‹ L'ennemie socialeChapitre 24 sur 44 · TROISIEME PERIODE · texte numérisé non relu

TROISIEME PERIODE

Période Hollandaise.

De la chute du I*' Empire à la proclamation d'Indépendance (1830).

Le i^^ janvier 1814, les Loges régulières qui se trouvaient en Belgique en pleine activité de travail étaient au nombre de 27. Ayant secoué, avec la domination française, l'obédience du Grand Orient de France, ces ateliers songèrent à l'établissement d'une Grande Loge nationale, et, le 10 décembre 18 14, un grand Conseil des Princes du Royal Secret, du 25™^ degré, constitué dans le sein de la Loge les « Amis Philanthropes » de Bruxelles, prétendit s'ériger en autorité suprême de la Franc- Maçonnerie en Belgique.

Mais l'incertitude où l'on était de l'avenir politique d'un pays sur lequel le Congrès de Vienne navait pas encore définitivement statué, devait rendre cette prétention illusoire jusqu'après le 3o mars 1814, époque où la Belgique fut incorporée au royaume de Hollande.

En novembre 181 5 cinq Loges de Bruxelles, dont 3 du Rite de la stricte observance rectifiée, et 2 du Rite Ecossais, nommèrent chacune trois membres qui formèrent la (( Commission des Quinze ». Les travaux de cette commission eurent pour résultat l'établissement de la Maçonnerie belge.

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Cette commission présenta quatre projets d'autonomie maçonnique. L'un de ces projets, élaboré par la Loge les « Amis Philanthropes » de Bruxelles, fut adopté pour être présenté à l'Assemblée Générale des Francs-Maçons belges, qui se réunit à Bruxelles le i^^" février et le i5 mars 1817 sans qu'aucune résolution définitive y fût arrêtée.

Entre ces deux séances plénières, les Maçons du Rite Ecossais ancien et accepté s'étaient réunis, et, sous la présidence du Marquis de Rouyer, membre du Suprême Conseil de France, avaient constitué un Suprême Conseil du 33°^^ et dernier degré du Rite, lequel conseil comptait, le i5 mars 1817, jour de son installation, quinze 33mes Français et seulement deux 33™" belges, les Frères Coppyn et de Grégoire.

Le Roi de Hollande ayant manifesté en mars 181 5 son désir de voir toutes les Loges de son Royaume soumises à l'autorité d'une Grande Loge unique, son deuxième fils, le Prince Frédéric Guillaume Charles de Nassau, fut nommé Grand Maître à l'unanimité des voix le 4 juin 1816. Le prince choisit le duc d'Ursel comme Grand Maître adjoint.

N'étant pas encore initié (i) le Prince se rendit en juillet 1817a Berlin oij il fut reçu Franc-Maçon et passa par tous les grades dans la même séance d'initiation, en présence d'une délégation spéciale de la Grande Loge

« (1) Dans sa circulaire du 25 avril 1819, Son A. R. s'exprime à ce sujet dans les termes suivants :

« J'avouerai volontiers que, lorsque je me vis élevé au rang de Grand Maître National, je n'avais pas les connaissances requises pour remplir cettte dignité ; mais au moins le désir de me les procurer ne me manquait point. »

« Depuis, je me flatte d'avoir obtenu sur tout cela des connais' sances suffisantes, et je ne vous cache pas que, par rapport au but de l'Ordre, plusieurs grades s'occupent du dogme, d'autres de POLITIQ.UE, etc.»

Donc, S. A. R. avoue que si, en devenant Grand Maître de la Franc-Maçonnerie des Pays-Bas, il ne savait pas ce que c'était que la Franc-Maçonnerie, il s'est aperçu depuis que c'est une association qui s'occupe de religion et de politique.

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« Aux trois Globes » de Berlin, présidée par Guionneau, le successeur de ZoUner dans la Grande Maîtrise de cette Grande Loge.

Devenu ainsi Franc-Maçon régulier, le Prince Frédéric fut solennellement installé comme Grand Maître national des Pays-Bas le i8 octobre 1817.

Mais la fusion des Loges Hollandaises (du Nord des Pays-Bas) et Belges (du Sud des Pays-Bas) ne se réalisa nullement dans la pratique. Le 5 mai 1817. à l'occasion de l'mitiation de son frère aîné, le Prince d'Orange, dans la Loge « l'Espérance » de Bruxelles, et sur le refus de celui-ci de devenir Grand Maître de la Franc-Maçonnerie belge, le Prince Frédéric proposa à la Grande Loge la création de deux grands corps administratifs, l'un pour les provinces du Nord, l'autre pour les provinces du Sud, avec un seul Grand corps législatif siégeant à la Haye.

Cette disposition fut adoptée, et une Grande Loge temporaire de Belgique fut constituée le 24 juin 1817. Elle s'empressa d'élire le Prince Frédéric comme Grand Maître, en sorte que celui-ci se trouva être Grand Maître de la Grande Loge des Pays-Bas, de la Grande Loge d'administration de Hollande et de la Grande Loge d'administration de Belgique.

Une commission, nommée le 3o août 18 17, sur la demande du Prince, pour établir un modus vivendi entre ces deux Grandes Loges Administratives, termina son travail en quatre séances et le présenta aux délibérations des Grandes Loges, le 20 septembre. Il fut adopté définitivement le 1 1 décembre suivant, à l'unanimité des voix des Frères Belges, et par 77 voix contre 20 des Frères Hollandais.

Suivant cette résolution, la Grande Loge législative devint le Grand Orient des Pays-Bas, composé des dignitaires de la Grande Loge administrative de Hollande et de 14 Maîtres-Maçons hollandais; des dignitaires de la Grande Loge administrative de Belgique, et de 14 Maîtres-Maçons belges.

La Grande Loge administrative de Belgique fut solen-

nellement installée dans la Loge « L'Espérance » de Bruxelles, le ii avril 1818, et aux 27 Loges qu'elle avait sous son obédience avant cette date, trois nouvelles vinrent s'ajouter, portant le nombre de ses ateliers subordonnés à 3o. Deux ans après, en i820,cesateliers étaient au nombre de 33.

Le 27 avril 1819, le Prince Frédéric proposa de joindre au grade de Maître-Maçon deux « Sections » d'instruction complémentaire, dans lesquelles les Maîtres Maçons recevraient, sous les^ dénommations de Maître Elu et de Maître Suprême Elu, l'initiation complète à tous les hauts grades de tous les Rites ; de façon à ce qu'un Maître-Maçon, après avoir reçu l'instruction de la section des Maîtres Suprêmes Elus, fût, au point de vue de l'initiation maçonnique, et tout en restant Maître- Maçon, l'égal absolu d'un 33"^ du Rite Écossais Ancien et accepté.

Celte proposition, attentatoire aux privilèges des Hauts-Grades, fut repoussée, et le Prince donna sa démission de Grand Maître du Grand Orient des Pays- Bas, le 20 mai 1820.

Le 19 mai 1823, la Grande Maîtrise fut offerte au Prince d'Orange qui la refusa, et c'est alors qu'eut lieu l'élection du Frère Nabout Van den Ween, comme Grand Maître du Grand Orient des Pays-Bas, fonctions qu'il exerça pendant dix années, du i'^'' juillet 1824 à 1834, qui furent pour l'Ordre maçonnique une triste période de dissensions et de luttes intestines.

La Franc-Maçonnerie en Belgique après 1830.

Cette partie de l'Histoire de la Franc-Maçonnerie en Belgique ne comprend qu'une période : celle qui va de i83o jusqu'à nos jours, et que nous appellerons :

Période Belge.

C'est bien le 3 octobre i83o que fut proclamée l'iftdépendance politique de la Belgique, comme Nation, mais ce ne fut que le 16 décembre i832 que la Grande Loge d'Administration de Belgique, que nous avons vu installer le 11 avril 18 18, demanda aux Loges Belges de se réunir pour proclamer son indépendance maçonnique.

A l'assemblée plénière, qui eut lieu le 25 février i833, quinze loges, sur les trente-trois qui existaient en 1820, se trouvaient en activité, et sur ces quinze, quatre seulement étaient représentées.

Ce sont ces quatre Loges qui constituèrent le Grand Orient de Belgique, le 23 mai i833, dans les termes suivants :

/^ « A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers,

et sous la protection spéciale

de Léopold, Roi des Belges ;

le Grand Orient de Belgique

dans une décision prise par lui le i6« jour du lo^ mois 5832,

« Déclare ce qui suit :

« Le Grand Orient de Belgique ne reconnaît aucune autorité maçonnique supérieure ou égale à la sienne (1).»

Le Frère f. De Frenne fut nommé Grand Maître adjoint.

Deux observations intéressantes : Dans la médaille commémorative frappée pour conserver le souvenir de cette proclamation d'indépendance, l'auteur, le Frère Adolphe Jonvenel, traduisit les mots : « A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers » par ceux ci : Ad majorem Dei gloi^iam, et il en résulta que le quartier général d'où la Compagnie de Satan dirigea la plus rude des

(1) Tracé de la Pompe inaugurale du Temple du Grand Orient de Belgique. A Bruxelles, des presses du Frère /îe>M>' 5833. page 19, lignes 3 à 9.

campagnes contre la Compagnie de Jésus, adopta, lors de son installation, la devise de cette dernière.

La deuxième observation que nous devons faire est que, somme toute, l'autorité du Grand Orient de Belgique n'a d'autre origine que cette affirmation des plus contestables :

^\ « Il ne reconnaît aucune autorité maçonnique supérieure ou égale à la sienne. »

Origine que peu de Francs-Maçons acceptèrent tout d'abord. Car si la majorité des Loges prêta son adhésion à ce Grand Orient, neuf autres refusèrent de reconnaître son autorité, et, le 4 janvier i836, il dut déclarer irrégulières ces neuf Loges dissidentes. Cinq d'entre elles disparurent, quatre passèrent à l'obédience du Grand Orient de Hollande. Sur ces quatre transfuges, trois rentrèrent au bercail et reconnurent l'autorité du Grand Orient de Belgique ; une seule, celle de Gand, resta hollandaise et l'est encore.

Le g mars 181 3, le Prince Léopold de Saxe-Cobourg- Gotha avait été initié à la Maçonnerie dans la Loge « l'Espérance », de Berne. Devenu roi des Belges, sous le nom de Léopold l^'^, le souverain franc-maçon, quoique n'ayant jamais assisté aux tenues de la Grande Loge de Belgique, en accepta le Protectorat dès i832.

Le i3 décembre i833, les Loges belges furent autorisées à exercer l'éclectisme maçonnique ; c'est-à-dire que tout en restant soumises et fidèles au Grand Orient de Belgique pour les trois degrés : Apprenti, Compagnon, et Maître de la Maçonnerie Symbolique, elles étaient autorisées à demander à n'importe quel autre rite l'autorisation de greffer sur elles toute espèce de chapitres, de conseils, de consistoires, etc.

Il eut des Loges où, en dehors et à part les trois degrés symboliques, on pratiqua en même temps le Rite Écossais ancien et accepté de trente-trois degrés, le Rite Français de sept, le Rite deMisraïm de quatre-vingt-dix, et le Rite de Memphis de quatre-vingt-seize degrés.

Mais petit à petit, le Suprême Conseil du 33™^ degré du Rite Écossais ancien et accepté réussit à soumettre à

son autorité tous les hauts grades gouvernés par le Grand Orient ; et aujourd'hui les grades symboliques et les hauts grades gouvernés par Je Suprême Conseil vivent côte à côte dans la plus cordiale fraternité.

Le baron de Stassart, président du Sénat et de l'Académie Royale de Belgique, élu Grand Maître le i^^niars, fut installé le 3 mai i835. Le Grand Orient promulgua ses statuts le 19 janvier 1 838, et, sur la démission donnée le 10 juin 1841 par le baron de Stassart, le Frère Z)e/'<a!c^;^, d'Ath, premier président de la Cour de cassation, fut nommé Grand Maître le 1 1 juillet 1842 ; son successeur fut, en 1854, le Frère T^A. Verhaegen, président de la Chambre des Représentants. L'incident de la démission du baron de Stassart mérite d'être raconté : il fait bien voir les prétentions, les machinations et l'action de l'abominable secte dans la politique, par le moyen du libéralisme, qui n'est que sa forme extérieure et présentable, son masque, si l'on veut.

Pendant les premières années de notre indépendance, l'on avait pu conserver ce qui s'appelle l'union de i83o, c'est-à-dire que, dans le gouvernement et l'administration, les libéraux n'étaient pas agressifs, intolérants et exclusifs comme ils se sont montrés à partir de 1840, et les catholiques, volontiers enclins à la modération, toujours amoureux de pacification, comme ils le sont encore, et facilement accessibles aux illusions, en quoi ils n'ont pas changé, se figuraient que cela durerait longtemps, peut-être même toujours.

En cette année 1840, le 6 avril, le ministère de Theux, installé le 4 août 1834, fut renversé, et il fut remplacé, le 18 avril, par un cabinet composé de MM. Lebeau, aux affaires étrangères, Liedts, à l'intérieur, Leclercq, à la justice, Rogier, aux travaux publics. Mercier, aux finances, et le général Buzen, à la guerre. C'était une administration homogène : tous ses membres appartenaient à l'opinion libérale. Et pourtant la majorité, au Sénat, était catholique; la majorité, à la Chambre, libérale, mais faible.

Les calhohques, toujours conciUants, et longanimes, encore aujourd'hui, eurent patience, mais bientôt les

libéraux affichèrent de telles prétentions, dans leurs journaux, notamment dans la Revue nationale, fondée et dirigée par M. Devaux, député de Bruges, qu'il devint impossible même pour les plus accommodants, à moins d'être traîtres à eux-mêmes, de supporter plus longtemps un état de choses aussi anormal, et le ministère Lebeau, après avoir en vain demandé au Roi la dissolution des Chambres, dut s'en aller.

Le i3 avril 1841, un nouveau ministère fut formé ; il était composé de MM. de Muelenaere,aux affaires étrangères, Nothomb, à l'intérieur, Van Volxem, à la justice, comte de Briey, aux finances, Desmaisières, aux travaux publics, général Buzen, à la guerre.

Encore une fois les catholiques, fidèles à l'idée, on pourrait dire à l'utopie, de conserver l'union de i83o, avaient appelé des libéraux dans ce cabinet, même ils leur avaient donné la majorité. Il n'y avait en effet que MM. de Muelenaere et de Briey qui étaient catholiques; MM. Nothomb, Van Volxem, Desmaisières et Buzen appartenaient à l'opinion libérale.

M. Nothomb, ministre de l'intérieur, formula, sous forme de circulaire aux gouverneurs de province, le programme du nouveau cabinet. (( Il voulait d'une manière » sincère fixer le gouvernement sur le terrain des opi- )) nions modérées. Il n'était l'avènement ni d'un parti )) politique ni d'une classe sociale, mais l'organe libre et » impartial du pays considéré dans son ensemble. »

En terminant sa circulaire, M. Nothomb manifestait une appréhension qui ne s'est que trop réalisée. « Si cet » essai ne réussissait pas, disait-il, au delà du ministère » actuel, il n'y aurait proba'olement plus à opter qu'entre » deux combinaisons également exclusives ; deux partis » seraient peut-être pour longtemps en présence, se pas- » sionnant chaque jour davantage, absorbant toutes les » nuances intermédiaires, convoitant le pouvoir, l'obte- » nant tour à tour par d'inévitables réactions et l'exer- » çant alternativement, non dans l'intérêt général, mais » au détriment l'un de l'autre. Ce serait un grand » malheur que de réduire le gouvernement à cette alter-

» native. Nous osons le dire : le cabinet actuel est le » point culminant d'une situation. Après lui, il faut » presque inévitablement que le pouvoir se porte à droite » ou à gauche. » {Moniteur du 14 avril 1841.)

Il faut reconnaître que M. J.-B. Nothomb voyait juste. Celte tentative de « fixer le gouvernement sur le terrain des opinions modérées » fut, nous ne dirons pas la dernière illusion des catholiques, mais le dernier essai de ministère mixte.

Et qui fit échouer celte dernière tentative, tentative certainement généreuse et patriotique? Les libéraux, c'est-à-dire les francs-maçons.

Et ici nous avons l'aveu d'un maçon, du chef même des Loges belges, du Grand Maître National, M. le baron de Stassarr.

Le baron de Stassart était libéral, tout autant que M. Lebeau, M. Devaux, M. Rogier, etc. Rien d'étonnant qu'il fût franc-maçon. Il appartenait à la Loge de Namur, laquelle suivait le rite écossais. En 1818, il y avait le grade de G.\ M.' . de la Vérité, et il était arrivé au 29™^ degré. — Puisque nous parlons de la Loge la Bonne Amitié, disons qu'on y trouvait alors un Command.". d'Alep (c'était le prince de Gavre), un Command.'. d'Ephèse (c'était le F.'. Walter, secrétaire inspecteur de l'université de Liège), un Command.'. de Damas, un Command.*. d'Antioche (c'était Marchot, avocat à Nivelles), un Command.". de Smyrne, un Command.". de Césarée, un Command.'. d'Alexandrie, un Command.'. de Saint-Jean d'Acre, un Command.". de Corinlhe, un Préf.*. de Nazareth, un Préf.". de Rhodes, un Préf.". de Tessalonique, un Préf.". de Nicosie, etc., etc. — Les maçons ont toujours aimé les titres pompeux et ridicules, comme leurs harnachements.

Après i83o, la maçonnerie belge, manquant de patriotisme, resta longtemps toute dévouée à l'orangisme, et l'on assure qu'elle en conserve encore le culte. Bientôt ce sera établi, par des documents authenthiques. Le roi Léopold 1er, qui connaissait assez bien la maçonnerie, autant qu'un roi peut la connaître^ voulut que la grande

maîtrise, laissée au prince d'Orange, fût entre les mains d'un maçon belge, et le baron de Stassart, à la demande de Sa Majesté, fut nommé à ces fonctions. C'est ainsi qu'il devint Grand Maître National belge.

Arrivèrent les élections du 8 juin 1841. La maçonnerie avait, comme elle a toujours, ses candidats et elle combattait surtout M. de Muelenaere, un des hommes politiques les plus dignes et les plus honnêtes que la Belgique a eus depuis i83o. C'est à cette occasion que de Stassart renonça à ces fonctions de Grand-Maître, Voici sa lettre de démission :

Aux très chers et très illustres Jrères composant le Grand-Orietît de Belgique.

Orient de Bruxelles, le 10" jour du 4^ mois 5841. /, « Très chers et très illustres Frères,

» J'ai toujours considéré la Franc-Maçonnerie comme destinée à calmer les passions et non à les irriter, je vous ai tenu constamment le langage de la modération.

» C'est ce langage que j'ai cru devoir vous faire entendre le 10 mai dernier (ère vulgaire), lorsque je me rendis, dans des vues de conciliation, au milieu des membres des trois principales loges de Bruxelles, convoquées à propos des élections du 8 juin, sans qu'on eût jugé convenable de m'en dire un mot. Je n'exigeais autre chose, sinon qu'on s'abstînt de tout projet d'hostilité contre un ministère formé par un homme d'état estimable, mon ami depuis vingt ans ; contre un ministère qui ne compte pas un coryphée de parti et qui devrait conséquemment inspirer confiance aux gens sages, désireux d'éviter les ornières politiques ; je voulais qu'on attendît du moins ses actes avant de le juger. Je ne demandais pas mieux que d'accepter le maintien de la représentation actuelle du Brabant, sauf à s'entendre sur le choix du successeur de l'honorable M. Leclercq... Vous savez de quelle

manière mes paroles furent accueillies, et le peu d'égards que l'on témoigna dans cette circonstance à un homme qui croyait y avoir quelques droits ; vous savez à quel point on s'est montré exclusif ! . . .

)) Je puis oublier des torts envers moi, mais Je ne puis m'exposer à ce qu'ils se renouvellent ; je ne dois pas m'exposer à sanctionner par ma présence des actes contraires aux principes de tolérance et de modération que j'ai professés toute ma vie. Je viens donc résigner dans vos mains le titre de Grand Maître National belge et les pouvoirs qui s'y trouvent attachés. C'est à regret que je prends cette détermination ; mais ce qui vient de se passer m'en impose le devoir.

» J'ai la faveur, très chers et très illustres frères, de vous saluer par les signes maçonniques connus et avec tous les honneurs qui vous sont dus.

» Signé : le baron DE Stassart. »

Cette page de l'histoire de la maçonnerie en Belgique est significative : elle fait voir l'intolérance de la secte, son acharnement à s'emparer du pouvoir et à l'exploiter à son profit exclusif, et sa résolution d'expulser les catholiques de toutes les positions et de les réduire à l'état de parias.

Le 24 juin 1854, le Grand Maître Verhaegen fit la déclaration suivante :

/, « 1° Les questions politiques et religieuses doivent faire l'objet de l'action constante des Loges secrètement liguées.

» 20 Les Loges doivent être organisées dans leurs rapports entre elles et avec les sociétés secrètes de l'étranger, de manière à obéir à une impulsion unique, conformément aux traités conclus.

» 3° Ces traités conclus forment une loi suprême qu'il n'est permis à personne d'examiner ou de discuter. Le vrai Maçcn doit s'incliner devant ces traités et s'y soumettre aveuglément.

» /\P Les questions à l'ordre du jour sont : l'éducation

du peuple et l'enseignement public, qui doivent relever de l'État dans leur organisation, et, par l'Etat asservi, relever de la mystérieuse influence maçonnique d'une part, et d'autre part, la charité publique qui doit entraver la charité privée et la liberté des culres, qu'il faut extirper de la Constitution en tant que Liberté du culte catholique, par la compression de la parole en chaire et par la destruction de la liberté de s'associer dans un but religieux.

» 5° Ce programme doit au besoin être réalisé par la force. »

C'est de ce jour et du vote par acclamation unanime de cette déclaration du Frère Verhaegen, que datent le caractère nettement anti-clérical et l'esprit ouvertement anti-religieux de la Franc-Maçonnerie Belge (i).

Les protestations se produisirent, provoquées par la rupture, à l'occasion de ce vote, de tous les rapports de paix et d'amitié avec le Grand-Orient de Belgique, rupture décrétée par les Grandes Loges de Dresde, le i3 novembre, des trois Globes de Berlin le 7 décembre, de Prusse et la Grande Loge de Hambourg le 16 décembre 1854, par la Grande Loge de Berlin le 7 janvier, par la Grande Loge de Bayreuth le 24 janvier i855 et par la Grande Loge de Suède le 17 février i855. Ces protestations amenèrent des séparations et plusieurs Loges de l'Obédience du Grand-Orient vinrent se placer sous celle du Grand Conseil, qui en 1860 comptait parmi ses Ateliers jusqu'à treize Loges Symboliques (2).

(1) La vérité est que la Franc-Maçonnerie Belge organisa dès lors une politique d'application des principes francs-maçonniques se résumant en deux mots :

" Libéraliser l'administration et par elle le pays et entraver l'action de l'Église catholique en la dépouillant de ses biens. »

(2) Pour bien préciser le caractère de la lutte engagée à cette époque par la Franc-Maçonnerie Belge, nous citerons un arrêté du Grand Maître Varhaegen daté du 5 janvier i855, qui énonce les décisions suivantes prises par le Grand-Orient de Belgique relativement aux élections politiques :

<f 1° Un candidat maçon sera d'abord proposé par la I-oge. dans

Mort le 8 décembre 1862, Verhaegen fut remplacé provisoirement par le Frère Van Schoor, sénateur, qui fut élu définitivement Grand Maître en 1866.

Ses successeurs ont été :

P. Van Humbeeck, ex-ministre de l'Instruction publique de 1868 à 1871.

A. Couvreur, vice-président de la Chambre des Représentants de 1872 à 1874, et de 1878 à 1880.

H. Berge, professeur à l'Université et membre de la Chambre des Représentants de 1875 à 1877 et de 1881 à i883.

Comte Goblet d'Alviella, professeur à l'Université et membre de la Chambre des Représentants de 1884 à

V. Lynen, conseiller communal et consul du Chili de 1887 a 1889.

Ils ont exercé leur autorité suprême sur des Loges qui ont varié en nombre, mais qui sont maintenant au nombre de 16, et que le tableau officiel classe par ordre d'ancienneté comme il suit, en donnant sur les noms auxquels la correspondance doit être adressée, les indications ci-après consignées:

le ressort de laquelle se fera rélection, à l'adoption du Grand-Orient pour être ensuite imposé aux Frères de l'Obédience.

« 2° Dans l'élection, qu'elle soit nationa'e, provinciale ou communale, l'agrément du Grand-Orient sera également nécessaire, également réservé.

» 3" Chaque Maçon jurera d'employer toute son influence pour faire réussir la candidature adoptée.

» 4" L'Elu de la Maçonnerie sera astreint à faire en Loge une profession de foi dont acte sera dressé.

» 5° Usera invité à recourir aux lumières de cette Loge ou du Grand-Orient, dans les occurrences graves qui peuvent se présenter pendant la durée de son mandat.

» 6° L'inexécution de ses engagements l'expose à des peines sévères, même à l'exclusion de Tordre maçonnique.

)) 70 Chaque Loge pouvant juger utile de s'aider de la publicité, devra se ménager des moyens d'insertion dans les journaux, mais le Grand-Orient se réserve de recommander ceux de ces journaux qui auront sa confiance. »

= Loge La Bonne Amitié de Namur. Adresse, M. Labon Niematié, lo rue du Lombard à Namur, (En numérotant i, 2, 3, 4, 5, 6, 8, 10, 9, 7, 11, 12 et i3, les trei/e lettres du titre, « La Bonne Amitié », et les plaçant ensuite par ordre numérique on obtient l'anagramme « Labon Niematié.»)

= Loge La Parfaite Intelligence et l Étoile réunies de Liège; Adresse: M. Cegentillien, avenue d'Avroy, 12 à Liège. (En numérotant 9, 11,6, 10, 8,7, 3,4, 5, i et 2, les onze lettres du titre Intelligence et les classant numériquement on obtient « Cegentillien.»)

= Loge Les Vrais Amis de l Union et du Progrès réunis de Bruxelles; Adresse: M. Vasimiras de Niolun, 20 rue du Marché aux Poulets, Bruxelles. (En numérotant I, 7, 2, 4, 3, 8, 5, 6, 9, 10, II, i5, 16, 12, i3, 14 et 17 les dix-sept lettres du titre « Vrais amis de l'Union » et les rangeant numériquement, on obtient « Vasimiras de Niolun»).

= Loge Les Amis Philanthropes de Bruxelles. Adresse: M. Sephiramis Platon, ^a rue du Persil, à Bruxelles. (En numérotant 7, 8, 9, 10, 3, 4, 5, 12, i3, 16, 14, 6, i5, II, 2 et I les seize lettres du titre, « Amis Philanthropes » et en les rangeant numériquement, on obtient l'anagramme « Sephiramis Platon.»)

= Loge La Parfaite Union de Mons. Adresse : M. Parfait, cour du Dromadaire, rue des Fripiers. (Ici il n'y a pas d'anagramme.)

= Loge La Constance de Louvain. Adresse : M. Natan Codes, 35 rue .Tuste Lipse à Louvain. (En numérotant 9, 4, 6, 7, 5, 11, 3, 2, i, 8 et 10 les onze lettres du titre « La Constance » et les plaçant numériquement on obtient l'anagramme « Natan Coclès.»)

= Loge Les Amis du Commerce et de la Persévérance réunis, d'Anvers. Adresse: M. P. Vérance, 25, rue du Mai à Anvers. (Ici on a transformé simplement « Persévérance » en P. Vérance en supprimant les lettres r s ei e.)

= Loge Les Élèves de Thémis, d'Anvers. Adresse : M. Simeth, 35 rue Van Maerland, à Anvers, l'ïci il y a

simple écriture à l'envers qui fait de « Thémis » « Simeth.»)

= Loge Les Philadelphes de Verviers, Adresse : M. Adolphe de Helpsigels, quai des Maçons à Verviers, (En numérotant4, 3, 16, 17, 8, 9, 14, i3, 10, i5, 12, i, 2, II, 18, 5, 6, 7 et 19, les dix-neuf lettres du titre « Loge des Philadelphes » et les plaçant numériquement on obtient l'anagramme « Adolphe de Helpsigels. »)

= Loge Les Amis de la Parfaite Intelligence, de Huy. Adresse : M. Tingelle, 22 Avenue des Fossés, à Huy. (« Tingelle » n'est que la double transposition de « Intelleg.»)

= Loge La Liberté ào. Gand. Adresse : M. E. Trébil, 2 rue du Refuge, à Gand. (En numérotant, 7, 6, 5, i, 3, 2, et 4 les sept lettres du mot « liberté » et les rangeant numériquement on trouve l'anagramme « E. Trébil.»)

= Loge LApenir de Spa. Adresse: M. Goffin, 91, Avenue du Marteau à Spa.

= La Loge Le Travail de Verviers. Adresse M. L. Ravatile, rue du Travail, à Verviers. (En numérotant I, 9, 6, 2, 3, 4, 5, 7 et 8 les neuf lettres du titre « Le Travail » et les rangeant par ordre numérique on obtient l'anagramme « L. Ravatile.»)

= La Loge La Charité de Charleroi. Adresse M. Talariche, 36, faubourg Saint-Martin, à Marcinelle. (En numérotant 3, 4, 7, 8, 2, 5, 6, i et 9 les neuf lettres du titre « La Charité » et les rangeant numériquement on obtient « Talariche.»)

= La Loge La Flandre de Bruges. Adresse M. Larfandel, 18, rue des Chevaliers, à Bruges. (En numérotant I, 2, 4, 9, 5, 6, 7, 3 et 8 les neuf lettres du titre « La Flandre » et les rangeant numériquement on obtient « Larfandel.»)

=' La Loge Le Septentrion de Gand. Adresse : M. S. Trion, 5, rue du Cuivre, à Gand. (On n'a fait que supprimer les lettres de 2 à 6 dans le mot « Septentrion.»)

Et dire que les dignitaires de ces loges et ceux du Grand Orient et du Suprême Conseil de Belgique, parmi lesquels se trouvent :

LES FRÈRES SOUVERAINS GRANDS INSPECTEURS GÉNÉRAUX DU 33^ ET DERNIER DEGRÉ DE LA FRANC MAÇONNERIE :

Schollaert , conseiller honoraire à la Cour d'appel.

Van Schoor, ancien sénateur.

Waefelaers, géomètre expert.

Hochsteyn, directeur de service à l'administration des chemins de fer de l'Etat.

Van Hutnbeeck, avocal, conseiller communal, ancien ministre de l'instruction pubhque.

Pappaert, avocat, greffier du tribunal de commerce d'Alost.

Crocq, docteur en médecine, ancien sénateur, professeur à 1 université libre de Bruxelles, médecin honoraire des hôpitaux de Bruxelles.

De Keyser, architecte.

Demarteau, docteur en médecine.

Washer, ancien membre de la Chambre des représentants, membre du Conseil d'administration des hospices et hôpitaux et du Conseil d'administration de l'université libre de Bruxelles.

Bara, avocat, membre de la Chambre des représentants, ancien ministre de la justice.

Tymans, notaire à Gand.

de Mot, avocat à la Cour de cassation, échevin de la ville de Bruxelles.

Berge, professeur de chimie à l'université libre de Bruxelles, ancien membre de la Chambre des représentants.

Reisse, agent de change à Bruxelles, vice président du Conseil provincial du Brabant.

Jottrand, avocat, ancien membre de la Chambre des représentants.

Thify, docteur en médecine, professeur à l'université libre, chirurgien honoraire des hôpitaux de Bruxelles.

Comte Goblet d'Alviella, professeur à l'université libre de Bruxelles, ancien membre de la Chambre des représentants.

Michelet, ingénieur.

Marchai, inspecteur de direction au ministère des chemins de fer, postes et télégraphes.

Bouyet, général major.

Tempels, auditeur général militaire,

Wauwermans, général major.

Comte Oswald de Kerckhove de Denterghem, ancien gouverneur du Hainaut, membre de la Chambre des représentants.

Couvreur, ancien vice-président de la Chambre des représentants.

Eyennann, conservateur des hypothèques à Anvers.

Duchaine, avocat, conseiller communal à Ixelles. et parmi lesquels ont figuré le président du Sénat, le président de la Chambre des représentants, le président de la Cour de cassation etc., etc., n'ont rien pu imaginer de plus habile, pour dissimuler leur correspondance maçonnique, que de faire des anagrammes !!!

Et ils appellent sérieusement le « Grand Orient » : M. Rianà Négrot, n^ocianL (En numérotant les lettres 8, 9, 3, 4, 5, lo, 1 , 2, 7, 6 et î î du titre « Grand Orient » et en les classant ensuite suivant la série numérique du chiffre, on obtient l'anagramme « RiandNégrot »)et ils appellent plus sérieusement encore le « Suprême Conseil » : M. Celpes, en numérotant 4, 3, 5, 6, 2 et i, la phrase « P. le Sec. » (Pour le Secrétaire) et plaçant ensuite les lettres dans le nouvel ordre numérique consécutif!!!!

En 1874, vingt ans après la fameuse déclaration faite par le Grand Maître Verhaegen aux acclamations des Frères, le Grand Maître Couvreur réussit à renouer les relations fraternelles avec toutes les Grandes Loges qui avaient excommunié en 1854 et i85 5 le Grand Orient de Belgique et les Loges belges suivirent cet exemple de retour vers le passé, en sorte que, dès 1879, le Grand Orient avait sous son obédience 14 Loges, et le Suprême Conseil n'en avait aucune.

Le Suprême Conseil exerçait en revanche son autorité sur 7 chapitres, dont 6 étaient greffés sur des Loges du Grand Orient, et i seul, celui de Gand, n'avait pas de Loge sous lui. »

Ici finit le texte purement historique du travail du Souverain Grand Commandeur, qui mourut en 1879.

Ce qui suit a été communiqué par '.( le Grand Secrétariat du Saint Empire au Suprême Conseil de Belgique» aux autres Suprêmes Conseils du Rite Écossais Ancien et Accepté :

,*, «Aujourd'hui XeSuprême Conseil, à la suite de son traité du 4 avril 1880, avec le Grand Orient,

Traité dont le texte est comme il suit :

» Article premier. Le Suprême Conseil reconnaît le Grand Orient, comme seule autorité régulière en Belgique pour les trois premiers Grades Symboliques.

)) Art. 2. De son côté le Grand Orient reconnaît le Suprême Conseil du 33'' et dernier Degré du Rite Écossais ancien et accepté, comme seule puissance régulière ayant juridiction pour la Belgique et ses dépendances sur tous les hauts Grades, soit du 4^ au 32' inclusivemtnt.

.) Art. 3. Le Suprême Conseil renonce au droit de fonder des Loges Symboliques et de faire initier ou d'initier aux trois premiers grades.

» Le Grand Orient s'engage de son côté à ne fonder que des Loges Symboliques et à ne faire d'initiés qu'aux trois premiers grades.

» Toutefois les Loges des Vrais amis de V Union et du Progrès réunis et des Amis Philanthropes à l'O.'. de Bruxelles et celle des^m/5^M Commerce et de la Persévérance réunis à l'O.". d'Anvers peuvent continuer si elles le désirent à cumuler les deux Rites.

» Art. 4. Lorsque les deux autorités maçonniques seront appelées par des Ateliers soumis à leur obédience, à participer à une cérémonie; elles seront introduites ensemble et reçues avec les mêmes honneurs.

» Si desOfî. ■. Dignit.'. égaux parleurs fonctions, se trouvent en présence, leur âge prof.", réglera la préséance.

«Art. 5. Les Maçons revêtus des grades relevant du Suprême Conseil, pourront en porter les insignes dans les Loges Symboliques on ils se trouveront, soit comme membres, soit comme visiteurs. Ils n'y jouiront indivi-

diieliement d'aucune prérogative particulière, et ne pourront y être l'objet d'aucune mesure exceptionnelle.

»Art 6. Les deux autorités Maçonniques s'engagent à se communiquer mutuellement les noms des FFF.-. rayés du tableau d'un atelier, aussitôt après l'expiration des délais d'appel ou la confirmation de la sentence. Elles échangeront leurs bulletins.

«Art. 7. Le présent traité entrera en vigueur le jour où il aura été ratifié par le Grand Orient et le Suprême Conseil

» Art. 8. Chacune des parties contractantes se réserve le droit de dénoncer le présent traité moyennant d'en prévenir l'autre six mois à l'avance par lettre chargée à l'adresse du Vénérable Grand Commandeur ou à celle du Sérénissisme Grand Maître national.

» Ratifié par le Suprême Conseil de Belgique, le 5 mars

» Ratifié par le Grand Orient de Belgique le 4^ jour 2 M.-. 388o. »

est l'autorité suprême pour tous les grades de tous les Rites qui sont supérieurs au 3™^ degré, au grade de Maître-Maçon, et le Grand Orient est l'autorité suprême pour les trois [3] premiers grade?. Apprenti, Compagnon et Maître Maçon.

» Le Suprême Conseil, dont les Souverains Grands Commandeurs ont été :

» Le premier, le Frère Pierre Albert Joseph Stevens, nomme le 16 février 1840.

» Le second, nommé le 20 novembre 1872,1e Lieutenant- Général Bruno Renard; le troisième élu le 24 octobre 1879 pour neuf années terminant en novembre 1888, l'avocat Pierre Van Hiimbeeck, ancien Ministre de r Instruction publique, et le quatrième ce dernier Frère également, car il a été réélu en 1888 jusqu'en 1897, compte douze ateliers des Hauts Grades et cinq ateliers symboliques soumis à son autorité. »

Le Grand Orient, dont nous avons déjà enuméré les Grands Maîtres, compte seize Ateliers Symboliques dans son Obédience,

C'est au moyen de ces 33 ateliers, dont nous venons d'étudier l'origine et les développements dans les documents officiels les plus authentiques, c'est en asfervissant la politique libérale belge à la politique de ces 33 Loges, en faisant de ses membres les instruments aveugles et serviles de ses desseins et en s'occupant activement de la corruption intellectuelle et morale des masses, que la Franc-Maçonnerie gouverna en Belgique de 1837 ^ ''^yo d'abord et ensuite de 1878 à 1884.

Ce régime gouvernemental franc-maçonnique se résume dans les cinq points caractéristiques que voici :

« i^* La Loi Scolaire du 11 juillet 1879 dont l'impiété, l'injustice, l'immoralité, et le caractère anti-social lui ont volu le nom de Loi de malheur. »

Voici ce que les Francs-Maçons disent de cette Loi :

.\ « Si la Maçonnerie Belge, vous appelle, très cher Frère Henri Berge aux importantes fonctions de Grand Maître National de la Franc-Maçonnerie belge, c'est que vous n'avez pas démérité d'elle. »

« Elle se rappelle en effet la part active et intelligente que vous avez prise en 1876 à l'organisation et à la réussite de cette grande assemblée maçonnique qui proclama le vœu unanime de la Maçonnerie belge de la laïcisation absolue de l'enseignement public. »

« C'était la première fois que notre institution, qui ne s interdit pas d'étudier les questions politiques, lorsqu'il s'agit de faire triompher un principe essentiel pour les destinées du peuple belge, c'était la première fois que la Maçonnerie réunie dans des assises solennelles tenait à manifester énergiquement son opinion. »

« Peu de temps après, elle eut la satisfaction de saluer la loi du premier juillet 1879, comme une preinière étape dans la voie indiquée par elle. »

« Témoin des laborieux efforts faits par la Maçonnerie de 1870 à 1876 pour réunir en un seul faisceau autour d'un programme unique — la laïcisation de l'enseignement public — toutes les forces du libéralisme belge, vous avez, de concert avec nos autres Frères de la représentation nationale, assuré le vote de cette loi, qui, grâce

— igo —

à l'esprit qui préside son exécution, sortira tous ses effets (i). »

« 2*^ Les manipulations électorales, par la suppression d'une catégorie d'électeurs et l'adjonction des capacités aux listes électorales.

« 3° Le gaspillage des deniers publics, qui a augmenté de 47 millions les dépenses annuelles et le déficit budgétaire, imposant à chaque habitant de la Belgique ig6 francs de dettes nouvelles par tête.

« 4° Les attentats contre F autonomie des provinces et des communes, le pouvoir central absorbant toutes les libertés et franchises provinciales et communales.

(( S° La guerre au Clergé par les oppressions les plus mesquines, la rupture des relations diplomatiques de la Belgique avec le Saint-Siège et l'enquête scolaire. »

C'est ce régime anti-patriotique, immoral et haineux que la Belgique eut à subir, nous l'avons déjà dit, de 1837 a 1870 et de 1878 a 1884.

Pendant la première période, la Franc-Maçonnerie porta ses regards et ses efforts sur l'administration, qu'elle s'appliqua à désorganiser en plaçant à tous ses degrés ses créatures pour y être les exécuteurs serviles de ses volontés despotiques.

Elle libéralisa la justice en introduisant dans les rangs de la magistrature des hommes appelés à rendre, non des arrêts, mais des services. Elle se préoccupa, enfin, de déconsidérer le culte catholique en la personne de ses Ministres, et d'ôter à l'Église toutes les ressources dont elle disposait.

Pendant la deuxième période de 1878 à 1884, les agissements de la Franc-Maçonnerie belge méritent d'être suivis pas à pas, car ils ont poursuivi avec une extrême opiniâtreté un triple but; celui de faire nommer des Francs-Maçons aux plus hautes fonctions publiques pour parvenir à corrompre l'enseignement public et à faire une guerre à mort au catholicisme.

(1) Discours officiel du F.\ Victor Lynen lors de l'installation le jer mai 1881 du F.'. Henri Berge comme Grand Maître national. Bulletin du Grand Orient de Belgique. VIII, pages 17, 18.

— igi —

D'après le Bulletin du Grand Orient de Belgique, VWl

(pages 19 et 20), le F.\ Henri Berge, en prenant possession de la Grande Maîtrise de la Franc-Maçonnerie belge le ler mai 1881, fit les déclarations suivantes :

,\ « Réélu pour la deuxième fois, il n'avait ni ambitionné ni sollicité cet honneur et cette responsabilité. On a fait appel à son dévouement, il y a vu un devoir à remplir, il a obéi.

» On le connaît, dit-il, il ne fera donc pas de promesses et s'efforcera de mériter la confiance que ses Frères ont mise en lui.

» C'est une lourde tâche, mais dans la circonstance présente, il se retrouve à la partager avec le très cher Frère Lynen, sur l'aide et l'assistance duquel il a pu largement compter et sur lesquels il compte pour l'avenir. Il aura, du reste, pour le seconder, les Frères du Grand Commandement.

» La Maçonnerie doit se développer, elle seule peut établir une barrière contre les envahissements de l'ennemi, qu'il faut terrasser par l'association et non par des efforts isolés, absolument impuissants.

» En ce moment, cet ennemi relève la tête, il va épuiser ses derniers moyens d'action. Montrons que la lutte prochaine sera entre les abus du passé et les doctrines de l'avenir.

^)) La séparation complète, absolue de l'Église et de l'Etat ne sera sérieuse que le jour o\x l'Église ne pourra plus asservir les consciences.

» Il faut combattre pour obtenir l'inviolabilité de la conscience, et pour cela le concours de toutes nos forces est nécessaire. Que tous nos ateliers travaillent, que l'union subsiste entre les Maçons et les autorités maçonniques.

» Nos relations avec les divers ateliers et avec les autorités maçonniques étrangères sont bonnes.

» La Maçonnerie belge peut revendiquer l'honneur d'avoir défriché la voie aux Maçonneries étrangères ; celles-ci le comprennent maintenant, alors qu'autrefois presque toutes nous blâmaient.

» Un autre devoir à remplir, c'est de faire un peu plus

connaître la Maçonnerie, de la populariser dans le monde profane et surtout dans les campagnes.

» Il faut porter la parole de vérité là où l'armée salariée par l'État y porte tous les jours le mensonge.

» Le Sérénissime Grand Maître exprime le vœu de voir la Maçonnerie entrer dans celte voie et se répandre au dehors sous une forme profone; nous en avons non seulement le droit mais aussi le devoir.»

C'est là ce qui a été énergiquement dévoilé par M. Charles Woeste, le vaillant Ministre de la Justice du Cabinet Malou, dans son éloquent discours à la Chambre des Représentants du 21 novembre 1884.

Qu'on en juge par l'admirable résumé suivant ;

« Depuis 1878, avait sévi en Belgique un ministère libéral exceptionnellement violent. Ce ministère avait fait quatre lois électorales, il avait déchiré la transaction de 1842, bouleversé l'enseignement public, mis les autorités aux prises les unes avec les autres, soulevé la conscience des populations, il avait déposé une loi sur l'instruction obligatoire, il avait mis en coupe réglée les décisions des autorités provinciales et communales, il avait organisé contre le clergé et les catholiques un système de tracasseries et de vexations sans nombre, il avait traité les catholiques en parias, il se refusait à toute économie, il avait déposé un projet sur la réserve militaire, qui aggravait, dans des proportions considérables, les charges personnelles et pécuniaires des populations, il avait toléré enfin dans ses rangs une menace permanente pour la Constitution. »

Ce programme de domination peureux, d'oppression pour les autres et de guerre d'annihilation contre le clergé a été mis en pratique par la Franc-Maçonnerie belge, jusqu'à ce que la Nation, abreuvée de souffrances, de honte et de dégoût, l'eût balavée d'une main ferme à la fin de 1884.

Depuis cette époque la Franc-Maçonnerie belge essaie de regagner le pouvoir, et pour cela, obéissant au mot d'ordre parti des régions où le Kulturkampf cache ses chefs qui sont également aujourd'hui les Supérieurs

Suprêmes de la Franc-Maçonnerie, elle s'efforce, par l'exagération de ses violences, de rompre la barrière sociale imposée à sa guerre à Dieu.

Elle a formellement, officiellement et solennellement déclaré que les Francs-Maçons belges étaient les fils de Marnix de Sainte-Aldegonde, ce blasphémateur infâme, cet iconoclaste furieux, qui enseignait: « Qu'il ne faut pas réfuter seulement le Papisme, mais l'extirper; qu'il ne faut pas extirper seulement le Papisme, mais le déshonorer ; qu'il ne faut pas déshonorer seulement le Papisme, mais l'étouffer dans la boue. »

Le Pape, cette forte et noble intelligence que Dieu, dans sa bonté, a daigné préposer à la direction de son Église pour le salut de la société humaine, l'un des plus grands Pontifes qui aient occupé la chaire de saint Pierre, Léon XIII, a révélé le remède unique à employer: « Faire voir la Franc-Maçonnerie, telle quelle est en lui enlevant le masque dont elle se couvre. »

Un franc-maçon marquant belge, le F.". De/renne, avouait, lui, que « La durée de l'existence de la Franc- Maconnerie dépend de la conservation rigoureuse de ses secrets. »

Eh bien ! Forts des documents officiels que nous possédons nous allons enlever le masque dont se couvrent en Belgique, pour exploiter et pour faire agir la Franc-Maçonnerie, les Séides de Satan, les ennemis déclarés de Dieu.

L'Exploitation de la Franc-Maçonnerie en Belgique.

Nous avons vu comment Satan a essayé de s'emparer en Belgique de l'Ordre Social Chrétien pour le remplacer par l'Ordre Social Satanique.

Mais il nous reste à examiner de près sa tactique et ses opérations.

Aussi consacrerons-nous quelques pages à étudier la

manière d'être de l'Association « Satan et O^ » en Belgique, ainsi que ses agissements sur la Société belge.

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