C. Campagne de haine contre les prêtres
Cette haine des Francs-Maçons belges s'adresse aux prêtres de tous les cultes :
.\ « Le prêtre, à quelque culte qu'il appartienne, parle au nom d'une vérité révélée dont lui seul a le dépôt et que lui seul peut interpréter. Sa parole est un dogme qui,
(i) Le F.'. Comte Goblet d'Alviella, professeur à l'Université, SS"", dans son discours du 5 août 1877.
(2) Bulletin du Grand Orient de Belgique, X etXI, page 1 19.
avec ses formes raides et implacables et sa défense de raisonnement, qui fait une hérésie de toute discussion et un crime de toute contradiction, sème la division et la haine, crée les privilèges et les castes et amène fatalement les guerres civiles et les réactions barbares (i). »
Mais elle devient violente quand elle s'adresse aux prêtres de l'Eglise Catholique Romaine :
/, (( Quels sont ceux qui méconnaissent la justice, dont la patrie n'est pas notre mère commune, car ils en renient les lois pour en reconnaître d'autres auxquelles ils se soumettent aveuglément ? »
« Quels sont ceux qui oublient les devoirs de la pratique de l'innocence pour les profaner et qui souillent leurs robes de scandales dont les tribunaux ont trop souvent à connaître? »
« Quels sont ceux qui sont toujours prêts à reprendre leur parole? »
« Quels sont ceux qui considèrent le travail comme une punition, comme une plaie et qui préfèrent vivre dans l'anéantissement et la contemplation? (2)»
Pendant l'année 1878- 1879, le chapitre l'Union des Flandres, de Gand, présidé par le F/. Henri Morel, industriel, a traité les deux sujets suivants : De la confession dans rEg-liSe Catholique et Des Nonciatures.
La conclusion votée à la suite de cette dernière a été que « la Belgique ayant inscrit dans sa Constitution la séparation de l'Église et de l'État, devrait pour être logique renvoyer le Nonce à son Maître (3). »
Le Cabinet libéral présidé par M. Frère Orban, s'empressa d'obéir à cet ordre si nettement formulé.
A la suite de ces études, le Suprême Conseil a déclaré :
/^ « Avoir la conviction que les membres de ce chapitre ne se contenteront pas de bien dire, mais qu'ils
(1) Le F.'. Henri Pappaert, Grand Orateur du Suprême Conseil, le 7 novembre 187g. Bulletin du Suprême Conseil, n° 22, page 108.
(2) Le F.'. Henri Berge, Grand Maître National, le 6 mai 1881. Bulletin du Suprêyne Conseil, n° 24, page 54.
(3) Bulletin du Suprême Conseil, n» 23, page 6.
tiendront aussi â bien faire et faciliteront la tâché du Suprême Conseil qui consiste, en attirant à lui tous ceux que révolte 1 intolérance d'un clergé fanatique, à renverser les barrières qui s'opposent au développement de l'instruction et de la liberté (i). »
Les Loges ont entrepris une campage pratique de haine car :
^\ « Sur la demande faite par la Loge « Les Amis du Commerce et de la Persévérance réunis » d'Anvers pour être autorisée à organiser sous les Auspices du Grand Orient de Belgique un Denier de Captation, destiné à protéger le patrimoine des familles en opposant une barrière à l'extension des mainmortes religieuses, le Grand Orient de Belgique, dans sa séance du ig décembre iSyS, a accordé l'autorisation (2). »
Le Grand Maître Henri Berge déclare, le 24 février 1878, que « ce Denier de Captation qui permet aux pauvres victimes des captations cléricales de poursuivre la restitution des biens volés par le clergé, est utile, mais inefficace. Rien ne sera fait aussi longtemps qu'une Loi pénale, dont un Frère a conçu l'idée, ne viendra pas frapper ceux qui abusent de leur pouvoir pour alimenter les caisses des corporations religieuses. Il ne suffit pas de forcer le voleur à restituer ce qu'il a dérobé, il doit encore être puni pour l'acte coupable dont il s'est rendu l'auteur (3). >)
Et elle est folle, cette haine, sauvage, farouche, satanique, quand ce sont les Pères de la Compagnie de Jésus qui en sont l'objet :
* ^ « Si Frédéric de Prusse, dans sa lettre à d'Alembert du 18 octobre 1770, a dit : Qu'importe à quel culte le peuple est attaché! c'est qu'il ne pouvait prévoir le rétablissement et le triomphe des Jésuites, la confiscation à leur seul et unique profit de la religion catholique et
(1) Bulletin du Suprême Conseil, n" 23, page 7.
(2) Bulletin du Grand Orient de Belgique, III et IV, pages 69 et 70.
{3} Bulletin du Grand Orient de Belgique, III et IV, page 129.
la proclamation de dogmes nouveaux plus impossibles et plus absurdes les uns que les autres (i). »
^\ « La Franc-Maçonnerie est l'armée sociale destinée à cojnbattre les Jésuites, qui pèsent continuellement sur la volonté de l'homme en s'appuyant sur une vérité de convention, qui engendre l'erreur et la dépravation morale et physique. »
« Le mensonge et la calomnie sont les vertus qu'ils pratiquent et ils prêchent le mépris des lois et la révolte contre le gouvernement (2). »
,*, « Partout nous avons à combattre vigoureusement cet ordre ténébreux, qui fait de l'autel un marchepied, et qui, par une effrayante coalition de toutes les ambitions malsaines, rêve la suppression des libertés et la domination de l'humanité. »
^\ « La guerre est implacable et il faut remonter au temps de Boniface VI II pour retrouver une lutte aussi ardente que celle qui se voit de nos jours (3). »
,\ « La lutte de la Franc- Maçonnerie contre l'ordre ténébreux qui se fait de l'autel un marchepied est trop implacable et trop grave pour qu'un Franc-Maçon puisse s'abstenir d'y prendre part. »
« Nos adversaires proscrivent toutes les libertés, mais les dangers qui nous menacent, réveilleront, sans doute, l'indifférence des ^nasses et feront renaître l'enthousiasme des anciens jours (4). »
Et l'ancien ministre de l'instruction publique, le F.". Pierre Van Humbeek, qui a fait la déclaration
(i^ Le F.'. Charles Rahlenbeek, publiciste et archiviste du Suprême Conseil, le 3 juin 1880. Bulletin du Suprême Conseil, n° 23, page 82.
(2) Le F.". Gustave Jottrand, Grand Secrétaire-Adjoint du Suprême Conseil, le i5 février i883. Bulletin du Suprême Conseil, n° 26, page 38.
(3) Le F.-. Bruno Renard, Lieutenant-Général et Grand Commandeur du Suprême Conseil, le 19 mars 1877. Bulletin du Suprême Conseil, n" 20, page 3o.
(4) Le F.'. Pierre Van Humbeeck, ancien ministre et Grand Commandeur du Suprême Conseil, le 19 mars 1877. Bulletin du Suprême Conseil, n'' 20, page 3i.
qui précède, en a été félicité par le F.*. Jeayi Crocq, sénateur, membre de l'Académie de Médecine, médecin des hôpitaux de Bruxelles, 33^ Lieutenant Grand Commandeur du Suprême Conseil de Belgique, qui a « constaté une fois de plus », le i8 décembre i886' « que le très cher Frère Pierre Van Humbeeck est le strict observateur des vrais principes maçonniques (i). »
Haine aveugle, haine farouche Jiaine mortelle, voilà dans son ensemble l'action que la Franc-Maçonnerie veut exercer sur la société belge, sur le lerrain du Catholicisme, champ-clos dans lequel cette « Compagnie de Satan » lutte à mort contre les catholiques, ayant pour enjeu de cette lutte mortelle le salut de la Belgique.
Action de la Franc-Maçonnerie en Belgique.
De l'étude des documents officiels sur l'exploitation de la Franc-Maçonnerie en Belgique, que nous venons de faire passer sous les yeux de nos lecteurs, un fait ressort indéniable.
La Franc-Maçonnerie belge ne doit pas être autonome; elle doit obéir servilement à un supérieur du dehors, car bien souvent ses enseignements sont en contradiction avec ses paroles, ses paroles sont en désaccord avec ses actes, ses actes sont en opposition avec son but, et cela ne devrait pas arriver si son supérieur se trouvait en Belgique, en plein milieu de l'activité vitale du peuple belge.
Eh bien ! non seulement cela doit être, mais cela est, et le Souverain Suprême de la Franc-Maçonnerie belge se nomme « M. le Général Albert Pike » et sa position sociale avouée est celle de Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil pour la juridiction sud des Etats-Unis d'Amérique.
(i) Bulletin du Suprême Conseil, n» 3o, page 23.
C'est en pleine connaissance de cause que nous disons « avouée » et non pas officiellement réelle, car, dans une lettre datée de Washington le 3o janvier iS5g, le F.*. Albert Pike prie le F.". Albert Georges Mackey, Grand Secrétaire du Suprême Conseil pour la juridiction sud des Etats-Unis, de lui faire connaître la date de son élévation à lui, Albert Pike, comme Souverain Grand Commandeur », demande à laquelle répond le F.'. Albert Georges Mackey, dans une lettre datée de Charleston le 7 février 1859, que « le F.*. Albert Pike a été élu Grand Commandeur en janvier iSSg, mais qu'il ne peut pas mettre la main sur la date exacte du jour précis de cette élection (i) ». Et pourtant, au 7 février, trentesept jours seulement de l'année 1859 étaient écoulés.
Ce Grand Commandeur qui connaît tout excepté toutefois, depuis combien de jours il est Grand Commandeur, dirige à sa guise les agissements de la Franc- Maçonnerie belge, grâce « aux engagements mutuels librement consentis, qui nous lient les uns aux autres et que votre science, votre incessant travail et votre loyauté consolident dans nos cœurs », suivant la déclaration officielle signée par le F.*. Gustave Jottrand, avocat, membre de la Chambre des Représentants et Grand Chancelier Secrétaire Général du Suprême Conseil de Belgique, datée de Bruxelles le 2 juillet 1888 et adressée, sous forme de communication officielle, n» 6666, au Général Albert Pike (2).
Il est donc intéressant de connaître de près ce supérieur auquel se trouve « liée par des engagements mutuels » la Franc-Maçonnerie belge.
M. Albert Pike est un ancien avocat de l'Arkansas, qui devint Général honoraire de l'armée des Etats-Unis après avoir, pendant la guerre de Sécession et, dans les rangs de l'armée esclavagiste du Sud, « commandé des
(1) Bulletin officiel du Suprême Conseil de Ckarleston, VIT, pages 364, 365.
(2) Annexe accidentel n° 6 au Bulletin officiel du Suprême Conseil de Ckarleston, page 32.
Indiens qui se sont rendus particulièrement odieux en scalpant les soldats de l'armée anti-esclavagiste du Nord à la Bataille de Pea-Ridge, » si nous croyons l'affirmation de son collègue le Général J. W. Phelps, imprimée à la page loo, lignes 23, 24 et 25 de son livre « Secret Societies » dont la 2* édition parut en 1874 à Chicago chez MM. E. A. Cook et O^
Nommé un jour, dont, comme nous l'avons déjà dit, personne ne connaît la date exacte, Grand Commandeur du Suprême Conseil du rite Ecossais ancien et accepté pour la juridiction du Sud des Etats-Unis, le F.*. Albert Pike e>t devenu le Chef dirigeant de la Franc-Maçonnerie Révolutionnaire et Anti-catholique universelle. Cette affirmation catégorique excitera tant d'étonnements (excepté chez les Francs-Maçons dirigeants) qu'il est utile de la prouver officiellement.
Le Grand Maître du Grand Orient d'Italie, le F.\ Adrien Lemmi, secondant les vues imposées à M. Crispi par la triple alliance, qui consistent à essayer de prouver que ce sera la France qui aura provoqué l'Allemagne lors de la guerre de la revanche, a envoyé une circulaire aux chefs de la Franc-Maçonnerie le 6 mars 1888, leur demandant d'unir leurs etforts aux siens pour amener « le désarmement pour la paix, la paix pour la justice (maçonnique) et la justice pour le bonheur (maçonnique) de l'humanité » et en l'adressant au F.'. Albert Pike, il lui dit :
/^ « Vous qui gouvernez avec sagesse (!) et amour (!) les centres suprêmes de la Confédération maçonnique universelle. » (Lignes 5 et 6 de la page 439 de la 1 1^ partie du 8'^ volume du Bulletin officiel du Suprême Conseil pour la juridiction Sud des Etats-Unis.)
Le F.'. Albert Pike répond à la date du i*"'" septembre 1888, qu'il faut (( encourager » les Francs-Maçons d'Italie, et « faire œuvre franc-maçonnique ».
Et ce que Albert Pike entend ^diV faire œuvre francmaconnique nous le trouvons franchement formulé dans le Bulletin officiel du Suprême Conseil pour la Juridiction Sud des Etats-Unis, dans la i^e partie du IX^ vol. dans les termes suivants :
/, « La Franc-Maçonnerie est la Grande Association des adeptes du Libre-Gouvernement, de la Libre-Pensée et delà Libre-Conscience, et elle doit son développement et sa puissance. *Î^P^
» 1° A ce qu'elle a une politique.
» 2° A ce qu'elle a une religion.
» 3° A ce qu'elle sait qu'elle les a et qu'elle est décidée à tout pour les maintenir. » (Page 38 du Bulletin officiel susmentionné.)
Quelle est cette politique.^ Quelle est cette religion? Grâce au F.". Adrien Lemmi, Grand Maître de la Franc-Maçonnerie Italienne, nous le savons avec précision et clarté.
S'adressant au F.'. Albert Pike par lettre officielle du 2 1 novembre i888, le F.'. Lemmi lui dit :
/, « Vous savez, Très Illustre Frère, combien le Pape s'efforce partout de miner le progrès, aidé par ses Evêques, qui, sous le manteau de la Religion, organisent la rébellion et le parricide. Vous savez que lorsque les Italiens luttaient pour la liberté et l'unité de la Patrie, le Pape, son poignard planté dans le cœur de l'Italie, avait des gibets et des bagnes pour ces héros et que maintenant que le Vatican conspire pour rendre la patrie asservie divisée, il veut l'impunité pour ce crime et proteste contre l'Italie. »
<x Aide:;^-noiis à lutter contre le Vatican, vous dont l'autorité est suprême, et sous votre initiative, toutes les loges d'Europe et d'Amérique épouseront notre cause (i). i)
La réponse du F. '.Albert Pike est également dépourvue de tout artifice :
/, (( Le Vatican possède une immense puissance sous le contrôle d'une seule volonté, qui s'attribue le pouvoir de transformer un crime en un acte religieux en lui accordant à l'avance l'absolution plénière. »
^{<) Bulletin officiel du Suprême Conseil de Charleston, vol. IX, pages 64 et 66.
« Ses ressources sont immenses et les trésors incalculables que fournit le Denier de Saint Pierre, sont employés par la Papauté à créer des obstacles à la grandeur, à la liberté et à la prospérité de l'Italie et à replonger le monde tout entier dans les ténèbres, l'ignorance et la dégradation qui l'enveloppaient il y a quatre siècles. »
« La Franc-Maçonnerie s'est placée à la tête des armées du peuple et est prête pour la guerre. »
« Les moyens ne lui manqueront pas en cas de besoin. »
u Elle pourra empêcher le Vatican de parvenir au pouvoir, elle^owrr<:î saper les fondements de ses forteresses et les détruire, elle pourra dévoiler ses plans sinistres, elle pourra s'opposer à ses empiétements, affaiblir par tous les moyens son influence, taxer ses richesses, tarir ses sources de revenu (i). »
Voilà donc la situation clairement délimitée.
Le « Pape des Francs-Maçons » se place en face du Pape des Catholiques, Albert Pike en face de Léon XIII, le représentant de Satan sur la terre en face du représentant de Dieu sur la terre.
Nous allons voir à l'œuvre ce « Très Satanique Pike ».
Répondant à l'Encyclique du Très Saint Père le Pape Léon XIII, contre la Franc-Maçonnerie, le « Très Satanique Pike » commence par faire précéder sa signature (en fac-similé) à celte réponse, des mots :
« Donnée au Grand Orient de Charleston, le i^r août 1884, de Notre Suprême Conseil la quatre-vingt-quatrième année. »
Ce qui est une imitation simiesque des paroles du Souverain Pontife signant la dite Encyclique, dans les termes suivants :
« Donnée à Rome, près Saint-Pierre, le 20 avril 1884, de notre Pontificat la septième année. »
Mais de cette impulsion irrésistible qui pousse les
{\) Bulletin officiel du Suprême Conseil de CharlestO)i, \o\.X, pages 332, 333.
Francs-Maçons à singer, à imiter de la façon la plus simiesque l'Église catholique, nous en parlerons plus loin, lorsque nous aurons fourni des documents qui éclaireront cette impulsion simiesque des lumières les plus éclatantes.
« Sa Satanité » Pike a donc commis une Réponse du Rite ancien accepté de la Franc-Maçonnerie à l'Encyclique « Humanum Genus » du Pape Léon XIII.
« Sa Satanité » Pike commence par qualifier l'Encyclique « Humanum Genus » de « dénonciation calomnieuse » contre la Franc-Maçonnerie et les Francs- Maçons.
Mais il se garde bien de discuter et même de mentionner les déclarations formelles de Sa Sainteté sur F « organisation de la Franc-Maçonnerie » et sur le « But de la Franc-Maçonnerie qui est la destruction de la Religion et de la Morale. »
« Sa Satanité » Pike reconnaît donc et avoue :
i** Que Sa Sainteté Léon XIII a dit la vérité en dévoilant l'organisation de la Franc-Maçonnerie ;
2° Que Sa Sainteté a dit la vérité en déclarant que : « le But de la Franc-Maçonnerie est la destruction de la Religion Catholique et de la Morale naturelle. »
Pike ment donc en qualifiant de « Calomnieuse » l'Encyclique « Humanum Genus ».
Et après avoir commencé par ce mensonge flagrant, Sa Satanité Pike continue ainsi :
\ « La Papauté prétend posséder des pouvoirs divins par la prétendue succession de ses chefs dans l'autorité également prétendue du lâche apôtre dont Paul parle toujours avec mépris et elle a été pendant dix siècles le bourreau et la malédiction de l'Humanité, l'imposture la plus éhontée de tous les âges. »
« Ses robes trempées et dégoûtantes du sang d'un demi million d'êtres humains, ses narines toutes remplies de l'odeur, particulièrement agréable pour elle de la chair humaine grésillante sur les bûchers, la Papauté se réjouit de l'espoir d'un renouveau de domination. »
« Elle a envoyé à travers le monde ses anathèmes
contre les Gouvernements constitutionnels et contre les droits des hommes à la libre-pensée et à la libre-conscience. »
« La Papauté a excommunié tous les Francs-Maçons du monde et ce ne serait nullement un crime à ses yeux si un fidèle Catholique assassinait sans provocation aucune un franc-maçon quelconque. »
Arrêtons-nous un instant sur celte infamie du Pape des Francs-Maçons.
Pike, qui qualifie ailleurs les excommunications de : (X Abominables négations des droits de l homme (i)», commet aussi ces « Abominations », car il a excommunié le Grand Orient de France le i5 octobre 1888 et cela dans les termes suivants :
' ^ « J'ai donné la liste de tous les Ateliers du Grand Orient de France. Aucun Franc-Maçon Américain, à moins qu'il n'ait perdu jusqu'au moindre vestige du respect de soi-même et n'ait bu toutes les hon{Qs,nepeut, sous aucun prétexte, visiter aucun de ces ateliers, et quiconque désobéira à cet ordre encourra bien certainement et bien sûrement tous les dangers de son expulsion delà Maçonnerie (2). »
Et voici comme il traite ses propres Frères Américains.
*^ « Grâce aux efforts et aux travaux de notre Suprême Conseil poursuivis sans interruption depuis 1 885, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui ne consistait alors qu'en un assemblage incohérent de degrés à l'état d'embryon, que rien ne reliait, sans charme et sans utilité et dont six ou sept ne consistaient qu'en signes et mots, a été complété comme cérémonial et comme instruction, et partout où nos Rituels sont connus (en Belgique par exemple, oij ils ont été traduits en français et adoptés par le Suprême Conseil) ils sont respectés par des hommes intelligents et lettrés.
(1) Bulletin officiel du Suprême Conseil de Charleston, IX, page 332.
(2) Bulletin officiel du Suprême Conseil de Charleston, IX, page 3o de l'Appendice.
)) Notre Suprême Conseil a pris place au premier rang des Suprêmes Conseils du monde, l'égal des meilleurs du consentement de tous; et partout les services qu'il a rendus au Rite et à l'Ordre sont reconnus et ses avis sont écoutés avec respect.
» Il n'y a jamais eu, depuis que la Franc-Maçonnerie a commencé sa bienfaisante carrière, d'époque où la solide instruction et les saines influences de notre Rite fussent plus nécessaires au monde qu'ils le sont aujourd'hui ; et aujourd'hui notre pays en a autant besoin que n'importe quel autre pays du monde.
» Car, d'une part, l'Église de Rome prêche dans le monde entier une croisade contre la Franc-Maçonnerie, parce que celle-ci est le rempart de la liberté civile et religieuse, du droit de l'homme à la liberté de conscience en matière de foi et de croyances, et à un gouvernement constitutionnel ; et l'iniiuence néfaste de cette Eglise engendre ses maux et ses troubles aussi bien dans les Républiques de race latine des deux Amériques que dans les royaumes de la même race en Europe.
» Et, d'autre part, le scepticisme, l'agnosticisme et l'athéisme sont ouvertement enseignés et passés à l'état d'épidémie dans tous les pays, et dans quelques-uns sont même tolérés dans la Franc-Maçonnerie.
» Jamais, contre ces deux antagonistes, n'ont été plus nécessaires les services du Rite Ecossais Ancien et Accepté, armé de ses doctrines, que la raison humaine peut librement accepter et qui sont l'immuable base de toute religion.
» Et ses influences ne sont pas moins nécessaires pour contre-balancer celles qui, par une action délétère, dans le sein même de la Franc-Maçonnerie des Etats-Unis, tendent sans cesse à la ravaler au niveau d'associations plus modernes de pure bienfaisance, ou d'assurance mutuelle, ou de celles qui, plus bas encore, n'ont pas d'autre but que l'ostentation et la parade ou les noces et festins.
» Par ces pratiques, la Franc-Maçonnerie a en grande partie perdu son ancien prestige, son vieux patrimoine
de distinction et d'honneur; combattre ces influences, élever la Maçonnerie Symbolique dans l'estime du monde et de ses propres membres, est une partie delà mission de notre Rite, qui s'efforce énergiquement, par une vie digne d'être vécue, de mériter l'estime des hommes et la continuation de son existence.
» On donne trop peu d'enseignements dans les Loges : on ne regarde trop généralement le Grade de Maître que comme un échelon, qu'on n'atteint que pour grimper plus haut; on recherche trop la notoriété; ce que l'on fait ou se propose de faire en Loge est trop publié ; être connu et paraître est la passion de tous; et ce qui est pis, les obligations maçonniques sont violées dans ce qu'elles ont d'essentiel, des organisations, qui se prétendent maçonniques, et dont les membres prétendent être honorables et honnêtes, choisissent de propos délibéré pour chefs, des apostats qui ont effrontément manqué à vingt promesses solennelles, faites librement devant l'autel, en appelant Dieu à en être témoin, à aider à leur accomplissement et à punir leur violation volontaire.
» C'est là déclarer ouvertement qu'aucun serment maçonnique n'engage l'âme et la conscience, qu'on n'est pas indigne en y manquant et que leur violateur peut continuer à s'unir avec d'honnêtes maçons dans une Commanderie ou un Sanctuaire.
» Chacun des groupes du Cernéauisme (i) a pour chef un pareil apostat, chacun a de ces émissaires qui parcourent le pays, vendant ses soi-disant grades, grades purement nominaux, pour quelques dollars ; chacun suit les mêmes procédés honteux, emploie les mêmes moyens bas, méprisables, malhonnêtes, pour accroître le nombre de ses membres ; et néanmoins les journaux maçonniques pensent que la Maçonnerie n'a pas à faire enquête sur la légitimité et l'authenticité des prétendus titres qu'ils confèrent de la sorte ; et ils traitent la controverse qui existe entre ces effrontés imposteurs et nous même comme une
^(i)Mais le Cernéauisme, c'est purement et simplement le Rite Ecossais !!
querelle de rivalité entre des pouvoirs d'un même rite, ayant droit à la même considération.
» 11 n'y a jamais eu, dans l'histoire du monde, une imposture à plus méprisables prétentions queceCernéauisme bâtard, plus éhonté, issue de motifs plus sordides, plus absolument dénuée de tout droit à la moindre considération, à desseins plus ignobles. Jamais le giron de la Maçonnerie n'a abrité une imposture plus sûre d'attirer sur l'Ordre l'opprobre et le mépris universel.
» Il n'y a jamais eu à aucune époque coquinerie, escroquerie, tromperie, soutenue avec pareille audace, pareille impudence, pareille profusion, pareille persistance dans le mensonge ; car c'est un mensonge continu, inépuisable et même en se prétendant le Cernéauisme il ment, car il n'en est qu'un bâtard et un rebut. Le monde n'a jamais vu spectacle plus honteux, plus scandaleux que la conduite, les intrigues, les expédients et les manœuvres dont ses souteneurs écœurent et dégoiitent les amis de la décence.
» Le Suprême Conseil a, par ses publications, fait un exposé complet de cette vile imposture et démontré la bassesse de ses mensonges. Il vous confie ses travaux et vous demande de les remettre, spécialement les deux dernières, à nos propres Frères et à des Maîtres désireux de connaître la vérité, mais aussi à ceux qui, ayant embrassé le Cernéauisme, sont cependant de bons maçons et d'honnêtes gens, incapables de soutenir de parti pris la fraude et l'imposture, en continuant à rester membres d'une organisation illégitime et prétendue maçonnique. Si vous parvenez à convaincre des gens comme ceux-là, leur retraite sera pour l'imposture un coup mortel. Mais ne brûlez pas votre poudre pour la masse de leurs associés, nous n'avons pas besoin d'eux, qu'ils restent où ils sont.
» A vous maintenant à faire votre part de travail et à aider efficacement à l'extirpation du Cernéauisme.
» Je vous adjure, au nom du devoir et de l'honneur, de vous évertuer à propager et étendre le vrai Rite Ecossais.
» Chers Frères, d'ici à peu de temps, la perpétuité de notre Ordre dépendra exclusivement de vous. Aidez-moi, pendant le peu que j'ai encore à vivre, à l'étendre et à le fortifier, afin que je puisse être sûr que les grandes espérances que l'imposture nourrit et propage pour le moment où je serai mort, seront déçues (i). »
Pike, qui blasphème si insidieusement en disant que « l'assassinat d'un Franc-Maçon par un Catholique ne serait nullement un péché pour la Papauté »,
Pike, lui, appelle les Francs-Maçons à l'assassinat, car il a déclaré le 12 juillet 1887 que :
^\ « Il se passera bien du temps avant qu'il soit utile d'amener les Francs-Maçons au sentiment de rinviclabilité de la vie humaine (2). »
Le blasphème de Sa Satanité Pike lui retombe donc tout entier sur la tête et l'écrase de tout son poids.
Mais continuons à étudier la réponse du Pape des Francs-Maçons au Pape des Catholiques :
* ^ « La Papauté a réorganisé partout ses milices, ressuscité et reconstitué l'Ordre de Jésus et, pour peu que le tempérament de l'humanité le tolère, elle ressuscitera le Saint-Office avec sa puissance maudite et ses infâmes procédés. »
« Partout où existe un gouvernement républicain, la Papauté trame des complots et ourdit des conspirations contre lui, mine et sape son autorité et, toujours traître et sans scrupules, encourage toutes les révoltes et fomente tous les troubles. »
« La main de la Papauté est partout, vouée partout à des œuvres de trahison et de mystère. Elle ne fait pas une guerre ouverte à la Franc-Maçonnerie, mais elle exerce continuellment contre elle ses influences les plus hostiles, avec une activité que rien ne lasse. »
(1) Annexe n° 2 daté de Washington, le i5 septembre 1887, joint au Balaustre du 10 décembre 1887, adressée par le F.'. Pike, au Suprême Conseil de Belgique. Bulletin du Suprême Conseil de Belgique, n» 3i, pages 42 et 46
(2) Bulletin officiel du Suprêtne Conseil de Char lésion, VIII, page 204, lignes 8, 9, 10.
(( Rien n'égale au monde le pouvoir universel, si illimité, si absolu du Pontife Romain. Absolument irresponsable, supérieur à toutes les lois humaines, ne connaissant aucun frein venant ni de l'homme, ni de la bonne foi, ni de la conscience, ni de la bonté, le Souverain Pontife Romain hait d'une haine profonde, toute vigilante, toute agissante, toute haineuse, la Franc- Maçonnerie. »
« En présence de ce serpent à somiettes spirituel, en présence de cet ennemi mortel, assassin et traître, V Unité et le triomphe de la Franc-Maçonnerie s'imposent, et, devant cette nécessité absolue toute autre considération , quelle qu'elle soit, disparaît immédiatement (i). »
Satan a bien inspiré son représentant eiPike,en faisant cet appel furieux à l'assassinat, au pillage et à l'infamie contre l'Église Catholique, a donné la preuve la plus probante de combien est admirablement vraie et profondément juste l'Encyclique dont il est question.
Eh bien, c'est ce Pape des Francs-Maçons, ce Très Satanique Pike, ce chef dirigeant de la Franc-Maçonnerie révolutionnaire et anti-catholique universelle, qui « gouverne avec sagesse et amour » les Francs-Maçons belges inconditionnellement asservis à son Satanisme!
La preuve que la Franc-Maçonnerie belge obéit à Pike, la voici :
,\ « Je me suis demandé jusqu'à quel point, sans cesser d'être des Maçons, sans devenir des sectaires violents et fanatiques, nos Frères de Belgique pouvaient aller dans la voie des représailles si naturelles auxquelles a donné naissance la persécution et les calomnies dont les Francs-Maçons belges ont été l'objet de la part du clergé ultramontain fanatique, et j'ai été heureux de trouver la solution du problème dans la belle lettre du Vénérable Pike du i6 février 1887 (2).»
(i) Bulletin officiel du Suprême Conseil de Char lésion, vol. VIII, pages 174 et lyS.
(2) Le F.-. Jottrand, le 3i janvier 1888. Bulletin du Suprême Conseil de Belgique, n» 3i, page 53.
(Lettre de Pike du 16 février 1887.
...«La Franc-Maçonnerie n'a fait aux États-Unis aucune attention
Sous l'action de la Franc- Maçonnerie Belge, élément dissolvant et mortel qu elle porte dans son sein, la Belgique court un danger pressant, suprême, dont les documents suivants permettront d'apprécier la gravité.
Le 24 juin 1854, le Frère Verhaegen aîné, Grand- Maître National en chaire, expliqua officiellement, dans le discours dont nous extrayons les passages suivants (1), le sens pratique dans lequel il entendait guider la Franc- Maçonnerie belge, qu'il affirmait vouloir rendre active et vigilante :
^\ « Dans le monde profane, des faits récents se sont produits qui appellent toute notre attention, et le nouveau Gr.". Cons.". pense que la Maçonnerie a quelque chose à y voir. Que ce ne peut être sans but et sans fruit que des hommes dévoués, intelligents, bons patriotes, amis du progrès et de la liberté, se réunissent sur tant de points du pays. Que les associations maçonniques seraient grandement coupables si elles se bornaient à de stériles labeurs, alors que de toutes parts l'ennemi s'organise, alors que la ligue ténébreuse et de l'oppression étend ses pièges dans l'ombre, et augmente, par la peur et l'égoisme, sa fatale puissance, qui croît sans cesse. »
« Je sais qu'en mettant les pieds sur ce terrain, je susciterai dans les âmes timorées des appréhensions et des scrupules. On dira que cette pente est dangereuse pour la Maçonnerie, que nos statuts nous interdisent toute discussion politique ou religieuse. »
« Mes FFF.'., ceci doit, une bonne fois pour toutes, être sérieusement examiné, il faut qu'enfin la Maçonnerie dise ce qu'elle pense et ce qu'elle veut, à propos de cette étrange alternative ou de se taire ou de transgresser sa propre loi. »
à la guerre sourde, que lui faisait le clergé catholique, jusqu'à ce que la promulgation en i885 de l'Encyclique Humaniim Geniis et l'excommunication formelle qu'elle fulminait contre tous les maçons, soient venues faire connaître aux Francs-Maçons de l'Amérique une guerre déclarée qui ne leur laissait d'autre alternative que de recourir à des moyens de défense. »
Bulletin du Suprétne Conseil de Belgique, n» 3i, page 52.) (i) Bulletin du Grand Orient de Belgique, I, pages i5i à i53.
— aôg —
« Constatons d'abord, qu'en maintes circonstances, la Maçonnerie a unanimement méconnu cette restriction. Elle s'est activement mêlée aux luttes politiques et quand le triomphe de sa cause, salué par la nation entière, démontrait combien elle est sympathique au pays, qui donc oserait la blâmer ? «
« Ce serait calomnier l'histoire, nier l'immense service rendu à la patrie. »
« Aussi sommes-nous fondés à dire qu'elle accomplissait alors un impérieux devoir, et que, s'il le faut, elle fera bien de persister dans cette voie. »
« Quand j'interroge le passé de notre Institution, ne vois-je pas que la Maçonnerie a toujours été la vigie attentive qui veille à la marche du vaisseau politique? N'est-ce point elle qui allume dans les ténèbres des tempêtes le phare libérateur qui signale les écueils ; elle qui pousse le cri d'alarme dans les jours de danger? Son histoire ne se déroule-t-elle pas pour répondre? Chaque] fois qu'il le fallait, la Maçonnerie n'a-t-elle pas formé le centre, le point d'appui de la résistance aux empiétements de l'erreur et du mensonge, de quelque côté qu'ils vinssent? »
« Je pense qu'oui; le Gr.". Cons.\, le Gr.-. Or.\ le pensent avec moi. Or, mes FFF."., l'heure du péril a sonné, le danger devient imminent, il faut agir!... Le cri d'alarme a retenti ! Ne sentez-vous pas qu'il y a quelque chose de funeste dans l'air? La conscience publique baisse, les trahisons s'étalent au grand jour, l'égoïsme et la peur, ces divinités honteuses, voient, à la face du jour, l'encens brûler sur leurs autels : des ennemis perfides, dévorés d'une basse et insatiable ambition, osent rêver la toute puissance politique, l'asservissement des consciences, l'anéantissement de nos précieuses libertés. Partout nos adversaires s'organisent, partout ils vont disant hautement que c'est pour eux un devoir sacré, un droit incontestable de s'immiscer dans les affaires politiques. Sous le manteau de la bienfaisance, ils organisent, ils enrégimentent leurs forces. C'est sous l'égide
de nos propres principes qu'ils combattent ; ils parlent sans cesse de liberté, de tolérance, de charité, de toutes les vertus. La Société de Saint-Vincent de Paul écrit sur son drapeau ce mot sublime, qui, dans sa bouche, est une duperie : Humanité l — Et devant ces progrès constants, à la veille de luttes décisives, la Maçonnerie se cacherait honteusement dans ses Temples en disant : « Faisons silence, la politique nous est interdite! »
« Savoir, et j'insiste sur le mot, savoir ce que l'on veut, d'abord par l'étude consciencieuse des besoins sociaux, par la recherche laborieuse, intelligente, des vraies formules de l'économie sociale : savoir d'abord ce que Von veut. Etre unis ensuite, fermes et intrépides dans notre volonté; mais, unis invinciblement unis et alors seulement nous aurons le droit et le pouvoir d'arriver au triomphe. »
« Je me résume et je dis que la formule maçonnique du temps présent, bonne aussi, je crois, à garder et à suivre pour les temps à venir, est celle-ci : Savoir ce que l'on veut, vouloir ce que l'on sait. »
« Quelques mots de développement à propos de ce principe et j'aurai tout dit : »
« Savoir ce que Ion veut?... C'est le travail préparatoire que doit s'imposer individuellement chaque Maçon ; ce doit être le but que chaque 1 ••• | se propose. Une fois affranchi des entraves de l'article 1 35, le Maçon a le droit de s'enquérir de toute chose, il a le devoir de tout étudier, — de s'éclaircir en f"^, tout aussi bien qu'il le peut dans le monde profane, de toute question matérielle ou morale, sociale ou philosophique, c'est-àdire politique ou religieuse. Il faut en un mot que la Maçonnerie ne craigne pas de proclamer, non seulement comme un droit, mais comme un devoir, ce divin principe, cimenté par le sang de tant de martyrs, cette conquête précieuse et absolue de notre droit public: La liberté d'examen !... De là naîtra pour le Maçon une ligne de conduite invariable: il saura ce qu il veut.))
« II trouvera ensuite dans le concours de ses FFF.'., dans la puissante organisation de la Maçonnerie, dans
la pratique des sincères principes d'union, cette force de cohésion qui fait réaliser les grandes choses. Et comptant, non par la Foi, mais par la Science, sur le triomphe des idées auxquelles il se sera invinciblement attaché, il apportera à leur réalisation toute l'énergie dont il est susceptible. »
« // voudra ce qu'il sait. »
« Qu'ils viennent alors ceux qui jettent l'anathéme à la Maçonnerie, qu'ils essaient de la lutte et les enfants de la Vraie Lumière repousseront à jamais dans l'ombre ces éternels insulteurs de l'intelligence, ces implacables ennemis du vrai bonheur de l'humanité. »
L* « activité maçonnique » et la « vigilance maçonnique » que le Grand Maître Verhaegen voulait voir « pratiquées » par les Francs-Maçons belges, n'ont pas trop tardé à devenir des réalités, car moins de dix ans après nous voyons se produire les faits qui vont suivre.
Le 23 avril 1875,1e Grand Orient de Belgique, présidé par le négociant d'Anvers, le Frère Grand Maître adjoint Victor Lynen, procédait à l'installation comme Grand Maître du professeur et ancien membre de la Chambre des Représentants, le Frère Henri Berge.
Le Frère Victor Lynen explique en ces termes les raisons que le Grand Orient avait eues pour se donner comme Chef le Frère Berge :
« Il est impossible. T.-. C.-. F."., de séparer en Belgique votre nom de l'œuvre féconde de la libre pensée. »
(( Vous avez été un des premiers, sinon le premier, 'à comprendre qu'en face de la redoutable organisation de leurs adversaires, les partisans du libre examen devaient s'unir pour la défense de leurs idées et de leurs droits. »
" Vous vous êtes dit que, dans un pays oiàles citoyens jouissent des mêmes libertés, il fallait, pour en être digne, en user et en user surtout contre ceux qui prétendent les confisquer à leur profit exclusif. Les cris de rage de nos adversaires ont prouvé combien vous frappiez juste. Ils ont voulu étouffer le mouvement en^désignant ses adhérents à la haine et au mépris public. »
« Ils ont cru nous flétrir en nous appelant solidaires,
oubliant que ce nom nous rappelait notre serment de solidarité quand il s'agit de défendre ce que l'homme a de plus précieux : son for intérieur; quand il s'agit de faire respecter des convictions librement acquises et hautement affirmées. »
« Dans votre carrière politique vous ne cessez de réclamer l'égalité parfaite des citoyens devant la loi. »
« Vous cherchez à établir qu'une nation, pour vivre heureuse, doit écarter de ses lois politiques et de son enseignement public tout ce qui est du domaine de la conscience. Vous voulez ainsi épargner à votre pays les luttes les plus horribles entre toutes, les luttes civiles. »
« Récemment, dans un débat solennel, vous appuyant sur des faits vous avez pu insister avec autorité sur la réalisation delà sage^et légitime réforme delà Séparation des Églises et de l'Etat, qui doit assurer l'indépendance absolue du pouvoir civil et la paix publique. »
« En tout cela. T.*. C*. F."., vous vous inspirez de nos grands et généreux principes, et vous vous eiforcez, en rapprochant les hommes, de nous rapprocher de notre idéal, la fraternité universelle (i). »
Le Frère Berge est donc un militant, mais il lient à bien préciser contre qui et il s'exprime ainsi, en répondant au Frère Lynen :
/, « Jamais l'action de la Maçonnerie n'a été plus utile et ce qui le prouve c'est que jamais elle n'a été plus attaquée. Les écrits récents des Dupanloup, des De Ségur et autres prêtres, les événements qui se sont produits en Allemagne, en Suisse, au Brésil, prouvent combien nos adversaires redoutent notre institution. En Angleterre même où la Mac.", a exercé une action moins militante au point de vue politique, la défection du plus haut dignitaire de l'Ordre vient de montrer aux Mac.-, anglais l'incompatibilité qui existe entre nos principes et les doctrines catholiques (2). »
Alors « l'organe du peuple maçonnique », le Grand
(1) Bulletin du Grand Orient de Belgique, II, page 98.
(2) Bidletin du Grand Orient de Belgique, II, page 100.
Orateur Frère Scailquin déclare officiellement le but que poursuit la Franc-Maçonnerie dans son action et les voies par lesquelles elle s'attend à être conduite pour l'atteindre :
/,« Depuis qu'elle (la Maçon.', belge) s'est reconstituée sous la direction d'un Gr.\ Or.', national, elle a pris les plus généreuses initiatives, elle s'est associée à toutes les œuvres utiles, elle a signalé au pays les audaces et les dangers d'une réaction aveugle et confiante jusqu'à l'excès dans sa discipline puissante, dans sa vaste organisation ; cette réaction ne redoute même point de s'attaquer à la Révolution toujours vivante, toujours en travail qui comme un volcan, aujourd'hui lançant des torrents de flammes de ses cratères embrasés, demain immobile et calme sous un ciel d'azur, est venue, dans l'agonie du XVIIF siècle, dans ses misères, dans ses hontes et dans sa décadence, faire palpiter les tressaillements d'une vie nouvelle dont rien n'arrêtera le développement et les merveilles. »
« En d'autres contrées, la situation n'était guère plus brillante: là, des questions de race et de couleur faisaient verser des flots de sang et inondaient jusqu'au parvis des Temples ; ici, soit par le calcul des gouvernements, soit par une fausse interprétation de nos origines et de nos traditions, on éliminait des discussions tout élément religieux ou politique et l'interdit était jeté sur notre Orient prétendument coupable d'avoir admis certaines controverses sur le terrain théorique de la religion ou de la politique ; ailleurs, la Loge réduisait son rôle à des banquets, à des aumônes, à une puérile exhibition de rubans et de décors plus variés que les plus chatoyantes couleurs. »
« 1870 est une date mémorable pour le monde, témoin d'immenses hécatombes humaines, de luttes gigantesques, d'un écroulement d'empires ; elle fut à jamais funeste pour la Belgique : la résurrection cléricale vint la surprendre et l'étonner comme si elle n'était pas le résultat presque inévitable de i83o, où l'on eut trop de bonne
foi, de 1846, dont on ne suivit pas les enseignements, de 1857, où l'on n'eut pas assez d'audace. »
« Ils (les cléricaux) ont ce qui nous manque et ce que notre loi nous interdit : la ruse, l'absolution pour tous moyens qui aident leurs desseins ; mais ils ont aussi ce qui nous est permis et que nous ne pratiquons pas, la discipline et la persévérance, qui nous feront défaut tant qu'elles ne seront point réalisées par l'institution, seule apte à remplir cette œuvre, par la Mac.*. ; tant que celle-ci, par les hommes et par les choses, ne se sera pas rendue maîtresse des destinées de la nation. »
« La Mac.', n'est rien qu'une école de désœuvrement et de désillusions, si elle n'est point cette force, si elle n'a point ce prestige. »
« Aujourd'hui l'Allemagne traverse des crises sans cesse renaissantes d'une lutte d'autant plus dangereuse qu'elle soulève les passions religieuses les plus détestables de toutes. Par l'organe de ses publicistes les plus éminents, de ses hommes d'État les plus autorisés, l'Angleterre jette des cris d'alarme ; et la France n'est si divisée, si incertaine de son avenir, si entravée dans l'expansion de cette vitalité merveilleuse dont elle semble avoir le secret, que parce que sur tous les points de son territoire, l'ultramontanisme garde des positions formidables. Et pourtant cependant souffle le vent de la réforme. L'exemple delà Belgique maçonn.'. de 1854 est imité, la voix de Verhaegen retentit du fond de sa tombe. »
« Ils (des esprits sérieux et distingués) ne comprirent point que la Maçonnerie est basée sur des principes tels, qu'elle est impérissable; que peu importent ses rites, ses symboles qui peuvent varier, elle repose, comme sur un roc indestructible, sur la conscience et la raison humaine qui, même aux plus mauvais jours de l'histoire, ne succombent jamais. Et c'est ainsi que la Belgique, après avoir prêché l'exemple, après avoir servi de modèle aux nations comme aux enfants de la lumière, subit elle-
même le châtiment des fautes dont elle voulait prémunir autrui. »
« Il faut que l'on sache désormais que, pour lutter contre les ennemis des libertés modernes, la Maçonn.*. est une institution nécessaire. Les preuves abondent pour attester que là où les colonnes ont été renversées, le dogme et l'intolérance ont étendu leurs ravages, que partout où nous avons osé, où les caractères se sont affirmés, les majorités sont restées acquises aux idées de progrès. »
« On ne sait par quels efforts héroïques les Flandres pourront se soustraire à l'ultramontanisme qui les étreint dans son réseau de cloîtres et de confréries. Les statistiques accusent dans l'autre partie du pays des résultats politiques d'où il ressort à la dernière évidence qu'à toute défaillance de la Mac.", correspond un progrés de nos adversaires. »
« Il semble qu'on puisse prédire l'heure où les citoyens les plus méritants et les plus fiers, abreuvés d'amertume et de dégoût, refuseront de descendre dans cette arène des partis qui, pour se venger de leurs impuissances respectives, n'auront plus d'autre recours que leurs désordres et leurs violences. Avant qu'il en soit ainsi et qu'obéissant à son inflexible logique, l'histoire ne nous réserve de cruelles expériences, n'appartient-il pas à la Loge belge de tenter un effort suprême? Elle reçoit de précieux encouragements, elle se sent appuyée et soutenue; les Orients du dehors tiennent à resserrer avec nous les liens de la solidarité fraternelle. »
« Le temps n'est plus aux discours, mais à la croisade, et n'avons-nous pas raison de croire qu'une attitude énergique et virile confondra des adversaires qui ont compté leurs succès bien plus par nos faiblesses que par les sympathies qu'ils inspirent? r,
« Toutes les grandes et nobles idées vivent et s'agitent au fond de la conscience populaire ; mais il faut descendre à ce peuple qu'on nous dispute, lui parler la
langue qu'il comprend, lui révéler les préjugés, les erreurs qui faussent ses jugements ; et pour cette œuvre immense où l'on se heurte aux outrages, aux calomnies, aux persécutions d'un ennemi dangereux et perfide comme tout ce qui est sectaire, l'organisation s'impose comme une nécessité de l'ordre. »
« Dans cette occasion qui rassembie tant de Mac/, illustres, proclamons-le hautement : cette organisation n'est possible que par la Maçonn.*.. »
« Rien ne peut se faire sans elle ni contre elle. Elle sera le trait d'union de nos forces disséminées ; elle sera à la fois cet asile où viendront s'apaiser les dissentiments de ceux qu'inspirent les principes communs et l'arsenal préparant les armes du combat ; elle relèvera les colonnes qui ont fléchi, stimulera le zèle de ceux qui, jugeant les choses à la surface, ont cédé à un trop prompt découragement. Mais il est essentiel qu'elle dirige cette œuvre et en prenne la responsabilité. Que ceux qui l'ont méconnue viennent lui rendre un nouvel hommage, et que ceux qui ne veulent point la servir, la respectent. »
« Il faut qu'on ne la juge point comme compromettante, mais comme un appui, comme une autorité tutélaire. »
« Le dilemme de vie ou de mort se pose à la Maçon.*. : elle doit être tout ou rien, licencier ses adeptes ou exiger que tous soient à leurs postes et qu'il soit fait justice des traîtres et des parjures. »
(( Demain peut-être cette secte qui tient entre ses mains le poignard dont le manche est à Rome et la pointe partout, n'aura pas craint, dans sa fureur impie, de provoquer, sur le sol de la patrie, les luttes fratricides. »
« Il est peut-être temps encore d'invoquer le bon sens de nos concitoyens, de laisser au règne de la loi et à l'expression de la volonté publique le soin de conjurer les orages qui nous menacent. »
« Et si la raison, la justice et la tolérance courent risque d'être souillées par des mains sacrilèges, à la
branche d'acacia, au rameau d'olivier qui sont nos emblèmes pacifiques, nous substituerons comme nos aïeux l'armure du combat. »
« Et vous, Mac. • . , dans le silence de nos temples, dans le calme des délibérations qui précéderont l'action, préparez-vous aux imprévus ! A vous qui avez prédit ce résultat final désastreux des menées de nos ennemis, d'un système impuissant à les prévenir, à vous de chercher les remèdes d'une situation dont nous sommes conscients. »
(( Que ce sentiment nous pénètre d'une foi et d'une ardeur d'autant plus vives que l'imminence du péril grandira nos courages; et devant notre Chef suprême, répétons dans un serment solennel que les maçons belges sont décidés à l'action, prêts à tous les dévouements, dussentils aller Jusqu'au sacrifice (i) ! »
A peine « les acclamations provoquées par ce discours » ont-elles cessé, que le Frère Berge, professeur à l'Université de Bruxelles et ancien membre de la Chambre des Représentants, s'écrie :
« Quoiqu'il ne soit pas d'usage de saluer par la batterie (cela veut dire par des applaudissements à la façon maçonnique) les paroles du Frère Orateur, je crois que nous devons faire une exception en faveur du brillant morceau d'architecture (cela veut dire discours maçonnique) que nous venons d'entendre. »
« On peut réellement le considérer comme la profession de foi de la Maçonnerie belge (2). »
Donc, officiellement proclamée, l'action maçonnique sociale de la Franc-Maçonnerie belge va « jusqu'au sacrifice. »
Il est intéressant de savoir ce que la Maçonnerie belge entend par « aller jusqu'au sacrifice » dans son action sociale, et le Grand Orient de Belgique s'est chargé de nous en fournir la définition ofliicielle la plus complète, à
(1) Bulletin du Grand Orient de Belgique, II, pages 101 à 108. f (2) Bulletin du Grand Orient de Belgique, II, page 108, lignes 25 à 29.
l'occasion du banquet célébré le 23 avril 1875 pour l'installation du Frère Berge comme « Sérénissime Grand- Maître National de Belgique. »
Les Frères Lynen, Scailquin, Berge et Couvreur ont prononcé des toasts que le Frère Lynen a lui-même qualifiés ensuite de « grandes vérités éloquemment dites. »
Voici le texte officiel de ces quatre séries de « grandes vérités » Ixanc-maçonniques belges :
Série Lynen, Grand-Maître adjoint :
« /^ Je bois à la Belgique, à notre chère patrie, que nous défendrons toujours contre les ennemis du dedans qui veulent annihiler ses libertés, et que nous défendrons au besoin contre les ennemis du dehors (i). »
« Je bois à la Constitution que nous aimons, surtout parce que ceux qui nous en ont doté y ont inscrit cette sage disposition qui permet de la modifier. »
Série Scailquin, Grand Orateur représentant le Peuple maçonnique belge :
« .*, Je bois à l'union contre l'ennemi, qui, pour être possible et féconde, doit avoir à sa tête la Franc-Maçonnerie et s'être formée dans son sein, car c'est à ceux qui ont signalé les obstacles à diriger le combat. »
« Je bois à la force, à la force sacro-sainte qui ferait de notre patriotisme un rempart pour la défense de nos institutions, de notre indépendance. »
« Je boisa la \nilt contre les couvents, conXxt ces foyers d'ignorance et d'abrutissement qui s'étendent comme une lèpre sur toute la surface du pays, et où s'ourdissent les conspirations qui compromettent la sécurité de l'État, o\x se préparent la résistance aux lois et l'asservissement des citoyens. »
« Qu'on ne nous objecte pas la liberté en faveur de ces associations d'ignorance et de ténèbres. Cessons d'être dupes comme en i83o, car ils tomberont ou 7ious tomberons. Voulez-vous, oui ou non, qu'ils vous absorbent
(1) Bulleti)i du Grand Ovioit de Belgique, II, pages 110 et m.
avec le pays tout entier? Voulez- vous recommencer les errements suivis jusqu'aujourd'hui ? »
« Non ! Eh bien, faisons justice de ces institutions dangereuses, aujourd'hui qu'il est possible encore, par la force des lois, de mettre un terme à leurs audaces, car demain ce serait peut-être contre leurs violences que nous aurions à défendre nos foyers et nos libertés (i). »
Série Berge, Grand Maître National :
/, « Je crois que la Franc-Maçonnerie est la véritable ennemie de la religion catholique (2). »
« Lorsque les prêtres encouragent des superstitions grossières, la Maçonnerie combat leur inl^uence abrutissante et repousse l'invasion de ces barbares modernes. »
« Lorsque le Pape condamne les Maçons et ne pouvant plus les^ livrer aux bûchers, emploie contre eux les canons de l'Église, à défaut d'autres, la Maçonnerie crie alerte et la guerre est déclarée, car leur existence est en jeu. »
« Lorsqu'on provoque les bons citoyens par des outrages |au bon sens, par des pèlerinages idiots, lorsqu'on les laisse en butte aux dénonciations les plus lâches, lorsqu'on ridiculise le mariage civil et lorsqu'on insuite les citoyens qui ne se courbent pas devant l'Église, la Maçonnerie doit faire de la politique sous peine de forfaire à l'honneur. »
« Lorsque les jésuites, par de scandaleuses captations, détournent les héritages et s'abattent comme des bandes de corbeaux partout où il y a des morts à dépouiller, il ne peut y avoir de repos pour la Maçonnerie que le jour où ces corrupteurs auront cessé d'exercer leur méprisable commerce (3). »
Série Couvreur, Grand Maître passé :
« ,\ Le temps n'est pas aux longs discours. Il est à l'action. L'heure du combat est venue ; on nous l'offre.
(1) Bulletin du Grand Orient de Belgique, II, pages 1:2 et 11 3.
(2) Id., II, page 1 13. lignes 34 et 35.
(3) Id., II, page 114.
Rome lance ses noirs bataillons à l'assaut de l'ordre social, et, séparant les hommes là où nous leur disons de se rapprocher, elle les arme, les pousse à la guerre civile. »
« Grâce à nos mœurs, le pays a pu tenir tête au danger, mais il va devoir choisir entre la Constitution et les Encycliques. Et puisqu'ils renient la Constitution qu'ils subissent comme un malheur des temps, exaltons-la, mais que ce soit la Constitution dans son esprit comme dans sa lettre, non telle que l'ont faussée des lois votées par des majorités cléricales ou acceptées par des libéraux qui transigent avec la foi de leurs pères. »
« Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée ; chez nous elle n'est ni l'un ni l'autre. La Constitution proclame le divorce entre l'Etat et l'Eglise. De ce divorce, nos lois ont fait un concubinat où l'Etat a toutes les charges et toutes les responsabilités et l'Eglise tous les droits et toutes les immunités. »
« Ce jeu de dupes doit cesser. Voilà notre mot d'ordre. Aussi je bois à la Constitution, mais à la Constitution avec toutes les libertés, sans privilèges pour les églises, les évéques et les petits frères. »
« Je bois à la Maçonnerie belge et à son alliance avec la Maçonnerie étrangère, et comme le Dieu qui trône au Vatican a écrit à un de ses évéques que la Maçonnerie, œuvre de Satan, ne pouvait plus être vaincue que par les prières des fidèles, je bois au triomphe de la Maçonnerie des prières de ses adversaires comme elle a triomphé de leurs calomnies et de leurs anathèmes. »
(( Je bois à la mort de l'esprit clérical, à la chute d'une église dont l'empire repose sur l'ignorance et la superstition, à la chute de l'Eglise romaine (i) ! »
La situation d'une gravité si exceptionnelle qui ressort des déclarations officielles qui précèdent, a été exposée comme il suit par un Franc-Maçon le F. " . Victor Arnould, ancien membre de la Chambre des Représentants et pre-
i) Bulletin du Grand Orient de Belgique, II, page 116.
mier surveillant de la Loge « Les Amis philanthropes » de Bruxelles, le 3i octobre 1886 :
^\ « Aujourd'hui, nous n'avons plus rien à craindre de l'Europe, mais nous n'avons plus rien à espérer d'elle. »
« Quand elle nous a connus tels que nous sommes, elle s'est détournée de nous. »
« Cette immense hypocrisie de nos classes gouvernantes, qui pendant cinquante ans ont joué devant le monde la comédie de la prospérité et de la paix, alors que le gaspillage, la rapacité, l'exaction fourrageaient fiévreusement le pays empilant, ramassant jusqu'aux bribes, et laissant aujourd'hui nos ressources taries, nos populations épuisées ; ce champartage éhonté, raflant tout, ne restituant jamais rien, conduisant à la ruine et à la misère noire la contrée la plus riche du continent en hommes et en ressources ; le spectacle de nos déchirements, de nos luttes stériles, de notre lâcheté qui n'ose même pas regarder en face le péril croissant, bientôt irrémédiable ; cette faillite à nous-mêmes et à nos destinées; cette trahison de la confiance que l'on avait mise en nous, en nous assurant la liberté et la paix, lorsque de la liberté nous n'avons fait que le masque de notre égoïsme et que de notre sécurité nous n'avons fait sortir, pour nos serfs de la glèbe et de la machine, qu'un despotisme, aussi atroce que celui de la féodalité ; une aussi monstrueuse contradiction entre ce que nous sommes et ce que l'on nous croyait être, a rebuté l'Europe. »
Et comme si ce tableau n'était pas suffisamment sombre, d'autres Francs-Maçons s'écrient :
^\ « Si nous avons été plus loin que nos fondateurs dans notre mission de former la société profane à l'image de notre Ordre, nos descendants iront plus loin que nous pour transporter dans le monde profane nos lois morales, politiques et sociales, n
Le F.-. H.-, initié Kadosh le 11 mai 1888, ''explique ainsi ce que cela veut dire :
^\ « Il constate que la liberté de la parole et'des actes n'est pas si assurée dans le monde, que le secret dont la Franc-Maçonnerie couvre encore ses réunions n'ait plus
de raison d'être. Ce n'est plus, il est vrai, par les bûchers que l'on ferme aujourd'hui les bouches importunes, mais par toute sorte de persécutions mesquines, qui arrivent à être très efficaces. «
« Par ces procédés, en effet, on arrive aujourd'hui à empêcher la production et la dispersion d'idées que l'on imprimait librement au XVF siècle et au xviii°. C'est surtout en matière de réformes sociales que les idées ne sont plus libres dans le monde profane. Et cependant il y a dans notre société de bien grands vices à corriger. Les classes gouvernantes constituent, on peut le dire, une grande société en participation pour l'exploitation du travail des masses populaires. Un savant économiste, notre compatriote De Molinari, n'a pas craint de le dire et de le démontrer il y a trois ou quatre ans, dans un beau livre que l'on eût dû s'efforcer de répandre. Nul n'a osé l'entreprendre, et les exploitants, qui défendent avec vigilance leur situation, ont su organiser avec succès autour de cette œuvre, qui cependant maintenait debout les principes de l'école individualiste, la conspiration du silence. La liberté de dire ces vérités est heureusement complète dans le monde maçonnique et c'est pour cela que l'on doit lui rester dévoué et fidèle. »
« Ce serait une belle tâche qu'accomplirait la Franc- Maçonnerie, que de travailler avec persévérance, mais aussi avec la prudence que donne la maturité de l'esprit, à faire cesser ce régime d'exploitation qui tôt ou tard provoquera des révoltes funestes k tout le monde. Cuique suum, à chacun selon ses œuvres, tel est le principe de justice qui doit régner parmi les hommes en société, et ce principe ne permet pas que qui que ce soit vive oisif du travail d'autrui. Le spectacle d'une telle oisiveté est corrupteur, il devient inévitablement un idéal mauvais auquel chacun aspire et que cependant il faut chasser du cœur et de l'esprit des hommes. »
« Le F.". H... a vu avec bonheur qu'au degré qu'il vient de recevoir, le devoir du travail est encore une fois rappelé aux récipiendaires. La Franc-Maçonnerie montre ainsi qu'elle est une force au service du principe de justice
qui finira par prévaloir dans les sociétés humaines (i). » Voici quel est en réalité ce « travail » maçonnique : Le Grand Maître National de Belgique, le Frère
Couvreur^ a officiellement déclaré, le 2 5 mai 187 5, ce qui
suit :
« ^\ Je ne finirais pas si Je devais énumérer les œuvres
multiples sorties de nos Ateliers. »
« Puissent-ils continuer dans cette voie, et concentrer tous leurs efforts sur l'mstruction et l'éducation de
toutes les classes de la Société ! »
« Car, de quelque côté que l'on envisage les problèmes
sociaux qui nous préoccupent le plus :
» Extension du droit de suffrage ;
» Gouvernement du pays par le pays;
» Organisation de l'armée;
)) Maintien de l'mdépendance nationale;
» Maintien des libertés nationales;
» Solution du paupérisme ;
» Réconciliation du traviail et du capital,
» C'est toujours la nécessité de l instruction maçonnique qui se dévoile comme la clef de toutes les difficultés sociales (2). »
Et en voici les conséquences, formulées d'abord d'une manière hypocrite :
* ^ « Pour le cas où les tentatives du parti libéral resteraient impuisantes devant la pression du parti clérical ou en cas d'attaque violente de la part de celui-ci contre les institutions ou contre les hommes, il faut dès à présent organiser dans tout le pays la résistance à ces empiétements, de manière à guider et à conduire les mouvements populaires qui pourraient en être la conséquence (3), »
(1) [Aréopage des Chevaliers Kadosch présidé par le Grand Maître Henri Pappaert le 1 1 mai 1888. Bulletin dtiSuprême Conseil de Belgique, n^ 3i, pages 1 13, 114.
(2) Bulletin du Grand Orient de Belgique, I, page 1 17.
(3) Déclaration de la Loge « Les Amis de la Persévérance » d'Anvers. Bulletin du Grand Orient de Belgique. III et IV, page 98.
Les Francs-Maçons belges sont d'autant plus certains que ces mouvements pourraient se produire, qu'ils possèdent, suivant les termes d'un rapport officiel du Frère Scatlquin, avocat à la Cour d'appel, « les vertus maçonniques qui ont V heureux privilège d'e'mouvoir les foules (i). »
Pour être ensuite cyniquement et ouvertement proclamées :
Le Grand Maître national adjoint, le Frère Guequier, a porté, le 2 5 mai 1873,1e toast suivant au grand banquet officiel du Grand Orient de Belgique :
.", « Je bois au Souverain reconnu par notre Constitution nationale, au Peuple belge, à ce que cette souveraineté passe du domaine de la théorie légale dans celui des faits réels, et à ce que nous sachions ne pas nous borner à des souhaits vagues et stériles, »
« Il dépend de nous que la Révolution sociale constitue le plus beau, le plus noble des progrès accomplis par l'humanité, ou qu'elle dégénère en épouvantable cataclysme. »
« Pour cela, nous qui nous faisons gloire de nous être émancipés de la tyrannie des dogmes religieux, nous qui ne laisserons pas l'Eglise catholique, cette pieuvre géante, enserrer dans ses mille bras la Belgique tout entière et y étouffer toute spontanéité de pensée, et toute liberté de conviction, nous devons savoir résister à la tyrannie des dogmes politiques, et empêcher que le libéralisme se transforme en doctrine immobile ayant des pontifes infaillibles et des articles de foi indiscutables (2). »
Cette « Révolution sociale » qui sera « le plus noble et le plus beau des progrès », voici un travail d'ensemble des iTâvsLux avoués des Loges belges qui permet d'apprendre comment elle est préparée :
,\ « L'acharnement qu'a mis le clergé à poursuivre la Maçonnerie sur tous les points du pays, à l'occasion
(i) Bulletin du Grand Orient de Belgique, III et IV, page 124, 1, 29 et 3o.
(2) Bulletin du Grand Orient de Belgique, 1, pages 1 13 et 1 14.
de la loi scolaire de 1879, ne pouvait manquer de donner aux Loges un surcroît d'activité et d'ardeur; c'est en effet ce qui s'est produit. Chose à noter, une bonne partie des nouvelles recrues sont des membres classés dans les Ateliers parmi les « non résidents », c'est-à-dire que les habitants des campagnes ressentent à leur tour le besoin de venir puiser dans nos Loges la lumière qui fait presque complètement défaut dans les milieux soumis à la domination du Clergé. A ce précieux indice vient s'ajouter, comme témoignage de la prospérité de notre Ordre, la circonstance qu'un certain nombre d'instituteurs, habitant la partie rurale du pays, ont, dans ces derniers temps, sollicité leur initiation. »
« Le vitalité de la Maçonnerie s'affirme par le travail personnel de ses membres et par l'étude de toutes les questions intéressant les masses ; l'énumération en est donnée dans l'analyse ci-après des travaux des Loges de la correspondance. »
Bonne Amitié. — La Loge de Namur continue à rester digne de son long passé ; le centre hostile dans lequel elle se meut nécessite une activité sans trêve et là est peut-être la source de sa vitalité exubérante. Cette Loge surtout recrute dans les campagnes beaucoup de ses adeptes. Cette particularité, fort heureuse au point de vue de la diffusion des idées maçonniques, appelle toutefois l'attention sur les avantages qui résulteraient de la présence d'un plus grand nombre de soldats actifs dans les villes même. La nature des travaux de la respectable Loge « La Bonne Amitié » se ressent naturellement de la part prépondérante faite à la politique dans les préoccupations du clergé du diocèse de Namur; aussi remarque-t-on parmi les objets qui ont occupé cet Atelier : la suppression des privilèges du clergé, les abus des députations permanentes dans l'exercice de certaines de leurs attributions, la propagande en faveur de la revision de la loi de 1842 sur l'enseignement, le mode de votation pour les opérations électorales et le vote obligatoire.
Dans un autre ordre d'idées, la Respectable Loge « La Bonne Amitié » a discuté un mémoire sur l'instruc-
lion, la question ouvrière et celle du travail des enfants dans les mines.
Amis de la Parfaite Intelligence, à l'Orient de Huy. — Bien que cette Respectable Loge compte relativement peu de Maçons, elle ne fait pas moins preuve d'une très grande activité. Les travaux mis à l'ordre du jour dans la plupart des autres Ateliers de l'Obédience ont formé le fond des discussions de la Respectable Loge Les Amis de la Parfaite Intelligence.
La Parfaite Intelligence et l'Etoile réunies. — Si nous continuons à cheminer dans la vallée de la Meuse, nous arrivons à Liège, oij rayonne un puissant foyer maçonnique, la Respectable Loge de La parfaite Intelligence et l'Etoile réunies.
Ici, à l'inverse de ce qui a été constaté pour la Loge de Namur, la politique n'a aucun accès dans l'ordre des travaux; la note sociale y domine.
Parmi les objets mis en discussion par la Respectable Loge de « la Parfaite Intelligence et l'Etoile réunies », il y a lieu de signaler : le matérialisme, le positivisme et le spiritualisme ; la question sociale en général ; le rapport du travail et du capital; les principes de l'organisation de la commune ; les biens de mainmorte et les comités de charité ; les idées de Malthus sur la population ; la propriété; la situation des prolétaires : l'épargne leur estelle possible? la suppression du contrat de louage ; du sol: opinion de Colin, etc.; des bases de la morale.
Avenir. — Il s'en faut de beaucoup que la Respectable Loge r Avenir à l'Orient de Spa, se trouve dans une situation prospère. Cet Atelier subit l'action d'une désagrégation lente, qui l'amènera bientôt au sommeil, si des mesures énergiques ne viennent lui insuffler une vie nouvelle. La Respectable Loge l Avenir a conservé quelques fidèles qui à force de dévouement, la maintiennent en activité. C'est ainsi que, un certain nombre de questions intéressantes, se rapportant particulièrement au fonctionnement de la Maçonnerie, ont été traitées dans le temple de l'Atelier spadois. En dehors
de ces questions, l'on s'y est occupé aussi de l'organisation de l'œuvre des vieux vêtements, de l'enseignement de la morale dans les écoles, de la législation des cimetières, des moyens à meitre en œuvre pour faire adopter l'instruction gratuite et obligatoire, etc.
Peut-être une enquête dévoilerait-elle des ressources actuellement perdues pour la Maçonnerie, et qui viendraient efficacement en aide à la Respectable Loge V Avenir'. Déjà cette idée a été suggérée; il y aura lieu de l'examiner d'une manière plus approfondie.
Philadelphes et Travail. — L'Orient de Verviers apparaît brillant dans la sphère maçonnique; deux Ateliers y luttent d'émulation fraternelle et leur complète entente produit des résultats vraiment heureux. La Respectable Loge Les Philadelphes et la Respectable Loge Le Travail ont organisé, et ils entretiennent en commun, plusieurs œuvres de bienfaisance. Ces deux Ateliers travaillent également d'une manière très active.
La Respectable Loge Les Philadelphes s'est occupée des jésuites; du catéchisme; des cercles de conférences; de la religion et delà morale; du danger des publications maçonniques ; delà législation relative aux étrangers; du conflit entre la Science et la Religion. Cet Atelier a discuté, en outre, plusieurs questions de bienfaisance et de propagande. Les Philadelphes ont aussi organisé des fêtes suivies de banquets, auxquelles les dames proches parentes des Maçons étaient admises. H paraît que ces réunions ont eu un grand succès.
Quant à la Respectable Loge le Travail, elle a abordé l'examen des questions sociales, notamment celle du paupérisme, le travail de nuit dans les ateliers et l'organisation du travail. Les questions à l'ordre du jour dans le monde profane ont à leur tour été longuement discutées.
Constance. — La Respectable Loge la Constance, à l'Orient de Louvain, voit ses travaux fréquentés avec une assiduité exemplaire et le nombre de ses membres suivre une progression constante.
Parmi les objets mis en discussion dans cet Atelier, l'on remarque l'enseignement de la morale, et la situation des instituteurs sous le régime de la loi de 1842. Cette dernière question a été examinée de la manière la plus approfondie. Un grand nombre de tenues y ont été consacrées.
Amis philanthropes et Vrais Amis de l'Union et du Progrès. — Ce qui est dit plus haut de la cordiale entente des Loges de Verviers s'applique en tous points aux Loges de Bruxelles. Les Amis philanthropes et les Vrais Amis de l Union et du Progrès constituent un groupe puissant de Maçons, au cœur du pays. Les membres de ces deux Ateliers assistent en quelque sorte indifféremment aux tenues de l'une et de l'autre Loge. Leurs Officiers dignitaires sont même admis réciproquement aux discussions qui ont lieu en famille.
Les Loges de Bruxelles s'occupent spécialement de sujets philosophiques, sans cependant négliger les questions dominantes de la politique, telles que l'enseignement et le droit de suffrage, qui ont été discutées d'une manière approfondie dans les deux Ateliers. Le nombre des questions traitées est relativement restreint; mais cela tient à une circonstance particulièrement favorable : c'est que les initiations y sont à ce point nombreuses qu'un grand nombre de tenues doivent y être exclusivement consacrées. La diversité des éléments qui entrent dans ce contingent de nouvelles recrues, rendent ces tenues fort instructives et très intéressantes.
« Les Amis philanthropes » ont consacré plusieurs tenues à la discussion du fondement des lois morales et à celle des drois et des devoirs des Maçons. La question militaire, la défense nationale, les origines de l'homme et la propagande maçonnique ont également été examinées sous toutes leurs faces.
La Loge « des Vrais amis de f Union et du Progrès réunis » a compris dans ses travaux les objets suivants : La Maçonnerie et l'immortalité de l'âme, le travail des enfants dans les mines, la structure de l'Univers, la pluralité des mondes, la science au point de vue de la philosophie positive, etc.
Amis du Commerce et Persévérance et Elèves de Thémis. — De la capitale on passe sans transition à Anvers, le foyer d'activité commerciale le plus puissant du pays. Comme à Namur, les questions politiques occupent une large place dans les travaux. Comme à Namur aussi, les revendications osées de la réaction y sont particulièrement ardentes.
Les Loges anversoises ont la conviction que c'est avant tout dans le domaine de la politique que la lumière est nécessaire et c'est par l'instruction qu'elles s'efforcent de l'y faire pénétrer. Aussi les questions relatives à l'enseignement jouissent-elles dans ces Ateliers d'une prédilection marquée.
La Respectable Loge Les Amis du Commerce et de la Persévérance réunis a, en outre, abordé l'examen des réformes politiques à introduire dans le pays, elle s'est occupée aussi de la question sociale au point de vue politique et historique, ainsi que des mesures à prendre pour faire rentrer le clergé dans la légalité et pour lui retirer les privilèges dont il jouit.
La Respectable Loge Les Élèves de Thémis, continue à employer de préférence la langue flamande dans ses travaux. Elle rend ainsi l'usage de cette langue familier à ses membres, qui en profitent pour répandre la vérité dans les campagnes environnantes. Les questions relatives au mouvement flamand ont eu une part marquée dans les travaux des Élèves de Thémis. Cette Loge s'est, en outre, occupée du travail des femmes et des enfants, de l'abolition du serment religieux en justice, des grèves ouvrières, des erreurs qui circulent dans le peuple et qui sont de nature à entraver le mouvement national.
La Liberté. — La Respectable Loge La Liberté à l'Orient de Gand voit son cercle d'action s'élargir de plus en plus. Sa prospérité incessante est du meilleur augure pour la diffusion, au sein des populations des Flandres, des idées que défend la Maçonnerie. Jusqu'en 1880, la Respectable Loge La Liberté a été dans cette région le seul foyer d'activité maçonnique sous l'Obédience des autorités belges, et c'est à son initiative, à l'e. s. i3
son action incessante, que sont dus les succès que les idées libérales y ont remportés. Récemment, une nouvelle Loge La Flandre s'est constituée à Bruges, elle était composée, à son début, en majeure partie d'éléments actifs de Gand. Ce nouveau groupe maçonnique, s'inspirant de l'importance de sa tâche, sera, sans nul doute, un puissant auxiliaire de la Respectable Loge La Liberté, pour continuer la lutte que cette dernière a si brillamment soutenue jusqu'ici dans les Flandres, ce repaire de l'obscurantisme.
Plus que partout ailleurs en Belgique, la Respectable Loge de Gand se voit obligée de faire la lumière sur les questions d'ordre politique. Dire que dans la presque totalité des Flandres le clergé oblitère sans résistance le discernement des populations serait un véritable lieu commun. C'est pourquoi l'Atelier de Gand se porte principalement sur les revendications politiques de l'ultramontanisme, ce qui ne l'empêche d'ailleurs pas d'aborder d'autres sujets d'une importance capitale, tels que, notamment, l'union douanière avec la Hollande, la recherche des moyens à employer pour organiser des rapports permanents par correspondance entre la Loge et ses membres habitant la campagne, dans le but de seconder l'action de la Maçonnerie dans la panie rurale du pays et aussi de fournir à l'Atelier tous les renseignements qu'il a intérêt de connaître. L'importance de celte dernière question n'échappera certes pas aux autres Loges de l'Obédience.
Charité. — Pour terminer celte revue des Ateliers maçonniques belges, il faut nous reporter dans la région wallonne. Charleroi a vu en 1880 se relever les colonnes du Temple de la lumière sur les ruines de la Loge « l'Avenir et l'Industrie ». La nouvelle Loge La Charité n'a. pas tardé à démontrer que l'absence d'un temple à l'Orient de Charleroi constituait une véritable lacune pour les vrais Maçons de cet Orient. En un an, le nombre des Frères composant la Respectable Loge La Charité s'est accru dans une très notable proportion. A peine installée, elle s'est mise sérieusement au travail et a
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discuté plusieurs objets d'un grand intérêt, notamment le fondement des lois morales, l'utilité de créer des cités ouvrières, l'organisation d'écoles professionnelles de filles, les devoirs professionnels des Maçons, etc.
Parfaite Union. — Cet aperçu des travaux de la Maçonnerie belge a commencé par la Loge aînée de l'obédience, nous le terminons par celle installée à l'Orient de Mons, le berceau de la Maçonnerie dans notre contrée.
Nous achevons ainsi agréablement notre lâche, car la Respectable Loge La Parfaite Union est une des plus actives du pays. Cet Atelier s'attache particulièrement à faire pénétrer dans le monde profane et surtout dans les familles de ses membres, l'esprit vivifiant de la maçonnerie. C'est là le côté essentiellement maçonnique des discussions de la Respectable Loge La Parfaite Union. Nous ne possédons qu'un résumé incomplet des objets mis à l'ordre du jour des travaux de cet Atelier. Nous y recueillons entre autres les suivants: l'œuvre des vêtements, le salaire des ouvriers, la situation faite au soldat flamand devant le conseil de guerre, la distribution de secours aux familles des victimes de catastrophes, les caisses de prévoyance, la bienfaisance publique, les livrets d'ouvriers, les maisons ouvrières, etc. Cette énumération démontre combien la Respectable Loge La Parfaite Union prend à cœur la solution des problèmes sociaux relatifs à la classe ouvrière. Cette préoccupation se révêle d'ailleurs avec la même vigueur dans d'autres Loges, ainsi qu'en témoignent les renseignements qui précèdent (i). »
Et le Grand Maître National du Grand Orient de Belgique, le F.". Henri Berge, membre de la Chambre des Représentants, déclare que :
/, « De facto, la Belgique est à nous ; De Jure, elle appartient aux dupes catholiques. »
Oui, nous le répétons, après le Grand Maître National, les Catholiques belges sont les dupes des Francs- Maçons, car ils ignorent, car ils ne soupçonnent même
(i) Bulletin du Grand Orient de Belgique, VIII, pages Sgà 46.
pas les sinistres et sataniques projets que la Franc - Maçonnerie belge proclame partout officiellement avec une désinvolture véritablement providentielle.
Le 19 juin 1887, les Francs-Maçons hollandais recevaient officiellement les Francs-Maçons belges au nombre de plus de deux cents, dans le Temple du Grand Orient néerlandais à L.a Haye.
Le F.-. Fzcfor Lr«<?«, négociant, conseiller communal d'Anvers, consul du Chili et Sérénissime Grand Maître National de Belgique, répondant au discours de bienvenue du Grand Maître adjoint hollandais, a prononcé les paroles suivantes :
« Indien Gij, Broeders, zonen zijt van Willem den Zwijger, dan zijn wij het van Marnix van Sinte
Aldegonde (i). »
« Si vous, mes Frères, vous êtes les descendants de Guillaume le Taciturne, nous sommes les fils de Marnix de Sainte Aldegonde. »
Et comme Marnix de Sainte Aldegonde n'est autre chose qu'un iconoclaste haineux, grossier et libertin, dont le but cyniquement et audacieusement avoué est non seulement de réfuter le Papisme, mais de l'extirper; non seulement d'extirper le Papisme, mais de le déshonorer; non seulement de déshonorer le Papisme, mais de l'étoutîer dans la boue par une guerre à mort, par une lutte à outrance; il en résulte que la Franc-Maçonnerie belge proclame officiellement, qu'elle s'honore d'être une des collectivités d'hommes où s'incarne Satan pour continuer dans l'humanité sa guerre éternellement haineuse à Dieu.
Nous l'avons dévoilée dans ses agissements les plus secrets, cette collectivité satanique belge.
Nous avons montré que dans la lutte existant en Belgique entre le parti maçonnique et le parti catholique, les Francs-Maçons veulent le morcellement, les Catholiques l'intégrité de la Patrie.
{\] Bulletin du Grand Orient de Belgique, XI II» année, page 170, lignes 1 et 2.
Nous avons prouvé que, en politique, les Francs- Maçons peulent bi ruine et les Catholiques la puissance de la Patrie ; que, en enseignement, les Francs-Maçons veulent la corruption et les Catholiques la moralité du peuple belge; que, en religion, les Francs-Maçons soufflent la haine et les Catholiques prêchent l'amour.
Nous avons mis en lumière la perfidie véritablement satanique avec laquelle les Francs-Maçons dupent les Catholiques en singeant les voies du Bien pour imposer le Mal à la Société belge.
Et comme, ainsi que l'a si admirablement dit Tertullien : « Satan est le singe de Dieu », Simius Dei, le devoir suprême qui s'impose aujourd'hui à tous les Catholiques belges est de faire cesser définitivement et pour toujours les agissements de turpitude, de destruction, d'irnmoralité et de haine de la Franc-Maçonnerie belge, et de délivrer la Belgique de cette collectivité satanique en lui criant avec une autorité irrésistible : Arrière, guenon!
DOCUHIENTS JUSTIFICATIFS
Le Programme de la Franc-Maçonnerie belge a été communiqué aux Grands Orients étrangers et aux Loges de l'Obédience, par une Circulaire officielle du Grand Orient de Belgique, envoyée en iSSg à tous les groupes maçonniques du monde, et conçue dans les termes précis suivants :
« Le Gr.-. Mait.-. Nat.'.
A tous les Gr.-. Or.-, étrangers et à toutes les rT~; de V Obédience de Belgique!
« TTT.-. CGC.-. FFF.-.,
» La Mac.", a toujours respecté toutes les religions, toutes les croyances.
» Elle n'a jamais attaqué, elle n'en attaquera jamais aucune; mais aussi elle ne donne jamais la préférence à aucune, car elle proclame avant tout la liberté de conscience.
» De même, elle n'a pas cessé de respecter et elle ne cessera jamais de respecter tous les gouvernements établis, quelle que soit leur forme; mais le Mac.*, qui, en entrant en r"Â~|, n'abdique pas la qualité de citoyen, tient avant tout aux lois fondamentales de son pays, et il ne lui est pas interdit de les défendre lorsqu'elles sont' attaquées.
» Ainsi, au pointde vue du cosmopolitisme, la Maçonn.*. ne s'occupe ni àe politique, ni de religion ; elle s'abstient scrupuleusement de toute discussion à laquelle pourraient se rattacher des intérêts de nations étrangères.
» Au contraire, lorsque les intérêts de la Belgique sont en jeu, lorsque Rome se permet d'inquiéter les consciences et de condamner toutes les religions autres que la religion catholique, lorsqu'elle va jusqu'à attaquer toutes les libertés proclamées par la Gonstitution du pays, il doit certes bien lui être permis, nous ajouterons même qu'il est de son devoir, d'entrer en lice et de les défendre.
» On se rappelle la bulle d'excommunication contre les Mac.', et les divisions qu'elle a amenées dans les familles, alors que le prêche et le confessionnal nous signalaient à nos femmes et à nos enfants comme des hommes pervers, comme des ennemis de la morale et de la religion condamnés aux flammes éternelles!
n On n'a pas oublié non plus cetie fameuse Encyclique de Grégoire XVI condamnant une à une toutes les liber-
tés écrites dans notre pacte fondamental et spécialement la liberté de la presse, la liberté d'examen et de conscience, la liberté d'association, la liberté d'enseignement; et la Maçonn.'., qui n'est forte et indépendante que parce que les associations et les consciences sont dégagées de toute entrave, aurait dû garder le silence !
» D'après le clergé, il n'y a de liberté d'enseignement que pour les catholiques, et lorsque l'Etat ou les libéraux, usant d'un droit commun, cherchent à créer des établissements d'instruction, ces établissements sont aussitôt frappés d'anathème et sont signalés aux pères de famille comme des écoles du vice !
» La Maçonn.". ou plutôt le libéralisme a pourvu aux nécessités de l'enseignement primaire, de l'enseignement moyen et surtout de l'enseignement supérieur, en créant l'Université de Bruxelles, qui soutient dignement la concurrence contre l'Université créée par les évéques et qui s'appelle l'Université catholique de Louvain.
» De quelles attaques l'Université de Bruxelles n'a-t-elle pas été l'objet de la part du haut clergé ? Les mandements des évêques de i856 la dénonçaient au pays comme ayant pour but d'arrêter le progrès religieux, d'ouvrir à la jeunesse une source de maux incalculables, de verser le poison, d'afficher le drapeau de l'impiété, d'être l'émanation d'une société secrète qui se couvre de mystères. Ces attaques injustes et inconvenantes ont été relevées par le F.". Verhaegen en sa qualité d'administrateur inspecteur de l'Université, dans son discours d'ouverture du 6 octobre i856.
» La Maçonn.". était en butte aux calomnies les plus dégoûtantes ; une de ses œuvres, celle dont elle se fait spécialement gloire, était gravement menacée, et elle aurait dû rester dans l'inaction !
» Le clergé portait ses attaques jusque dans le Parlement, témoin la mémorable discussion sur l'enseignement supérieur dont on joint ici une copie ; mais le nombre de ses soutiens dans les chambres législatives lui paraissant insuffisant, il chercha à l'agrandir, et, dans le but de s'assurer une majorité, il s'empara des élections,
fit appel aux consciences timorées et défendit rigoureusement à ses adeptes de donner leurs suffrages à des libéraux, à des Mac.'. ; il eut de nouveau recours au prêche et au confessionnal.
» Et la Mac.', encore une fois aurait dû garder le silence et rester dans l'inaction ! Non, la Maçonn.'. attaquée a usé du droit de légitime défense, elle aussi s'est occupée d'élections : à la hiérarchie cléricale, elle a opposé la hiérarchie des ! ■•■ j, et ce n'est qu'en usant largement du droit d'association qu'elle est sortie victorieuse de la lutte.
» A quelques Mac.', timides qui objectaient l'art. i35 du règlement du G.'. O.*., défendant de s'occuper en !~T~, de politique ou de religion, on a répondu que cet art.*, n'était pas applicable à l'exercice d'un droit que tout Belge tient de la Constitution et ne pouvait concerner que des discussions relatives à des intérêts des nations étrangères au point de vue du cosmopolitisme, et c'est dans ce but seulement et pour éviter tout doute et ne pas abandonner la voie de la franchise que l'art.*. i35 a été abrogé.
» Il était bien entendu, du reste, que, même pour les intérêts belges, chacune des [^^ de l'Obédience restait maîtresse absolue de faire ou de ne pas faire, de discuter ou de ne pas discuter telle question philosophique, politique ou religieuse, puisque le G ". O.'., en abrogeant l'art.". i35, n'avait eu pour but que de faire disparaître un obstacle contraire à nos institutions et d'émanciper les Mac.'., comme avait été émancipé en i83o le peuple belge tout entier.
» On a vu enfin les efforts faits par le clergé en Belgique pour rétablir la mainmorte, et la Maçon.*., si fortement intéressée dans la question, elle qui par ses relations nombreuses était à même de fournir de précieux renseignements, aurait dij garder le silence !
» Et si un jour des discussions tenant à notre nationalité, à notre indépendance venaient à surgir ; si des hommes indignes du nom de Belges, prêtant les mains à une presse soudoyée par l'étranger, se permettaient de
compromettre ce que nous avons de plus cher et de favoriser les vues d'un pays voisin, la Maçonn/. devrait-elle, sous le prétexte qu'il lui est défendu de s'occuper de politique, garder le silence et rester dans l'inaction ? Qui oserait le soutenir ?
» En résumé, chaque nation jouit comme elle l'entend et des institutions qu'elle s'est données et des droits qu'elle a établis. Ses membres, qu'ils soient Maç.\ ou prof.'., ont intérêt à défendre ces droits et ces institutions; aussi la Maçonn.'. belge a-t-elle compris ses devoirs envers la patrie comme elle comprend ses devoirs envers l'humanité tout entière; gardienne des libertés que la Constitution proclame, elle n'a cessé de les défendre contre les attaques incessantes d'adversaires acharnés, et à la hiérarchie cléricale elle a opposé la hiérarchie des Enfants de la Vr.\ Lum."..
» C'est ainsi que, jouissant des libertés qui nous sont précieuses et entre autres de la liberté d'association et de la liberté d'examen, nous permettons qu'on s'occupe en ! ■•■ I. dans les circonstances où nous nous trouvons, de toutes les questions politiques, philosophiques et religieuses qui concernent notre pays, tout en nous abstenant scrupuleusement de toute discussion qui pourrait se rattacher à des nations étrangères entièrement dégagées de tout intérêt belge.
» Tel est le programme de la Maçonn.". belge, qu'on s'est plu à travestir et qui, réduit à sa plus simple expression, ne porte et ne peut porter aucune atteinte aux relations internationales et maçonn."..
)) Veuillez agréer, TTT.". CCC". FFF."., M.". S,". B.". P.". P.". L.". N.". M.". Q..". V.". S.". C.-..
» Le Fr.-. Gr.*. Maîtr.". Nat.". ad intérim.
» (Signé) Verhaegen, aine (i). »
(i) Bulletin du Grand Orient de Helgique, I, pages 176 à 17g.
Lettre du Frère Defacq\ à M. Nothomb Ministre de l'Intérieur en Belgique.
« Monsieur le Ministre,
» Le i5 mars derniers, au Palais de la Nation, après la séance de la Chambre des représentants, en présence de six députés, Messieurs de Garcia, de Man, de Mérode, du Mortier, Osy et Vandeneynde, vous avez tenu à un autre député, M. Verhaegen, des propos où mon nom a été mêlé.
» Vous avez dit que la Franc-Maçonnerie, amusement longtemps inoffensif et possible, était devenue, en Belgique, entre les mains de quelques hommes, un instrument puissant et dangereux ;
» Que l'agitation de la Suisse était due aux manœuvres des loges maçonniques belges ;
» Que j'avais, l'été dernier, fait exprès un voyage dans ce pays pour préparer ce résultat;
» Qu'on devait s'attendre probablement à un mouvement semblable en Begique et que M. Verhaegen et moi ne tarderions pas à y tenter une ra:{\ia de jésuites.
» Dans ces paroles si graves, dont votre haute position accroît encore l'importance, vous accusez tout à la fois et l'Ordre des Francs-Maçons Belges et moi qu'on a bien voulu honorer de la Grande Maîtrise nationale. Vous permettrez au représentant du corps, vous permettrez à l'individu dont vous avez parlé si témérairement, quelques observations sur votre langage.
» Vous vous êtes trompé, M. le Ministre, et sur la Maçonnerie et sur moi. Que vous me jugiez mal, moi, cela se comprend et s'excuse. Vous ne me connaissez pas ou vous ne me connaissez plus. Nous avons quelque temps suivi la même carrière, lorsqu'au sortir d'une révolution à laquelle vous n'étiez pas étranger, nous
travaillions au Congrès national à la consolider par des institutions dont j'étais loin alors de prévoir le destin.
Poussé par un stimulant dont je n'ai jamais senti l'aiguillon, soutenu par des capacités que peu d'hommes possèdent et qui me manquaient, vous m'avez laissé loin derrière vous, dans la foule obscure : vous avez grandi au faîte des honneurs et du pouvoir, et moi je suis ce que j'étais auparavant, simple plébéien et fier de ce titre, dévoué à mon pays, attaché de cœur et de conviction à toutes nos franchises constitutionnelles. Séparés ainsi par un immense intervalle, il n'est pas étonnant que je vous sois inconnu, que vous ignoriez si je sais discerner la légalité du désordre et si l'intrigue ténébreuse va bien à mon caractère.
» Mais à défaut de justice, à défaut de générosité, au moins convenait-il de mettre dans vos discours la circonspection qui ne doit jamais abandonner un diplomate.
)) Un homme d'État, un personnage si haut placé, devrait-il s'exposer à descendre du fauteuil ministériel dans l'arène judiciaire pour y faire réparation à un plaignant vulgaire ? Car enfin jusqu'à présent, il y a encore une justice en Belgique; il y a des tribunaux qui la rendent aux faibles comme aux puissants, au Franc- Maçon comme au jésuite, au patriote comme au ministre : et c'est même là peut-être la cause de cette bienveillance dont ils sont l'objet, et qui depuis quelque temps, se trahit par tant d'égards.
» Faudra-t-il en venir aux formes juridiques pour détruire l'eflFet de vos soupçons ? Non, M. le Ministre. S'ils méritaient une explication, si j'avais à rendre compte de ma conduite, je dirais que dans la Suisse que j'ai traversée rapidement au mois de septembre 1844(1) en revenant d'Italie, je ne me suis entretenu avec qui que ce soit, ni de maçonnerie, ni de politique, ni de jésuites. Et
(1) Parti de Turin dars la soirée du g, je suis arrivé à Bruxelles le 17, rappelé par la maladie de ma mère que j'ai eu la douleur de perdre le ig.
— 3oo —
comme je pense n'avoir encore donné par aucun mensonge le droit à personne de mettre en doute ma sincérité, cette affirmation, j'ose le croire, suffira à ceux qui me connaissent et dont je prise l'estime. Quant à ceux qui veulent d'autres preuves, je leur laisse le soin de se convaincre par eux-mêmes de ma sincérité.
)) Mais ai-je besoin de me disculper, moi qui ai le droit de me plaindre ? Ferai-je au bon sens public l'injure de me justifier, et de quoi donc ? D'un fait précis, d'une allégation au moins vraisemblable ? Non : d'une supposition à laquelle pour toute réfutation il suffit de sa propre absurdité.
» Ah ! si je pouvais prendre vos paroles au sérieux, si la vanité pouvait m'aveugler sur des réalités palpables, quelles idées vous éveilleriez en moi ! Quelle glorieuse métamorphose! Quel orgueil de me voir à la tête d'un corps qui vous ferait ombrage, d'une puissance dans l'Etat, d'une puissance capable de purger le pays des jésuites !
» Si vous même avez pris la chose au sérieux, cessez de vous alarmer pour ces bons pères; ils sont désormais assez forts pour se passer de votre aide et n'avoir plus en Belgique rien à redouter de personne.
» Où s'égare votre sollicitude ? C'est pour les jésuites que vous tremblez, et l'avenir qu'ils préparent au pays ne vous cause point d'effroi ; la seule pensée d'un danger imaginaire dont ils seraient menacés vous fait frémir, et vous les voyez, impassible et froid, ruiner les libertés sans lesquelles il n'est plus de patrie, détruire l'une après l'autre toutes les conditions d'existence de notre nationalité. Ne vous y trompez pas : oui, c'est la nationalité même qu'ils attaquent au cœur. Voilà le péril qui devrait absorber vos méditations, voilà l'idée qui devrait vous préoccuper le jour et vous poursuivre encore jusque dans votre sommeil. C'est à fermer cet abîme qu'il faudrait appliquer toutes les ressources de votre génie, au lieu de vous mettre en peine de ce que fait une association occupée en silence de quelque théorie pacifique, de quelque oeuvre de philanthropie.
— 3oi —
» La situation faite au pays par ces hommes qui ont accaparé tout votre intérêt, est celle de toutes les nations qui doivent subir leur présence et dont le gouvernement vigilant et fort n'est pas perpétuellement en garde contre leurs tentatives d'envahissement. L'esprit de domination est de leur essence même. La société du XYIIF siècle n'a pu les supporter, ils reviennent au XIX«, au sein d'une société nouvelle, qui a fait un pas immense dans la voie du progrès ; ils reviennent avec les mêmes idées, les mêmes prétentions, les mêmes moyens, comme si le genre humain pouvait rétrograder. Voyez, chez nous, les premiers actes produits par leur influence à leur retour sur la scène politique. Relisez cetle incroyable requête adressée au Congrès de Vienne, le 8 octobre i8 t4, pour faire décréter en principe que l'exercice de la religion réformée ne serait permis qu'au Prince, à sa famille et à sa cour, et seulement dans l'intérieur des édifices royaux ; que des évêques feraient nécessairement partie du conseil d'État; que la dîme serait rétablie, que les jésuites seraient rappelés et chargés de l'éducation de la jeunesse. Relisez le hmeuxjug-ement doctrinal sur la loi fondamentale des Pays-Bas, dans lequel l'intolérance ultramontaine épuise l'analhème et l'opprobre sur les droits naturels et sacrés dont la Constitution belge a de nouveau proclamé l'inviolabilité.
» Ces tendances audacieuses se sont-elles démenties depuis ? Qu'on ouvre les yeux, qu'on regarde autour de soi, mais de bonne foi, avec la volonté de voir. Ne sontce pas ces mêmes jésuites que l'Europe a jugés et condamnés après une expérience de deux siècles, ces jésuites turbulents, ambitieux, avides de richesses, ennemis de toute émancipation de la pensée, corrupteurs effrontés de la morale et compromettant par leurs excès jusqu'à la religion même ?
» Et vous vous étonnez qu'en Suisse, où la nation veille elle-même à sa garde, on se soit ému à l'approche d'un pareil fléau, vous vous étonnez qu'on se soit mis en mesure d'en empêcher l'invasion !
» Et vous croyez qu'il a fallu faire comprendre à ce
peuple si jaloux de sa dignité et de son indépendance, toute l'ignominie du joug qui allait s'appesantir sur elle!
» Et vous croyez que c'est de l'étranger qu'ont dû venir le conseil et l'initiative de la résistance?
» Oh ! non, M. le Ministre, convenez-en, vous n'avez pas fait cette injure à la patrie de Guillaume Tell et de Jean-Jacques Rousseau.
» Est-ce avec plus de foi que vous avez inculpé les Loges Maçonniques belges? Je ne saurais le croire et je n'ajouterai rien à votre conviction intime par la déclaration solennelle que nos Loges nationales ne sont pour rien dans ce qui se passe en Suisse ; qu'aucune Loge régulière, qu'aucun membre reconnu de l'ordre, que personne en son nom n'a coopéré de conseil ou de fait à la démonstration anti-jésuitique ou au mouvement politique dont elle est la cause ou le prétexe.
» Vous le savez aussi bien que moi, car vous aussi vous étiez des nôtres ; vous aussi vous avez reçu l'initiation maçonnique ; vous aussi vous avez participé à nos travaux dans les Loges, où vous avez même rempli d'éminentes fonctions. Vous connaissez donc et la mission de la Maçonnerie et les moyens dont elle dispose. Quoi que vous en ayez dit, vous n'êtes point de ces esprits superficiels qui n'y voient qu'un délassement où l'homme, pour se récréer, redevient enfant. Un esprit sérieux et méditatif comme le vôtre a dû y chercher et a pu y trouver autre chose.
» Eh bien, si vous avez voulu comprendre ses doctrines et ses tendances, ne joindrez-vous pas votre voix à celles de plus de neuf mille de vos frères de tout âge, de toute condition, appartenant à toutes les croyances religieuses, à toutes les opinions politiques, disséminés sur la surface du pays et qui rendront à l'Ordre maçonnique ce témoignage unanime que le respect des lois et delà religion est une des bases de ses enseignements, la tolérance pour tous, même pour ses ennemis, un des dogmes les plus sacrés ?
» De quel droit d'ailleurs jugerait-on la Maçonnerie
autrement que sur ses œuvres et qui oserait la condamner dans ce qu'elle a produit ? De quel droit accuser ses intentions quand elle n'est connue que par le bien qu'elle a fait ?
» Si elle n'avait pas pour règles invariables la plus saine morale, l'obéissance à la loi de l'État, l'amour de l'ordre et de la paix, aurait-elle traversé les siècles, résisté à tous les orages ? Quels secours l'auraient protégée, elle qui ne possède point de richesses, qui n'a jamais eu à rougir de trésors acquis par d'odieuses captations, par l'impudente spoliation des familles ; elle qui n'a point de faveurs à distribuer, et dont l'autorité, qui repose toute entière sur le raisonnement et la confiance, ne peut franchir l'enceinte de ses temples ; elle qui n'a d'autre secret pour se perpétuer que le plaisir qu'une àme honnête trouve à faire le bien pour lui-même ; elle enfin .qui n'a d'autre peine que le mépris pour le transfuge qui l'abandonne ?
)) Si elle était dangereuse pour les Etats, si elle avait pu le devenir, aurait-elle obtenu les encouragements des grands hommes qui ont créé ou réformé les empires, de Frédéric II, de Washington, de Napoléon? Aurait-elle à l'étranger l'honneur de compter au nombre de ses grands-maîtres et protecteurs spéciaux, les rois de Suède et de Danemarck,le prince Guillaume de Prusse, le prince Frédéric des Pays-Bas ? Verrait-elle figurer dans les noms de ses adeptes ceux du roi des Français, du roi des Pays-Bas, du roi de Hanovre, du roi des Belges enfin, initié en i8i3 à Berne, dans cette même Suisse où vous vous imaginez que ses frères veulent porter le trouble ?
» Si elle n'était pas fondée sur la tolérance et la fraternité universelle, aurait-elle, dans tous les temps, été un objet de défiance et de haine pour les tyrans et les fanatiques ; aurait-elle été proscrite par un Ferdinand VII, un duc de Modène, un don Miguel ; serait-elle, au contraire, florissante et honorée dans toutes les contrées des deux hémisphères où la raison et la liberté ne sont pas totalement enchaînées !
» Ce que la Maçonnerie était dans l'antiquité, elle l'est
encore aujourd'hui. Ses principes sont immuables ; elle doit à leur religieuse observation sa longue existence, et l'altération de ses lois primitives ne sera l'ouvrage que de ses ennemis.
» Si vous aviez dédaigné d'étudier vous même sa constitution, son objet et le mode de son action rien décela néanmoins ne serait un secret pour vous. La Maçonnerie, comme toutes les croyances, n'a-t-elle pas aussi quelque apostasie à pleurer ? L'espionnage n'est-il pas chez les jésuites un de ces moyens que la fin sanctifie ?
» Et que vous apprendront-ils dans leurs révélations impures : que nous ne les aimons pas ? Cela est vrai, et nous serions fâchés qu'on en doutât. Mais est-ce notre qualité de Francs-Maçons qui détermine la répugnance qu'ils nous inspirent ? Non, c'est le vif et sincère amour de la patrie. C'est comme citoyens, c'est parce que nous sommes belges et que nous voulons porter toujours ce titre avec honneur, que nous déplorons la ruine imminente des garanties de la gloire et de l'indépendance du pays ; c'est parce qu'il suffit d'aimer les lumières et le progrès de la civilisation, pour voir avec douleur s'affermir la domination abrutissante qui ne se maintiendra qu'en les étouffant.
» Ces sentiments nous sont communs avec tous les esprits éclairés de l'Europe, avec les gouvernements sages qui s'appuient sur des institutions libérales et sur l'affection des peuples, avec les princes qui ont expulsé les jésuites comme ennemis de la religion, comme ennemis des peuples, comme ennemis des rois.
» Cependant faut-il conclure de là que les Francs- Maçons prétendent, se substituant à la puissance publique, faire comme vous l'avez dit, une ra:^:^ia de jésuites, les chasser du pays comme ils ont déjà été chassés de tous les Etats d'Europe, comme ils ont été chassés en 1773 de notre Belgique même, par une femme à qui vous élevez aujourd'hui des statues, par l'Auguste Marie Thérèse? Non, mille fois non. Nous voulons être libres, mais avant tout nous savons être justes. Que la loi qui doit à tous égale protection, leur prête aussi son appui.
qu'ils grandissent et se fortifient à l'abri de ces institutions dont ils minent les fondements et qu'ils renverseront dès qu'ils pourront, sans danger pour eux-mêmes, nous écraser sous les débris.
» Mais ce que nous pensons, ce que nous disons tout haut ; c'est qu'il ne faut pas s'aveugler volontairement, aller au devant du péril, lui présenter lâchement la tête; ce que nous réclamons, ce que nous exigeons comme un droit, c'est la tolérance, c'est la justice, c'est qu'on laisse aux Francs-Maçons la même liberté qu'aux jésuites, c'est qu'on n'attaque pas dans les Loges le droit d'Association qu'on respecte d'ans plus de quatre cents couvents ou congrégations qui enveloppent le sol belge de leur immense réseau.
» Au reste, on se gardera bien de les persécuter dès à présent, à découvert et au grand jour. Le temps approche, mais il n'est pas arrivé. En attendant, on se bornera à des menaces indirectes, à des tracasseries individuelles, à des disgrâces déguisées sous des prétextes transparents ; on armera tous les scrupules de la faiblesse, toutes les passions du fanatisme ; on se créera un auxiliaire dans le zèle importun des mères, des femmes, des sœurs, des filles, mais on n'entreprendra rien contre l'Ordre en masse, avant d'être bien en mesure. On se rappelle avec amertume les résultats d'une attaque prématurée, le mécompte qui a suivi l'imprudente lettre pastorale du mois de décembre iSBy. On n'a pas oublié que cet acte d'intolérance, loin de faire déserter les Loges, y fit, de toutes parts, affluer les néophytes et ramena à l'activité le plus grand nombre des Maçons émérites.
» Si nous sentions le besoin de raviver la ferveur, si nous étions animés de l'esprit de prosélytisme, avec quelle joie nous entendrions une menace adressée à la Maçonnerie. Quelle reconnaissance accueillerait un acte sérieux d'hostilité! Comme bientôt nous verrions doubler, tripler le nombre de 9 à 10,000 Maçons persévérants et courageux qui forment aujourd'hui la milice active de l'Ordre! Le danger qui éloigne les gens sans cœur, est un aimant qui attire les âmes fières et généreuses, et l'injuste
oppression tourne en définitive à l'avantage d'une bonne cause.
» Mais, je le répète, nous ne voulons pas nous faire d'illusion sur le but de vos paroles, car elles ont un but ; vous n'êtes pas homme à vous hasarder ainsi sans motif. Ce sont des semences jetées au vent mais non au hasard ; vous savez quel champ doit les recueillir; elles y seront cultivées avec soin, on aidera à leur développement, et l'on jouira des fruits aux prochaines élections du mois de juin.
» Oui, tranchons le mot, tout se réduit à une manœuvre électorale.
» Celte imputation, qui s'envenimera en se propageant, deviendra un épouvantail. Habilement exploitée, elle effraiera, sur les projets des libéraux en général, les esprits méticuleux, les caractères faibles et irrésolus. Elle servira à les détacher de la cause patriotique pour les rallier à un autre parti, en un mot, à capter des suffrages pour les candidats de ces bons jésuites dont on voulait /a/re une ra:^{ia.
» Le désir de prémunir l'opinion contre celte influence n'est pas le moindre des motifs qui m'ont déterminé, M. le Ministre, à vous adresser cette lettre, et à publier la double protestation qu'elle contient. Vous l'auriez reçue depuis longtemps s'il n'y avait été question que de moi, mais je tenais à la communiquer d'abord à ceux que j'aime toujours à consulter, et dont je me constitue ici l'interprète et le garant.
» Bien des gens s'étonneront sans doute de l'importance que ces explications semblent donner à la Maçonnerie. Mais ce sont vos suppositions qui lui prêtent ce relief qu'elle n'ambitionnait pas. Ce sont vos provocations qui forcent à sortir de sa réserve habituelle une institution paisible et modeste, qui, sans redouter la publicité, ne cherche pas à entretenir le monde de ce qu'elle est (m de ce qu'elle fait.
» J'ai l'honneur d'être, M. le Ministre,
» Votre très humble serviteur.
» Signé : E. DefacQZ
)) Grand Maître de i Ordre maçonnique en Belgique.
)) P. S. — Je prends la liberté de joindre à cette lettre et de vous offrir un exemplaire de la belle médaille maçonnique frappée en i838, et présentant, d'un côté, l'apologue du serpent et de la lime mis en action, de l'autre quelques préceptes de la Maçonnerie.
» Bruxelles, le 6 avril 1843 (i). »
Pour bien comprendre ce que les mots « Propagande active en vue de préparer le pays » veulent dire pour les Francs-Maçons, jetons un coup d'œil sur les causes secrètes de la Révolution qui vient de se produire au Brésil en novembre 1889.
A la fin du mois de mars 1889, sans que le besoin se soit fait sentir pour les non initiés aux menées révolutionnaires de la Maçonnerie Brésilienne, son organe officiel intitulé : Bulletin du Grand Orient du Brésil, journal officiel de la Maçonnerie Brésilienne, qui n'avait pas paru depuis 1884, reprit subitement sa publication.
Il s'agissait de porter officiellement à la connaissance des Francs-Maçons et des révolutionnaires quels étaient les chefs officiels destinés à prendre le commandement des conspirateurs.
Aussi, dès son premier numéro, le Journal officiel de la Maçonnerie Brésilienne consacre la meilleure partie de ses pages à donner des listes détaillées des hauts maçons dirigeants, classés par localités.
Dans son numéro de mai 1889 (page 43, lignes 7, 8,9) il constate, que « le très puissant suprême conseiller, du 33e degré, le colonel F.*. Jean-François de Costa Ferreira, a prêté serment comme membre effectif du Suprême Conseil du Brésil à la date du i^r mai 1889. »
C'est ce colonel, aujourd'hui général de division, ainsi
(1) Bulletin du Grand Orient de Belf^ique, III et IV, pages 181 à
désigné pour être le chef du mouvement militaire révolutionnaire, qui se rendit à Pétropolis sept mois et demi plus tard pour faire prisonnière la famille impériale,dont il fut le geôlier en chef jusqu'à ce qu'elle eut été embarquée à bord deVAlag-oas.
Mais ne devançons pas les événements :
Moins de trois semaines avant la révolution, le Journal officiel de la Maçonnerie brésilienne publiait en tête de sa livraison de fin octobre 1889 (pages i55 à iSy) les déclarations suivantes :
« La force des Loges ne réside pas tant dans le nombre que dans la qualité de leur personnel. »
« Inutile de remplir les tableaux des Loges de noms en grande quantité, si ces noms ne répondent pas à des éléments propres à l'obtention du but visé par l'Institution Maçonnique. »
« Dans des associations comme la nôtre, appelées à vivre en lutte continuelle pour le triomphe d'une idée, tous les membres associés doivent être des hommes d'action, convaincus de la bonté de leur cause et animés du courage et de la persévérance nécessaires pour faire front, en tout temps et en tout lieu, à l'ennemi qui nous surveille de près pour mettre à profit la moindre de nos hésitations, en faveur de ses projets funestes. »
« Nous n'avons que faire, nous n'en voulons pas, des hommes tièdes, morigénés, sans énergie, qui n'ont pas de courage pour faire avancer leur ligne de- bataille, pour faire hardiment flotter au vent le drapeau de la cause qu'ils proclament en toute timidité. »
« La plus grande sévérité s'impose aux Loges dans le choix de ceux de ses membres, qui doivent être appelés à remplir les vides produits par l'épuration des registres des Loges. »
« Plus de contemporisations ! Que les comités secrets remplissent consciencieusement leurs devoirs et qu'ils aient le courage de ne s'inspirer que de la justice et des intérêts de l'Institution Maçonnique. »
Et dans le numéro suivant celui de novembre 1 889 ce Journal officiel publie (à ses pages 190, 191) la déclaration suivante :
— Oy —
^\ '( Au Gouvernement provisoire des Etats-Unis du Brésil.
» Salut et fraternité,
» Le Grand Orient du Brésil, en son nom et comme représentant l'Ordre maçonnique,adresse son respectueux salul au Gouvernement provisoire de la République des Etats-Unis du Brésil, auquel il déclare adhérer et obéir, donnant ainsi une garantie certaine d'ordre public et de réorganisation du Pays.
» Rio de Janeiro, le 20 novembre 1889. »
Donc si le Gouvernement des Etats-Unis du Brésil peut compter sur l'ordre public et sur la réorganisation du pays, c'est parce qu'il compte sur l'adhésion et l'obéissance de la Maçonnerie brésilienne.
L'aveu ne saurait être plus net.
L'action commune de la Franc-Maçonnerie Belge et de la Franc-Maçonnerie Italienne.
La sublime Encyclique Humanum Genus a eu un effet providentiel que la logique nous force à signaler à part. Elle a provoqué de la part des Puissances maçonniques dirigeantes de la Franc-Maçonnerie en Belgique et en Italie l'aveu formel de la communauté, de l'Unité de leur action contre l'Eglise catholique et contre le Catholicisme.
Le Suprême Conseil de Belgique (i) par l'entremise de
(1) Le Bulletin des Travatix du Suprême Conseil de Belgique, n° 27, dans la page (40, dit :
« L'Encyclique Humanwn Genus est un long factum, qui ne nous a pas émus. Il ne produit aucun fait nouveau, nous laissons volontiers à d'autres le soin de le discuter, mais nous faisons suivre son texte :
1° De quelques considérations parues dans le journal La Flandre libérale ;
2° Du travail du F.'. Albert Pike et de quelques mots à ce sujet;
3° De quelques considérations sur le résultat qu'elle a produit en Italie. »
— 3io -
son délégué représentant dans la Flandre, le Frère Richard Tyman, notaire à Gand, er au moyen du journal La Flandre libérale, a fait savoir aux libéraux belges, que :
/, « L'encyclique Humanum Genus condamne la Franc-Maçonnerie parce qu'elle est le laboratoire des doctrines les plus pernicieuses. »
« Or ces doctrines les plus pernicieuses sont précisément celles que la Constitution belge consacre. »
« La Constitution belge existe, il faut bien qu'on l'observe sous peine de sexposer à l'application du Code pénal, et les plus fiers martyrs parmi nos adversaires se soucient peu de la prison. »
« La question n'est donc pas de savoir ce que les catholiques feront tant que la Constitution subsistera, mais bien de savoir ce qu'ils feront si jamais ils ont le pouvoir de la changer (i). »
La menace est clairement formulée, mais les Francs- Maçons belges tiennent à la préciser davantage :
/, « Nous ne demanderions pas mieux que de partager l'optimisme (2) de notre Illustre Frère Albert Pike. Mais nous doutons qu'une entière quiétude nous soit permise et si nous applaudissons à l'éloquence, à la mâle énergie, à l'érudition de notre Illustre Frère, faisons notre prq/it de ses révélations et de ses conseils, et comme chez nous l'ennemi du genre humain a récemment pris pied dans la place, redoublons de vigilance (3). »
Cette menace ne leur suffit pas, ils demandent des alliés à la Franc-Maçonnerie Italienne, et après avoir reproduit im article d'octobre 1884 de la Rivista délia Massoneria italianaavL?,\i)tl de l'Encyclique, le Suprême Conseil de Belgique constate que :
/, « L'Encyclique papale contre la Franc-Maçonnerie a eu un résultat inattendu. »
(1) Bulletin du Suprême Conseil, n° 27, pages 1 14 à 1 16.
(2) On vient de voir ce que le Suprême Conseil de Belgique appelle l'Optimisme du F.'. Pike, dont nous avons analysé la réponse à l'Encyclique.
(3) Bulletin du Suprême Conseil, n» 27, pages 245-246.
— 3ii —
« La Grande Loge delà péninsule a voté l'acquisition d'un large emplacement dans le cimetière de Rome à l'effet de donner aux Maçons éminents une sépulture digne d'eux et de l'ordre. »
(( On y élèvera un mausolée monumental, qui dominera en hypogée, oij reposeront les dépouilles mortelles des plus méritants parmi les fils d'Hiram. »
« On voit par là que les Maçons Italiens n'entendent point céder aux injections hautaines du Vatican. »
« Nous les en félicitons (i). »
Ils les ont même « félicités » officiellement, car, la Loge Les Amis du Commerce et de la Persévérance l'éunis d'Anvers, a adressé au général Garibaldi la communication ci-après :
/. « Très Cher et Très 111.-. F.*. G. Garibaldi,
» Depuis l'avènement de l'époque moderne, chaque siècle est marqué par une révolution nationale. Tous les cent ans, un des grands peuples de l'Europe subit une crise salutaire, dégage sa virtualité propre et arrive à la virilité politique et sociale. Au XVl^ siècle, c'étaient les Pays-Bas et l'Allemagne ; au XVlI" l'Angleterre; auXVIII« la France; le nôtre aura vu la Révolution italienne et le renouvellement d'un peuple, qui fut un jour le maître et l'instituteur du monde et qui aujourd'hui est appelé à nous donner de nouveaux exemples et à ouvrir une ère nouvelle. Grâce à vous, l'Italie a levé son vrai drapeau qui est la guerre à la Papauté et la destruction, dans son siège même, de cette église dite universelle, dont chaque peuple s'émancipe le jour où il a conscience de lui-même.
» Les révolutions de ces quatre cents ans auront leur couronnement en Italie et le jour où vous aurez vaincu, l'antique autocratie verra son trône même déraciné et sa force définitivement abattue. Dans une si vaste entreprise, il est naturel que vous trouviez la réaction tout
(i) Bulletin du Suprême Conseil de Belgique, n° 27, page 200.
entière liguée pour vous faire obstacle; aussi, vous êtes, citoyen, le point de mire de la coalition universelle des prêtres et des despotes ; ils vous ont livré bataille à Monte-Rotondo ; ils vous ont assailli par trahison ; ils croient vous avoir vaincu ; mais si quelques milliers de braves volontaires sont tombés en martyrs, la nation italienne tout entière vous reste, et autour de l'Italie, des milliers d'hommes qui sont avec vous de cœur et d'esprit.
» Ces forces immenses répandues sur la surface de l'univers et composées de tous les esprits indépendants et libres, ne sont pas entamées et la grande lutte va commencer seulement. Pendant que la réaction étend ses réseaux, nous, nous resserrerons nos liens et nous formerons plus que jamais une masse compacte, capable de tenir tête aux éternels ennemis et de triompher dans ce siècle, comme nous avons triomphé dans les siècles précédents.
» Que l'Italie, aujourd'hui, soit la milice sacrée sur qui se concentrera tout l'effort de la lutte et vous, citoyen, soyez le drapeau de l'Italie ; mais dans les combats que vous livrerez encore, sachez que nous sommes avec vous et que par vous, nous vaincrons.
» Honneur à vous, Garibaldi, qui êtes dans cetteépoque troublée le représentant désintéressé de la liberté universelle, honneur à l'Italie qui marche avec vous et qui triomphera pour tous les peuples. »
« Par mandement à la Loge Les Amis du Commerce et de la Persévérance réunis à l'Orient d'Anvers.
Le Secr, • . Le Vén . • .
HuisTLER. Victor Lynen. »
{Bulletin du Grand Orient d'Italie, t. II, page 525.)
La Franc-Maçonnerie belge est « avec » la Franc- Maçonnerie italienne et vaincra « par » elle. Aussi le « résultat » cherché par la Franc-Maçonnerie belge
ne s'est point fait attendre et le Grand Orient de l'Italie lui a transmis, en septembre 1884, le document suivant (i) :
/, « Au Grand Orient de la Belgique.
» Très Illustres Frères :
)) La réaction cléricale qui, ou par la faiblesse des Gouvernements, ou par l'ignorance et l'instabilité des populations, ou par la loi inévitable qu'à chaque profond et inattendu changement social doivent suivre des efforts tendant à faire revivre le passé, redresse la tête, et, en quelques pays d'Europe, attaque hardiment les meilleures et les plus chères conquêtes de la civilisation et du progrès.
» En Italie, qui a eu le bonheur d'accomplir le plus grand fait de l'histoire humaine : le renversement du pouvoir temporel des Papes, nous tenons fièrement tête à l'infâme parti qui maudit notre formule sacrée, Liberté, Egalité, Fraternité, et combat, quoique en vain, avec les armes du nombre, des influences et des richesses, les développements à venir fatalement de la dite formule.
» Fiers de notre œuvre et sûrs de nos destins, nous adressons nos pensées et nos vœux à Nos Frères, qui, en divers Etats, avec un égal courage, combattent maintenant la lutte suprême, qui, chez nous, finit par la défaite de nos ennemis.
» Et c'est avec le plus vif intérêt et la plus vive sollicitude que les Maçons d'Italie fixent aujourd'hui leurs regards sur leurs Frères si chéris de la Belgique,'lesquels, en ce moment, ayant été surpassés dans leur dernière lutte politique par leurs adversaires, persévèrent admirablement avec un courage héroïque, avec un ardent
(1) Rivista délia Massonen'a italiana, XV, pa^es 275 et 276. l'k. s. 14
patriotisme, avec une foi inébranlable dans un triomphe immanquable et imminent, et qui soutiennent fièrement la fureur inconsidérée et liberticide de ces derniers, lesquels ne reculent devant aucun excès, devant aucun abus pour réagir contre les plus belles conquêtes que la Belgique a faites pendant un demi-siècle.
» Nous espérons, chers Frères, que la victoire de nos ennemis sera de courte durée, et nous sommes d'avis que ces dures épreuves seront même d'une grande utilité à la diffusion et à la force des principes qui forment notre Institution universelle, puisqu'elles éveillent en nous la conscience des périls, qui encore nous entourent et nous rendent plus attentifs, plus prudents, plus actifs, plus forts, plus solides, plus aguerris.
» Notre victoire ne peut se dire complète et définitive jusqu'à ce que les forces de l'ennemi ne soient complètement épuisées et si elle nous était moins disputée, elle serait moins féconde d'encouragements, de confort et de bien.
» Pourtant, chers et vénérés Frères, au nom de toute la Famille des libres Maçons Italiens, nous adressons au Grand Orient de la Belgique et par lui à toutes les Loges, à tous les Frères, qui militent sous ses drapeaux, les plus vives, les plus affectueuses paroles d'encouragement, de solidarité et de fraternité.
» Poursuivez forts et intrépides dans vos précieux travaux tendant au bien de l'humanité et de la patrie.
» Poursuivez !
» Et comme elle a été anéantie pour toujours en Italie, la phalange réactionnaire sera par vous entièrement écrasée en Belgique. Plus la funeste hydre s'agite et se Tord plus elle s'approche de sa dernière fin.
» Agréez, Illustres et Vénérés Frères, nos cordiales et affectueuses salutations. »
Suivent les signatures.
Nous avons respecté le français italien de ces Illustres Signataires dans tout le texte qui précède. Il montre que dans la lutte entamée en Belgique contre le Catholicisme par les Francs-Maçons belges, ces « Frères si chéris »
peuvent compter sur « la Solidarité» des Francs-Maçons italiens, pour anéantir en Belgique, comme elle a été écrasée en Italie, la funeste hydre. Ils leur rendent bien cette solidarité, comme le prouve la communication officielle suivante du Suprême Conseil de Belgique :
Bruxelles, le 14 décembre 1889.
« Au Très Cher Frère Philippe Varlet, 55^, Grand Représentant du Suprême Conseil de Belgique à Rome.
» Très Cher et Très Illustre Frère.
» Le Suprême Conseil de Belgique, dans sa séance du 29 novembre 1889, vous a voté des remerciements spéciaux pour avoir si bien interprété ses intentions en faisant inscrire le nom du Suprême Conseil de Belgique, parmi ceux des Corps Maçonniques représentés à l'inauguration de la statue de Giordano Bruno.
)) Le Suprême Conseil de Belgique a assisté dans la pensée à cette grande cérémonie à laquelle vous avez bien voulu le représenter, et a été heureux de voir s'élever à Rome un monument durable pour affirmer les droits de l'homme au libre exercice de la raison, au libre examen et à la science libre, monument élevé autant à la gloire d'un martyr de ces libertés, qu'à la honte de ses bourreaux.
» Recevez, etc.
» Par mandement du Suprême Conseil, )) Gustave Jottrand. »
(Rivista délia Massoneria italiana,\o\. XXI, page 19, col. 2.)
Etudions donc ce que les Francs-Maçons italiens ont fait pour écraser cette « funeste hydre », pour combattre ce qu'ils appellent « nos ennemis » en s'adressant aux Francs-Maçons belges et en leur prêchant l'action commune contre le Catholicisme.
LA FRANC-MtÇONNERIE EN ITALIE
Origines et développement de la Franc-Maçonnerie en Italie.
L'Italie n'ayant été qu'une expression géographique pure et simple jusqu'aux années 1859- 1860, où son Unité nationale devint enfin une réalité, nous ne pouvons étudier l'origine et le développement de la Franc-Maçonnerie en Italie, qu'en examinant cette question successivement et en détail pour chacun des différents Etats qui occupaient, avant 1859, l'ensemble du territoire italien et en réservant l'étude vraiment d'ensemble pour la période postérieure à 1859.
La Franc-Maçonnerie a été introduite dans les différents Etats italiens aux dates suivantes :
En Toscane en 1729.
Dans les Etats de l'EgUse en 1734.
En Sardaigne en 1739.
Dans les Deux Siciles en 1749.
A Venise en 1772.
A Gênes en 1782.
En Lombardie en 1784.
Et, enfin, dans la Nation Italienne unifiée en 1859.
C'est dans cet ordre chronologique que nous allons classer les matériaux historiques inédits qui composent notre texte. A part quelques développements pour la mise à jour, c'est le résumé historique secret de l'Histoire de la Maçonnerie en Italie, rédigé en 1 863, dans le but de rendre complète l'instruction maçonnique de Garibaldi « le premier Maçon de fait et de droit de l'Italie. » La
rédaction en est due au savant Frère Dominic Anghera, lieutenant-général, Commandeur du Suprême Conseil de Palerme.