CHAPITRE V L'ENiNUI PAR SATIÉTÉ
L'ennui naissant de la satiété, de l'excès des richesses, d'un rassasiement glouton du désir, cette notion est courante, et beaucoup diront que le mal de l'ennui n'appartient qu'aux rassasiés et aux riches ; du moins l'éprouvent-ils dans ses états extrêmes, et c'est dans les hautes classes qu'il s'accompagne de raffinements particuliers : «... Il est certain, dit Scherer, que l'ennui suppose une civilisation avancée, une société riche et paisible, une existence sans travail et sans désir. Il faut, pour le connaître, de la fortune, du loisir, des jouissances. C'est donc, en effet, le mal des gens heureux ou de ceux qu'on appelle ainsi ^.. » M"" de Maintenon, qui eut dans sa personne la sensation de l'ennui à un degré rare, écrivait : « Que ne puis-je vous donner mon expérience, que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore les grands et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées ! »
Mais avant d'en arriver à parler de l'ennui des rassasiés, examinons le fait de la satiété.