LA NAT["RE MORALE DE LENMI I.V
parlent et s'en plaignent avec les paroles graves qu'on emploie pour exprimer les maux les plus grands et les plus inévitables de la vie '. »
Le désir, qui est producteur d'ennui, a pour caractère d'être ardent, insatiable, et cette ardeur passionnée nous agite en vain et nous fatigue. Rien n'est plus douloureux que l'ennui propre à la jeunesse et s'cxhaîant des élans comprimés. Maupassant, le fils le plus brillant de la vie, s'écrie : « Ah! j'ai tout convoité sans jouir de rien. Il m'aurait fallu la vitalité d'une race entière, l'intelligence diverse éparpillée sur tous les êtres, toutes les facultés, toutes les forces, et mille existences en réserve, car je porte en moi tous les appétits et toutes les curiosités, et je suis réduit à tout regarder sans rien saisir-. »
L'ennui s'atténue avec l'affaiblissement des désirs et la décrépitude de la personnalité : usure de l'âge et maladies chroniques. L'imagination nous a faussé compagnie, l'assoupissement nous gagne et la pointe des douleurs morales s'émousse. M"^ du Defiand nous apprend : « Si je n'étais pas un peu malade, je crois que je m'ennuierais beaucoup; mais la mauvaise santé tient lieu de compagnie^. » Et ailleurs : « Je m'accommode très fort de l'état de faiblesse; elle engourdit l'âme. C'est un bien de n'avoir pas d'activité quand on n'a point occasion de l'exercer; et encore un plus grand
i. Leopardi, Œuvi-es momies.