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LE BUT DE LA FRANC-MAÇONNERIE

Et c'est ce travail officiel, dont le Congrès a assumé la responsabilité, que nous publions à la suite :

« La Franc-Maçonnerie sous un gouvernement libre et républicain, sous un régime démocratique, ne peut être la Franc-Maçonnerie sous un despote, mais ne croyez pas cependant, mes FF.'., qu'elle doive déposer la truelle et le maillet et se dire qu'étant arrivée au but, elle n'a plus rien à faire.

» Nous aurions le plus grand tort d'agir ainsi ; la F.*. M.', bornant son rôle à faire quelques banquets et quelques fêtes de temps en temps, à envoyer quelques secours à quelques-uns de ses membres malheureux ou imprévoyants, se trouverait dans la position où elle s'est trouvée avant 171 7. Elle verrait ses temples devenir déserts, ses ateliers tomber en sommeil, ses apôtres, ses soldats les plus vaillants déserter son drapeau, et ellemême disparaître dans l'oubli. Une autre institution la remplacerait, car l'humanité ne peut s'arrêter dans sa marche en avant, et est toute prête à passer sur le corps de son avant-garde si celle-ci s'arrête en chemin.

» D'un autre côté, notre éternel ennemi (je n'ai pas besoin de vous dire que c'est le jésuitisme que je désigne ainsi), n'a pas désarmé ; il est, au contraire, plus puissant, plus riche, plus entreprenant, moins scrupuleux que jamais ; il a envahi la haute banque, la haute industrie, les grandes compagnies anonymes, la Religion, pour laquelle désormais « hors du jésuitisme il n'y a plus de salut »

» D'une main il flatte les puissants et soutient leur cause, de l'autre il cherche à égarer et à effrayer les faibles pour les empêcher de se défendre.

» Dans ces conditions là, pouvons-nous désarmer ? Non ! Nous ne le pouvons pas, nous ne le devons pas 1

» Il y a deux principes dans la société moderne qui sont en lutte continuelle : la Réaction et le Progrès ; il y a deux institutions qui se sont fait les défenseurs et les soutiens de ces deux principes : le Jésuitisme combat pour le premier, la Franc-Maçonnerie pour le second. Nous allons définir chacun de ces deux principes, afin de trancher nettement les choses, car celui qui sait bien définir son but et celui de ses adversaires, voit décupler ses forces pour le combat.

» La Réaction se compose d'abord de tous ceux qui, possédant des privilèges, profitent des préjugés et des erreurs du temps passé, se cramponnent à eux pour les conserver ; ils mettent leur intérêt personnel au-dessus

de l'intérêt général, celui de quelques-uns au-dessus de celui du plus grand nombre ; l'injustice leur coûte peu alors qu'ils en profitent.

» La Réaction se compose également des gens qui vivent des miettes que les puissants leur jettent, des timides attachés au passé par l'habitude ou la poltronnerie et d'une grande quantité d'ignorants qui avalent avec facilité toutes les fables, toutes les superstitions, tous les mensonges qu'on veut bien leur débiter ; vil troupeau profondément méprisé des bergers perfides, et jugé bon seulement pour la tonte.

» L'autre principe, qui est celui du Progrès, est défendu par la Franc-Maconnerie, par nous, mes FF.-..

» C'est la Franc-Maçonnerie qui a embrassé la cause de l'humanité que le Christianisme avait désertée, car il préférait amasser des richesses et se faire pour cela le flatteur des puissants et des intéressés à l'avilissement des faibles ; la Franc-Maçonnerie qui a ramassé le drapeau du Progrès que le Christianisme, mentant à son origine et aux idées sublimes de son fondateur, avait laissé tomber de ses mains.

» Qu'est-ce donc que cette Franc-Maçonnerie qui a assumé une si lourde tâche? Est-elle riche et puissante, a-t-elle, comme son adversaire, tout ce qu'il faut pour frapper les yeux et confondre les sens, ses adeptes sontils innombrables, n'ont-ils aucune autre préocupation, aucune autre charge dans la vie que de travailler sans relâche à l'œuvre maçonnique, se condamnent-ils au célibat, pour éviter les devoirs et les soucis de la famille et pouvoir se consacrer tout entiers à la grandeur de leur Ordre ?

» Non, mes FF.'., la Franc-Maçonnerie, profondément désintéressée, donne tout ce qu'elle reçoit, tout ce qu'elle récolte, ses temples sont modestes et ne disent rien aux yeux ; les maçons ne font aucune démonstration, aucune cérémonie en public, ils ne peuvent donner que leurs loisirs à leurs travaux maçonniques.

» Oui, mais la Franc-Maçonnerie est ce que le Cléri-

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calisme n'est pas ; elle est l'Avenir, il est le Passé ; elle aime l'humanité; lui, il l'exploite !

» Notre influence et notre utilité nous sont contestées par deux classes de détracteurs, les uns ne nous prennent plus au sérieux, les autres nous attribuent toutes sortes de mauvais desseins et de crimes.

» Les premiers sont de bonne foi et s'imaginent que, par suite du prodigieux développement de l'Esprit humain, la Franc-Maçonnerie n'est plus que l'avantgarde de l'Humanité ; que par suite des libertés que nous avons acquises : liberté de penser, de parler et d'écrire, nos secrets, nos rites, nos symboles sont inutiles et surannés ; ils croient leurs efforts individuels plus efficaces pour la cause de la Vérité que les nôtres.

» Quant à ceux de nos détracteurs qui nous montrent comme nuisibles et capables de toutes sortes de méfaits, je n'ai pas besoin de les désigner, n'est-ce pas? Ce sont les Cléricaux et les Jésuites qui nous attaquent ainsi, car ils savent très bien que le triomphe de la Franc-Maçonnerie sera la ruine de leur parti.

» Parmi les Cléricaux il en est d'autres qui nous attaquent avec plus d'astuce, mais avec non moins de colère; ceux-là sont plus à craindre, car ils s'adressent à des gens plus instruits, ils s'allient aux classes dirigeantes, qui, ayant tout à perdre à marcher avec le Progrès, sont les adeptes les plus acharnés de la Réaction. Ce sont là nos pires ennemis, car ils nous ont flatté, ils ont essayé de nous diriger dans leurs vues et ils sont outrés de voir que nous leur avons échappé. Ils nous haïssent, car, loin d'être une machine à flagorner les puissants, nous travaillons à détruire les erreurs et les mensonges dont ils profitent, car, loin de les aider à asservir l'Humanité, nous cherchons à l'émanciper et à l'instruire.

» Contre ces adversaires la lutte sera vive, car ils sont ardents, déterminés, adroits et peu scrupuleux ; ils empruntent à leur allié, le Jésuitisme, son principe machiavélique que la fin justifie les moyens. Si nous devons dédaigner la première sorte d'adversaires cléricaux, nous devons lutter loyalement, mais fermement

contre la seconde, et ne donner aucune prise à l'ennemi par les fautes que fait toujours commettre la colère. »

Programme de la Franc-Maçonnerie.

Le travail officiel du Congrès Maçonnique des Loges de l'Ouest de la France, après avoir étudié le but de la Franc-Maçonnerie dans les termes et avec les déclarations que l'on vient de lire, a fixé définitivement ce que les Francs-Maçons doivent entendre par :

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