ROYAUME D'ITALIE
Le roi Victor Emmanuel de Sardaigne acquit en iSSg toute l'Italie du Nord moins Venise et moins laSavoie, en 1860 rilalie du Sud, en 1866 Venise et enfin Rome en
L'histoire maçonnique de l'Italie en tant que Nation une et indépendante commence donc en iSSg.
Dans celte année 1859, une Loge « Ausonia » se constitue à Turin sous la protection de Cavour et suivant le Rite Italien de trois degrés, qui n'est autre chose que le Rite Anglais tout pur, et cet exemple fut bientôt suivi un peu partout en Italie, à Gènes, à Milan, à Florence, à Pise, à Livourne, à Rome et ailleurs.
Ces Loges se proposèrent la constitution d'une grande Loge pour les administrer, et, à la mort de Cavour, offrirent la présidence provisionnelle au comte Nigra, ambassadeur d'Italie à Paris. Nigra refusa celte offre ; quelques Loges s'étaient abstenues, lors du vote.
La première assemblée constituante de la Franc-iMaçonnerie italienne, dont le Grand Maître adjoint Govean avait signé la convocation, put ainsi se réunir, en pleine liberté, le 26 décembre 1861 à Turin, et prolonger ses séances, auxquelles vingt-deux Loges étaient représentées, Jusqu'au i^r janvier 1862.
Cette première assemblée constituante fut trop intéressante dans ses déclarations pour que nous ne consacrions pas un développement spécial à ses travaux.
Le 26 décembre 1861, après la constitution de l'asîicmblée, le Régent, le Frère Govean, lut deux lettres du comte Nigra, datées de Paris le 22 novembre et le 11 décembre 1861 ; le Frère ambassadeur renonçait a priori à la Grande Maîtrise par modestie d'abord, et pour laisser l'assemblée libre de son choix ensuite.
Le 27, le Frère David Levi, député au Parlement et grand secrétaire du Grand Orient, prononça un discours dont les affirmations suivantes sont à retenir :
» 1° La Franc-Maçonnerie existe en Italie depuis le Xir siècle,
» Son père fut Raymond Lulle.
» Son défenseur fut Manfred, qui fit à la Papauté la » guerre la plus mortelle ; son pontife fut le Dante, qui » opposa la Bible de la Franc-Maçonnerie, la Divine )) Comédie, à la Bible des Papes à la Vulgate; ses héros » furent Faust Socin dans la question religieuse, et » Giordano Bruno dans la question philosophique.
))2° La Franc-Maçonnerie italienne, lorsqu'elle mettra les pieds à Rome, n'oubliera pas que Giordano Bruno attend d'elle, depuis troissiècles, expiation, revendication et gloire.
» 3° Après i8i5, la Franc-Maçonnerie italienne quitte le terrain religieux de Socin et le terrain philosophique de Bruno, pour entrer dans le terrain de l'action ; s'organisant en ventes, elle constitua le carbonarisme.
» 4° Après i83o, la Franc-Maçonnerie italienne fonda c la Jeune Italie », de laquelle Mazzini fut l'apôtre, comme huit siècles avant Dante avait été l'apôtre des destinées de l'Italie.
» 5° La Patrie italienne demandait à la Franc-Maçonnerie depuis le XII* siècle une Italie nation.
» Nous la lui avons donnée, mais seulement au point de vue politique.
». Il nous reste à obtenir la victoire au point de vue moral et au point de vue philosophique, en renversant la Papauté pour remporter la première; en établissant notre domination pour remporter la seconde, »
Le 28 décembre l'assemblée se déclare Seule Souveraine, comme étant, en Maçonnerie, la conséquence de l'existence de l'Italie comme nation et vote les 16 premiers articles de la constitution de la Franc- Maçonnerie italienne; le 29, les articles 17 à 21 ; le 3o, les articles 22 à 33; le 3i, les articles 34 et suivants jusqu'au 5o« et dernier sont votés.
Le i^'' janvier 1862, le Frère Gaétan Consentini, après avoir exposé que le Général Garibaldi, qui « médite solitaire à Caprera les moyens efficaces de rendre totale la
rédemption de la Patrie, » et a consacré toute son existence à la Liberté, à l'Egalité, et à la Fraternité, est de droit et défait le premier Maçon de l'Italie, demande que le Frère Garibaldi soit officiellement proclamé « Premier Franc-Maçon de l'Italie », qu'il ait droit aux honneurs de Grand Maître dans toutes les Loges et qu'une médaille d'or massif soit frappée en son honneur pour perpétuer ces honneurs.
L'assemblée vote à l'unanimité cette proposition et nomme dix-sept membres qui composeront le Grand Orient d'Italie. Celui-ci se constitue, s'établit et proclame son existence sous la présidence du Comte Constantin Nigra, nommé Grand Maître à l'unanimité.
Le i^'" janvier 1862 l'existence du Grand Orient d'Italie fut donc proclamée à Turin, Nigra étant nommé son Grand Maître avec Garibaldi comme Grand Maître passé honoraire.
Mais la Franc-Maçonnerie italienne portait en ellemême le germe des plus graves dissidences.
Dès 1860, quelques "yi^^^ avaient érigé à Naples un Suprême Conseil du 33™" degré, qui avait la prétention d'être la continuation de celui qui, fondé à Naples en 1809, avait existé jusqu'en 1821 ; ces 33°»«s avaient trouvé ou constitué un grand nombre de Loges qui acceptèrent leur autorité.
Mais, dans cette même année 1860, les 1 2 Loges de la Sicile qui pratiquaient le Rite Ecossais ancien et accepté en 33 degrés, se réunirent et fondèrent un Grand Orient du Rite Ecossais auquel se joignit le Suprême Conseil de Milan disparu à la chute de l'empire de Napoléon et réapparaissant maintenant à Palerme. Ces loges désignèrent Garibaldi comme Grand Maître de ce Grand Orient et Souverain Grand Commandeur de ce Suprême Conseil.
En troisième lieu les 33™es^ Ghersi, Piret et Murin, membres d'un Consistoire de Princes du Royal Secret ou 32"^^ (^egré établi à Turin, s'attribuèrent en 1862 tous les droits d'un Suprême Conseil du Rite Ecossais, en octroyant des constitutions à des Loges et en préparant les voies pour la constitution à Turin d'un Grand Orient Ecossais.
En quatrième lieu, un deuxième Consistoire des Sublimes Princes du Royal Secret, siégeant à Livourne, agissait d'une manière analogue et s'arrogeait toutes sortes de prérogatives injustifiables.
Ainsi, au commencement de l'année i863, le Grand Orient d'Italie se voyait combattu par quatre Suprêmes Conseils d'Italie, respectivement à Naples, à Palerme, à Turin et à Livourne, et n'était appuyé que par les Grands Orients de France et de Belgique. Son Grand Maître Nigra donna sa démission. Il fut remplacé dans la grande Maîtrise par le ministre Cordova, élu le i^^ mars i863 par i5 voix contre i? données à Garibaldi, pour exercer l'autorité du Grand Orient d'Italie sur les 68 Loges que cette puissance maçonnique comptait cette année sous son obédience.
Le i^r août i863,dans la deuxième Assemblée Constituante générale qui eut lieu à Florence, le mécontentement général fit explosion, et tous les dignitaires du Grand Orient d'Italie donnèrent leur démission qui fut acceptée. Une commission de cinq membres fut désignée pour rédiger un nouveau projet de constitution et comme ce (( Comité des cinq », n'était composé que de Francs- Maçons appartenant au Rite Ecossais Ancien et Accepté, il ne tarda pas à faire parler de lui.
Le nouveau projet de constitution étant terminé, la troisième Assemblée Constituante de la Franc-Maçonnerie italienne se réunit à Florence, du 21 au 24 mai 1864, avec les représentants de trente-deux Loges du Rite italien (Symbolique) et de douze Loges du Rite Ecossais (Hauts Grades).
Le 22 mai 1864, un nouveau Grand Orient d'Italie (le deuxième puisque celui de Turin existait toujours) fut proclamé par cette Assemblée Constituante, comme devant siéger à Florence.
Il se composait de 40 membres, avait son siège à Florence, avec des sections à Naples et Palerme, et permettait aux Loges de pratiquer soit le Rite Symbolique pur, soit le Rite Ecossais.
Le 2 3 mai 1864, Garibaldi fut proclamé Grand Maître
du Grand Orient d'Italie et Lucca, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du BS'"'^ degré pour l'Italie siégeant à Turin. Dans ce Suprême Conseil se fondaient les anciens Suprêmes Conseils de Turin, de Naples et de Livourne.
Mais le Suprême Conseil de Palerme ne voulut nullement se rallier à cette constitution d'un Suprême Conseil unique pour l'Italie, et s'agita tant et si bien, lui et les douze Loges qu'il avait sous son obédience, queGaribaldi se crut obligé de donner sa démission de Souverain Grand Commandeur, dont il remplissait la charge depuis i863. Il fut remplacé, chose étrange ! par Lucca, le Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil d'Italie.
Aussitôt, cela va sans dire, que cette nomination de Lucca fut connue, il surgit à Palerme même un nouveau et cinquième Suprême Conseil central dont le prince Sant'Elia était le Souverain Grand Commandeur.
Et pour que rien ne manquât à cette multiplication de puissances, d'autorités et de groupes maçonniques, onze des Loges du Rite Italien Symbolique, mécontentes des résultats amenés par la troisième Assemblée Constituante de Florence, se réunirent à Milan, du i" au 5 juin 1864, et constituèrent un sixième Suprême Conseil sous le nom de Grand Conseil. C'était une sorte de Grande Loge pour les Grades Symboliques dont le siège était à Turin et dont le Grand-Maître fut le Frère Franchi, ce qui faisait pour Turin un Suprême Conseil et un Grand Conseil exerçant chacun une autorité indépendante.
En i865, le Grand Orient d'Italie (tous les Rites) fut transféré de Turin à Florence, le Grand Conseil d'Italie (Symbolique) fut transféré de Turin à Milan. Turin conserva son Suprême Conseil d'Italie, en sorte qu'à cette époque, la Franc-Maçonnerie italienne était gouvernée par cinq Puissances maçonniques distinctes; savoir :
Le Grand Orient d'Italie, à Florence, ayant 1 5o Loges dont Lucca était le Grand-Maître.
Le Suprême Conseil d'Italie, à Turin, ayant 9 Loges et dont le même Lucca était Souverain Commandeur.
Le Grand Conseil d'Italie, à Milan, ayant lo Loges et dont Franchi d'abord et Quartalla depuis 1867 furent les Grands Maîtres.
Le Suprême Conseil de Palerme, à Palerme, ayant 40 Loges et Garibaldi comme Souverain Grand Commandeur.
Le Suprême Conseil Central, à Palerme, ayant 6 Loges et dont le prince SanfElia é'^ait Grand Commandeur.
Les conflits quotidiens résultant de cette quintuplicité de puissances et de juridictions étaient tellement nuisibles au développement de la Franc-Maçonnerie italienne, que Garibaldi prit l'initiative de la convocation, à Naples, pour le 21 Juin 1867, des représentants accrédités de toutes les Loges italiennes, sans acception d'obédience.
Il n'en résulta qu'une assemblée de représentants de Loges sous l'obédience du Grand Orient de Florence et sous celle du Suprême Conseil de Palerme seulement, dont la présidence fut donné à Lucca, le Grand-Maître du Grand Orient de Florence.
Cette assemblée décida que le Suprême Conseil de Palerme, que Garibaldi présidait, se fondrait dans le Grand Orient d'Italie, que les quatre sections de ce Grand Orient, ayant leurs sièges à Florence, Turin, Naples et Palerme, seraient supprimées, que Cordova serait Grand-Maître, Garibaldi, Grand-Maître honoraire ad vitam et Lucca Grand-Maître honoraire pour un an du Grand Orient unique pour l'Italie.
Mais le Suprême Conseil de Palerme n'approuva pas cette fusion. 11 remplaça Garibaldi comme Souverain Grand Commandeur par le Frère Campanella et essaya par tous les moyens d'étendre sa juridiction. Il réussit assez pour constituer 16 nouvelles Loges dans la seule année 1867- 1868.
D'un autre côté, Cordova ayant donné sa démission par raison de santé, le Frère Frapolli fut nommé Grand- Maître du Grand Orient d'Italie. Par son énergie il parvint à détacher de ce Suprême Conseil de Palerme la
presque totalité des Loges qui avaient accepté l'obédience de cette puissance maçonnique.
Le Grand Conseil (pour le Symbolisme) de Milan, ne parvenant pas à vivre d'une existence bien personnelle, fusionna, à son tour, le i^"" avril 1868 avec le Grand Orient d'Italie, qui n'eut désormais comme concurrent que le Suprême Conseil de Palerme, tout décadent qu'il était.
Aussi le Grand Maître FrapoUi n'épargna aucun effort pour vaincre cette concurrence ; il obtint que, déjà dès 1869, cent cinquante Loges fussent représentées à l'Assemblée convoquée à Florence par les soins et sous la présidence du Grand Orient d'Italie.
Le 24 juin 1870 Mai^oni fut nommé Grand Maître du Grand Orient d'Italie qui établit définitivement son siège à Rome dès le 29 septembre 1870.
Le 2 5 avril 1872 les nouvelles constitutions du Grand Orient d'Italie furent adoptées, et enfin, en 1878, le Suprême Conseil de Palerme fusionna définitivement avec le Grand Orient d'Italie, qui devint alors la Puissance Maçonnique unique pour le gouvernement de la Franc-Maçonnerie Symbolique en Italie.
Le Suprême Conseil se disant « d'Italie » , siégeant à Turin et présidé par le médecin de Garibaldi, le D"" Timothée Riboli, avait vu, dès 1876, un de ses membres, le Colonel et Sénateur Georges Tamajo, fonder à Rome un autre Suprême Conseil, se disant également « d'Italie » , et dont il s'était fait nommer Souverain Grand Commandeur le 14 janvier 1877.
Pendant dix années, de 1877 à 1887, cette triplicité de Puissances maçonniques :
Le Grand Orient d'Italie à Rome, Le Suprême Conseil d'Italie à Rome, Le Suprême Conseil d'Italie à Turin,
exista en état d'hostilité ouverte, jusqu'à ce que la situation devînt intolérable pour les deux Souverains Grands Commandeurs, Riboli et Tamajo, des deux Suprêmes Conseils de Turin et de Rome.
A la fin, cette crise fut résolue par le système du troisième larron, et puisque ni le Grand Commaindeur Riboli de Turin, ni le Grand Commandeur Tamajo de Rome ne voulaient céder, on les transforma en Grands Commandeurs honoraires ad vitam et on nomma Grand Commandeur effectif le Grand Maître du Grand Orient d'Italie, le banquier Adrien Lemmi, résidant à Rome.
Voici le texte officiel des documents relatifs à cet acte qui a réalisé l'unification définitive de la Franc-Maçonnerie italienne :
^*, « I . Ad Universi Terrarum Orbis Summi Architecti
Gloriam.
« Deus meumquejus. Ordo ab Chao.
» A tous les Suprêmes Conseils du SS'"^ et dernier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, régulièremen constitués et reconnus dans toutes les parties du monde
» Très Puissants, Illustres, Vénérés et Chers Frères :
» La complète unification de la Maçonnerie du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la juridiction italienne est un fait accompli, un Suprême Conseil du 3?)^^ degré unique existe en Italie désormais et gouverne de Rome, la capitale de la nation, tous les corps rnaçonniques et tous les frères de l'ancien et vénéré Rite Écossais.
» Comme nous l'avions annoncé dans notre précédent Balaustre du 1 1 décembre 1876, quatorze Frères 33^^,7 de Turin et 7 de Rome, se sont réunis les 27 et 28 du mois de janvier dernier, dans la Vallée de l'Arno, à Florence, et ont exercé leur mandat d'Elus légitimes et de Représentants reconnus, en procédant, avec la régularité la plus grande, aux élections de tous les dignitaires du Suprême Conseil unique des 33^^
» Pour le poste élevé de Souverain Grand Commandeur, les délègues ont porté leurs suffrages sur notre Vénéré et très cher Adrien Lemmi, 33^ et Grand Maître de l'Ordre.
» Celui-ci, tout en protestant de sa reconnaissance pour ce grand honneur, a voulu que nous, Souverains Grands Commandeurs ad vitam, prenant acte du vote des délégués, nous lui conférions toute l'autorité pour laquelle ceux-ci l'avaient dignement désigné.
» Et nous, applaudissant à une aussi sage et véritablement fraternelle résolution, nous lui avons délégué pour neuf années, notre Souveraine Puissance, que lui, avec le titre de Souverain Grand Commandeur délégué, a déjà assumée et qu'il exerce en notre nom et par notre mandat.
» Nous vous invitons, en conséquence, Très Puissants, Illustres, Vénérés et Chers Frères à vouloir bien reconnaître au Très Puissant Frère Adrien Lemmi, 33^, l'autorité que nous lui avons librement déléj^uée et à lui transmettre vos communications officielles.
» En vous faisant part de ce grand événement, nous vous prions de vouloir bien continuer au Suprême Conseil des 33^^ pour la juridiction italienne votre bienveillance fraternelle et le concours si souhaité et si précieux de votre solidarité, de vos conseils et de votre amitié.
» Nous nous considérons véritablement très heureux d'être parvenus, à la satisfaction des Frères italiens, à réunir dans un seul corps la Maçonnerie de notre pays, laquelle, rendue ainsi plus discipliné et plus forte, pourra mieux concourir avec les autres familles sœurs du monde à la propagation et la défense des grands principes et des vertus élevées de notre Art Royal.
«Veuillez agréer, très Puissants, Illustres, Vénérés et Chers Frères, nos fervents souhaits de force, de paix et de prospérité, et notre accolade maçonnique la plus affectueuse.
» Donné au Siège du Suprême Conseil des 33^^ dans la vallée du Tibre, à l'orient de Rome, le XX^ jour du XII" mois de l'année de la vraie lumière ooo 886 et de l'ère vulgaire le 28 février 1887.
» Les Souverains Grands Commandeurs ad vitam. » Georges Tamajo 33« — Timothée Riboli 33® ».
» Maçonnerie Universelle Communion Italienne Deus meumque jus.
)) Nous, Souverains Grands Commandeurs du Suprême Conseil des 33^5 pour la juridiction italienne, heureusement réunis désormais en un corps unique ayant son siège à Rome, capitale de la Nation, prenant acte du vote émis par nos Représentants légitimes réunis en Congrès à Florence le 27 janvier. Nous reconnaissons le très Puissant Frère, Grand-Maître Adrien Lemmi, 33™®, comme notre délégué Souverain Grand Commandeur et pour une durée de neuf années nous lui conférons l'autorité la plus ample et la plus illimitée pour représenter et pour gouverner la Maçonnerie du Rite Ecossais Ancien et Accepté en Italie et dans les Colonies italiennes.
))Donné dans la Vallée du Tibre à l'Orient de Rome le 10® jour du 12* mois de 000886, de l'ère vulgaire le 10 février 1887.
» Les Souverains Grands Commandeurs du Suprême Conseil des 33^5 pour la juridiction italienne.
» Georges Tamajo 33® — Timothée Riboli 33®. »
A cette proclamation et à cette délégation est jointe, dans la communication officielle que nous avons sous les yeux, l'acceptation du F.'. Lemmi, qui est précédée de la formule suivante qui semble incroyable à la fin du XIX® siècle et quand on sait quel est but de la Franc- Maçonnerie :
,*,« De l'Orient de Rome, dans la Vallée duTibre,sous la voûte céleste, aux 41° 54' de latitude nord et 10° 7' de longitude est de son Zénith, au Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, Grands élus Chevaliers Grands Commandeurs du Grand Empire du 33® et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté de la Maçonnerie en Italie, siégeant à Rome. »
Quant à l'acceptation en elle même, elle est ainsi conçue :
/, « J'accepte la mission de diriger temporairemerit les fortunes du Rite Ecossais en Italie en qualité de Grand Commandeur délégué, et j'aurai soin de ne pas faillir à la confiance de mes Illustres et très Puissants Frères 33^*» et porte la date du 1 2 février 1 887.
L'importance de ces documents nous est révélée par une très curieuse communication que le médecin de Garibaldi, le docteur Timothée Riboli, 33^ et Souverain Grand Commandeur ad vitam, a éprouvé le besoin d'adresser, sous son sceau privé, « à tous les Suprêmes Conseils, confédérés et non confédérés du 33" degré « ; en voici le texte littéral :
/, « Le Grand mérite de l'Acte d'Union de la Maçonnerie italienne est dû à l'Illustre Frère Adrien Lemmi. »
« Moi je m'en tenais (comme mon illustre prédécesseur le comte Alexandre de Milbitz) aux résolutions du convent de Lausanne, et n'aurais jamais consenti à l'Union sans la noble intervention du Frère Lemmi. »
« L'Illustre Frère Albert Pike m'a réconforté, et maintenant, je m'en vais content et fier, non sans transmettre aux Grands Dignitaires des Suprêmes Conseils confédérés et non confédérés et au nom de l'Humanité, l'expression de mes sentiments de gratitude les plus vifs, pour leur fermeté tl leurs conseils. »
<i Notre Rite avait besoin, en Italie aussi, de s'élever à la hauteur du Grand Facteur que nous vénérons sous la formule « Grand Architecte de l'Univers » ou Dieu, si on veut l'appeler ainsi, lequel Grand Facteur accomplit comme Législateur, la rédemption de l'Humanité, sans que ni les mensonges ni les exagérations puissent modifier ni ses principes ni son but final. »
« Et pour réconforter tous les Suprêmes Conseils du Monde du 33™^ degré et la porter à leur connaissance, je joins cette déclaration aux documents officiels relatifs à cette Union et je leur renouvelle mes salutations fraternelles.
» Docteur Timothée Riboli 33'^^ » Souverain Grand Commandeur ad vitam. »
Il résulte de tout ceci que depuis le 12 février 1887 la Franc-Maçonnerie italienne a un chef unique, le banquier Adrien Lemmi, et que c'est à sa « noble intervention » que celte unification de la Franc-Maçonnerie est due.
Et voilà comment la Maçonnerie italienne avait besoin de « s'élever à la hauteur du Grand Facteur, Législateur et Rédempteur de l'Humanité » qui ne craint « ni les mensonges ni les exagérations ».
Cette phraséologie sybilline a besoin d'être interprétée, d'être expliquée clairement. C'est ce que nous allons essayer de faire en rassemblant tous les documents maçonniques officiels et indiscutables qui peuvent mettre en évidence l'exploitation et l'action de la Franc-Maçonnerie en Italie.
Exploitation de la Franc-Maçonnerie en Italie.
L'exploitation de la Franc-Maçonnerie en Italie reconnaît comme base ce que les Francs-Maçons italiens entendent par la mission de la secte dans la péninsule.
Or, le pouvoir dirigeant de la Maçonnerie italienne a donné ordre à son plus éminent écrivain, au Frère 7.-7. Seraffini, de formuler à l'usage des Francs-Maçons étrangeis ce que ce pouvoir entend par celte mission maçonnique, et a publié ce travail dans le journal officiel de la Maçonnerie italienne: « Rivista délia Massoneria italiana » année i883, pages 207 et ss.
Nous demandons pardon à nos lecteurs de leur mettre sous les yeux celle longue et filandreuse exposition de principes : on trouvera qu'elle ressemble parfois, à s'y méprendre, à tel ou tel discours du sensible Robespierre remontrant à la Convention toutes les horreurs de la féo-
dalité, tous les méfaits du fanatisme clérical, tous les scandales des mauvaises mœurs et de l'mlrigue, et s offrant hardiment à faire régner l'âge d'or dans une société régénérée par l'mtroduction révolutionnaire de la vertu et la suppression du vice et surtout des vicieux. Sachons gré au F.*. Seraffini de n'avoir pas, comme son devancier, mentionné parmi ses moyens de régénération humanitaire la sainte guillotine.
Cette pièce, que sa fastidieuse lourdeur nous force à reléguer aux Documents justificatifs, se termine ainsi :
« Persistant donc dans son œuvre pacifique, ferme dans ses principes, dans ses disciplmes, dans ses saintes aspirations, la famille maçonnique doit être spécialement préoccupée dans l'éducation des multitudes, toujours négligées par les gouvernements, puisqu'elle sait bien que le triomphe humanitaire ne peut arriver qu'après le triomphe de la vertu sans laquelle la Liberté, l'Egalité et la Fraternité ne sont qu'une amère ironie. »
Qu'il nous soit permis maintenant de contrôler, avec des documents aussi officiels que ceux de ctfactum, les affirmations puritaines du Frère Seraffini. Il nous a dit ce que doit être, ce que doit faire la Franc-Maçonnerie; voyons en réalité ce qu'elle a été, ce qu'elle a fait en Italie. Montrons par des preuves aussi authentiques que possible, quels ont été ses rapports avec la politique italienne dans sa lutte contre le christianisme et en particulier contre la papauté. Nos preuves sont tirées pour la plupart de la Rivista délia Massoneria italiana, c'est-à dire, en réalité, du Moniteur officiel de la secte, rédigé non pour le public, mais pour les Loges elles-mêmes. Pour ne pas en affaiblir la force, nous citerons presque toujours textuellement et sans commentaires.
Voici d'abord la preuve qu'il n'y a pas un mot dans la Rivista qui n'engage la responsabilité du Grand Maître de la Franc-Maconnerie italienne :
1° La Franc-Maçonnerie italienne.
,\ « Le très Puissant Grand Maître ne consent pas, et nous, par vieille habitude, nous ne permettons pas la publication dans la Rivista délia Massoneria Italiana d'aucun document, d'aucun acte, d'aucune lettre, relatifs à la Franc-Maçonnerie, et encore moins d'aucun nom de Franc-Maçon, sans avoir obtenu l'autorisation spéciale et par écrit du très Puissant Grand Maître (i). »
La raison de cette Inquisition maçonnique, la voici:
,\ « La Franc-Maçonnerie, dans son action si multiple dans les différents pays où elle exerce son autorité, se voit obligée d'étudier, pour chaque objectif particulier qu'elle veut atteindre, les moyens efficaces pour l'obtenir. »
« Le but final de l'innombrable armée maçonnique est toujours et partout le même, mais ses mouvements sont subordonnés à la nature des terrains où elle opère, et ses armes varient suivant ce que sont celles des ennemis qu'elle est appelée à vaincre. »
« De là les ài&évencts,, apparentes, entre les différentes familles nationales de la Franc-Maçonnerie (2). »
A entendre \efactum du F.'. Seraffini, la Franc- Maçonnerie « sûre d'être tolérée, a pu désormais s'avouer; elle ne cache aux profanes que ses rites et ses actes intérieurs. »
Voici cependant ce que dit la Rivista :
/^ « Un des coefficients les plus importants de l'œuvre de la Franc-Maçonnerie est le secret. »
« Il faut que tout ce qui se dit, se prépare et se fait dans les réunions maçonniques reste, comme sous scellés, rigoureusement gardé dans l'esprit des Francs- Maçons. »
« Proclamons bien haut nos victoires, qui accroissent notre puissance et notre prestige, et taisons toujours nos
(1) Rivista délia Massoneria Italiana. XX, page 1.
(2) Rivista délia Massoneria Italiana. XVII, page 169.
batailles et nos plans de campagne, dont la connaissance profiterait à nos ennemis ? ( i ) «
Et pour qu'aucun malentendu ne puisse subsister, elle ajoute :
^\ « Le secret franc-maçonnique doit être observé très rigoureusement au sujet de tous les actes par lesquels la Franc-Maçonnerie prépare son travail incessant. »
« Ce secret ainsi observé, couvre les insuccès qui peuvent se produire et empêche les Frères travailleurs de se décourager, et les ennemis de la Franc-Maçonnerie de se congratuler. »
« Il permet, aussi, d'éventer les mines et les contremines de ses farouches et astucieux ennemis (2). »
Voici maintenant le but que poursuit, par ses machinations, toute la Franc-Maçonnerie italienne ; but dont elle est fière et dont elle accepte la responsabilité devant le monde entier. Ce but, on va le voir, c'est, pour arriver sûrement à la destruction du Christianisme, l'extirpation de la Papauté :
/, « La Franc-Maçonnerie Italienne sur laquelle le monde entier a les yeux fixés dans l'attente du mot d'ordre de l'Avenir, ne doit pas faillir et doit se montrer digne de la sainte et sublime mission dont elle est chargée par tous les Francs-Maçons de la terre, réunis en une merveilleuse et homogène unité (3). »
Cette mission n'est pas sans difficultés :
/. « La Franc-Maçonnerie italienne poursuit vaillamment ses travaux et ne se préoccupe nullement de ceux qui la combattent, car elle connaît le but où la conduit le chemin qu'elle poursuit (4). »
(1) Déclaration du Grand Maître Lemmi, du 2 mars 1890. Rivista, XXI, page 3.
(2) Rivista délia Massoneria Italiana. XVIII, page 294. Instructions officielles du Grand Maître adjoint aux Loges de Milan.
(3, Rapport officiel du 16 janvier i885, à l'Assemblée Constituante de la Franc-Maçonnerie Italienne : Rivista, XVI, page 6, 2« col. lignes 20 à 25.
(4) Rivista. XIV, page 173.
Voici le but réel de sa « sainte et sublime mission » :
^\ « La Franc-Maçonnerie italienne a deux grandes missions à remplir : elle doit donner l'unité nationale à l'Italie, l'unité morale au monde entier. »
« Elle est grandement, efficacement propre à cette double mission, comme le prouve la véhémence furieuse de l'anathème Humanum Geniis du Vatican, comme le montrent les aboiements de rage de ses ennemis (i). »
Elle considère sa mission comme lui étant spéciale :
/, « La Maçonnerie italienne plus qu'aucune autre, forme, par la cohésion de sa solidarité, une phalange compacte appelée à disperser les hordes mercenaires du Vatican, qui a pour devise : Mensonge et hypocrisie ; de celte plèbe cléricale qui représente la barbarie vis-à-vis du Monde tout entier et le parricide vis-à-vis de l'Italie (2). »
Et comme étant glorieuse pour elle :
*^ « Toutes les nations ont actuellement les yeux fixés sur l'Italie, qui a remportéla gloire immarcescible d'avoir réalisé la plus brillante évolution sociologique que l'histoire contemporaine ait eue à enregistrer, en réalisant, sous l'impulsion de la Franc-Maçonnerie italienne, l'émancipation des consciences et la sécularisation du gouvernement (3). »
Et avoue l'existence d'un Pouvoir Central, dans les termes suivants :
/^ « Il existe à Turin un petit groupe de vieux Francs- Maçons, qui refusent de reconnaître l'autorité qui gouverne les 200 loges itahennes, et qui se déclarent constituer le seul Centre maçonnique légal en Italie, en vertu d'une Bulle du Directoire Universel du Rite Écossais qu'ils possèdent (4). »
(1) Rivista. XVI, page i33.
{2) Déclaration officielle du 8 mai i855 à la réunion plénière des Loges d'Ancône. Rivista, XWl, page 167. (3j Rivista, XX, page ^66 (4) Rivista, XIII, page 336, col. 2, lignes 3i à 34.
La raison de l'existence de ce « Pouvoir Central » la voici :
^\ « La Franc-Maçonnerie italienne, officielle et honorée par les Gouvernants, a donné des Grands Maîtres qui ont voté pour le pouvoir temporel du Pape. »
« La Franc-Maçonnerie italienne, non officielle, persécutée et calomniée, a donné des Grands Maîtres qui peuvent montrer sur leurs membres les cicatrices des fers subis avec impassibilité pour obtenir que le pouvoir temporel du Pape fiât anéanti à tout jamais (i). »
C'est donc la haine aveugle à la Papauté qui est la caractéristique de la Franc-Maçonnerie italienne, et en voici la preuve :
^\ « La Franc- Maçonnerie italienne doit être l'objet du plus immense amour pour tous ceux qui aiment et défendent, avant tout et par-dessus tout, le pays et la civilisation. »
« Elle doit être l'objet de la haine implacable, et aussi de la crainte, de tous ceux qui maudissent la civilisation et qui sont hostiles à l'unité de la Patrie. » — Déclaration du Grand Maître Lemnii du 25 janvier 1890 (2).
Elle explique celte haine aveugle par son « Naturalisme » intransigeant :
/^ « Le travail maçonnique est partout fervent, vigoureux et unanime en Italie. Dans peu de temps la Franc- Maçonnerie italienne aura doublé le nombre de ses frères, et obtenu que ses ateliers soient forts et homogènes (3). »
« La Franc-Maçonnerie doit éduquer l'homme pour en faire l'homme ayant la dignité d'homme, l'homme intelligent, raisonnant et voulant l'homme : « Dieu, Roi et Pontife de lui-même (4). »
Et avoue qu'elle est vouée à l'anéantissement du Catholicisme :
(1) Rivista, XIII, page 339, col. 1, lignes 6 à i5.
(2) Rivista, XX, pages 269 et 260.
(3) Rivista, XIX, page 58. Bulletin de février 188
(4) Rivista, XIX, page go, col 1, lignes 40 à 42.
/, La Franc-Maçonnerie italienne, de tous les points de la péninsule, avec une nouvelle foi et des forces plus nombreuses, plus disciplinées et plus homogènes, travaille sans relâche à son Grand Œuvre, à l'anéantissement de l'ennemi qui, nourrissant des desseins parricides, continue sa conspiration séculaire contre la liberté et contre la Patrie (i). »
La Franc- Maçonnerie italienne a confiance, avec raison (Voir aux Documents Justificatifs) en son chef suprême :
,\ « Le Chef vénéré de notre ordre a arboré d'une main de fer notre drapeau si terrible; et son inébranlable fermeté n'a pas peu contribué à rendre plus décisive en Italie et dans d'autres pays, la lulte anti -cléricale où la victoire se dessine et s'approche pour nous ? (2)»
Elle avoue sa haine satanique contre l'Eglise catholique :
.*^ « Les Cléricaux d'abord, et le Pape ensuite maudissent la Franc-Maçonnerie, qu'ils regardent comme l'inspiratrice de la plus puissante des idées modernes, et comme le véhicule le plus hardi de la révolution. »
« Ils ont raison, car c'est vrai. »
« C'est à la Franc-Maçonnerie, sinon comme organisme, du moins comme esprit vivificateur, qu'est dû tout, absolument tout ce qui s'est accompli en Italie depuis 1859 jusqu'à nosjows, pour secouer le joug politique de l'étranger et pour secouer le joug moral du Vatican (3). »
Et la caractérise, cette haine, comme étant essentielle à l'existence de la Franc-Maçonnerie italienne :
,*. « La Franc-Maçonnerie, dans tous les pays et surtout en Italie, est appelée, par principe, par devoir et par instinct, à ordonner, à régler, à accentuer, à renforcer et à guider le mouvement des idées libérales. »
(0 Déclaration officielle du Grand Maître aux Loges réunies de Naples le 5 février 1888 : Rivista, XIX, page 29.
(2) Circulaire du Grand Maître adjoint le F.'. P rro Aporti, janvier 1889 Rivista, XX, page 5.
(3) Rivista, XVIII, page 114.
« Aussi, en Italie, tout ce qui se fait contre une politique intérieure quelconque qui essaierait d'étouffer les libertés publiques et qui s'asservirait à la Papauté, tout ce qui se fait contre l'œuvre des jésuites, c'est son œuvre à elle, à la. Franc-Maçonnerie italienne (i). »
Elle tient à préciser ce caractère, d'abord dans le monde profane :
*^ « La pierre de touche pour contrôler les lois et les actes qui émanent du pouvoir civil est la suivante, pour nous autres Francs-Maçons italiens :
« Si les prêtres ne font pas de bruit, c'est que leur importance est minime. »
« S'ils les acceptent, c'est qu'elles sont nuisibles et pernicieuses. »
« S'ils crient et se lamentent, c'est que ces lois et ces actes sont bons et salutaires pour la civilisation et pour le pays (2). »
Ensuite, dans le monde maçonnique :
« Le véritable Franc- Maçon est celui qui professe une haine sans limite contre toute prépondérance et contre toute tyrannie ; celui qui ressent une hostilité implacable, et même un profond dégoût pour les infâmes ennemis de la Patrie, ces ennemis qui conspirent et conspireront toujours contre elle derrière les portes du Vatican (3). »
Trois grands faits, dans ces dernières années, ont accentué en Italie la signification maçonnique du ministère Crispi ; l'érection de la statue de G, Bruno, le projet d'un monument élevé à Mazzini le républicain par la royauté italienne et la spoliation des œuvres pies par le gouvernement. Est-il nécessaire de dire que c'est la Maçonnerie italienne qui, en ces trois circonstances, a tout suggéré, tout préparé, tout voté et tout fait? A ceux qui pourraient en douter, il n'y a qu'à citer quelques extraits des innombrables pages de la Rivista qui en
(1) Rivista, XXI, page 21, col. 2.
(2) Rivista, XX, pages 261 et 262.
(3) Rivista, XI, page 146.
fournissent les preuves surabondantes. Ecoutez, c'est le Grand Maître qui parle :
,\ « La Franc -Maçonnerie italienne doit combattre courageusement l'obscurantisme hybride sous les yeux de millions de Frères Maçons de toutes les parties du monde, car la Maçonnerie universelle a compris que la statue à Giordano Bruno veut dire la liberté de conscience proclamée et honorée à Rome où résonnent encore les blasphèmes du Syllabus, et s'est mise à notre suite. Précédons-la sur la route qui doit nous conduire à la conquête complète de l'idéal humain (i). »
Et c'est son lieutenant, le Directeur de la Rivista qui renchérit :
' « Devant la statue de Giordano Bruno le Frère Bovio déclara de Rome au monde entier, que la Papauté était morte et qu'une ère nouvelle commençait. »
« C'est aux Franc-Maçons italiens à prouver que ce ne sont pas là de vaines paroles, en remplaçant partout la contemplation par le travail, la crédulité par le libre examen, l'obéissance par la discussion, la prière par l'action (2). »
*^ « Le 14 aoiit 1882 toute la Franc-Maçonnerie italienne a apporté le tribut de sa vénération la plus illimitée à Arnold de Brescia, à ce grand homme qui, au nom de la liberté, a combattu la duplicité tyrannique de l'alliance féroce et sanglante entre l'Empire et la Papauté, à cet homme illustre qui, au nom de l'égalité, stigmatisait les successeurs indignes du pécheur de Galilée, rivalisant de pompe orgueilleuse avec les rois les plus superbes de la terre, alors qu'ils se déclaraient les serviteurs des serviteurs de Dieu ; à cet homme sublime, qui, au nom de la fraternité, conduisait les soldats gaulois et helvétiques à la délivrance de la mère de la civilisation, de Rome, du pouvoir des hordes mercenaires du Pape
(1) Déclaration du Grand Maître Lemmi, du 2 mai 1890, Rivista, XXI, page 3
(2) Déclaration du F.". Bacci, du 11 février 1890, Rivista XXI, page i5.
et de l'Empereur, car adorer un martyr des bûchers et protester contre ses bourreaux, qui ont encore aujourd'hui leurs mains toutes rouges du sang qu'ils ont fait inhumainement verser pour cimenter l'édifice maudit de leur pouvoir temporel, est digne et honorable pour la Franc-Maçonnerie, qui ne saurait oublier que le Pape, l'implacable ennemi de l'Italie, ne peut et ne veut renier ni son passé sanglant, ni les infamies, ni les injustices commises en son nom (i). »
/^ « En honorant Giordano Bruno ici, où Voltaire a été déjà honoré, nous prouverons, à la face du Vatican impotent, que le dogme des temps nouveaux est la liberté la plus absolue d'examen, de critique et de pensée, et que notre chère Rome ressuscitée à une troisième vie, devient la mère des hommes, et est la plus sérieuse et féroce ennemie de cette puissance condamnée par l'histoire, qui l'a rendue pendant des siècles esclave et jouet de l'orgueil et de la prépotence de l'étranger (2). »
^\ « Sciana Colonna souffleta à Agnani le Pape Boniface, mais plus cuisant a été le soufflet donné par la main de bronze de Giordano Bruno à la Papauté. »
« A l'œuvre. Frères Francs-Maçons! Que cette grande victoire nous pousse irrésistiblement vers des triomphes plus hauts, plus complets, plus efficaces (3). »
\ « L'érection de la statue de Giordano Bruno affirme hautement en face de l'humanité que, désormais, ni les bûchers, ni les croix ne peuvent tenir lieu et place d'arguments de logique et que les bûchers ont réduit en cendres la croix. »
« Et des cendres des bûchers naissent des fleurs et des fruits ; et parmi les fleurs la plus belle est la Liberté de la Pensée, comme parmi les fruits le plus mûr est la Patrie, celle qui est en butte aux hostilités de cet ennemi farouche, ambitieux et féroce, qui se prétend le vicaire
(i) Circulaire officielle du Grand Maître de la Maçonnerie italienne, n» 2, du i3 février 1882. Rivista, XIII, page 210, col. 2, lignes 25 à 4g.
(2) Rivista, XX, page 82.
(3) Rivista, XX, page i3o.
du Christ, et qui renie l'idéal de son maître, puisque le Christ a affirmé explicitement que son royaume n'est pas de ce monde (i). »
/, « Le monument élevé à Giordano Bruno, défiant le Vatican, l'ennemi éternel delà lumière et conséquemment de la Franc-Maçonnerie, nous rappellera la force vive que l'Église a voulu enchaîner, réprimer et anéantir en lui. »
« Mais en brûlant l'homme, elle n'a pas arrêté la lutte pour l'idée qui inspirait cet homme; elle n'a pas empêché la victoire, qui fut la conséquence de la lutte entre l'Eglise et la Révolution. »
« Et c'est cette bataille qui fait encore rage, c'est cette bataille oia nous serons vainqueurs (2). »
,\ « Si. par décret impérial de Milan, la date de la religion chrétienne fut fixée en 3i3, la date de la religion de la Pensée est fixée au g juin 1889 par le consentement des hommes libres. »
« Et désormais la catholicité d'un homme est à jamais remplacée par celle de la pensée humaine (3). »
Voilà pour Giordano Bruno : voici pour Mazzini :
,\ « Les grands idéaux de notre regretté et inoubliable Frère Joseph Mazzini, illumineront toujours de leur éblouissante lumière les voies tracées aux Francs-Maçons par les principes de l'Ordre, et par le sentiment de leurs devoirs envers la Patrie et envers l'humanité (4). »
Et, comme si cette « illumination » était insuffisante, voici la « glorification » :
/^ « La Franc-Maçonnerie italienne se glorifiera toujours d'avoir eu en Joseph Mazzini, le plus cher, le plus digne et le plus actif des Frères; et elle poursuit la pro-
(1) Le F.'. Jacques Moleschott, sénateur, le g juin i885 Rivista, XVI, pages i34, i35.
(2) Le F.'. Frédéric Fabri, député, le 9 février 1888. Rivista, XIX, page i3.
(3) Le F.-. Jean Bovio, député, le 9 juin 1889. Rivista, XX, page i33.
(4) Rivista, XIX, page 92.
pagande active de toutes ses hautes et humanitaires aspirations (i). »
Mazzini manquait pourtant d'enthousiasme maçonnique :
^*, « Un beau jour, le vieux tronc delà Franc-Maçonnerie, mère et centre de toutes les sociétés secrètes libérales, germa et, auprès de la vieille branche du Carbonarisme, apparut un rameau tout verdissant de bourgeons et florissant de fleurs. »
« C'était la Société La Jeune Italie dont le programme était : « Faire de l'Italie une nation, allant des Alpes à la mer et de Trieste au Var, Une, Indépendante, Libre, Républicaine; son chef était Joseph Mazzini. »
« Mazzini, après avoir emprunté à la Franc-Maçonnerie, à la titanesque ennemie de l'Église et de l'Empire, sa sublime formule : « Dieu et Peuple », disait d'elle : «
« Dans le passé, la Franc-Maçonnerie fut noble et puissante ; proclamant l'Emancipation , la Liberté, l'Égalité des hommes, tous frères sous la loi de Dieu, elle fit œuvre de haute politique, et fut persécutée par tous ceux qui voulaient dominer les peuples par droit de naissance, de conquête, ou de bon vouloir. La Maçonnerie accepta la lutte et provoqua les révolutions qui ont favorisé le progrès humain et dont la dernière fut la Révolution française de 178g. »
« Depuis, la Franc-Maçonnerie tomba en décadence. Abandonnant ses principes primitifs, elle mit des princes à sa tête et même des satellites des princes, elle s'éprit de formules vides, accepta des symboles qui ne renfermaient aucune idée. Ses œuvres furent des banquets et des actions charitables envers ses membres, voilà tout. Et elle tomba, comme tombent toutes les institutions qui cessent de produire, de diriger les actes humains, de s'associer à toutes les conquêtes et de fraterniser avec toutes les branches de l'esprit humain. »
« Dans l'avenir la Franc-Maconnerie se relèvera. »
(i)i?zVî5fa, XIX, page 170. Déclaration officielle du Grand Maître du 21 juin 1888,
« Plus heureuse que la Papauté et que la Monarchie qui sont tombées pour ne plus se relever,carelles ne s'appuient que sur des privilèges et sur des doctrines que renient les consciences du plus grand nombre, la Franc- Maçonnerie, s'appuyantsur sa tradition d'une égalité qui ne reconnaît que le mérite et les bonnes œuvres, fraternisant avec tous les progrès sans exception et proclamant ses principes fondamentaux, la Franc-Maçonnerie retrouvera dans l'Humanité la plus puissante des vitalités (i). »
Mais ses plus ardents affiliés étaient plus confiants et plus crédules, car :
/, « La raison par laquelle Garibaldi, l'affilié mazzinien, ceignit le tablier du Franc-Maçon est que le Mazzinisme et la Franc-Maçonnerie poursuivent le même but : le triomphe de la Révolution, qui commença en 1789, qui reparut en 181 5 et qui, depuis lors, s'est répandu, se répand et se répandra d'un pays à l'autre, en transformant les gouvernements, les opinions, les lois et les mœurs (2). »
La conclusion naturelle de ces dithyrambes en l'honneur de Mazzini, ce grand ennemi de toute monarchie, c'est l'érection, à la gloire de ce même Mazzini, d'un monument par les soins de la monarchie installée au Quirinal, et représentée par Crispi. Ce n'est pas la Maçonnerie qui va au devant de Crispi, c'est Crispi lui-même qui invite le Grand-Maître Lemmi à lui forcer la main. La lettre suivante en fait foi :
Au Grand-Maître delà Franc-Maçonnerie italienne Adrien Lemmi.
Rome, le 2 mars i8go.
« Très Honoré et Très Puissant Frère.
» Je vous adresse mon salut fraternel.
» Que le Grand Architecte de l'Univers vous protège pour le bien de la Patrie et de l'Humanité. »
François Crispi, SS^^e (3).
(1) Rivista, XIV, pages io3 et i 04.
(2) Rivista, XIII, pagel245, colonne 1, lignes 34 a 43.
(3) Rivista, XXI, page "4.
Ainsi encouragée, la Franc-Maçonnerie déclare hautement son dessein ; elle dicte à Crispi un projet de loi. Voyez ce qu'écrit la Rivista :
,*, (( La Franc-Maçonnerieitalienneprend, aujourd'hui 2 mars 1890, l'engagement solennel de faire élever une statue à Joseph Mazzini, au très pur et très audacieux philosophe conspirateur qui fit le premier pâlir les tyrans en criant bien haut dans le monde le nom de l'Italie et de ses droits. Ce fait mettra le sceau à la première période de la reconnaissance morale et politique de l'Italie (i). »
« Il n'est que justice qu'à Rome, après laquelle ont soupiré si unanimement tous ceux qui désiraient l'unité nationale, s'élève un monument à Joseph Mazzini, le premier et le plus fervent apôtre de cette idée unitaire, celui qui, avec son talent, son courage et sa foi, a su traduire en un fait réel le grand rêve de la Patrie une, libre et heureuse (2). »
Pour rendre la Patrie « une, libre et heureuse », heureuse surtout au point de vue maçonnique, il faut ruiner l'Église, et ce desideratum essentiel le Grand Maître Adrien Lemmi le proclame dans une déclaration publique que voici :
,*, « La Franc- Maçonnerie ne sert pas et se s'impose pas aux gouvernements, car elle a le pouvoir de créer et de diriger l'opinion publique. C'est ainsi que, par la force irrésistible de notre propagande incessante, l'Italie a vu ses lois modifiées sur les bases les plus larges du progrès civil, que la « nation armée » qui paraissait une utopie, sera bientôt un fait accompli, et que la réforme des Œuvres Pies a été opérée, malgré la perfidie et les cris de protestation des évéques(3). »
(1) Déclaration du Grand Mahve Lemmi du 2 mars 1890. Rivista, XXI, pages 3 et 4.
(2) Préambule du Projet de Loi portant ouverture d'un crédit de 200.000 francs, pour l'érection à Rome d'un monument à Mazzini, imputable aux dépenses extraordinaires du Budget du Ministère de l'Intérieur d'Italie pendant les exercices 1891-92 et 1892-93. Rivista, XXI, page 17.
(3) Déclaration du Grand Maître Adrien Lemmi, du 2 mars 1890. Rivista, XXI, page 2.
Et elle entend s'attribuer l'honneur de ce dépouillement, car elle déclare :
^\ « Notre triomphe est démontré par le vent de liberté qui souffle à travers l'Italie, par la politique religieuse actuelle, basée sur la formule négative, « l'Eglise libre dans l'État libre », par les lois qui sont rédigées, approuvées et promulguées par nos Frères les plus influents et les plus insignes, pour enlever à l'Église le monopole énorme des Œuvres pies. Faut-il s'étonner de l'immense puissance de notre apostolat d'émancipation et de civilisation (i) ? »
Cette confiscation des biens des œuvres pies, aujourd'hui décrétée par la Chambre italienne, on verra plus bas que, dès 1 88 1 , elle avait été décidée dans un congrès maçonnique tenu à Milan.
On a pu croire quelquefois que l'expression d'œuvre satanique appliquée à la Maçonnerie était une simple figure de rhétorique, une métaphore comme une autre. En Italie, du moins, il en est tout autrement : les Francs-Maçons aiment à se faire gloire avec une complaisance marquée de leur filiation satanique. On peut citer dans la Rivista de longues pages qui se rapportent à ce culte infernal, et nul ne s'étonnera de voir la morale que suppose un pareil culte s'y étaler de même avec un cynisme effrayant : digne commentaire des pages vertueuses du F.'.Seraflfini déclamant contre les mauvaises mœurs de la société cléricale. Qu'on veuille bien méditer les extraits suivants :
/^ « Le génie de l'avenir, notre Dieu à nous, porte en lui le germe delà nouvelle loi du Bien. »
« Son dogme est de ne pas en avoir, son esprit est la fusion de ceux d'Epicure et d'Archimède voués à la recherche du Vrai. »
« Son âme nie que le bien-être social se trouve à fuir l'animalité, car il est réellement la conséquence de l'animalité humaine. »
(i) Déclaration du F.'. Bacci au ii février i8go. Rivista, XXI, page i5.
« L'édifice social qui s'écroule a besoin d'une pierre angulaire. C'est lui qui la posera et cette pierre angulaire sera sur la terre et non pas dans les cieux. »
« Saluez le génie rénovateur, vous tous qui souffrez, levez haut les fronts, mes Frères, car il arrive, lui, « Satan le Grand » ( i ) ! »
Nous voici en plein Satanisme :
/. « Elle a bien raison la Bible quand elle appelle Lucifer le plus beau des anges déchus, car la Lumière est bien l'ennemie la plus acharnée des religions (2). »
L'enthousiasme pour Satan va si loin chez la secte qu'il monte jusqu'au plus extravagant cynisme. On peut lire dans le Bulletin du Grand Orierît d'Italie (3), sous la signature d'Enotrio Romano, une ode d'une longueur interminable, intitulée : L'Esprit ynoderne^ hymne à Satan, mélange de sensualités épicuriennes et de déclamations anticléricales, comme pour montrer clairement que dans le secret intime du monde maçonnique — le monde vertueux du P.". Lemmi parlant aux profanes — la corruption des masses et l'impiété ne vont jamais l'une sans l'autre et se donnent ouvertement la main. En voici quelques extraits : « A toi, principe immense des êtres, matière et esprit, raison et tout, tandis que le vin brille dans les coupes comme l'âme dans la pupille, pendant... qu'un frémissement d'hyménée caché descend des montagnes et féconde la plaine, vers toi, effrénés, s'en vont mes vers, je t'invoque, o Satan, roi du banquet. A bas ton goupillon, prêtre, et tes psalmodies. Non, Satan, ne retourne pas en arrière... Dans la matière qui jamais ne se repose, roi des phénomènes, roi des formes, Satan est un vivant soleil... Le peuple, ô Satan, se souvenant de tes bienfaits t'a accueilli parmi ses dieux lares. Et là, venant au secours de la faible humanité écrasée sous le poids des soucis, je te salue, ô grand
(i) Rivista, X, page 2(35, col. 1. lignes 37 et suiv , col 2, lignes i à5.
(2) Le Grand Maître adjoint, le F.-. Pirro Aporti. Rivista, XVII, page 379.
(3) T. II, 1869, page 33o.
Satan, ô Rébellion, ô force invincible de la Raison. Que vers toi montent les vœux et l'encens sacré! Satan, tu as vaincu le Jehovah des Prêtres. »
Comment établir le règne de Satan ? Evidemment par une transformation universelle, par un bouleversement total de la société chrétienne, opéré même par la force, quoi qu'en dise F.*. Seraffmi : voici le plan tracé dans un programme officiel :
/, « La Franc-Maçonnerie italienne doit diriger la solution des questions sociales qui, par l'Enseignement, par le Parlement, par la Presse et par la Dynamite sont mises sur le terrain de la discussion et de l'Action (i). »
Dans le Congrès Maçonnique tenu à Milan du 28 septembre au 3 octobre 1881, les résolutions suivantes ont été prises par la Franc- Maçonnerie italienne en vue de l'anéantissement de la Papauté :
,\ « 1° L'action maçonnique pour la solution de la question sociale doit commencer par la transformation des Œuvres pies en institutions de prévoyance et par la réforme des lois et des mœurs de la Patrie.
» 2° Des loges fémiîiines doivent être immédiatement constituées.
» 3° Constitution immédiate de Loges d'ouvriers de la ville et de la campagne, simplement organisées et le moins coûteusement possible pour leurs membres.
» 4° Création d'une section de Messagers secrets, non accrédités à aucune loge particulière, mais chargés de communiquer à toutes les ordres et les instructions du Chef.
» 5° Création d'une section de Frères ambulants, chargés de la propagande maçonnique sous les habits de colporteurs, de chanteurs et de marchands de toute espèce.
» 6° Initiation et affiliation secrètes, connues du Grand Maître tout seul et exceptionnellement du Grand Maître adjoint, du Grand Secrétaire et du Trésorier, des
(1) Rivista, XV!, page 27, col. 2, lignes 19 à 23.
hautes personnalités dont la position sociale trop élevée exige la réserve la plus absolue et le secret le plus rigoureux.
» 7° Que la Maçonnerie italienne se préoccupe spécialement delà question sociale.
» 8° Que la Maçonnerie italienne organise secrètement les forces libérales de l'Italie.
» 9° Que la Maçonnerie italienne obtienne du gouvernement italien :
» a) La régularisation du patrimoine ecclésiastique, dont la propriété appartient à lÉtat et dont l'administration appartient aux pouvoirs civils.
» b) L'application rigoureuse de toutes les lois en vigueur qui assurent l'indépendance absolue de la société civile des influences cléricales.
» c) L'observation rigoureuse des lois qui suppriment les corporations religieuses et la proposition de tous les moyens propres à les rendre efficaces.
» d) La promulgation de la loi sur les biens des corporations religieuses.
» e) L'abolition dans les écoles de toute instruction religieuse.
y)f) La création de collèges pour femmes où elles soient soustraites à toute influence cléricale, quelle qu'elle soit.
» lo"^ Que la Maçonnerie italienne prenne l'initiative de la création d'un grand parti anti-clérical, sans distinction d'aucune opinion politique, ayant pour but de combattre et de détruire,par tous moyens quelconques, l'influence cléricale en matière politique. »
Ces résolutions ont été approuvées par l'assemblée Constituante de la Maçonnerie italienne le 2 juin 1882(1).
Le programme est assez explicite pour se passer de commentaires. Bornons-nous seulement à éclairer d'un passage significatif, emprunté à la Rivista, le but
(1) Rivista, XIH, pages 37, 52, 53,84, 'o3. 104, 194 et io5.
que poursuit la secte en provoquant, ce qu'elle a déjà réalisé en France, la création de lycées de filles. La Rivista nous le dit clairement en ces termes :
/, « Les femmes de progrès, au contraire de ces soidisantes « Vierges du Seigneur » qui se sont enfermées dans ces lieux de divertissement, vulgairement appelés couvents, pour vivre sur le dos des autres, sont des femmes qui veulent leur émancipation totale par la vérité et par la conscience, qui, connaissant les maux de la société, les modifient par leur exemple, qui ne prient que devant l'autel de leur conscience et qui reconnaissent le Grand Architecte de l'Univers et le progrès indéfini. »
« Ces femmes, les Francs-Maçons ont le devoir de les éclairer de leurs lumières, jusqu'à ce qu'elles puissent atteindre l'accomplissement de leurs devoirs i\). »
Pour que rien absolument n'échappe à l'action maçonnique, les Loges italiennes ont décidé, en 1 888, que :
.\ « Chaque Loge doit contenir dans son sein neuf comités d'action :
» 1° Comité électot'al, pour purifier les urnes, en les enlevant à l'influence du prêtre;
» 2° Comité scolaire, pour surveiller la laïcisation des écoles ;
» 3° Comité d'enterrements civils, pour expulser le prêtre de la mort comme de la vie ;
» 4° Comité militaire, pour dresser les nôtres à l'usage des armes ;
» 5° Comité des œuvres pies, pour la publication de toutes révélations contre les curés et les sœurs;
» 6° Comité de Banque, pour que les nôtres n'aient pas besoin d'avoir recours aux profanes pour trouver des moyens pour leurs entreprises;
» 7" Comité du Temple, pour rehausser notre dignité et notre influence;
» 8° Comité de Presse, pour lutter par la propagande de la Vérité et pour défendre nos principes et nos actes ;
(i) i?iràfa, XX, page 273.
» 9° Comité de Vigilance, pour surveiller les reversions simulées par lesquelles on restitue les biens à la mainmorte, au détriment de la Société civile. »
« Tous ces Comités finiront bien par savoir et par faire bien des choses ; or, le savoir est toujours profitable et l'action doit être toujours utile (i). »
Le tableau du programme de l'action maçonnique ne serait pas complet si nous ne mettions sous les yeux du lecteur les preuves les plus récentes de leur intervention toute puissante dans les questions d'enseignement.
Le g mars i8go le Grand Maître Lemmi reçoit une adresse oij on lit ces mots :
,\ « Veuillez inviter, Illustre et Puissant Grand Maître, toutes les Respectables Loges et autres Corps Maçonniques italiens à se préoccuper de l'étude de la réforme universitaire, pour que les cœurs de tous les Francs- Maçons de l'Italie soient enflammés de l'espérance de préparer ainsi, par leurs efforts, le jour de la nouvelle renaissance de l'Italie (2). »
Sur quoi, dès le 14 mars, le Grand Maître envoie une circulaire où il dit :
/. « Toutes les Loges italiennes sont invitées à étudier la Réforme universitaire et à transmettre le résultat de leurs études au Gouvernement de l'Ordre Maçonnique en Italie. »
« L'F^tat a le devoir inaliénable de former le cœur et l'esprit des citoyens, et aucune école ne doit être soustraite ni à son inspiration ni à sa vigilance. »
« C'est ainsi que nous formerons des hommes dignes des temps nouveaux, éduqués non plus pour les doléances du passé, mais pour les luttes présentes de la vie (3). »
(1) Déclaration officielle du 5 janvier 1888. Rivista, XIX, page 25, lignes 12 à 49.
(2) Adresse du 9 mars 1890 au Grand Maître Adrien Lemmi. Rivista, XXI, page 40.
(3) Déclaration du Grand Maître Lemmi, du 14 mars 1890. Rivista, XXI, pages 48 et 2.
Le rôle assigné aux universités est ainsi traité à la même date, par un F.', influent :
/^ « Le problème de l'âge classique fut la réponse à la question : « Comment doit être l'Etat ->, celui du moyen âge la réponse à la question : « Comment doit être l'Eglise » et celui de notre âge contemporain est celle à donner à la question : « Comment doit être l'Université », rinslitution sociale où s'organise la pensée collective de ces organismes pensants qui sont les hommes. »
« Ce n'est plus à TEtat à décider ce que seront la Religion et la Science, ni à l'Eglise à formuler ce que seront la Science et l'Etat. C'est à l'Université à déterminer comment seront l'Eglise et l'Etat. »
« Il appartient à la Franc-Maçonnerie italienne d'initier le Grand Œuvre de la Réforme universitaire (i). »
On voit comment les Francs-Maçons agissent sur le terrain social pour réformer, régénérer l'humanité; voyons maintenant leur action plus spécialement politique.
2° La politique de l'Italie et la Franc-Maçonnerie italienne.
Voici, en fait de conduite politique, une déclaration aussi nette que possible qui montre ce que valent les dénégations officielles tant de fois répétées dans mille et mille écrits, depuis l'origine de la Franc-Maçonnerie :
/, « Ceux qui proclament que la Franc-Maçonnerie doit s'abstenir de politique et qui veulent faire de la Maçonnerie un bercail de doux moutons bien blancs, ceux-là sont des imbéciles ou des inconséquents. »
« En politique la Franc-Maçonnerie a le devoir absolu d'être forte, vigoureuse, hardie, batailleuse, ardente, et de le montrer (2). »
(1) Déclaration du F.'. Bovio, du 8 mai 1890. Rivista, XXI, page 36
(2) Le grand Secrétaire au Grand Orient d'Italie. Rivista, XIII, page 83, colonne 2, lignes 14 à 17.
/, « Le fait d'attendre, avec vigilance d'esprit, les résultats des 'actes de Crispi, est prudence politique et non pas apostasie. »
« Crispi sera combattu prochainement, mais par les conservateurs avant que de Vêtre par nous, par le système avant de l'être par la démocratie. »
« Et quand il sera tombé, les conservateurs s'apercevront qu'ils ont blessé les institutions plutôt que l'homme (i). »
Mais la Franc-Maçonnerie italienne entend gouverner la politique nationale, car :
La Rivista appelle M. le Président du Conseil ; « l'Honorable Crispi (2) » à la première ligne de la deuxième colonne de la page iSg de sa XIX' année.
« Le Frère Crispi » dans la ligne 1 5 de la deuxième colonne de la page 146 de la même année.
« Notre très Puissant, Très Illustre et Très Cher Frère François Crispi » dans les lignes 43 et 44 de la deuxième colonne de la page io3 de sa XVIP année.
Enfin, la Rivista délia Massoneria Italiana constate, dans la ligne 42 de la deuxième colonne de la page 122 de sa XVII® année, que :
« Le Fr.*. François Crispi est 33«. »
Sa suprématie, sa toute-puissance, elle la voue à la Révolution sociale :
*^ « Le congrès maçonnique de Milan en 188 1 déclara reconnaître l'existence et le danger de la question sociale, et proclama que les Francs-Maçons italiens ne pouvaient et ne devaient pas rester indilîérents et étrangers à cette question.
» L'assemblée générale maçonnique de Florence en 1886 a invité la Grande Loge à imposer aux Loges l'étude immédiate des questions sociales urgentes.
» Et la Grande Loge par circulaire officielle, approuvée par le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie italienne à la date du 25 juin 1886, ordonne l'étude de tout événe-
(1) Le F.'. Jean Bovio, député; Rivista, page 268.
(2) Rivista XVII, XIX.
ment, de tout fait, de tout symptôme, pour légers qu'ils soient, se rapportent dans l'atmosphère profane aux questions de caractère social, mais en se bornant à donner aux Loges, dont elle connaît le cœur et l'esprit, comme unique instruction le mot d'ordre de cette campagne sociale : « Energie prudente » (i).
Et va Jusqu'à déclarer que c'est l'Anarchie sociale qu'elle veut :
*^ « L'Anarchie, qui est l'épouvantail de tous les esprits pacifiques, n'épouvante certes pas les Francs-Maçons, car ceux-ci, s'ils respectent les lois, savent parfaitement qu'ils peuvent s'en passer parfaitement (2). »
Comme l'Anarchie est essentiellement comospolite :
\ « La Franc-Maçonnerie, qui a proposé et imposé les loismitigatrices delà guerre, qui a imaginé et fait accepter la Société de \aCroix Rouge aux belligérants, qui a réuni des Congrès de la Paix et fait entendre la cause de l'Arbitrage international aux Rois eux-mêmes, qui a réuni les ouvriers et les travailleurs du monde entier dans les expositions universelles pour leur montrer un autre but que la gloire et la rapine, les conquêtes et l'oppression ; la Franc-Maçonnerie seule peut réduire à sa juste valeur le mot « Patrie », qui a exercé une si fatale influence sur l'histoire des peuples, et faire briller éblouissant le mot : Humanisme (3). »
Aussi ne veut-elle dans son sein que des Anarchistes complets :
/, (( Nous, simples observateurs, nous n'avons en ce moment, ni polémiques ni commentaires à faire au sujet des forces impulsives qui sont en train de transformer la Franc-Maçonnerie italienne. »
« Ce qui a lieu n'est que le résultat logique et nécessaire d'un travail de sélection qui doit augmenter sa force. »
« Cela pourra donner quelques soupçons, inspirer quelques inquiétudes aux tièdes et aux timides. »
(1) Rivista, XVII, page i55.
(2) Rivista, XIII, page, 5i, col. 1, lignes 43 à 47.
(3) Rivista, XIII, page 68.
« Mais c'est ainsi que la Maçonnerie italienne atteindra toute sa puissance II). »
Elle a conscience de sa toute puissance pour le Mal, et elle le proclame bien haut :
^\ « La Franc-Maçonnerie italienne ne combat le gouvernement de l'Italie, que lorsque celui-ci ne peut ou ne veut pas favoriser le Progrès. »
« Alors, elle suscite des hommes, élevés dans le sein de la Franc-Maçonnerie, qui entrent résolument dans la large voie de la liberté et des réformes civiles. »
« Ferme dans ses principes, elle a renouvelé la lutte contre l'éternel ennemi, et elle qualifie le Pape, prince déchu et conspirateur, de prétendant ridicule. »
« Et comme elle a droit de parler très haut, face à face avec la Nation, pour diriger et modifier l'opinion publique, elle a expulsé les cléricaux des Conseils municipaux les plus importants de l'Italie, et fait élever la statue de Giordano Bruno, pour prouver l'impuissance du Vatican, et rendre visible la victoire de la Franc- Maçonnerie (2). »
Mais elle ne néglige pas les moyens d'assurer cette toute puissance :
*^ « La famille Franc-Maçonnique doit descendre sur le terrain de la Politique, pour faire valoir son influence et celle de ses membres, pour obtenir du Gouvernement de la Nation, arraché des mains des ennemis de la patrie, les écoles et les œuvres de bienfaisance, pour abolir ces institutions, qui, sous prétexte de culte, ne sont que des associations de malfaiteurs vivant grassement avec l'argent des autres, et conspirant éternellement contre tous les principes du Bien et de la Liberté. Qu'il s'empare enfin de cet immense patrimoine ecclésiastique qui, par legs ou par occultations, lors de l'abolition des corporations religieuses, s'est accumulé autour des chapitres des Cathédrales et des Eglises ; bénéfices ecclésiastiques
(1) Rivista, XVII, page i3o.
(2) Circulaire officielle no 20 du Grand Maître. Rivista XX, page 19.
formant un rempart d'intérêts autour du parti clérical (i). »
La Franc-Maçonnerie italienne sait, au besoin, préciser ces moyens :
(( Voici les instructions, mes Frères, que Je recommande à votre prudence, à l'occasion des élections générales :
» 1° Les dignitaires et officiers influents des Loges doivent avoir un soin spécial de ne pas s'engager trop ouvertement, sous forme maçonnique, dans l'agitation électorale.
» 2° Ils doivent constituer des comités profanes et agir par eux.
» 3° Il faudra cacher très particulièrement toutes les petites dissensions entre Frères, car elles sont préjudiciables à la prospérité et au développement de l'Ordre.
» 4° Les Frères doivent assister à toutes les réunions électorales, s'etîorçant d'en diriger les travaux, et d'apporter dans ces réunions, avec le plus grand contingent possible de paroles de sagesse, le contingent du nombre.
» 5^ Les Frères doivent tout faire pour s'emparer des bureaux le jour des élections, de façon à garantir la sécurité et l'intégrité du suffrage.
» 6° Nos candidats doivent se signaler par l'intégrité de leur caractère et par leur indépendance morale.
» 7° Nos Frères n'appuieront jamais quiconque ne sera absolument dévoué au programme national et aux libertés populaires.
» 8° Notre appui sera surtout acquis à ceux qui sont absolument prêts à élargir les bases de la souveraineté populaire, sans d'autres limites que celles imposées par les temps, et par l'œuvre efficace du Progrès.
» 9° Les candidats à appuyer par nos Frères, doivent s'engager formellement :
» A réformer l'administration publique.
» A imposer la décentralisation administrative.
(i) Rivista, XX, page ii.
» A voter des lois agraires et la création de banques agricoles.
» A proposer la constitution de chambres syndicales ouvrières et agricoles.
» A obtenir l'abolition absolue des garanties de la Papauté et la revision du Statut.
» A obtenir qu'aucun culte ne soit ni privilégié, ni possédant, ni stipendié, ni doté.
» A obtenir que les propriétés canoniques soient transformées en écoles et en demeures pour les professeurs civils et les professeurs militaires.
» A abolir en.... toutes les confraternités religieuses.
» A convertir tous leurs biens quelconques en capitaux pour la création de Banques, d'Instituts agraires, d'Écoles et pour l'assistance des indigents.
» A convertir les propriétés des œuvres pies en sources fécondes de richesse nationale, agricole et industrielle.
» A réformer la magistrature italienne et nos lois pénales et répressives.
» A établir la gratuité et l'obligation réelle de l'instruction primaire.
» A substituer la nation armée aux armées permanentes.
» A augmenter sans cesse la marine de guerre.
» 10° Les programmes électoraux établis sur ces bases seront plus ou moins accentués suivant les milieux. Mais ces principes resteront absolument intacts.
» 1 1° Il faut préparer la lutte électorale de manière à assurer notre triomphe et rendre impossible la défaite.
» 12° En cas d'insuccès, se préparera recommencer la lutte (i). »
Ces élus de la Franc-Maçonnerie ont un mandat impératif, c'est :
^*, « Les Francs-Maçons qui font partie du Conseil municipal et de l'Assemblée Communale de chaque ville
(1 ) Circulaire officielle, n° 6, du Grand Maître de la Maçonnerie italienne : Rivista, XIII, pages 296-297.
auront à donner à leurs concitoyens et à la Franc- Maçonnerie des preuves continuelles de leur fidélité libérale et de leur amour invariable à la Patrie et à l'Ordre, en chassant impitoyablement de la Municipalité tout élément clérical que ce soit (i). »
Elle essaie de faire accepter à ces élus ce servage, en faisant miroiter à leurs yeux que :
/^ « Nous voulons travailler à faire ressentir l'action maçonnique partout et dans toutes les circonstances de la vie profane sociale, et, ayant pour but la destruction, l'anéantissement du cléricalisme, de l'obscurantisme et du conservatisme, nous devons faire tous les efforts imaginables pour nous emparer de l'administration communale. »
« Une fois installés à la Municipalité, nous serons les maîtres des écoles, où nous enseignerons la morale vraie sans catéchismes, ni catéchistes; les maîtres des hôpitaux, d'oià nous chasserons sœurs et moines ; les maîtres des congrégations de bienfaisance, que nous réformerons dans le sens de l'épargne; les maîtres des Œuvres pies, d'où nous bannirons le favoritisme ! »
« Enfin, maîtres du cœur, nous serons les Maîtres de tous les organes. »
« Mais pour cela il faut être prêts à tous les sacrifices des personnes et des idées politiques, même au sacrifice du parti politique auquel nous pouvons appartenir (2). »
Et, pour le cas où ces promesses paraîtraient insuffisantes, c'est le pouvoir tout entier qu'elle leur offre :
^\ « La devise de la Franc-Maçonnerie italienne est : Excelsior, qui signifie progrès indéfini, évolution progressive de la société humaine, par laquelle l'idée qu'hier était révolutionnaire ne l'est plus aujourd'hui ; par laquelle ce qui est utopie révolutionnaire aujourd'hui sera idée conservatrice demain (3). »
fi) Déclaration du Grand Maître Lemmi, du 11 janvier 1890. Rivista, XX, page 3 10, col. 2.
(21 Le F. . Demetrio Piodo, à Milan, le 22 octobre 1888 : Rivista, XIX, page 235
(3) Le F.". Raphaël Jovik Florence, le 6 février 1888 : Rivista, XIX, page 16.
« La Franc-Maçonnerie doit pouvoir devenir un État dans l'État, en sorte que les rênes de la chose publique se trouvant entre les mains des Francs-Maçons, ceux-ci puissent réaliser les vœux et s'occuper des besoins de leurs frères, si oubliés aujourd'hui. »
« Cela fait, elle deviendrait l'inspiratrice des dirigeants qui sont exposés à l'erreur, au milieu des orages de la vie et des tempêtes de la politique, et elle redresserait leurs erreurs, qui sont si nuisibles à la chose publique (i). »
Cette puissance gouvernementale doit être essentiellement anti-papale :
/, « Très Saint Père, la Franc-Maçonnerie vous remercie de votre Encyclique « Humanum Genus » où vous avez constaté qu'elle est prête à donner aux gouvernants l'impulsion vers les Réformes, vers le Progrès et vers la Liberté sociale, que vous appelez « aberrations de l'esprit humain » et « perfidies de Satan ».
« Et la Franc-Maçonnerie rend, en cela faisant, un signalé service aux gouvernants et aux Princes, car c'est un fait historique que tous les Princes qui ont suivi les doctrines anti-humanitaires et anti-sociales de la réaction cléricale, sont tombés au plus profond des abîmes; et, seuls, sont respectés et puissants les Princes qui ont accepté et appliqué les enseignements de la Franc- Maçonnerie (2). »
Et être anti-papale pour exterminer, matériellement et pratiquement, les prêtres :
/, « La Maçonnerie italienne avec ses 200 Loges, vient affirmer à Rome son unité et propager dans toute l'Italie un mot d'ordre, qui doit être le mot de bataille de tous les Italiens, et ce mot est : A bas les Cléricaux !
« Qu'ils soient expulsés de l'administration communale, de l'administration provinciale, des œuvres pies, des hôpitaux, des écoles ! »
(1) Rivi\ta, X, page 4. col. 1, lignes 11 et suivantes. {2)Rivista, XV. page 11 5.
(( Qu'ils soient expulsés des conseils dans lesquels se préparent les destinées de la Patrie. »
« Expulsés des académies, des cercles, des associalions, des comités, des familles ! »
« Expulsés dans tout lieu, partout, toujours ! »
« Et comme la Maçonnerie est la seule Association qui puisse réellement éveiller, diriger et unifier les manifestations des sentiments populaires — et les cléricaux et les gouvernements le savent bien et c'est pour cela qu'ils la craignent, la combattent, l'insultent, et la calomnient, — il faut que les gouvernements sachent bien que nulle puissance gouvernementale ne peut résister à la désapprobation publique. »
« Que les chefs du gouvernement de la chose publique n'oublient pas que, tant que le cléricalisme ne sera pas réduit à l'impuissance la plus absolue, il n'y aura pas de salut, de paix, de sécurité pour le pays (i). »
Cette extermination de l'Église cathohque, c'est son chef suprême, Satan, qui l'inspire aux Francs-Maçons italiens, car voici leur aveu officiel :
/^ « Vexilla régis prodeimt inferni, a dit le Pape. Eh bien, oui, oui, les drapeaux du Roi des enfers s'avancent et pas un homme ayant conscience de l'être, ayant l'amour de la Liberté, qui ne vienne se ranger sous ces drapeaux, sous ces bannières de la Franc- Maçonnerie, symbolisant les forces vivantes de l'humanité, l'intelligence en opposition avec les forces inertes de l'humanité, abrutie par les superstitions. »
« Vexilla j'egis prodeimt inferni, oui, oui, les drapeaux du Roi des enfers s'avancent, car la Franc- Maçonnerie, qui, par principe, par institution, par instinct a toujours combattu et combattra toujours sans trêve et sans quartier tout ce qui peut empêcher ou retarder le développement de la Liberté, de la Paix et et du Bonheur de l'Humanité, a le devoir de combattre, aujourd'hui plus énergiquement et plus ouvertement que jamais, toutes les menées de la réaction cléricale (2). »
(1) Le Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie : Rivista, Xl\', page 3o6.
(2) Rivista, XV, pages 356 et 357.
3" La Politique anti-papale, et la Franc-Maçonnerie italienne.
Par tout ce qui précède il a été assez facile de comprendre quels sont les rapports de la Fianc-Maçonnerie italienne avec la Papauté. On devine facilement que le siège de St-Pierre est visiblement pour elle le delenda Carthago et que toutes ses manœuvres, occultes ou publiques, ont pour but final de ruiner les derniers restes du pouvoir temporel, afin d'avoir plus vite raison du Catholicisme lui-même. Il nous a semblé bon cependant de consacrer un chapitre spécial à la lutte forcenée et sans merci soutenue par la Franc-Maçonnerie contre le Vatican, Qu'on ne s effraie pas trop des blasphèmes qu'on va lire. Ils ont aussi pour les fidèles leur utilité. Si quelques catholiques avaient encore besoin d'être instruits sur la place que tient l'institution de la papauté dans l'économie de la religion et dans l'édifice de la civilisation moderne, ils trouveraient dans les aveux et dans les actes des Francs-Maçons italiens un supplément de preuves, capables de répondre à tous les sophismes de ceux qui se refusent encore de croire, avec saint François de Sales, que «le Pape et l'Eglise c'est tout un ». Ce que les Fils de la Veuve pensent de la Papauté, surtout ce qu'ils osent contre elle, la Rivista l'expose sans ambages. Ne pouvant tout transcrire, nous nous bornons à quelques extraits :
/, « Les classes dirigeantes, écrit la Rivista, s'obstinent tenacement à rester dans la nuit des erreurs et des iniquités séculaires, à ne pas voir, à ne pas étudier les nouvelles conditions psychologiques du peuple, à ne pas se rendre compte du devoir sacré de les satisfaire. »
« Les classes dirigeantes ne tiennent aucun compte ni de l'histoire, ni de la portée des conquêtes de la science et de la Révolution ; elles semblent ignorer le mouvement social et le développement intellectuel des masses, puisque les Gouvernants n'ont pas encore éprouvé le besoin de voir, d'examiner, d'étudier si l'accumulation des usurpations de l'Evêque de Rome, imposées par un
abus infâme à l'aveuglement du peuple, au nom de l'Eglise, peut être supportée et tolérée plus longtemps, peut être protégée sans honte, et sans danger des maux les plus graves. »
« Les protecteurs du Dictatus Papce, du Syllabus et de l'Infaillibilité, ont l'air d'ignorer que cette protection les rend, pour le moins, suspects si non convaincus de haine contre le progrès social, contre le triomphe de la justice, contre le Bien universel (i). »
Et cette politique anti-papale, la Franc-Maçonnerie italienne l'impose à ses Gouvernants :
/. « C'est sous le manteau des idées humanitaires que le prêtre de Rome fait la guerre au progrès et à la civilisation. »
« Que le Grand Architecte de l'Univers ne veuille pas que nos Gouvernants se laissent endormir par ces prétendues bontés, et qu'ils ne se laissent arracher des concessions éhontées qui pourraient compromettre notre avenir ! »
« Nous autres Francs-Maçons, nous devons toujours travailler sans nous reposer, tant qu'il y aura un droit à revendiquer, tant qu'il y aura une larme à essuyer, tant que les lois de tous les peuples ne seront pas résumées dan? notre immortelle devise : Liberté, Egalité, Fraternité (2). »
Si quelquefois elle ne fait usage, pour cette imposition, que de l'ironie :
;*, « Est-il possible que dans ce vieux monde, sur lequel ont éclaté plus de mille révolutions théocratiques, on en soit encore à obéir à une malheureuse convention, qui a été imposée par les momies qui siègent au Vatican ? »
« C'est à se demander si nous n'habitons pas une maison de fous ; car il faut avoir perdu le bien de l'intelligence pour accepter la formule de Tertullien : Credo quia absurdum (3). »
(i) Rivista, XVI, page 209.
(2) Le Frère Raphaël Jovi, a Florence, le 14 septembre 1883. Rivista, XVI, page 229.
(3) Rivista, XVIII, page 269.
C'est la menace ouverte, précise, qu'elle emploie d'autres fois :
.*, « N'oubliez pas, mes Frères, que notre Sublime Grand-Maître Garibaldi nous a laissé un legs sacré, un devoir à accomplir coûte que coûte : L'abolition de la loi de Garanties et du Garanti, l'abolition de la Papauté (i). »
Le Gouvernement italien, ayant obéi aux menaces maçonniques, la Franc-Maçonnerie se montre satisfaite :
*^ « Le Pape, comme Prince temporel, ne possédait pas des droits plus grands que ceux des Princes dépossédés par l'unification de l'Italie. »
« Les citoyens romains ne possèdent pas des droits moindres que ceux des autres citoyens italiens. »
« Ces Princes régnaient ou par droit d'usurpation ou en vertu de traités; choses nulles et non avenues, l'une et l'autre, devant le Droit naturel. »
« Ces citoyens ont le droit d'être libres et indépendants, antérieurement à toute convention artificielle, et ni conquête, ni donation, ni occupation ne peuvent amoindrir ce droit. »
« La Papauté temporelle, et par conséquent séculière, n'a donc été qu'une période transitoire de la vie de Rome; car Rome surgit, vécut, et domina avant que la Papauté n'ex'stât. »
« Rome restera, sans cette Papauté, et restera Italienne. »
« Que l'Église cherche de toutes ses forces à réagir contre le temps, à paralyser quatre siècles île victoires du libre examen ; qu'elle cherche à enchaîner, de nouveau, Prométhée, qui, sans venir guerroyer contre Dieu, veut cependant le voir de près et le scruter ; qu'elle cherche à l'effrayer avec les foudres du Ciel, alors qu'il a établi et obtenu la Liberté sur la terre ! »
« Ce sera à nous de combattre en faveur de la raison, et d'obtenir que l'Etat italien en soit l'expression évidente. «
(i) Rivista, XIII, page 228, col. 2, lignes 27 à 29.
« Voilà la lutte réelle, et, si le gouvernement a un mérite, c'est de l'avoir comprise, s'il a une satisfaction, c'est de se sentir appuyé par toute l'Italie vivante, par toute l'Humanité pensante (i). »
Mais elle veut que le but unique du gouvernement italien soit la guerre à la Papauté :
* ^ « Le Jour où l'État italien n'aura plus pour but unique la guerre à mort contre ses puissants ennemis spirituels, sera le jour de son écroulement, de l'anéantissement de l'Italie (2). »
Et c'est par les calomnies les plus éhontées, par les blasphèmes les plus infâmes qu'elle cherche à Justifier la pression qu'elle exerce sur le gouvernement de l'Italie :
/, « Le Clergé romain, ignorant et fanatique, aux découvertes de la science oppose les habitudes d'une religion qui n'est plus religion, qui est secte; aux résultats expérimentaux il oppose les dogmes d'une foi qui n'est pas foi, qui est mensonge. >>
(( Oh ! Grand Prêtre de Rome, tandis que toi, tu nous maudis du Vatican, tu nous poursuis de tes anathèmes et tu invoques pieusement sur nos têtes les foudres de la colère divine, Nous, Francs-Maçons, nous te bénissons et te proclamons le mieux méritant de tous les citoyens de l'Italie ; parce que, par ta persistance dans la politique moyen âge de tes prédécesseurs, tu as enlevé des mains de nos timides Gouvernants tous les arguments propres à amener une conciliation impossible entre l'État et l'Église. »
« Et ainsi qu'un Jour la patrie trouva son unité et son indépendance dans le martyre d'une tyrannie étrangère odieuse, ainsi, et grâces en soient rendues, ô Léon XIII, aux nouvelles et inqualifiables persécutions de ton Église! Ainsi, grâce à toi, la raison humaine trouvera sa complète émancipation et la conscience du peuple
(1) Le F.". Crispi, Président du Conseil: Rivista, XX, page 206 et 207.
(2) Rivista, X, page 277, col. 1, lignes 21 à 23.
atteindra les idéaux les plus purs et les plus sublimes (i). »
Mais bientôt elle se glorifie de sa guerre sans quartier à la Papauté :
/^ « L'anniversaire du 20 septembre, du Jour où Rome est devenue Capitale de l'Italie, et où le pouvoir temporel du Pape a été renversé, regarde exclusivement la Franc-Maçonnerie . 1 1 est un anniversaire, unejêtepurement et simplement maçonnique, puisqu'il marque la date de l'arrivée de la Franc-Maçonnerie italienne, but quelle visait depuis de si longues années (2). »
Elle veut présenter sa haine satanique comme étant universellement ressentie :
,\ « La Rome Papale est renversée par le mouvement national de l'Italie et non pas par les agissements des sectes, comme le prétendent les déchus ; elle l'est par décret de déchéance delà Conscience de l'Humanité, qui proclame mensonge, en présence de Dieu et à la face des hommes, un sacerdoce qui fait de la principauté une condition indispensable au libre exercice de son ministère, qui veut que la force soit le bouclier de la foi, et qui rendit funeste son joug, aux peuples qui lui furent soumis, en étouffant leurs protestations, leurs vœux patriotiques, par des jugements iniques, des échafauds et des interventions étrangères. »
« Rome, qui dans le passé a été le centre de la Théocratie Universelle, sera dans l'avenir le centre de la Laïcité Universelle (3). »
Et essaie de se poser en champion de l'Humanité contre l'Eglise catholique :
^*. « Obligée de se défendre contre la guerre féroce et implacable qui lui est faite par le pouvoir usurpé des Pontifes romains, la Franc-Maçonnerie italienne défend
(1) Le Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie, à Rome, le 3 décembre 1877: Rivista, XVIII, page 304.
(2) Rivista, XIII, page i5.
(3) Le F.-. Aiirélien Saffi, à Bologne, le 27 mai 188S : Rivista, XIX, page 134.
aussi, contre la haine séculaire delà Papauté, non seulement les libertés de l'Italie, mais aussi les libertés sociales politiques et religieuses de toutes les nations du monde, elle combat à lavant-garde, sans être aidée de personne, pour les libertés de tous (i). »
Le Franc-Maçonnerie italienne se déclare prête à employer tous les moyens pour anéantir la Papauté :
/. « La Rome Papale, la Rome du Syllabus enseigne qu'il faut brûler les corps pour sauver les âmes, et, loin d'y avoir renoncé, elle mettrait en pratique cet enseignement, et cela dés demain, si on la laissait faire. »
« Aussi, si elle veut employer ses bûchers, ses anathèmes et ses embûches sans nombre, nous nous révolterons contre ses violences sacrilèges, et nous rappellerons que nous sommes des latins et qu'il est un proverbe latin qui proclame que : Contra hostes œterna auctoritas (2)1 »
Elle avoue que dans cette lutte à mort, elle compte sur l'appui de la Franc-Maçonnerie universelle :
/, « Comme les idées maçonniques, que les sceptiques et les cyniques le veuillent ou ne veuillent pas, sont la pierre angulaire de l'édifice de la société moderne, leurs ennemis les réactionnaires se préparent à les combattre à mort. »
(( Et comme la Franc-Maçonnerie italienne est la première, sinon la seule association italienne qui soit appelée en duel à mort par le Vatican ; comme elle est la première, sinon la seule, qui, soit par le nombre de ses fils et de ses prosélytes, soit par sa discipline éprouvée, soit par ses liens de solidarité avec les quinze millions de combattants de l'armée maçonnique, soit par les haines féroces et les amours passionnées qu'elle inspire, est appelée à opposer une infranchissable barrière au torrent réactionnaire, la Franc-Maconnerie italienne
(1) Déclaration officielle du Grand Maître de la Maçonnerie italienne, du 7 décembre 1882 : Rivista, XIV, page 67.
(2) Le F.-. Henri Pan^acchi, à Bologne, le 22 mai 1888. Rivista, XIX, page i38.
est prête pour la lutte, elle est unie en faisceau indissoluble et se sent puissamment armée (i). »
Et se croit, d'ores et déjà, assurée de la victoire :
/, « Le pouvoir temporel du Pape est déjà un cadavre pourri, mais la Papauté veut l'unir indissolublement au pouvoir spirituel et à la vie du Catholicisme. »
(' Le Pape veut et rêve le pouvoir temporel, il le réclame et le fait réclamer par tous les évêques, archevêques et prélats ; il en fait une condition presque sine qua non de sa propre existence. »
« Laissons ce prétendant à ces prétentions, c'est là sa folie, mais c'est aussi notre salut. Le Pape-Roi nous fait rire, mais le Pape simplement religieux et chrétien pourrait nous faire pleurer ! »
« Laissons ce cadavre et ce vivant, dans leur enlacement mortel, et nous rapprocherons le jour du triomphe si ardemment attendu (2). »
Mais pour assurer encore davantage cette victoire, les Francs-Maçons veulent dépouiller le clergé :
/, « Pour amoindrir l'influence mortelle du clergé et des associations cléricales, un seul moyen efficace est à employer : Il faut les dépouiller de tous leurs biens, il faut les appauvrir complètement (3). »
.*. " Quels que soient les sinistres projets des fauteurs d'un passé de sang et de boue, il est, de par la force des choses et de l'humanité, des restaurations impossibles. Et telle est, notamment, de nos jours, la restauration du pouvoir temporel politique de la Papauté. Ce pouvoir est mort et mort pour toujours. »
« Et la mort de la Papauté politique entraîne la suppression de tous les moyens coercitifs pour gouverner les consciences, entraîne la liberté absolue du sentiment religieux. »
« Le passé irrévocable l'enveloppe comme un linceul.
(1) Rtvista, XIV, page 1 14.
(2) Le F.-. Louis Cucurcillo, à Rome, le i5 novembre 188S. Rivista, XIX, page 210.
(3) Rtvista, X. page 3 10, col. 1, lignes 14 à 16.
— Syo —
et ses dernières paroles auront été le Syllabus et les | décrets du Concile du Vatican. » '
« Et c'est à l'Italie, à Rome, à proclamer à la face du monde entier, par une affirmation solennelle et complète, la Magna Charta de la Liberté humaine (i). »
Ils veulent le séculariser complètement :
/, « Au moment où Sahiati élevait l'hostie à l'église de S^^ Reparata, ses complices, avertis par ce signal, poignardaient Laurent et Julien de Médicis. »
« Au moment où le Pape Pecci l'élève, il pense sans doute à son départ pour Malte, non pas pour se faire Grand Maître de l'Ordre, mais pour jeter un coup d'oeil en passant sur la Sicile et commencer la réaction, là même où a commencé la Révolution. »
« La messe du Pape est un symbole politique contre l'Italie ; mais comme au Pape il manque l'essence, qui est la foi, il manque l'espace, qui est l'Europe, il manque l'époque, qui est le moyen âge, il est impuissant. »
« Et comme c'est le devoir imprescriptible de l'Italie d'affirmer hautement que l'État italien est complètement étranger à tout culte que ce soit et à toute secte hiératique que ce soit, il faut absolument faire rentrer la Papauté en plein droit commun. »
« Et si le jour de la chute du pouvoir temporel du Pape a été un grand jour pour l'Italie, le jour de l'absorption de l'infaillibilité par le droit commun sera un grand jour pour l'Humanité (2). »
Et pour ce dépouillement, pour cette sécularisation, tous les moyens leur semblent bons, et ils veulent y employer toutes les forces anti-sociales :
,\ « Quand il s'agit d'affirmer le sentiment national contre le Pape et contre la Papauté, il n'y a en Italie qu'un seul parti, celui qui veut maintenir à tout prix l'intégrité de l'unité de la patrie, avec Rome comme capitale, et auquel appartiennent, depuis le Chef de l'Etat
(1) Le F/. Aurélien Saffi, à Bologne, le 8 août 1888. Rivista, XIX, page i83
(2) Le Grand Chancelier du Suprême Conseil d'Italie. Rivista, XIL page 248.
jusqu'au dernier soldat des guerres nationales, Jusqu'au dernier membre des sociétés les plus avancées (r). »
L'expulsion par la force du Souverain Pontife du Vatican, figure parmi les moyens dont la secte satanique rêve l'exécution, et son organe officiel s'écrie :
/^ (( Dans une époque pas bien éloignée, il pourrait se faire que le Pape eût à prendre la route de l'exil, lorsque la patience des peuples, lassée des mystifications qui l'ont bercée de doux rêves jusqu'à ce jour, se réveillera pour supprimer dans le monde tout vestige des antiques superstitions (2). »
Pour justifier cet atroce forfait, la Franc-Maçonnerie ne recule pas devant les plus infâmes calomnies, et elle ose dire :
,*, « Notre Patrie, ses différents membres réunis enfin, voit son corps national, son unité reconstituée. »
« Mais si vous scrutez son cœur, vous y trouverez toujours et bien profondément enfoncé le poignard de la Papauté. »
« Voulons-nous que notre Patrie vive heureuse et prospère ? »
« Eh bien, alors délivrons-la de son implacable et mortel ennemi ! »
« Voilà ce qui constitue notre œuvre, à nous autres Francs-Maçons (3). »
Elle fait un appel criminel aux violences les plus sanglantes :
,\ « C'est une guerre au couteau, infâme et triste, que la prêtraille nous fait. Acceptons-la, descendons dans l'arène de l'action et, en nous écriant : Laboremus, montrons au monde que le courage n'est pas encore mort chez les Francs-Maçons (4). »
Et menace formellement les Gouvernements qui
(1) Rivista, XVIII, page 238.
(2) Rivista, XVII. page 346.
(3) Rivista, XWW, page 134.
(4) Rivista, XII, page 268.
essaieraient de défendre la Papauté contre le poignard des Kadosch :
/^ « Les journaux italiens et étrangers ont annoncé que tantôt ici et tantôt là, les cléricaux organisent des congrès catholiques qui émettent tous le vœu habituel : La restitution du pouvoir temporel au Pape. »
« Et comme ces vœux sont un attentat, — tant soit-il vain et ridicule — à la sécurité et à l'intégrité de l'Italie, il appartient au Gouvernement italien de donner sur ce sujet des instructions à ses ambassadeurs et à ses représentants. »
« Les Gouvernements étrangers, qui voudront vivre en bonne harmonie avec l'Italie, ne devront pas tolérer que l'on conspire impunément chez eux contre ce que l'Italie a de plus cher et de plus sacré : Son unité (i). »
Ces violences, ces crimes, elle cherche à les justifier par des insanités :
,\ « Léon XIII affirme que l'histoire communément enseignée n'est pas impartiale en ce qui regarde la nature et les conséquences du pouvoir temporel des Papes n
« La critique historique a, au contraire, examiné cette question sous six points de vue différents, savoir :
» 1° Moral. D'après l'Evangile, le règne du Christ n'est pas de ce monde, et, en conséquence, le pouvoir temporel des Papes est une usurpation préjudiciable à l'Etat et à l'Église. (Dante Alighieri.)
2° Juridique. — Le don de territoire ne fut pas fait aux Papes par Constantin, qui en était le Seigneur légitime, mais quatre siècles après Constantin par des Seigneurs illégitimes. (Laurent Valla.)
» 30 Politique. — Le pouvoir temporel des Papes est un mal parce qu'il n'est pas assez fort pour faire l'Italie, ni assez faible pour la laisser faire par d'autres. (Machiavel.)
» 40 Théologique. — Le triomphe universel du Christianisme n'a rien de commun avec la monarchie universelle du Pape. (J.-B. Bossuet.)
(1) Note officielle publiée dans levS lignes i à i6, i''' colonne, de la page 267 : Rivista, XIX.
» 5" Physiologique. — Les religions ne sont que des formes diverses d'une manie spéciale à certains maniaques qui les ont fondées.
» 6° Historique. — Le spirituel et le temporel de l'Église sont réellement connexes et le temporel naît, se développe et décroît, parallèlement à la naissance, le développement et la décroissance du spirituel. (Bovio.)
)) Il faut donc que le pouvoir temporel des Papes soit, dans chaque période historique, l'équivalent exact de son pouvoir spirituel (i). »
Par des blasphèmes :
.*, « A Rome, dans la ville universelle qui devrait être la cité maçonnique par excellence, demeure encore et règne sur les consciences le plus tenace et le plus terrible des ministres de toutes les fourberies religieuses. »
« Tant que le Pape ne sera pas chassé de Rome, la Franc- Maçonnerie ne pourra pas se vanter de son vrai triomphe, car linfamie de la Curie romaine a toujours combattu partout la Maçonnerie (2). »
Par des faux raisonnements de politique intérieure :
/, « La mission actuelle de la Franc-Maçonnerie italienne est dorganiser les droits sociaux dans une organisation habile et patiente, et surtout irrésistible, pour faire rentrer dans l'orbite de la Volonté nationale, de la loi, la synthèse de tous les maux de l'Italie : le Prêtre de Rome. »
« Et pour mener à bonne fin ses projets, la Franc- Maçonnerie doit devenir le moteur des forces vives de la nation, réaliser la révolution intérieure de l'Italie, qui expulsera, et pour toujours, le prêtre des écoles, des œuvres pies et des emplois, en l'expulsant des Municipalités (3). »
Par des faux raisonnements de politique extérieure :
/, « Obéissant à un mot d'ordre qui lui vient du Vatican, nos ennemis les cléricaux s'efforcent dans tous
(1) Rh'tsta, XIV, page 227.
(2) Rivista, XIX, page 217.
(3) Rivista, XIV, page ig6.
les centres du cléricalisme du monde entier d'étouffer l'Esprit Maçonnique, Esprit de Liberté, de Civilisation et de Science. >>
« Les Loges francs-maçonniques ne peuvent donc continuer à se limiter à des discussions arides et stériles »
(( Il faut qu'elles descendent dans l'arène sociale et qu'elles y combattent, ouvertement et énergiquement, l'œuvre unique des cléricaux, en resserrant plus étroitement, plus intimement, les liens de l'unité politique de l'Etat (i). »
Et, enfin, par les infamies d'une politique gouvernementale franc-maçonnique en Italie :
/. « Le Pape n'est pas et ne veut pas être Italien; au Gouvernement de l'Italie donc de le considérer comme étranger, et partant comme ennemi, et de faire, en face de la société italienne, l'affirmation solennelle de la laïcité de l'Etat, but de la conscience universelle et de la Franc-Maçonnerie italienne, à laquelle l'histoire a confié la mission de rendre la Patrie Une :
« Considérant que la Papauté en Italie est un élément liberticide et réactionnaire; »
(( Considérant que l'encyclique Hmnanum Geniis est une protestation de cette Papauté contre la philosophie, l'art et la vie du peuple italien; »
« Invite le Grand Orient a provoquer sans retard dans le monde profane une agitation en faveur de l'affirmation de l'Etat laïque dans l'Eiat social, affirmation d'où découlent toutes les réformes scientifiques, sociales, morales et politiques réclamées par les Italiens (2). »
(1) Rivisla, XIX, page 3. Circulaire officielle n" 10 du Grand- Maître, du 9 février 1888.
(2) Rivista, XV, pages aSi et 232.
Action de 1^ Franc-Maçonnerie en Italie.
S'il est vrai que Satan est le singe de Dieu, on ne s'étonnera pas que le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie, de son propre aveu la plus vivante incarnation de Satan, ne veuille être à son tour le singe du Pape. C'est ce qui explique qu'à l'encyclique Hiimanum Genus, par laquelle Léon XI II. à la suite de ses prédécesseurs, condamne la Franc-Maçonnerie, le Grand Maître réponde par une contre-encyclique. La voici reproduite dans toute sa beauté :
« /. Grand Orient d'Italie.