lui fut encore plus facile d'étudier les maux, d'en chercher les causes, de les démêler, de discerner les causes de leurs effets, de ne pas confondre le vrai avec l'erreur, de distinguer le juste et le bon du mauvais et de l'injuste, de séparer le bien du mal, l'utile de l'inulile.

» La Maçonnerie, collectivement et comme corporation, a été constamment fidèle à ses principes et à ses disciplines ; entièrement consacrée à la cause de l'humanité selon sa devise: Liberté, Egalité, Fraternité, elle est ,et a été envers les hommes de tous les principes, de toutes les croyances, de toutes les castes, de toutes les gradations sociales, non seulement indulgente mais magnanime.

» La Maçonnerie qui a, et a eu dans tous les temps, dans son giron fraternel, non seulement des cœurs nobles et généreux, mais aussi des intelligences d'élite, des têtes fortes, des esprits lumineux, des philosophes et des sages, a pu étudier avec profit les hommes et les choses qui les concernent, c'est-à-dire ce qui leur a été et peut leur être utile ou pernicieux.

» Toujours ferme devant son brillant idéal (la perfectibilité humaine) par ses études analytiques, expérimentales et comparatives, par ses diligentes recherches de la vérité, faites avec le calme et la sérénité que donne la conscience pure et satisfaite,et qui font dominer^ toujours la raison, la Maçonnerie a su bien discerner et' démêler le vrai du faux...

» La noble et bienfaisante Institution a constamment dirigé ses généreux efforts, ses glorieux combats contre

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Terreur et le vice, jamais contre les hommes, dans lesquels elle veut le sentiment vif, profond et général de la solidarité humaine.

» C'est Elle, ce sont ses philosophes, ses poètes et ses apôtres, qui, en agitant sans cesse le flambeau de la raison et de la vérité, ont ouvert bien des cœurs aux doux sentiments de la vertu, et y ont suscité la noble et sainte ardeur des sacrifices, des grands bienfaits et derhéroisme» Et ce sont précisément ses apôtres et ses héros qui ont fait voir et discerner l'horrible confusion de principes, par laquelle les crimes les plusafifreux contre la nature étaient des actes de piété sublime, nécessaires pour mériter la miséricorde et la protection divines, par laquelle le sol de l'Europe et celui de l'Asie ont été abreuvés de sang humain pendant des siècles pour glorifier ainsi le père de Thomme, l'auteur de la nature, et que la famille chrétienne s'est entr'égorgée pour Dieu et par Dieu avec une férocité que nulle autre espèce du règne animal ne pourrait égaler, encore pendant bien des siècles. Et tout cela montre combien les fruits de la vigne mystique ont été exquis et abondants depuis que ses hauts Gardiens se sont revêtus de la pourpre et ont ceint leur front de la tiare.

» Il faut espérer que ces jours d'horreur seront passés sans retour; mais la tâche de la Maçonnerie n'est qu'entamée : un très vaste horizon s'est ouvert devant elle; de nouveaux combats l'attendent.

» Nous ne verrons plus les philosophes innocents et purs condamnés à boire la ciguë; le moraliste, sensé et sans tache, qui prêcherait l'amour et la vertu ne serait plus flagellé ni crucifié. Les pères n'enfonceront plus le fer meutrier dans les entrailles de leurs enfants. Si le clergé chrétien était encore altéré du sang des hommes d'une autre croyance (ce que je ne pense pas), je le déclare sincèrement, il pourrait exciter les masses fanatisées à des désordres graves et regrettables, mais il ne trouverait plus un gouvernement assez arriéré pour se laisser entraîner dans une guerre de religion.

» Désormais la confusion des grands principes n*est

plus possible; bon gré, mal gré, ils ont été solennellement reconnus et proclamés ; ils sont proférés et invoqués, même très fréquemment, par ceux qui ne les voudraient pas; mais pour la Maçonnerie il est encoredes confusions a éclaircir; il en est de très graves, de très pernicieuses, et dont la plus évidente est celle des langages, qui, par leurs formes hypocrites et mensongères, obscurcissent, altèrent et cachent la vérité des faits, ainsi que celle de la pensée et de l'intention, et dénaturent les causes et les effets.

» Les conquêtes politiques et toutes les conditions qu'on juge nécessaires pour le bonheur possible des honmies, seraient toutes vaines s'il en manquait une seule, la moralité des mœurs; l'idéal humanitaire ne peut être conçu sans l'amour et le culte de la vertu, et, partant, sans la haine et l'horreur du vice ; les hommes ne seront libres et heureux qu'autant qu'ils seront maîtres d'euxmêmes et d'une morale irréprochable.

» Mes derniers jugements sont corroborés et sanctionnés par l'histoire. Quels sont les peuples antiques et modernes qui nous ont donné les meilleurs exemples de civisme et de prospérité ? Ce sont précisément ceux qui, jaloux de leurs libertés, ont mieux cultivé et honoré la morale et la vertu.

» J'entends dire et répéter que les premiers, que les plus graves obstacles, que rencontrent les efforts humains, sont l'ignorance des masses, les erreurs et les préjugés dont elles sont imbues; oui, ce sont des obstacles réels et graves ; mais il en est de bien plus graves, à mon avis, et ce sont les vices qui débordent dé toutes parts.

» C'est contre cet effrayant débordement que la Maçonnerie doit diriger son action empressée, vigoureuse et sage ; c'est contre ce déchaînement de toutes les passions pernicieuses, se couvrant du manteau de l'hypocrisie, aux couleurs et aux formes changeantes, que les Frères Maçons, pénétrés de leur noble et sainte mission, doivent déployer leurs forces, leurs moyens, leur ardeur

» Les Frères Maçons savent très bien que le règne de la justice et de la vérité ne peut avancer, placide et paci-

fique selon leurs vœux, leurs desseins, leurs aspirations, tant que Tégoïsme individuel et collectif domine la généralité des hommes et spécialement les classes privilégiées et dirigeantes; ils savent, ils comprennent bien que les nioyens de persuasion morale sont infructueux tant que les hommes du privilège sont subjugués par Torgueil, par la vanité, par le désir immodéré de la fortune, et par Tamour effréné du luxe et des plaisirs sensuels ; ils savent trop bien que tous les efforts pacifiques n obtiendront pas le résultat désiré, aussi longtemps que iaction politique ne sera pas dirigée par des hommes honnêtes et par des sages.

» Tant que des ambitieux, pleins d orgvieil et de vanité et souvent sans talent, sollicitent les hautes charges et le pouvoir, et y parviennent en rampant comme des reptiles perfas et nefas.X^nl que ces hommes, pour lesquels la vertu n*a pas d'attraits, et dont ils invoquent hypocritement le nom pour séduire les peuples, toujours abusés, régissent et administrent les Etats; lant que les charges de TEtat sont confiées à des présomptueux qui les ont sollicitées, par calcul et par vanité, et ne savent les remplir qu'à force de procédés arbitraires et d'abus sans frein et sans pudeur; enfin, tant que les peuples seront pour les gouvernements, afin de combler la vanité, l'orgueil, l'ambition démesurées d'un mortel,.., et non les gouvernements pour les peuples, les aspirations, les œuvres, les efforts humains, trouveront des obstacles invincibles.

)) Or, devant les conditions générales actuelles de la société, devant cette fiévreuse activité des grands Etats à forger et confectionner des armes (selon les inventions qui se succèdent comme les jours) à construire, à reconstruire des navires monstres et formidables, à former et à garder des armées et à fortifier les frontières, activité continuelle qui écrase les peuples par le poids des impôts, qui alimente la jalousie et la haine entre les nations, qui s'oppose aux améliorations et à^la prospérité matérielle et conspire contre la paix et le bonheur universel ; devant le relâchement des mœurs, déjà si

iB.

étendu ; devant le désordre moral qui pénètre dans tous les ordres; devant la mer de corruption qui submerge toutes les classes; et enfin, devant cette confusion si funeste des systèmes et des principes adoptés pour l'éducation des peuples, ou plutôt, devant la coupable négli- Î^ence des plus impérieux besoins sociaux, la culture et 'éducation de l'homme, la tâche pacifique de la Maçonnerie devient encore plus ardue, plus pénible, mais aussi plus noble et plus glorieuse...

» La lutte entre le privilège et le droit, entre la ténacité conservatrice, qui s'obstine à maintenir Terreur et rdbsnrde, et les résolutions réformatrices qui ne veulent plus supporter le triste spectacle de la famille humaine diffiérenciée en ce qui doit être le patrimoine commun de tous les hommes, la lumière de la vérité et de la raison sera soutenue avec opiniâtreté; les destins humains sont encore très compromis; ceux qui les dirigent et régissent sont très rarement assez bons et assez sages, mais tyrannisés presque tous par des passions funestes, et toujours inférieurs à la haute mission dont ils ont voulu se charger, ils tiennent la société dans les plus tristes appréhensions et sous la menace perpétuelle de guerres internationales, de rebellions et de révoltes populaires, lesquelles peuvent être encore plus terribles, car les peuples en général ne sont pas assez bien formés, par la nouvelle civilisation, pour réaliser Tidéal humanitaire, et qu'ils ne peuvent pas l'être tant que les principes de leur éducation politique et morale ne seront en harmonie avec la raison, avec les lois de la nature, avec la saine philosophie. »

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