‹ L'ennemie socialeChapitre 40 sur 44 · SALUT, PAIX, PROSPÉRITÉ · texte numérisé non relu

SALUT, PAIX, PROSPÉRITÉ

Illustres, Excellents et Vénérés Frères :

« Si nous croyons qu'il est de notre devoir de vous adresser la parole, en vous signalant la pièce que, sous le nom d Encyclique, le Pape Léon XIII a adressée à tout le monde catholique, ce n'est pas, certainement, parce que nous réputons que dans tout ce long amas de phrases, plus ou moins élaborées, ou trouve une seule assertion qui mérite d'être sérieusement réfutée, et discutée. ))

« Notre ancienne et glorieuse Institution est habituée à de semblables violentes diatribes de la part des Pontifes de l'Église de Rome, et il était inutile que Léon XIII nous fît rénumération de ces malheureuses Bulles et Encycliques, qui invoquent contre la Franc-Maçonnerie, outre les châtiments du Dieu Vengeur, les bras séculaires des Princes, la torture et la corde du bourreau. »

« Et tout cela pourquoi? Parce que notre Institution humanitaire et vraiment moralisatrice et civile, a toujours combattu avec l'énergie de ses honnêtes sentiments, avec la force de la raison et celle de la science, les superstitions périlleuses et immorales, qui ont retardé la marche fatale de l'Humanité, dans la voie élevée du Progrès. »

« Cependant, l'origine des haines les plus violentes contre nous, c'est de nous voir propagateurs et soutiens, sincères et convaincus, des principes sacrés de tolérance, de fraternité et d'amour, que le Divin Instituteur du Christianisme a prêches, que l'Évangile a consacrés et que l'Église de Rome a reniés, et dont elle aurait voulu étouffer même la mémoire, si elle avait pu le faire. »

« A l'intolérance du Clergé de Rome cela paraît une énormité que dans les temples de la libre F'ranc-Maçonnerie on admette tous les hommes honnêies qui « honorent » le grand idéal humain de la Divinité sous toutes les formes, dans tous les modes de la prière, par les œuvres charitables et saintes et même par la négation scientifique. »

« Cependant nous avions cru que l'Église de Rome, si fière qu'elle soit de son immobilité, malgré la marche progressive des choses humaines, avait appris quelque chose des temps et des vicissitudes humaines; et nous pensions également qu'après l'Encyclique Quanta cura lancée par Pie IX, avec un si triste succès, LéonXIII, quia pourtant la réputation de savant et de sage, n'aurait jamais entrepris de publier la Bulle Humanum genus, encore plus folle et plus inqualifiable, par ses assertions gratuites et ses insinuations calomnieuses. »

« Vous connaissez déjà ce document, très chers et excellents Frères, et pourtant nous n'avons pas besoin de vous en signaler les passages les plus hostiles à notre Institution A l'heure qu'il est, vous les aurez déjà jugés et stigmatisés par votre intelligente réprobation. »

« Qu'il soit permis à l'Église de Rome de se plaindre à volonté du pouvoir qui lui a été arraché, qu'il lui soit permis de récalcitrer même contre la Providence qui en a déterminé inexorablement la fin, qu'il lui soit permis

de rêver sur son idéal de l'abaissement et de l'anéantissement de la dignité humaine, jusqu'à regretter les siècles barbares et à sanctifier en Joseph Labre l'exemple du cynisme et de l'abrutissement moral! »

« Tout cela est facilement compris, comme l'on comprend l'appel retardé et intempestif au bras séculier des Princes pour détruire la Secte, à laquelle on attribue tout le progrès de la civilisation humaine et on inflige même la responsabilité des aberrations qui, dans toute élaboration de principes et dans l'application des plus justes réformes, peuvent toujours se glisser, plus ou moins sensibles. »

« On pouvait bien s'attendre à tout cela de la part d'une institution qui voit s'écrouler sous ses pieds le présent, et qui craint, certainement et justement, pour son avenir. Mais la Maçonnerie se sentant forte sous le bouclier de la conscience pure, individuelle et collective de ses adhérents, n'aurait pas à s'en occuper, laissant aux aveugles de nier la lumière, laissant aux hommes et aux institutions destinées à périr la liberté de leur dernier souffle. Tolérants et bénévoles, comme toujours, nous nous serions contentés de sourire de compassion, de regarder et de poursuivre en avant notre chemin. »

« Mais lorsque nous voyons, dans un document destiné à la lecture et aux commentaires du monde civil, qu'on signale au soupçon, aux mépris et aux férocités des plus inmtelligents, une classe de citoyens seulement parce qu'ils s'appellent Maçons, nous devons nous demander alors si ce n'est pas précisément le cas de légitime défense, et si on ne doit pas se rappeler nécessairement que, dans la seconde moitié de ce siècle, et il y a peu d'années, de cette même Rome, encore dominée par le pouvoir théocratique, partaient, enrôlés et bénis, les brigands qui ensanglantaient nos provinces méridionales. »

« Rappelez-vous, Excellents et très chers Frères, combien de larmes et que de sang, en d'autres pays ; et précisément dans ces dernières années, nous avons constaté quelques insinuations imprudentes et peu chrétiennes contre la race sémitique innocente et laborieuse. »

— SyS —

« Et, vous le pensez bien, une parole, même imprudente et folle, dite en si haut lieu, n'est jamais vaine, si on ne pourvoit à temps à la réparation nécessaire; nous pourrons en vérité nous reprocher notre indifférence et ce laisser aller qui serait vraiment légitime et sublime s'il ne pouvait devenir périlleux et fatal. »

(( Illustres, Excellents et Vénérés Frères »

« La Maçonnerie italienne, jeune d'années, mais ardente de foi et de courage, est votre avant-garde. A vous, donc, la parole d'ordre pour nous assigner la place de bataille et pour nous diriger, par des mouvements stratégiques, à la victoire qui ne peut manquer à qui combat pour la vérité et pour la justice. >)

« Agréez, Illustres et Vénérés Frères, nos salutations fraternelles. »

« Donné du siège du Grand Orient d'Italie, dans la vallée du Tibre à l'Orient de Rome, le 2 1 jour du 2^ mois de l'année de la V.". L.". 000884 et del'E.'. V.'. le 21 avril 1884. »

Le Grand Maître, J. PetrONI.

Le G.-. M.-. Adjoint, Le Grand Secrétaire,

A. Lemmi. L. Castellazzo.(i)

Cette Encyclique maçonnique trouve aussitôt des détracteurs parmi les plus illustres Francs-Maçons de l'Italie et le F.'. Bovio, député et professeur, s'écrie :

/, « L'Encyclique Humanwn Genus donne comme raison avouée des attaques du Vatican contre la Franc- Maçonnerie, que la Maçonnerie est basée sur le naturalisme, qui est le contraire du Christianisme ; et, comme raison sous entendue, que la Maçonnerie est une association ancienne et universelle comme l'Église, qui possède comme l'Église, des hiérarchies, des rites, des mystères et des soldats. »

{\) Rtvista, XV, pages i53 et 154.

« Voilà les deux grandes associations universelles et militantes qui s'excommunient l'une l'autre à tour de rôle, l'Église au nom de la Tradition, la Maçonnerie au nom de la Raison; celle-là au nom d'un Dieu capricieux et terrible, celle-ci au nom de l'idée architecturale de l'Univers, qui est l'idée, la Pensée du genre humain. »

« A l'Encyclique Humanum Genus le Grand Maître de la Maçonnerie italienne a répondu par l'Ecyclique Si Crediamo dont la raison avouée est de séparer la doctrine du Christ de la doctrine du Pape; et dont la raison cachée est de mettre en accusation la Papauté devant la civilisation universelle en thèse générale, et devant la civilisation italienne en thèse particulière ; de mettre en accusation la Tradition devant le Libre Examen ».

« Le Pape parle comme si l'Etat Italien n'existait pas. »

« Le Grand Maître parle comme si l'Etat Italien était lui-même en personne naturelle. »

« Ni l'un ni l'autre n'ont dit le dernier mot ; la dernière parole appartient à l'Association dans laquelle s'incarne la Pensée Moderne, d'un côté par son évolution incessante, de l'autre par son universalité (i). »

La leçon est dure, mais le Grand Maître ne s'en soucie guère et essaie de donner le change à l'opinion publique en blasphémant comme il suit :

* ^ « Les enseignements de la Papauté sont que Dieu est un juge inexorable de toute pensée, acte et parole, vengeur et punisseur, que la terre est un lieu de perdition, où Satan est le maître et la femme est la complice de Satan, que l'amour de la famille et du prochain n'est vertueux que quand il s'assujettit à l'obéissance due à l'Eglise, et se subordonne à la dévotion envers les saints et les prêtres. »

« Que les aspirations du peuple vers la liberté étaient

(i) Le F.'. Bovio, député au Parlement, à Naples le 2 juin 1884. Rivista, XV, page 80.

une audacieuse révolte contre Dieu, que les Souverains possédaient sur la terre un pouvoir absolu, que la Conscience, la Parole et la Pensée n'avaient été données aux hommes que pour qu'ils puissent mieux obéir au Pape, l'autorité suprême indiscutable. »

« Voilà la ténébreuse pédagogie que la Papauté veut imposera l'Humanité (i). »

Et, comme si cela n'était pas satisfaisant, il fait successivement appel à des insanités sataniques comme celle-ci :

/. « Quel sera le Pasteur qui parviendra à guérir la malheureuse Humanité du virus religieux, à détruire pour toujours les microbes divins? »

« Car les religions, telles que le vulgaire les comprend, ne sont autre chose qu'une névrose, qu'un phénomène de pathologie mentale de la famille des hallucinations, du délire, de l'hystérie, de l'épilepsie. »

« Elles sont le véritable règne de la terreur; et la tactique du prêtre a toujours été de frapper fort et non pas de frapper juste 12). »

A des infamies comme celle-ci :

/. « Cannibalisme mystique ou théophaghie, voilà le secret des religions, celui qui frappe le plus l'imagination, qui émeut le cœur, qui trouble l'intelligence et enlève à la volonté la force de résister au charlatanisme sacré. »

« Sang, sacrifice sanglant, voilà la parole fatale qui résume le secret et le mystère de toutes les religions (3). »>

Enfin, à des calomnies :

.\ « Il y a des gens qui parlent des « forces considérables » dont dispose le cléricalisme en Italie. »

« La vériié, la voici :

« Les instituions cléricales s'affaiblissent chaque jour, car rien ne leur réussit : Les Bulles, les Encycliques, les Plaintes et les Malédictions du Pape retentissent

(1) Rivista. XIX, page 178.

(2) Rivista, XVIII page 222.

(3) Rivista, XVI II. page 208.

dans le désert; les diatribes de sa presse font sourire de pilié et passent inaperçues ; le denier, autrefois d'un rapport considérable, suffit à peine à payer la soupe aux rares Gardes suisses dépenaillés qui garnissent le Vatican; les banques cléricales vont à la ruine, les églises sont désertes. »

« En un mot, la vengeance des hommes et la malédiction de Dieu ont ravagé le camp clérical (i). »

Et à des insultes :

,\ « Nous sommes habitués au crétinisme constitutionnel de la presse catholique, dont les rédacteurs manquent totalement de sens commun et qui semblent s'attacher à démontrer combien le Vatican est véritablement parvenu à la décrépitude la plus extrême. »

t( Sa décadence est complète, et sa place n'est plus ailleurs que dans les archives des choses qui ont réellement fini leur temps (2). »

Pour en arriver à faire l'aveu de sa haine véritablement satanique :

/ « La Franc-Maçonnerie italienne combat et combattra sans trêve son éternelle ennemie la Papauté (3). »

Elle répand cette haine en insultes inqualifiables :

/, « L'Encyclique Humanum Genus qui, dans la pensée de S. S. Léon XIII, était desiinée à maudire la Franc-Maçonnerie, est devenue son plus bel éloge; car, au miheu de phrases sonores, l'Encyclique constate qu'elle est le facteur le plus puissant et le plus courageux du progrès social, dans le monde entier. »

« Est-ce que le Pape aurait vu un ange, comme jadis le prophète Balaam ? Ou est-ce, aussi comme au prophète Balaam, une ânessequi lui a fait entendre raison? Ou. est-ce que, personnifiant dans sa seule personne la Trinité prophète, ange et... vous m'entendez bien, il a

(1) Rivista, XVIII, page 236.

(2) Rivista, XVIil, page 18.

(3) Déclaration officielle du Grand Maître de la Maçonnerie italietine, faite le 1"' février 1882, dans le discours d'ouverture de l'Assemblée législative de la Maçonnerie italienne : Rivista, Xill, page 188, col 2, lignes 17 et r8.

attrapé le coup de soleil de la montagne, et fait ce qu'il'ne voulait pas faire, et dit ce qu'il ne voulait pas dire? »

« Tout est possible dans ce monde, quand on se prétend infaillible, et quand on représente des institutions surannées, qui, elles, sont infailliblement destinées à périr (i). »

Elle est forcée de reconnaître qu'elle est inspirée par Satan lui-même, en avouant d'abord que :

/, (( Francs Maçons, nous méritons bien les anathèmes dont nous gratifie l'Eglise, chaque fois que, dans sa sénilité, elle perd la mesure de ses actes. »

(' L'Eglise veut la con;emplation stérile, et les mortifications du corps; nous voulons le labeur fécond, et le développement des beautés corporelles.

« L'Eglise met en pratique la charité qui avilit, nous la bienfaisance qui relève. »

(( L'Eglise proclame qu'en dehors de sa morale, il n'y a pas de morale ; nous enseignons le bien pour luimême, les vertus civiques, et avons comme devise : Un pour tous. Tous pour un. »

« L'Eglise dit enfin que la vie est une expiation ; nous disons que c'est un devoir (2). »

Pour avouer ensuite que :

* ^ (( La Maçonnerie est la paix parce que le Vatican est la guerre ; la Maçonnerie est le progrès, parce que le Vatican est la réaction ; la Maçonnerie est la liberté, parce que le Vatican est la tyrannie ; la Maçonnerie est l'avenir, fparce''que le Vatican est le passé (3). »

C'est d'abord aux plus éminents prélats que ce satanisme haineux s'attaque :

/^ (( Dans sa lettre à son secrétaire d'État, le Cardinal Mariano RampoUa, S. S. le Pape Léon XIII déclare impossible toute conciliation avec l'Italie, si la souveraineté civile et temporelle de Rome ne lui est pas rendue. »

(i) Rivista, XV, page 126.

(2) Rivista, XIX. page 121.

(3) Rivista, XIX. page 67.

« Cette lettre est une manifestation ingénue d'ignorance politique, historique et religieuse de la bande des loups recouverts de peaux d'agneau qui ont pour lanière la splendide prison vaticanesque. »

« Aussi le nom de Mariano Rampolla, sans que ce soit sa faute, passera de ce fait à la postérité la plus reculée, rappelant celte lettre qui est une affirmation de la décadence d'une instilulion décrépite, une dernière tentative d'une puissance agonisante (i). »

Non sans découvrir les véritables mobiles auxquels elle obéit dans sa manifestation franc-maçonnique, c'està-dire essentiellement révolutionnaire :

/, « 11 faut que la Franc-Maçonnerie oblige les gouvernements à exercer un contrôle vigilant et sévère sur le clergé, à cesser de confondre le clergé avec l'Église, à soumettre tout le clergé, du dernier prêtre au Pape luimême, à la loi commune, à reconnaître enfin, que ni la tonsure, ni les ordres sacrés, ni la mitre, ni la tiare, ni les titres, ni les privilèges peuvent suffire comme garanties de moralité, de justice, de vérité et de vertu (2). »

Pour prendre ensuite à partie l'auguste personne du Souverain Pontife lui-même :

/, « Si nous avons un bon conseil à donner à celui qui, pour un temps encore, siège au Vatican, c'est de supprimer ses encycliques et ses allocutions; car, outre qu'elles lui font perdre son temps, elles lui donnent un brevet de décrépitude sénile tel, que tout le monde comprend que son règne est fini et bien fini. »

« Nous disons cela à propos de sa dernière charge à fond contre les partis libéraux de la Patrie, et spécialement, cela va sans dire, contre la Franc-Maçonnerie. »

« Ces attaques habituelles ne nous enlèveront ni le sommeil, ni l'appétit, oh ! faux prêtre d'une religion d'amour, qui nourrisse/ les haines et les vengeances ! Et chaque fois que vous ferez parade d'ouvrir la bouche pour dire des insolences comme une poissarde au marché,

(1) Rivista, XVIII, pages 194 et 195.

(2) Rivista, XV, page 3 1 1 .

OU pour piétiner de rage comme un enfant mal élevé, la liberté que vous maudissez vous rappellera Arnold de Brescia et Giordano Bruno (i). »

Plus tard celle de tous les successeurs de saint Pierre :

,". « Qu'est-ce donc qu'ont été tous ces Papes dont

Léon XI H occupe le trône ? Leur histoire, Thistoire des

éternels ennemis de tout progrès et de toute liberté,

n'est-elle pas le martyrologe des peuples ? »

« Saint-Père ! cache tes mains ensanglantées dans tes manches ! »

« Saint Père ! tes blanches sandales sont tachées de sang ! »

« Saint Père, Borgia, le Pape empoisonneur, le sourit ! ;>

« Non ! toute conciliation est désormais et à tout jamais impossible (2). »

Et enfin, le clergé catholique :

/, «La vraie raison de l'intolérance religieuse est l'épouvantable jalousie du prêtre qui aime son Eglise pour l "étouffer dans ses bras féro;es plutôt que de tolérer qu'elle accorde à un autre, même le plus innocent des sourires. »

« Car l'amour du prêtre pour son Eglise est darwinien, il est celui du ver solitaire et n'aime en elle que la très sainte popolte qu'elle lui fournit abondamment. »

« Et c'est ainsi que toutes les guerres de religion n'ont pour le prêtre qu'une seule et unique signification : le struggle for life ; la lutte pour la vie (3). »

Le devoir que nous nous sommes imposé d'être, avant tout, documentaire, nous oblige à faire connaître les proportions inouïes, surnaturelles que cette rage de blasphèmes prend chez les Francs-Maçons italiens. Nos lecteurs en jugeront par les citations suivantes, qui feraient presque croire à la folie, si leur caractère de haine satanique et véritablement satanique n'était pas si évident.

(1) Le F •. Raphaël Laurini.'i juin i8S<S : Rivista, XIX page i3i

(2) Le F. . Humbert de Medic, à Rome, le i5 juin 18^8. Rivista XIX, page 7.

(3.) Rivista, XVFII.page 26?.

/, « Là, à Rome, dans le palais plus que royal du Vatican, un certain Léon, après avoir fait croire aux yeux des imbéciles, et dans de noirs desseins, qu'il habitait une sorte de cachot, a cessé ses rugissements de rage impuissante pour exhaler des plaintes pitoyables. Et, tourmentant par des notes de victime et des plaintes de pauvreté, les Etats et les masses ignorantes, au moyen d'une armée d'agents, dans le seul but d'augmenter ses richesses ; il se tord et s'essouffle pour redonner la vie à son gouvernement condamné par l'histoire ; car c'est à son pouvoir exécré que l'Italie doit depuis seize siècles tous ses malheurs (i). »

.\ « Malédiction! honte éternelle au passé sanglant et terrible du Vatican dont le pouvoir terrorisait les royaumes, déchirait les peuples, torturait la science, pétrifiait l'intelligence avec le dogme ! »

« Nous, pauvres et obscurs apôtres de la civilisation, mais libres comme le chevreau de nos montagnes, nous jetons notre gant de défi au vieillard sinistre qui a lancé contre nous l'arme rouillée, à la pointe émoussée, qu'il a tirée des arsenaux de l'Eglise, l'Encyclique Humanum genus, ce chef d'œuvre d'impudence et d'ignorance. »

« D'impudence, car ce n'est qu'au VII^ siècle, et par la renonciation de l'évêque de Ravenne à l'autocéphalie sur les intérêts de l'Église, que le Pontificat romain est né et que Jamais personne ne lui a conféré mandat ni direct ni indirect, sur l'État laïque. »

« D'ignorance, car il maudit « l'avidité insatiable d'apprendre de la jeunesse studieuse « et la flagelle avec des mots d'une vulgarité digne au plus de l'opéra bouffe (2). »

,\ « Et le jour où, sur les ruines des églises démolies, des privilèges supprimés, s'élèvera l'autel de la Liberté, de la Pensée, de l'Égalité des classes sociales et de la Fraternité des peuples, l'Humanité aura enfin une religion ; et son archange à l'épée flamboyante, chargé de

(1) Rivista. XX, page io3,

(2) Rivista, XVIII, page 270.

monter la garde sur ces immortelles conquêtes, ce sera Garibaldi, l'incarnation de la volonté de Dieu ! (i) »

*^ « Toi, Léon, tu ne nous maudis pas autant que Pie, tu n'es pas de sa taille, mais, pour te consoler de la perte des Etats de l'Eglise, tu bénis les jésuites et tu nous maudis, nous autres Francs-Maçons! »

« Tu nous maudis pour nos crimes et nos perfidies. — Lesquels? Tu n'en formules aucun et peut-être malgré ton infaillibilité, tu n'en connais aucun. »

« Nous allons te confesser notre délit : Nous combattons, et combattrons éternellement, pour délivrer l'humanité de l'obéissance de cadavre que les jésuites veulent lui imposer (2). »

« Et maintenant que tu nous connais, lance tes foudres, fais voir ce que peuvent tes prêtres, nous acceptons la lutte et nous te ferons voir ce que nous pouvons (3). »

/. (( La Nigromantie de Rome est la plaie séculaire de la pauvre Italie. Elle est, pourtant, toujours soutenue et aidée par le Pouvoir avec lequel elle... (ruffianeggia) et qu'elle sert en ajoutant la peur de l'enfer à la peur des carabiniers. »

« Que le peuple repousse enfin ces superstitions honteuses, et rende libre l'esprit ; car sans cela la liberté politique est impossible (4). »

,*, (( Dans sa lutte contre le Vatican imposteur, avant-garde de l'intolérance religieuse et de l'abrutissement des esprits, la Maçonnerie a deux guides, Jésus- Christ et Garibaldi, les deux maudits des prêtres, que le premier appelait : sépulchres blanchis, et le second : Vampires (5). »

Mais le blasphème ne suffit pas aux Francs-Maçons italiens ; c'est l'action criminelle contre l'Église du Christ qu'il leur faut, et c'est dans ce but qu'ils préparent les voies en disant :

* « La mission de la Franc-Maconnerie est loin

(1) Rivista, XIV, page i65, col 1, lignes 17 à 2IÎ et ligne 28.

(2) Voyez note (i) page 3go.

(3; Rivista, XVIII, page 61.

(4) Rivista, XIV, page 89, col. 2 ; ligne 7314.

(5) Rivista, XIV, page 212, col. 1 ; ligne 27 à 33.

d'être terminée, car, malgré que les portes de l'horrible tribunal de l'Inquisition soient à jamais fermées, les satellites de la Cour de Rome, du haut de la chaire et du fond du confessionnal, continuent à verser leur bave vénéneuse sur les pauvres d'esprit, pour en faire des prosélytes contre la liberté et contre l'humanité, et pour élever au Pape, si cela se pouvait, un nouveau trône sur les ruines fumantes de la Patrie (i). »

Et pour qu'aucun doute ne puisse subsister à l'égard de cette action violente, elle en fait la déclaration, officielle et formelle, dans les termes suivants:

/, « La Franc-Maçonnerie italienne, en face de la Papauté qui brandit encore au Vatican la Croix, la Somme et le Syllabus, et qui se prétend être la barrière de la révolution et la garantie de la paix universelle, lui dit :

« Oui nous voulons la Révolution ! »

« A l'Église de se défendre, si elle le peut (2). »

Les Francs-Maçons ont besoin qu'on leur fasse peur, quand même cette peur n'aurait d'autre valeur que leur pusillanimité :

/, « Le Pape, qui nourrit encore l'espoir, que nous croyons fallacieux, mais que lui ne croit pas tel, de prendre sa revanche sur nous autres Francs-Maçons, prépare déjà, en bourreau prudent et en Italie surtout, les bûches pour allumer les biichers, à moins qu'il ne compte rendre hommage au progrès moderne en les alimentant avec du charbon de terre. »

« Et alors, malheur aux membres de la secte, et même aux prétendus tels! Pour eux l'échafaud, les galères, les cachots et l'exil ! »

« Voilà le Deus ex machina du secret papal. »

« Que les Francs-Maçons se le tiennent pour dit. Ils ont partout à donner des preuves de courage civil et de force morale; et, en Italie surtout, ils ont à lutter pour leur existence et leur vie (3). »

Pour ceux, parmi eux, que ces bourdes n'émeuvent pas,

( 1 ) Rivista, XIII, page 3 n .

(2) Déclaration du F •. Bacci, du 1 1 février 1890. Rivista, XXI, page i5, col. 2, lignes 14 et i5.

(3) Rivista, XIX, page 99.

les Chefs de la Franc- Maçonnerie ont des proclamations dans le genre de celle-ci :

/, « A la Maçonnerie italienne incombe plus spécialement la mission éducatrice de THumanité; car c'est au cœur de notre patrie que se trouve le centre de cette tradition théocratique, qui, née dans des temps de barbarie et d'enfance des peuples, est incompatible aujourd'hui avec la culture intellectuelle de notre époque et avec la culture sociale de notre Société. »

« A l'universalité de l'Erreur théocratique, il importe d'opposer, pour la vaincre, l'universalité de la Pensée sociale, et, pour cela, une éducation éclairée, forte et morale est le moyen le plus efficace. »

« Que la Franc-Maçonnerie réunisse toutes ses forces dans un ensemble harmonieux de p3nsée et d'action et qu'elle donne satisfaction à ce besoin suprême de l'Europe (i). »

Et pour les prudents, pour les dirigeants, voilà comme la Franc-Maçonnerie italienne raisonne :

.*, « C'est une erreur très grave que de croire que le colosse du Vatican puisse être renversé du premier choc ; les institutions qui ont dix-neufsiècles d'existence, ce n'est pas un trait de plume qui suffit à les faire disparaître. »

« Il nous faut le combattre, non dans ses manifestations, ni dans ses effets visibles de vitalité extérieure, mais dans ses causes et dans sa vie interne dans les consciences. »

« Voilà le Grand'Œuvre de la Franc-Maçonnerie ! Saper par tous les moyens le Cléricalisme dans ses fondements et dans ses sources de vie, c est-à-dire dans l'Ecole et dans la Famille (2). »

Voici la déclaration officielle de guerre active, criminelle au besoin, agressive toujours :

.'^ « Deux armées sont en présence pour une lutte épique qui dure et durera encore longtemps. »

« D'un côté, combattant pour la raison et la civilisation, se trouve l'armée de la Franc-Maçonnerie. »

(1) Le F.-. A. Saffi, le iq mai 1887. Rivista, XVIII, p. i33.

(2) Rivista, XV, page 162 ; col, 1 ; lignes 28 à 40.

a De l'autre côté, combattant pour le dogme et la réaction, se trouve l'armée ennemie, l'armée de l'Eglise (i). »

A cette déclaration de guerre suit le plan de campagne :

/, « La lutte entre la Papauté et l'Italie, entre le passé et le présent, l'esclavage et la liberté, entre l'immobilité et le progrès, entre la superstition et le libre examen, entre le dogme et la raison, entre le Syllabus et la science, devient chaque jour plus avérée et plus ouverte, plus décisive. »

« Sortie de ses retranchements par l'acceptation des lois en vigueur dans l'État où elle veut exercer son ministère, la Papauté sera plus facilement attaquée et vaincue. »

« Et comme l'énorme colosse qui a nom « Papauté » oscille depuis des siècles sur sa base, il sera renversé par le souffle tout puissant de l'ère nouvelle et, une fois réduit en poussière, nous le balaierons pour qu'il n'encombre pas notre route (2), »

Ce plan de campagne est approuvé et appuyé par la Franc-Maçonnerie universelle :

/, (I Contre nous se sont déchaînées toutes les mauvaises et criminelles passions de l'époque, sur nous a été jetée la boue de l'immoralité par les noires phalanges du Vatican, coalisées avec d'autres ténébreuses légions pour combattre mortellement en nous le progrès civil. »

« Mais nos ennemis, dans leurs plans de campagne irréfléchis, avaient oublié à quelle sorte d'hommes ils avaient à faire, et, de celte lutte déchaînée contre nous par les anathèmes du Vatican, nous sommes sortis plus forts et plus puissants. »

« Et aujourd'hui, le Gouvernement de l'Ordre Maçonnique en Italie, qui a combattu et a vaincu pour vous et avec vous, est aidé par toutes les familles maçonniques de l'Univers entier qui travaillent sérieusement à notre grand Œuvre (3). »

(1) Rivista,XXl, page 140 (Déclaration en F.-. Ulysse Bacci du. 1 1 février 1890.)

(2) Rivista, XVIII, page 146.

(3) Rapport officiel lu à l'Assemblée Constituante de la Franc- Maçonnerie italienne, le 16 janvier i885. Rivista, XVI, pages 3 et 4.

Quant aux moyens, le premier est la guerre sans quartier à la Compagnie de Jésus (i) :

/, « En présence du Catholicisme qui l'attaque, qui la maudit, qui la combat, qui veut l'assassiner avec le poignard caché sous la soutane loyolesque, la Franc- Maçonnerie ne peut déposer ni ses armes d'attaque, ni ses armes de défense; Elle doit rester aguerrie et batailleuse (2). »

Cette guerre sans quartier, les Francs-Maçons la présentent comme devant être nationale d'abord :

/^ « Comme tout ce que nous, Francs-Maçons, nous voulons pour le bien et la liberté, les jésuites le veulent pour le mal et pour le servage, le devoir suprême des Francs-Maçons est de s'opposer partout à l'alliance des jésuites avec la réaction, et de la rompre là où elle pourrait exister. C'est pour atteindre ce but que nous avons besoin d'avoir dans nos mains l'opinion publique et le gouvernement des peuples (3). »

Gouvernementale ensuite :

*^ « Il y a eu en Italie des lois positives contre les jésuites; c'est à nos Loges de veiller pour qu'elles soient toujours bien rigoureusement appliquées; et si, par malheur, les agents de l'autorité publique venaient à les oublier, c'est à nos Loges de soulever le peuple comme un seul homme, pour leur faire sentir que le temps des indécisions, des transactions, des tergiversations, des

(1) L'acharnement sauvage de la Franc-Maçonnerie contre la Compagnie s'explique facilement.

Elle est l'avant-garde courageuse et dévouée de l'Eglise catholique.

Aussi, en l'attaquant sans mesure, les Francs-Maçons s'assurent-ils une popularité démesurée parmi tous les ennemis duCatholicisme.

Voilà, clairement formulé, le pourquoi des infamies, des blasphèmes, des insanités que les Francs-Maçons italiens accumulent contre les plus ardents et les plus dévoués des défenseurs du Catholicisme.

Ecœurés devant tant d'infamie, nous avons hésité à publier les citations officielles que l'on va lire.

Mais notre devoir d'enlever son masque à la Franc-Maçonnerie nous a obligé à surmonter notre profond dégoût et à imprimer les horreurs qui vont suivre.

(2) Le Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie. Rivista , XIU , page 99 : col. i , lignes 35 à 40.

(3) Rivista. XVII, page 234.

— 3gi —

conciliations, des caresses, des timidités, des lâchetés, est à jamais passé, et que contre les jésuites on ne manquera jamais impunément de vigilance, de répression et d'action (i). »

Enfin, universelle :

,\ « Comme les jésuites travaillent dans les trois sphères d'action de la famille, des congrégations, et du gouvernement, nous autres, Francs-Maçons, nous devons les combattre sans trêve ni merci, sur ces trois terrains, et faire en sorte que les Gouvernants de tous les États soient nos Frères, ou bien qu'ils abandonnent le pouvoir (2). ))

Le Gouvernement italien, lui-même, est menacé, s'il ne prend pas une part active à cette guerre à outrance :

/, « Les différents ministères italiens se sont toujours montrés protecteurs des jésuites, et ont imploré à genoux une conciliation avec l'Église. »

« Il faut bien se décider à voir que l'Italie ne s'est pas faite une pour avoir à assister à des salamalecs entre l'État et l'Eglise (3). »

En mettant les jésuites hors la loi commune :

,\ « Contre les tentatives du cléricalisme, le gouvernement a le devoir absolu de la répression officielle ; « Plus de tolérance! » Liberté pour tous, mais pas pour les Jésuites (4). »

Et, ensuite, en accentuant la lutte contre l'esprit clérical :

.\ « Plusieurs grandes puissances maçonniques d'Europe se sont mises d'accord avec le Grand Orient d'Italie, au sujet de la question anti-cléricale. A l'unité du mouvement réactionnaire sera ainsi opposée l'unité du mouvement maçonnique (5). »

Et contre l'esprit conservateur ;

,\ « L'esprit conservateur des classes dirigeantes a été

{\)Rivista,%Vll, page 24q.

(2) Rivista, XVII, pages 2Ô7-268.

(?) i?/v/5^a, XVII, page 291.

()) Rivista, XVII, page 291.

(3) Rivista, XVII, page 343, col. 1, lignes 44 et 45 ; col. 2, lignes 1 à 4.

le vrai fléau de l'humanité, car il protège l'œuvre de profonde scélératesse qui a laissé dans les annales humaines les plus grandes hontes et les plus horribles infamies du vice et de l'erreur et qui constitue la plus grande insulte permanente à la mystérieuse majesté divine et au bien-être, à la dignité et aux droits des hommes ; Œuvre la plus funeste et la plus pernicieuse que la terre ait portée, car elle est le plus grand obstacle qui s'oppose au perfectionnement de 1 humanité, obstacle qui existe parce qu'il est cimenté parles vices des prêtres, protégés par la faiblesse de la politique (i). »

Le troisième moyen est d'exterminer la Papauté et l'Église catholique :

/, « Au cri de rassemblement poussé par le Grand Oiient d'Italie pour combattre en masse compacte l'ennemi commun, la Papauté, les Frères Francs-Maçons de tous les points de la terre ont répondu par notre cri de guerre, et ils ont répondu par une solennelle déclaration de solidarité et de coopération (2). »

/, « Le prêtre est la racine de tout le mal public,et qui veut concilier avec lui est un fou ou un complice. »

« C'est cette racine qu'il nous faut arracher, en apportant, remplis d'ardeur, d'activité et de vigilance, hors de nos temples et en pleine vie publique, nos principes et nos volontés, qui veulent la Nation libre, l'Humanité unie, les déshérités en pleine possession de leur dignité humaine, la science dominant les intelligences, etj^as de prêtres entre l'homme et la conscience humaine (3). »

Dans cette oeuvre d'extermination, les Francs-Maçons italiens déclarent infâmes ou imbéciles les défenseurs de la Papauté :

/, « La Papauté est la plante vénéneuse qui empoisonne le beau sol de l'Italie, car ses doctrines perverses corrompent les cœurs, énervent les esprits. »

(1) Le F.". G. G. Seraffini, à Rome, le 27 janvier 1888 : Rivista, XIX, page 49.

(2) Déclaration officielle du Grand Maître à l'Assemblée Constituante, le 16 février i885 : Rivista, XVI, page 2, lignes 26 à 32.

(3) Le F.-. Jean Bovio, député, le 5 janvier 1888 à Naples : Rivista, XIX, page 25.

« Le dogme catholique est pire que le poignard d'un homicide, car celui qui coupe le fil d'une existence et celui qui atrophie la vie morale sont aussi assassins l'un que l'autre. »

(( Donc, tous ceux qui parlent de conciliation sont des imbéciles ou des infâmes. »

« La Papauté ne peut vivre que par le ipse dixit, par l'asservissement de la raison. Voilà pourquoi elle veut le pouvoir temporel, pour pouvoir imposer une souveraineté venant de Dieu, une autorité implacable, une inégalité sociale, impie et révoltante, une^ignorance abrutissante, qui se résigne aux souffrances dans l'espoir du Paradis dont elle se moque, en vrai Léphisto, publiquement (i). »

Ils annoncent sa fin prochaine :

,*. « Le Catholicisme est l'ennemi mortel de la Liberté; si la Liberté le respecte, elle se suicide. »

« La lutte entre le Catholicisme et l'Humanité régénérée est si terrible, que tout armistice est impossible, quetoute transaction est innacceptable. L'un tuera l'autre, sans rémission aucune. »

« Et il faudra bien que la démocratie en arrive un jour à appliquer inexorablement et impitoyablement au Catholicisme tous les procédés de destruction dont celuici, alors qu'il n'était que Christianisme, s'est servi pour anéantir le paganisme. »

« Toi, Vieillard impuissant et présomptueux, ne parle plus au monde au nom de la révolution morale, au nom du Christ, parce que le premier Pape renia le Chriït, les œuvres des Papes étant plus éloquentes^que leurs paroles, »

« Ton Eglise est le Brahaministe d'Occident, et, Encelade, vaincu, terrassé, aveuglé, faisant un suprême effort, se jette sur toi et te dit : Vieux lévite, ton tour est venu, c'est moi qui te rends aveugle (2). »

¥A font appel aux plus infâmes passions pour réaliser cette extermination :

(1) Rh'ista, XIX, pages 109 et 110.

(2) Rivista, XII, pages 210 et 211. 17.

^*, « Un serpent existe dans le sein de l'Italie et se nomme le Pape, que saint Jérôme définissait : Une femme vêtue de pourpre, portant au front une marque d'infamie. »

« Voilà notre ennemi le plus puissant ; il est là, au Vatican et c'est à nous à le combattre jusqu'à notre dernière cartouche, à nous à brûler les autels de la prêtraille, à nous de renverser tout ce qui s'appuie sur eux (i). »

/, « Oh, prêtres, prêtres! Engeance abjecte et lâche, quand cesserez-vous d'empoisonner l'Italie par vos morsures, quand est-ce que votre chef, le vieillard impuissant qui joue le rôle de prisonnier au Vatican, comprendra-t-il qu'il est incapable d'arrêter, même pendant une minute, l'irrésistible marche en avant du Progrès (2) ! »

/^ « A Rome, dans la Cité du Pape et du mensonge, où vivent encore en sécurité, grâce à des perfides garanties diplomatiques, nombre de parasites noirs et rouges, mercenaires des consciences et défenseurs du plus abject obscurantisme, c'est à Rome que nous devons combattre et gagner la grande bataille de la Libre Pensée (3). ))

/, « Nous devons ressentir la rage du lion contre l'ennemi éternel de la civilisation et du progrès, contre l'hydre sacerdotale, que la soif inassouvie de domination pousse à tout entreprendre pour relever le pouvoir temporel sur les ruines ensanglantées de la Patrie (4). »

/^ « Guerre à outrance et sans miséricorde contre la réaction, personnifiée par le monstre qui est tapi au Vatican, par l'hydre qui étouffe l'Italie! (5). »

(1) Le F.". Ubaldo Carbonni, à Livourne, le 28 mai 1889. Rivista, XX, page 157.

(2) Rivista, XVI, page i5o.

(3) Le F.-. Aristide Tieri, à Livourne, le 28 mai 1889. Rivista, XX, page 1 58.

(4) Le F.-. Rodolphe Manganaio, à Livourne, le 25 août. Rivista, XX, page 172.

(b) Le F.*. Alfred Brogi, à Florence, le 6 février 1889. Rivista, XX, page 37.

. //« Guerre aux prêtres, guerre! Guerre inexorable, guerre éternelle aux détracteurs impies de notre respectable Fraternité Maçonnique! Guerre aux infâmes trafiquants qui ont prostitué l'Église en en faisant un abominable commerce ! Guerre aux misérables assassins qui ont renié leur patrie et l'ont livrée aux étrangers rapaces !

« Que leur race infâme soit à jamais maudite! (i) »

Ces crimes, ces attentats, ces violences qu'ils cherchent à provoquer, ne paraissent pas inspirer aux Chefs de la Franc-Maçonnerie italienne une confiance bien illimitée dans le succès final de leur plan de campagne, car ils essaient de raisonner la guerre que la Franc- Maçonnerie fait à la Papauté :

/, « Les rapports entre la famille et l'Etat d'une part et la Papauté d'autre part, ne comportent que trois solutions : Privilège de la Papauté sur l'Etat ; Suppression de la Papauté par l'Etat; £'^a//7e parfaite, en matière religieuse, entre la Papauté et l'Etat. »

« C'est à la Franc-Maçonnerie à les établir, au mieux du progrès de l'Humanité, en opérant un transformisme social qui tranche nettement les deux partis : les cléricaux et les conservateurs qui veulent maintenir tous les préjugés sociaux et politiques, d'un côté, et, de l'autre, les libéraux qui veulent la réahsation de l'émancipation totale de l'Humanité (2). »

*^ « La lutte féroce qui a lieu depuis si longtemps entre le pouvoir civil et le pouvoir théocratlque, entre l'Eglise et l'Etat, doit certainement se terminer comme l'exigent la liberté et la raison; car si le parti catholique — (nous disons catholique, car d'après les dernières déclarations du Pape et du Congrès, il n'y a plus désormais de différence logique entre catholique et clérical) — est puissamment organisé, et si son organisation ne peut être efficacement combattue que par une autre organisation également puissante par sa cohésion et sa discipline, la Franc- Maçonnerie oppose ses forces à celles du

(i)]Déclaratioa du'i'"'"juin 1889. Rivhta, XX, p. 166. (3) Rivista, XVIII, page 20o.

parti clérical et n'oublie pas que son mot d'ordre trad'tionnel est : « Combattre le Vatican ». »

« Il est vrai que la force la plus grande des prêtres est qu'ils obéissent sans discussion, et que cette obéissance aveugle ne saurait être imposée aux libéraux. Mais dans la mêlée, qui est si proche, en présence du grand effort, le dernier peut-être des cléricaux, les^libéraux doivent se pénétrer de ce que le premier de leurs devoirs est de combaltre, aux dépens de n'importe quel sacrifice, le parti des parricides, et que la Franc-Maçonnerie doit servir de lien pour réunir dans cette lutte anii-cléricale tous les partis qui inscrivent la liberté sur leur drapeau. »

« Ainsi, et ainsi seulement, pourrons-nous vaincre et écraser le parti des parricides (i). »

Après le raisonnement, voici l'habileté ;

/, « Ce qui serait vraiment politique, véritablement fécond pour l'Italie, ce serait une lutte ouverte entre le Vatican et nous, dans laquelle nous nous efforcerions de faire progresser notre législation et le Vatican d'aiguiser ses dogmes. »

« Que le prêtre se réconcilie avec la religion ; nous devons nous réconcilier avec notre droit public, dévié de sa vraie évolution, et avec la conscience de l'Italie. »

« Nous devons nous réconcilier avec la conscience de l'Italie qui nous a amenés à Rome, et qui ne se sent plus bien représentée par nous; nous réconcilier, enfin, avec la religion de la pensée, avec laquelle on peut répondre au Vatican et sans laquelle il n'est pas nécessaire ni même tolérable que l'Italie puisse exister (2). »

Et ensuite le chauvinisme, que l'on veut aussi ameuter contre la Papauté :

,*^ « L'Italie, par la loi de sa naissance, est la gardienne née de l'inviolable liberté de l'esprit humain et des fondements du progrès social. »

« Il lui appartient de réaliser le jugement des siècles

(1) Déclaration du F.-. Ulysse Bacci, Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie, du i5 octobre 1889 : Rivista, XX, page 178.

(2) Interpellation du député F.-. Jean Bovio à la Chambre des députés d'Italie : Rivista, XVIII, page 147.

contre l'interminable maléfice d'une Eglise conjurée, avec les puissants de la terre, pour lutter contre la liberté, et de rendre inviolable la patrie du peuple qui fut le premier interprète et le premier agent de la civilisation en Europe (i). »

Tout cela pour en arriver à solliciter l'intervention gouvernementale :

,\ « Le très illustre Frère François Crispi, président du Conseil des ministres du Royaume d'Italie, a dit à Turin le 2 5 octobre 1887 :

« L'attitude du Gouvernement à l'égard de l'Eglise est d'en être respecté, tout en la respectant, et notre autorité est basée sur le devoir, le pouvoir et le savoir. »

« La Franc-Maçonnerie prend acte de ces déclarations solennelles qui résument le développement de l'épopée nationale, dont les trois facteurs sont :

» L'admission du principe du Progrès continu dans toutes les fonctions de l'Etat ;

» La reconnaissance du principe de la Liberté, dans toutes ses manifestations ;

» La condamnation, au nom de l'Italie nouvelle et de l'unité nationale, des revendications illégales du Pontife et de la Papauté (2). »

Et voici comment ils essaient de présenter la justification de cette intervention du Gouvernement contre la Papauté :

/^ « Il faut que les Italiens se mettent une bonne fois dans la tête ces deux choses importantes :

» Qu'il est impossible d'entrer dans aucun arrangement avec le Vatican ou avec le vaticanisme ;

» Et qu'il faut leur faire une guerre à outrance, sans relâche et partout.

» Car le véritable dilemme est net :

» Ou bien les vaticanistes détruiront l'Italie ou bien l'Italie détruira les vaticanistes (3). »

(1) Le Frère Saffi le 2 novembre 1887 : Rivista, XVIII, page 283.

(2) Déclaration officielle du Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie du 25 novembre 1887 : Rivista, XVIII, pages 258 et 259.

(3) Rivista, XVIII, page 320.

— SgS —

Pour donner le change sur le caractère satanique de cette lutte entre 1 Eglise de Dieu et l'Eglise de Satan, la Franc-Maçonnerie italienne veut faire accroire que c'est la Papauté qui l'a provoquée :

/, « Si chaque jour qui passe rend évidente une plus absolue et plus criante contradiction entre les devoirs de citoyen italien et les devoirs de catholique, la faute est, non pas à la Franc-Maçonnerie, mais bien au Pape et à la presse vaticanesque. »

« Le Pape soutient dans sa dernière encyclique que l'on ne doit obéir aux lois de l'Etat qu'autant qu'elles ne sont pas en contradiction avec les enseignements et les canons de l'Eglise. »

« Donc les cléricaux veulent l'Eglise supérieure à l'Etat, le pouvoir civil soumis en tout au pouvoir religieux (i). »

Mais bientôt elle revendique le rôle offensif :

/^ « Entamons une lutte, obstinée et à outrance, contre la Papauté, pour lui rendre impossible toute conquête ultérieure. »

« Regardons bien en face, sans hypocrisie et sans crainte, cette question sociale et faisons-la nôtre, comme les Francs -Maçons du siècle dernier ont fait leur la Révolution française. »

« Voilà le but, voilà le devoir ! Et si quelqu'un des nôtres, par lâcheté ou par trahison, s'arrête en route, passons-lui sur le corps et serrons les rangs (2) ! «

Et, comme ses procédés sont toujours les mêmes, elle commence par chanter victoire :

/^ « La lutte est aujourd'hui plus ardente que jamais entre le catholicisme, dégénération et même aberration de l'idée chrétienne et la Franc-Maçonnerie, éternellement fidèle à ses traditions de justice et de vérité. »

« Le Christianisme se transformera-t-il à nouveau, ou

(1) Le F.'. Ulysse Bacci, Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie. Rivista, page 261.

(2) Déclaration du Grand Maître adjoint, le F.'. Gaet.-. Pini. Rh'ista, XVI II, page 6.

finira-t-il par se suicider, dans la folie furieuse de son absurdité dogmatique et de son intolérance sociale ? »

« L'avenir résoudra vite cette question, car on aperçoit déjà comme fatale la disparition du dogme devant l'axiome, la retraite complète de la Foi devant la science (i). »

,\ « Depuis Giordano Bruno, la ruine du Vatican a été persistante, continue, et il finira par sombrer inanimé, ce monstre inhumain dont les repris tortueux ont asservi pendant tant de siècles l'Humanité titubante dans sa marche, car son terrain est hors de la vérité. Honni par les vertueux à qui ses infamies font horreur, le Vatican n'existe encore que parce qu'une autre hydre, la diplomatie, le tient encore debout. »

« Le monstre est pourtant à l'agonie, et sent l'approche de la mort. C'est à nous, Francs-Maçons, de lui donner le coup de grâce, c'est à nous de disperser ses cendres, pour qu'aucun de ses atomes ne vienne empoisonner l'avenir de nos enfants (2). »

Pour déclarer ensuite qu'elle se trouve en cas de légitime défense, non seulement de l'Ordre maçonnique :

/, « Dans le document que, sous le nom d'encyclique, a dirigé contre nous le Pape Léon XIII, il signale à la suspicion, au mépris et aux haines féroces des classes les moins intelligentes, une catégorie de citoyens qui portent le nom de Francs-Maçons. »

« Cela nous place dans le cas de légitime défense, et nous autorise à rappeler que, dans la seconde moitié du XIX^ siècle, sont partis de Rome, placée encore sous le régime théocratique, comblés de dons et de bénédictions, les brigands qui ont ensanglanté les provinces méridionales de l'Italie. »

« La Franc-Maçonnerie italienne, très Illustres, très Parfaits et très Chers Frères, membres de toutes les grandes puissances de la famille Maçonnique univer-

(1) Rivista, XI, page Soy.

(2) Le F.-. Pierre Lupo, a Naples, le igfévrier 1888. Rivista, XIX, page 84.

selle, la Franc-Maçonnerie italienne forme votre avantgarJe. »

« A vous de lui transmettre le mot d'ordre de la lutte, de lui assigner les emplacements du combat, de la diriger par des manœuvres savantes vers le triomphe qui ne saurait lui faire défaut (i). »

Mais encore en légitime défense de la Patrie elle-même : /^ « Le II octobre 1888, le jour de l'arrivée à Rome de i'empfreur d'Allemagne, le grand drapeau de la Maçonnerie italienne fut arboré au siège du Grand Orient d'Italie, sur la place Poli, et la circulaire suivante, portant le n» ly, fut adressée à toutes les Loges italiennes :

« Vénérés et chers Frères,

(( Rarement, il m'a semblé aussi nécessaire qu'aujourd'hui que le Chef Suprême de l'Ordre vous adresse la parole. »

(( On voudrait nous contester, à nous Italiens, le droit d'avoir une patrie. Le Pape s'est dressé, en prétendant ridicule, en face de l'Italie. Il prétend que lui seul peut assurer la paix et la civilisation, et il déclare que, pour cela, l'Evangile ne lui suffit pas, et qu'il a besoin de gendarmes et de jésuites (2). «

« Il maudit et condamne, et les évêques, le secondant, organisent des congrès, des expositions, des pèlerinages, oij, sous le manteau de la religion, ils machinent les rébellions et les parricides. »

« Lorsque les Italiens conspiraient pour rendre la patrie une et libre, le Pape, son poignard planté dans le cœur de l'Italie, envoyait aux galères et aux échafauds ces patriotes. Aujourd'hui que le Vatican conspire pour rendre la patrie morcelée et esclave, le Pape proteste contre la légitime défense des Italiens, et veut l'impunité pour ses machinations ; ce qui est, plus qu'absurde, ridicule. »

(1) (jrculaire officielle du Grand-Maître de Franc-Maçonnerie italienne, du 21 avril 1884 : Rivista, XV, page i3o.

(2) Voyez note (i), page 390.

« L'humanité, dans sa marche irrésistible, est sortie de l'orbite dans laquelle la Papauté, ayant perdu toute puissance attractive, est impuissante à l'attirer. La Papauté, dans le paroxysme de l'agonie, fait d'inutiles efforts pour arrêter celte évolution historique; elle se lamente sur ses privilèges et ses grasses prébendes perdues : laissons-la crier; elle nous lance ses imprécations : laissons-la maudire, car si ses malédictions tuaient autrefois nos Frères, aujourd'hui elles portent bonheur ; elle invoque les armées étrangères : laissons-la faire, car la patrie est forte, et si, autrefois, les Césars allemands descendaient, en maîtres, les Alpes pour s'assurer du vasselage de l'Italie et recevoir la couronne impériale des mains des Papes, aujourd'hui ils les descendent en hôtes, pour rendre hommage à notre renaissance nationale, pour consacrer l'indiscutable intangibilité de la Rome italienne. »

« Travaillons, bien armés, au temple de l'Humanité, réconfortés par la pensée que l'ennemi le plus terrible est déjà renversé, qu'aucune force de réaction n'est capable d'arrêter le progrès et que le jour approche où tous les hommes composeront une seule famille de libres, d'égaux et de Frères. »

« Le très Puissant Grand Maître, « Adrien Lemmi, SSi^e (i). »

La Franc-Maçonnerie combat le christianisme dans la Papauté :

,*^ « Les Francs-Maçons italiens, en tant que citoyens italiens, doivent combattre, comme un seul homme, le Prétendant qui veut porter atteinte à l'unité de la Patrie, le tyran qui veut supprimer toutes les libertés. »

« Les Francs-Maçons italiens, en tant que membres de l'Institution maçonnique, doivent combattre dans le Pape, non pas la couronne de Roi, mais l'orgueil du Pontife, qui a relevé les idoles des vieilles superstitions

(i) Rivista, XIX, pages 248-249.

et qui béatifie et sanctifie l'ignorance, la brutalité la plus folle et la plus furieuse. »

« Pour la Franc-Maçonnerie, aussi bien à Rome au Vatican, qu'à Fulda près du tombeau de saint Boniface, qu'à Malte derrière les murs crénelés des anciens Chevaliers, qu'à Jérusalem près des lieux saints, le Pape sera toujours Vupas assassin qui empoisonne la terre de son ombre mortelle et contre lui, toujours et partout et par tous les moyens, elle brandira les armes qu'elle enserre dans ses bras puissants. »

« Elle triomphera fatalement, car, patiente parce qu'elle est éternelle, la Franc-Maçonnerie, dont les armées aguerries à la lutte, nombreuses et disciplinées, se trouvent non seulement en Italie mnis dans le monde entier, est partout, voit tout, sait tout et peut tout. »

/, « Dédaigneuse des escarmouches, elle organise aujourd'hui les grandes résistances de la pensée et saura gagner demain les grandes batailles de la raison et de la liberté (i). »

Et la Franc-Maçonnerie italienne a reçu de la Franc- Maçonnerie universelle la mission de renverser la Papauté :

.\ « Nous devons prouver à tous les Francs-Maçons du monde entier que,puisque ici, à Rome, se trouve leur ennemi invétéré le plus sauvage, le plus obstiné et le plus féroce, c'est à nous, Francs-Maçons italiens, qu'il appartient d'être la sentinelle vigilante, l'avant garde courageuse qui est prête et décidée à entamer la lutte mortelle. »

« Car l'ennemi de la Maçonnerie italienne c'est l'ennemi de la Maçonnerie universelle, c'est cette réaction vaticanesque alliée à toutes les tyrannies, à tous les bas fonds sociaux, destructeurs par l'envie, par la calomnie et par toutes les plus infâmes passions, de la société moderne (2). »

(1) Rivista, XIII, pages 3 et 4.

(2) Rapport officiel lu, le 16 janvier i885, à l'Assemblée Constituante de la Franc-Maçonnerie italienne. Rivista, XVI, page 6, col 1 , lignes 18 à 29,

La Franc-Maçonnerie italienne a décidé de prendre l'offensive dans cette guerre :

/^ « La Franc-Maçonnerie italienne a reçu de l'Italie le poste si honorable de sentinelle du Vatican ; mais quelque flatteuse^que cette mission de surveiller les mouvements de l'ennemi puisse être, elle ne suffit pas à son activité. »

« Elle éprouve le besoin, elle sent la nécessité de transformer en celui d'assaillant son rôle d'observateur (i). »

Et d'employer tous les moyens, même les plus violents, pour assurer son triomphe :

/, « La lutte entre la Papauté et la Franc-Maçonnerie italienne sera toujours à outrance et à mort, et les Francs-Maçons italiens, d'accord en cela avec tous les Frères de tous les pays du monde, la continueront sans trêve et sans faiblesse jusqu'au jour où ils auront réalisé la conquête de leurs idéaux les plus élevés (2). »

^\ « Autrefois la Franc-Maçonnerie, ^^;z5 des temps où la liberté n était qu'un mythe, a su mêler le suc amer, mais salutaire, de ses doctrines sacro-saintes, aux suaves liqueurs qui remplissaient les coupes dorées dans les sardanapalesques bombances des Papes et des Rois. »

« Aujourd'hui N'insistons pas Intelligenti

pauca. »

« La chose vaut la peine qu'on y pense sérieusement (3). »

Elle compte sur l'appui de la Franc-Maçonnerie universelle :

.\ « A la guerre que lui fait le Vatican, le gouvernement de l'Ordre maçonnique italien a répondu en donnant le cri d'alarme à temps et en s'opposant à ce que de tristes et fatales condescendances ne rendissent possible la violation des lois de l'Etat en faveur de conciliations rêvées. »

« La Franc-Maçonnerie de l'Univers entier a répondu à

(1) Rivista, XV, page 24.

(2) /?/'m/fl, XVII, page 170

(3) Rivista, XII, page 180, col. 2, lignes 1 à 12.

notre appel et nous ne sommes plus isolés pour veiller et comb-iitre en faveur delà liberté de la pensée ([). »

Et la preuve officielle en est donnée par la communication suivante :

,\ « Un des membres du Directoire Suprême de la Franc-Maçonnerie, qui a son eiège à Berlin, et quelques uns des courriers de cabinet, chargés de porter partout certains mois d'ordre, ont envoyé le 9 juin 1889 au Grand Maître Lemmi le télégramme suivant :

(( Nous nous associons à la lutte sublime entamée au nom de la Libre Pensée contre le Vatican, l'ennemi éternel de l'Italie. »

Et ont signé des noms suivants plus ou moins italianisés par la transmission : Costabel, Oliva, Nicolini, Palmieri, Papo, Dalbelli, Cavaggioni, Andrina, Trabiicchi, Morengo, Sinigaglia, Ancona, Bocconi, Labianchi, Rossi, Tonini, BessioUi, Sabatelli, Giovanucci (2). »

*^ « TTout Maçon qui étudiera le procès des Templiers, s'écriera dans un langage qui nous est familier:

« Ces pauvres Frères étaient sans défiance; ils ont quitté l'Orient sans reviser leur Constitution et leurs Rituels qui en avaient grand besoin ! »

(( D'autres qu'eux, pour avoir cru à la foi Jurée, aux serrements de mains, aux douces paroles et aux doux sourires, pour ne s'être pas assez méfié des papes et des rois, eurent un sort pareil et la Saint- Ban hélemy vint, au bout de 258 ans, servir d'éloquent commentaire au procès du Temple. »

(( Mais la croix rouge des Templiers disparus devient no:re en signe de deuil, sur le manteau blanc des Chevaliers teutoniqiies, les plus dignes entre leurs héritiers d'être leurs vengeurs. »

« Et ces Chevaliers teutoniques fendent la Prusse et par la Prusse, hérétique comme eux-mêmes, hérétique comme l'étaient les Templiers, ils font l'Allemagne. »

(O^Rappnrt officiel fait à l'Assemblée Constituante le igmai 18S7. iîzV/sfia, XVIII, page i35.

(2) iîfm/a, XX, page i38.

(( Et aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, ils gouvernent à leur gré le monde (i). »

L'objectif avoué de cette lutte est de réduire le Catholicisme à l'état de secte :

/, « Les cléricaux apprendront que la Franc-Maçonneiie, après avoir renversé le pouvoir temporel du Pape, continuera la lutte jusqu'à ce qu'elle réduise l'Eglise aux limites modestes d'une institution, assujettie, comme toutes les autres, à l'autorité des lois, jusqu'à ce qu'elle dépouille l'Eglise de tous les privilèges qu'elle possède et qui lui permettent aujourd'hui encore de soulever dans le pays des troubles dangereux. »

« Ils pourront nous maudire et nous calomnier, nous autres Francs-Maçons; nous saurons réduire par force le cléricalisme à l'état de secte anodine, et cela dans des temps pas trop éloignés (2). »

Et la Franc-Maçonnerie italienne fait de cette lutte une affaire nationale et intérieure :

/. « La question Vaticane échappe au droit international et appartient exclusivement au droit public intérieur italien; car Rome a été conquise par nous, Rome a été rebaptisée par nous, Rome est notre mère et nous sommes ses fils, qui la défendrons contre tout et contre tous. Malheur a qui ose y toucher! »

« La loi des garanties est venue consacrer ce droit, mais comme elle n'a plus aucune raison d'être aujourd'hui, elle doit disparaître, et le Vatican, les associations religieuses et les prêtres, doivent rentrer, purement et simplement, dans le droit commun à tous (3). »

Cette lutte entre la Papauté et la Franc-Maçonnerie italienne est à outrance :

/. « Les Eglises sont des associations religieuses et non pas des pouvoirs publics; leurs chefs et leurs symboles ont une valeur tant qu'on y croit ; si on n'y croit pas, ils sont de nulle valeur! »

(1) Le F.*. Rahlenbeek, ce 10 février 1888. BtiUetin du Suprême Conseil de Belgique, n» 3i, page 67

(2) Déclaration du Grand Secrétaire du Grand Orient d'Italie : Rivista, XVII, page 18

(3) Rivista, XVI II, page 212.

« Si les temps passés ont élevé des trônes aux Papes, les temps présents ont renversé ces trônes et pour toujours ! »

« Oui pour toujours, car nous ferons du Vatican un Musée et une Ecole, après en avoir chassé avec des fouets les trafiquants qui en ont fait un marché infâme de conspirations contre le Patrie! (i) »

Elle est sans quartier:

/, « Malheur à vous, sectaires haïsseurs de l'Italie, dont la pensée parricide veut chasser l'Italie de Rome pour la reconquérir au Pape ! Et si dans le secret de vos conciliabules vous plagiez le cri de Garibaldi en disant : Rome papale ou la mort, nous répondrons avec les paroles de l'altière espagnole qui fut Impératrice de France : Et mort vous aure\ ! »

« Et à ceux qui rêvent des retours impossibles du passé, des résultais impossibles de conciliations mensongères, nous répondrons que les trois termes : Rome aux Italiens, de Mazz'mi; Rome ou la mor^, de Garibaldi; Malheur à qui la touche prononcée autrefois par Napoléon I" en mettant sur sa tête la couronne d'Italie et redits aujourd'hui avec foi et décision par tout un peuple résolu à conserver intacte son intégrité et à la défendre contre tout ennemi, proche ou éloigné, découvert ou caché (2). »

Elle exige une « action immédiate » contre les jésuites (3) :

,\ « A toutes les Loges d'Italie et à toutes les Associations progressistes et libérales d'Italie, nous demandons de s'unir à nous pour lutter légalement dans le but d'empêcher que les jésuites se rassemblent et s'emparent de la conscience de la nation, de renseignement de la jeunesse et des volontés irrésolues des femmes et des timides. »

« Nous leur demandons de s'unir à nous pour obtenir

(1) Rivista, XVIII, page i6i.

(2) Déclaration du Grand-Maître adjoint en 1887: RivLta, XVIII, page 180.

(3) Voyez note (1), pageigo.

du peuple et du gouvernement de l'Italie, que les jésuites, chassés par la volonté nationale et par la loi, soient considérés comme les ennemis des citoyens, de l'État et de l'Humanité, et ne puissent, par sophismes ou prétextes spécieux, s'introduire dans la Péninsule pour conspirer, plus ou moins secrètement, contre les consciences, les caractères des hommes et le bien de l'Italie. »

« Tout retard dans l'action est dangereux; il faut agir promptement (i). »

Elle n'admet aucune conciliation que ce soit, ni nationale :

,\ « Si le Pape veut faire le prêtre il n'a pas besoin de se réconcilier avec l'État italien. »

« S'il veut faire le Roi, il ne peut pas se réconcilier avec le pouvoir civil de l'État italien. »

« Et pourtant, après l'alliance avec l'Autriche, après la contrition de Bismarck, après la diversion abyssinienne, après l'invasion des jésuites dans les écoles, après des flots de bénédictions en des versets barbares dans la forme et dans le fond, à la suite de tout un système organisé d'avilissements et de mensonges, nous sommes arrivés à la possibilité d'une conciliation qui pardonne à l'Italie d'être Italie. »

« Ce n'est pas de conciliation ni de pardon que l'Italie a besoin ; elle a besoin de sagesse d'Etat, d'honnêteté de finances, d'éducation scolaire éditcatrice, et de franchise de caractère pour bien rappeler au Roi, aux conseillers de la Couronne et au Parlement, que l'Italie est issue de la science, de la vérité et du droit, et que, hors de cet ordre d'idées, elle deviendra ou cimetière ou « Bordellonl »

« Aussi, la question romaine est tellement close et bien close, la séparation entre l'Église et la Papauté est tellement profonde, qu'aucun Gouvernement italien ne peut envisager la conciliation autrement que comme une trahison envers la Patrie (2). »

(1) Déclaration des Francs-Maçons de Florence du 21 octob. i883. Rivista, XIV, page 296

(2) Le F.-. Bovio, Député: Rivista, XVI II, page 1 12

Ni même internationale :

,\ « La conciliation entre la Papauté et l'Italie est impossible, car ni la conciliation ne peut réhabiliter la religion, ni aucun Pape ne peut l'accepter. La conciliation est un replâtrage, mais ce n'est pas une solution. Le penseur ne la comprend pas, le prêtre n'en veut pas. »

« Après le 20 septembre 1870, date de la prise de possession matérielle de Rome par l'Italie, le 9 Juin 1889, date de l'érection de la statue de Giordano Bruno, est aussi la date de la prise de possession religieuse de Rome au nom de la Pensée humaine. »

« Deux devoirs s'imposent au Gouvernement italien : la laïcisation de l'Etat, qui proclame désormais la liberté de conscience la plus pleme et entière, et la suppression radicale de toute hégémonie romaine d'Empereurs ou de Pontifes, la suppression de toute alliance de l'Italie avec des Etats superstitieux (i). »

Enfin, la Franc-Maçonnerie italienne, après avoir imposé cette lutte contre la Papauté, et cela d'une manière officielle, au Gouvernement italien lui-même, car ;

^\ « Par communication officielle adressée le 17 février 1886 à son Excellence le Président du Conseil des ministres du Royaume d'Italie, le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie italienne lui dit :

(( Au nom des Libres-Maçons italiens. Je demande au Gouvernement, que, en présence des graves indices de conspiration cléricale, dénoncés par presque toute la presse, il soit fait, sans délai, ou pleine lumière ou entière Justice. »

« En attendant, Je déclare que les Loges maçonniques ne cesseront plus de maintenir vive et vigilante la conscience publique contre les machinations du Vatican. »

(( Le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie italienne,

« Adrien Lemmi (2). »

(1) I,e F.'. Jean Bovio, à Naples : Rivista, XX, page kj^. (2; Rivista, XVI, page 371, col. 2, lignes 7 à 22.

Et l'impose despotiquement à toutes les Loges italiennes :

/^ « Conscient de la plus grande responsabilité qui lui incombe, par devant la Franc-Maçonnerie du Monde entier et par devant le monde profane, le Grand Orient d'Italie ne permettra pas que les Loges italiennes s écartent en quoi que ce soit de l'orbite qui leur est tracée par nos lois librement discutées, spontanément acceptées, et répondant si fidèlement au concept et aux ordonnances de la Franc-Maçonnerie universelle (i). »

Pour terminer cette étude sur l'action de la Franc- Maçonnerie en Italie, nous attendions que les Francs- Maçons italiens se soient expliqués sur un document qui a été publié par de nombreux journaux de France, de Belgique et d'Italie.

C'est le texte d'un jugement du Tribunal de Marseille du 22 mars 1844 où figure le nom de Adrien Lemmi.

Il n'en a rien été.

Le N" de juin 1890 de la Rivista délia Massoneria italiana, que nous avons sous les yeux, ne publie aucun mot relatif à ce jugement.

DQCURIENTS JUSTIFICATIFS Mission de la Franc- Maçonnerie italienne.

Manifeste pour les Loges étrangères

(Rivista délia Massoneria italiana. XIV, pages 207 à

209 et 238 à 241.)

.\«LesP/n7^n^/zro/7e5,les âmes généreuses, les vertueux des anciens temps, qui fixèrent leur attention sur les erreurs et les vices des hommes, sur leur aveuglement,

(1) Circulaire officielle du Grand Maître, du i5 juin 1887. Rivista, XVIII, page 167

sur les conditions de leur existence, sur leurs misères et leurs infirmités, prirent la noble résolution de combattre ces vices et ces maux, en adoptant, pour ces glorieux combats, de simples moyens pacifiques et inoffensifs.

» Oui, ces hommes, touchés des tristes conditions delà famille humaine, conçurent et nourrirent la douce espérance de pouvoir dissiper les épais nuages de l'erreur, en instruisant les peuples, en agitant sans cesse devant eux le flambeau de la vérité et de la raison, de faire abhorrer le vice, de faire soulager les misères, de faire cesser « possiblement » (sic) tous les maux qui sont le produit des vices sociaux, en prêchant et en inspirant le culte de la vertu.

» Mais quel fut le sort de ces amis de la vérité et de la justice, de ces humanitaires aux aspirations si pures etjsi saintes ?

» Quel a été le sort de tant de cœurs généreux, qui crurent à la possibilité de corriger les hommes, de les civiliser, de les polir, de les rendre meilleurs el possiblement (sic) heureux, sans contrainte, sans violence, sans rigueurs, et seulement par la libre manifestation de la pensée et en leur procurant une instruction sage et rationnelle ?

» L'histoire nous le dit : Les potentats, les maîtres des peuples, grands et petits, conservateurs tenaces et très jaloux du statu ^z^o, ayant l'adhésion, la complicité des privilégiés, et particulièrement du sacerdoce, ont craint, haï et persécuté tous ceux qui ont montré des aspirations réformatrices, tous ceux qui ont entrevu pour l'humanité de meilleurs et plus dignes destins, ainsi que] les moyens de les obtenir sans troubles et sans douleurs.

» Et il faut noter que depuis la ciguë qu'on fit avaler à Socrate, et la flagellation de Jésus, la hame des hommes du privilège contre les amis de la vertu est devenue de siècle en siècle plus profonde, plus acharnée, plus atroce à inventer les tourments et les supplices qui sont la honte majeure du moyen âge, et dont les horreurs plus navrantes sont dévolues au Vatican.

» Si les hommes qui se sentent assez forts, assez

capables, assez sages pour régir et gouverner les peuples, étaient un peu familiarisés avec l'histoire et pouvaient se mettre de temps en temps sous les yeux l'horrible tableau des victimes innocentes qui ont été faites, de parla loi et de'par Dieu, de la manière la plus brutale, la plus perfide, la plus atroce, ils trouveraient assurément des enseignements précieux et salutaires.

» Si les hommes qui ont la tâche redoutable de conduire les nations et den améliorer les destins, savaient s'en expliquer les erreurs, les fautes et leurs horribles conséquences, ils profiteraient certainement des leçons si nombreuses et si utiles que les annales des peuples leur fournissent ; et après tout, ils ne pourraient plus détourner les yeux d'une terrible vérité qui, étant constamment devant eux, leur montrerait que les maux sociaux sont toujours dérivés beaucoup plus du manque de sagesse, de vertus et d'aptitudes dans les gouvernants que de la rudesse des gouvernés.

» Et voici maintenant la vérité que je contemple et qu'il faut relever.

» Les hommes qui frémissaient devant l'horrible spectacle des atroces brutalités de la tyrannie, devant la terreur qu'elle répandait, voyant que la pacifique manifestation de la pensée n'était plus libre ni permise, durent naturellement sentir et reconnaître qu'une fatale nécessité les forçait de sortir de la voie pacifique et d'essayer les moyens violents, même les plus détestables et les plus criminels.

» Et vraiment la défense au peuple de discuter pacifiquement leurs intérêts, d'invoquer leurs droits, d'exprimer leurs besoins, leurs vœux et leurs aspirations dut être nécessairement une très violente provocation à la révolte : et les peines, si brutales et si atroces qu'on infligeait à ceux qui avaient le noble courage d'élever la voix contre les iniquités de la tyrannie, durent mettre les hommes, assez sensibles et jaloux de leur droit et de leur dignité envers l'arbitraire des pouvoirs despotiques, dans le cas de légitime défense, pour laquelle tous les moyens possibles sont légitimes et justifiables, et toujours

approuvés et applaudis par la conscience universelle. Rien n'a jamais réjoui, soulagé et ravivé les peuples autant que le renversement d'un pouvoir arbitraire et despotique, autant que la destruction d'un tyran.

» Organisation de forces collectives et harmonisantes, associations secrètes, conspirations ténébreuses, complots, séditions et assnssinats, révolutions violentes, qui, réprimées ou triomphantes, ont presque toujours fait couler à flots le sang frareinel, en faisant d'horribles carnages, d'horribles catastrophes; tout a été violemment provoqué, tout a été légitime, nécessaire et (je crois pouvoir ajouter) très utile et très fécond, quand l'objectif a été réellement d'un intérêt général...

» Malgré la nécessité et l'efficacité assez démontrées des moyens violents, dont la fatale nécessité, ayant bien heureusement cessé pour plusieurs peuples, existe encore pour bien d'autres, et que des gouvernements peu sages peuvent faire renaître d'un moment à l'autre, la Franc- Maçonnerie, institution antique et universelle, car son Eglise est ouverte à toutes les races, à toutes les nations, à toutes les écoles, à tous les principes, à toutes les croyances, à toutes les opinions non contraires à l'honnêteté, est restée inébranlable dans son attente pacifique, ayant foi dans l'action de la philosophie, dans la puissance de l'idée et surtout dans la lumière de la raison ; elle paraît avoir pleinement adopté la maxime évangélique : Non sunt facienda mala ut eveniant bona.

» Enfin les Francs-Maçons ont compté sur l'efficacité des moyens moraux, permis et possibles; toujours résignés, ils ont supporté toutes les formes, tous les régimes politiques ; comme membres du corps maçonnique ils n'ont jamais conspiré, jamais agi contre les gouvernements, quels qu'ils aient été.

» Ainsi l'Institution maçonnique, sûre d'être tolérée, a pu s'avouer ; elle ne cache aux profanes que ses rites et ses actes intérieurs.

» Et vraiment, c'est par son sage dessein de n'être jamais hostile aux gouvernements, et de rester étrangère à la politique, que cette corporation a pu se perpétuer,

s'universaliser et s'étendre ; c'est ainsi qu'elle a su se tenir à l'avant-garde du progrès par la voie pacifique; c'est ainsi qu'elle est parvenue à faire sentir et comprendre que :

» La Fraternité n'a pas de frontières.

» Quand la^ voix de la philosophie se taisait devant la doctrine de l'Évangile, que l'Europe apprécia, accepta et suivit pour les principes qu'elle renferme, éminemment humanitaires et féconds, sans faire attention aux procédés du Vatican, qui en altérait l'esprit et la forme pour la rendre propre et adaptée à la réalisation de ses desseins mondains, aussi audacieux que pervers;

» Quand d'innovation en innovation, d'usurpation en usurpation, de dogme en dogme, le Pontificat était arrivé à l'apogée de sa puissance, et que ses absurdes fictions étaient déjà regardées par la chrétienté abrutie et fanatisée comme des vérités inattaquables ;

» Quand les évéques de Rome étaient enfin parvenus à se faire reconnaître comme les véritables représentants d'un Dieu, qu'ils avaient fait selon leur cœur et à leur image, et dont ils faisaient un véritable trafic; Quand, dans la fureur de leur haine implacable et profonde, ces mandataires de Dieu consommaient ouvertement la plus énorme des scélératesses humaines, celle qui glorifiait l'assassinat et le montrait comme le plus digne objet des récompenses éternelles; Quand, altérés de sang et de carnage, ils avaient inventé, pour assouvir leur soif insatiable de vengeance et de victimes, tout ce que la perfidie de l'homme a pu suggérer de plus barbare, de plus atroce, de plus horrible; Enfin quand pour les catholiques l'assassinat et la guerre fratricide étaient un devoir sacré et le moyen le plus sûr pour obtenir les meilleures récompenses de la terre et du ciel, que les chrétiens s'entre-déchiraient comme des cannibales, et que l'Europe n'était plus qu'une boucherie de chair humaine, la Maçonnerie, le cœur saignant et toute saisie d'horreur, dut sentir et comprendre encore plus combien sa mission devait être utile et nécessaire.

» Les horreurs du moyen âge durent être, pour les

esprits sains el réfléchis, toujours dédiés à la cause humanitaire et spécialement pour ceux qui ont accepté, sinon sollicité, la mission de régir et conduire les peuples, un pressant avertissement de la nécessité impérieuse et absolue d'étudier les maux sociaux et d'en chercher, d'en démêler et en discerner les causes afin de pouvoir les combattre sans confusion et avec justice.

» Pour la Maçonnerie, le moyen âge fut, et il l'est encore, un aiguillon de plus et en même temps une source de révélations et d'indices certains, par lesquels il lui fut encore plus facile d'étudier les maux, d'en chercher les causes, de les démêler, de discerner les causes de leurs effets, de ne pas confondre le vrai avec l'erreur, de distinguer le juste et le bon du mauvais et de l'injuste, de séparer le bien du mal, l'utile de l'inutile.

» La Maçonnerie, collectivement et comme corporation, a été constamment fidèle à ses principes et à ses disciplines ; entièrement consacrée à la cause de l'humanité selon sa devise: Liberté, Egalité, Fraternité, elle est jet a été envers les hommes de tous les principes, de toutes [les croyances, de toutes les castes, de toutes les gradations sociales, non seulement indulgente mais magnanime.

» La Maçonnerie qui a, et a eu dans tous les temps, dans son giron fraternel, non seulement des cœurs nobles et généreux, mais aussi des intelligences d'élite, des têtes fortes, des esprits lumineux, des philosophes et des sages, a pu étudier avec profit les hommes et les choses qui les concernent, c'est-à-dire ce qui leur a été et peut leur être utile ou pernicieux.

» Toujours ferme devant son brillant idéal (la perfectibilité humaine) par ses études analytiques, expérimentales et comparatives, par ses diligentes recherches de la vérité, faites avec le calme et la sérénité que donne la conscience pure et satisfaite, et qui font dominer toujours la raison, la Maçonnerie a su bien discerner et démêler le vrai du faux...

» La noble et bienfaisante Institution a constamment dirigé ses généreux efforts, ses glorieux combats contre

l'erreur et le vice, Jamais contre les hommes, dans lesquels elle veut le sentiment vif, profond et général de la solidarité humaine.

» C'est Elle, ce sont ses philosophes, ses poètes et ses apôtres, qui, en agitant sans cesse le flambeau de la raison çt de la vérité, ont ouvert bien des cœurs aux doux sentiments de la vertu, et y ont suscité la noble et sainte ardeur des sacrifices, des grands bienfaits et de l'héroïsme. Et ce sont précisément ses apôtres et ses héros qui ont fait voir et discerner l'horrible confusion de principes, par laquelle les crimes les plus affreux contre la nature étaient des actes de piété sublime, nécessaires pour mériter la miséricorde et la protection divines, par laquelle le sol de l'Europe et celui de l'Asie ont été abreuvés de sang humain pendant des siècles pour glorifier ainsi le père de l'homme, l'auteur de la nature, et que la famille chrétienne s'est entr'égorgée pour Dieu et par Dieu avec une férocité que nulle autre espèce du règne animal ne pourrait égaler, encore pendant bien des siècles. Et tout cela montre combien les fruits de la vigne mystique ont été exquis et abondants depuis que ses hauts Gardiens se sont revêtus de la pourpre et ont ceint leur front de la tiare.

» Il faut espérer que ces jours d'horreur seront passés sans retour; mais la tâche de la Maçonnerie n'est qu'entamée: un très vaste horizon s'est ouvert devant elle; de nouveaux combats l'attendent.

» Nous ne verrons plus les philosophes innocents et purs condamnés à boire la ciguë; le moraliste, sensé et sans tache, qui prêcherait l'amour et la vertu ne serait plus flagellé ni crucifié. Les pères n'enfonceront plus le fer meutrier dans les entrailles de leurs enfants. Si le clergé chrétien était encore altéré du sang des hommes d'une autre croyance (ce que je ne pense pas), je le déclare sincèrement, il pourrait exciter les masses fanatisées à des désordres graves et regrettables, mais il ne trouverait plus un gouvernement assez arriéré pour se laisser entraîner dans une guerre de religion.

» Désormais la confusion des grands principes n'est

plus possible; bon gré, mal gré, ils ont été solennellement reconnus et proclamés; ils sont proférés et invoqués, même très fréquemment, par ceux qui ne les voudraient pas ; mais pour la Maçonnerie il est encoredes confusions à éclaircir; il en est de très graves, de très pernicieuses, et dont la plus évidente est celle des langages, qui, par leurs formes hypocrites et mensongères, obscurcissent, altèrent et cachent la vérité des faits, ainsi que celle de la pensée et de l'intention, et dénaturent les causes et les effets.

» Les conquêtes politiques et toutes les conditions qu'on juge nécessaires pour le bonheur possible des hommes, seraient toutes vaines s'il en manquait une seule, la moralité des moeurs; l'idéal humanitaire ne peut être conçu sans l'amour et le culte de la vertu, et, partant, sans la haine et l'horreur du vice ; les hommes ne seront libres et heureux qu'autant qu'ils seront maîtres deuxmêmes et d'une morale irréprochable.

» Mes derniers jugements sont corroborés et sanctionnés par l'histoire. Quels sont les peuples antiques et modernes qui nous ont donné les meilleurs exemples de civisme et de prospérité ? Ce sont précisément ceux qui, jaloux de leurs libertés, ont mieux cultivé et honoré la morale et la vertu.

» J'entends dire et répéter que les premiers, que les plusgraves obstacles, que rencontrent les efforts humains, sont l'ignorance des masses, les erreurs et les préjugés dont elles sont imbues; oui, ce sont des obstacles réels et graves ; mais il en est de bien plus graves, à mon avis, et ce sont les vices qui débordent de toutes paris.

» C'est contre cet effrayant débordement que la Maçonnerie doit diriger son action empressée, vigoureuse et sage ; c'est contre ce déchaînement de toutes les passions pernicieuses, se couvrant du manteau de l'hypocrisie, aux couleurs et aux formes changeantes, que les Frères Maçons, pénétrés de leur noble et sainte mission, doivent déployer leurs forces, leurs moyens, leur ardeur

» Les Frères Maçons savent très bien que le règne de la justice et de la vérité ne peut avancer, placide et paci-

fique selon leurs vœux, leurs desseins, leurs aspirations, tant que l'égoisme individuel et collectif domine la généralité des hommes et spécialement les classes privilégiées et dirigeantes; ils savent, ils comprennent bien que les moyens de persuasion morale sont infructueux tant que les hommes du privilège sont subjugués par l'orgueil, par la vanité, par le désir immodéré de la fortune, et par l'amour effréné du luxe et des plaisirs sensuels; ils savent trop bien que tous les efforts pacifiques n'obtiendront pas le résultat désiré, aussi longtemps que l'action politique ne sera pas dirigée par des hommes honnêtes et par des sages.

» Tant que des ambitieux, pleins d'orgueil et de vanité et souvent sans talent, sollicitent les hautes charges et le pouvoir, et y parviennent en rampant comme des reptiles per fas et nefas,\an\ que ces hommes, pour lesquels la vertu n'a pas d'attraits, et dont ils invoquent hypocritement le nom pour séduire les peuples, toujours abusés, régissent et administrent les Etats; tant que les charges de l'Etat sont confiées à des présomptueux qui les ont sollicitées, par calcul et par vanité, et ne savent les remplir qu'à force de procédés arbitraires et d'abus sans frein et sans pudeur ; enfin, tant que les peuples seront pour les gouvernements, afin de combler la vanité, l'orgueil, l'ambition démesurées d'un mortel,... et non les gouvernements pour les peuples, les aspirations, les oeuvres, les efforts humains, trouveront des obstacles invincibles.

)) Or, devant les conditions générales actuelles de la société, devant cette fiévreuse activité des grands Etats à forger et confectionner des armes (selon les inventions qui se succèdent comme les Jours) à construire, à reconstruire des navires monstres et formidables, à former et à garder des armées et à fortifier les frontières, activité continuelle qui écrase les peuples par le poids des impôts, qui alimente la jalousie et la haine entre les nations, qui s'oppose aux améliorations et à la prospérité matérielle et conspire contre la paix et le bonheur universel ; devant le relâchement des mœurs, déjà si

étendu ; devant le désordre moral qui pénètre dans tous les ordres; devant la mer de corruption qui submerge toutes les classes; et enfin, devant cette confusion si funeste des systèmes et des principes adoptés pour l'éducation des peuples, ou plutôt, devant la coupable négligence des plus impérieux besoins sociaux, la culture et l'éducation de l'homme, la tâche pacifique de la Maçonnerie devient encore plus ardue, plus pénible, mais aussi plus noble et plus glorieuse...

» La lutte entre le privilège et le droit, entre la ténacité conservatrice, qui s'obstine à maintenir l'erreur et l'absurde, et les résolutions réformatrices qui ne veulent plus supporter le triste spectacle de la famille humaine différenciée en ce qui doit être le patrimoine commun de tous les hommes, la lumière de la vérité et de la raison sera soutenue avec opiniâtreté ; les destins humains sont encore très compromis; ceux qui les dirigent et régissent sont très rarement assez bons et assez sages, mais tyrannisés presque tous par des passions funestes, et toujours inférieurs à la haute mission dont ils ont voulu se charger, ils tiennent la société dans les plus tristes appréhensions et sous la menace perpétuelle de guerres internationales, de rebellions et de révoltes populaires, lesquelles peuvent être encore plus terribles, car les peuples en général ne sont pas assez bien formés, par la nouvelle civilisation, pour réaliser l'idéal humanitaire, et qu'ils ne peuvent pas l'être tant que les principes de leur éducation politique et morale ne seront en harmonie avec la raison, avec les lois de la nature, avec la saine philosophie. »

Page 1