‹ L'EnnuiChapitre 41 sur 68 · Bossuet · texte numérisé non relu

Bossuet

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rcslre ni, pour ainsi dire, de la terre entière; considérer Tamplilndo incommensurable de l'espace, le nombre merveilleux des mondes et leurs masses, et trouver que c'est peu de chose pour la capacité de noire âme; imaginer les mondes infinis, l'univers infini, et sentir que notre àiiie et nos désirs seraient encore plus grands qu'un tel univers; accuser sans cesse les choses d'insuffisance et de néant, souffrir de ce manque el de ce vide qu'on appelle l'ennui, voilà, je crois, le principal signe de grandeur et de noblesse ([ue présente la nature humaine. Aussi l'ennui est-il rarement connu des hommes de peu de valeur et presque jamais des autres animaux '. »

L'ennui, qui est l'expression des aspirations élevées de notre nature, est ignoré des esprits vulgaires. « On a tort de dire que l'ennui est un mal commun. Ce qui est commun, c'est d'être inoccupé, ou, pour mieux dire, désœuvré, non d'être ennuyé. L'ennui n'appartient qu'à ceux en qui l'esprit est quelque chose. Plus l'esprit a de pouvoir on quelqu'un, plus l'ennui est fréquent, douloureux et terrible. La plupart des hommes trouvent une occupation suffisante en quoi que ce soit, et un plaisir suffisant dans n'importe quelle sotte occupation : quand ils sont inoccupés, ils n'en souffrent pas. De là vient que les hommes délicats sont si peu entendus au sujet de l'ennui et qu'ils provoquent l'étonnement et parfois les rires du vulgaire, quand ils en

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