‹ L'EnnuiChapitre 17 sur 68 · Dér/énérescence, t. IL P- 81-85; Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

Dér/énérescence, t. IL P- 81-85; Paris, F. Alcan

L'ennui de Baudelaire trahit une lassitude de vivre incroyable ; la vie, qui nargue sa faiblesse, « l'insupportable, rimplacable Vie », lui apparaît comme une corvée de forçat : « Sue donc, esclave! Vis donc, damné M » Il est fasciné par la mort, repos définitif de répuisé. Sensitif affamé, analyste minutieux de ses plaisirs que sa frénésie exaspère, ilatrop demandeuses nerfs, qui ont craqué. 11 faut avoir vécu la vie minute par minute, avec un souci d'intensité effrayant, pour dire :

J'ai plus de souvenirs que si j "avais mille ans.

11 s'excite à la jouissance continue, il grave son Mémento vivere de jouisseur dans la pièce I/'^or/o^e ;

Trois mille six cents fois par heure, la seconde

Chuchote : Souviens-toi!...

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

. Ces excitations forcenées à la débauche finissent par l'effondrement du fanfaron. L'ennui de Baudelaire est un coUapsus après paroxysme ; il est le frère de la nausée, il sent les lendemains pourris de noce crapuleuse; il a la langue épaisse, il parle avec une bouche d'amertume et de cendre ; la peau est fiévreuse, l'estomac barbouillé ; c'est l'ennui lié à l'accablement paralytique de la chair meurtrie, à l'éreintement ignoble de la sensualité morne; le corps est un lac de fange; l'es-

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