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CHAPITRE IV

En nous proposant d'examiner les rapports de l'ennui avec le caractère, nous n'entendons pas traiter avec développement une question qui est de soi indéterminée et obscure : il s'agit simplement d'ajouter quelques traits à notre analyse de l'ennui. On sait d'autre part que la classification des caractères est un des problèmes épineux de la psychologie : nous ne retiendrons que les catégories qui peuvent intéresser notre étude.

L'ennui chez les actifs. — « Les actifs ont pour marque dominante la tendance naturelle et sans cesse renaissante à l'action. Ils ressemblent à des machines toujours en mouvement et vivent surtout extérieurement... Ils sont des machines solides, bien munies de force vive et encore plus d'énergie potentielle K »

Gomment l'actif sera-t-il atteint par l'ennui ?

1 . Ribot, Psychologie des sentiments, p. 379-387; Paris, F. Alcan.

L'actif connaît peu l'affaissement du doute, les dégoûts subtils de la pensée ; s'il est résistant, il n'aura pas à se débattre avec les affres de l'épuisement ; mais l'ennui s'introduira en lui par les côtés défectueux de son caractère.

L'actif est souvent un impulsif qui s'élance avant d'avoir réfléchi : s'étant assigné un but un peu au hasard, il sera déçu par la possession. Sa façon de ressentir l'ennui est celle que nous dit Pascal, quand il nous dépeint la misère inhérente à la condition des hommes (qui sont en majorité des actifs). Son malheur vient de ne savoir pas demeurer dans une chambre et il tend au repos par l'agitation.

L'actif qui va pour le plaisir d'aller n'est jamais «arrivé »; si l'esprit est peu cultivé, il ne jouit guère de ses victoires; parvenu à l'objet désiré, ildit volontiers : « Ce n'est que ça? » et, aimant mieux la chasse que la prise, il repart pour de nouvelles conquêtes. Son défaut fréquent réside dans sa maigreur psychologique. Tourné vers le dehors, abusant de l'action, il soigne mal cet esprit d'où tout dépend, même les plaisirs des sens ! il lui manque la vie intérieure, la pleine possession de soi,

11 semble qu'il ne capitalise pas, que ses actions insuffisamment conscientes ne deviennent pas des souvenirs, et son activité essoufflée ressemble vaguement à de la détresse. L'ennui se manifeste chez lui par l'incohérence des actes, la témérité des entreprises, des éclats de violence et de mauvaise humeur. Il ne sait

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pas organiser le repos, les halles dans la jouissance, la dégustation intime de soi-même, et extériorisé, galopant, il fuit le vide qu'il porte en son sein en se donnant à l'action irréfléchie et machinale, jusqu'à ce qu'il y goûte une manière d'ivresse.

Il arrive aussi qu'il fasse on sa personne un coup d'État, qu'il tonte un changement radical de son ôtre. Que voit-on alors? Il se lance dans des sentiments jusque-là ignorés : l'amour, le rove, l'extase religieuse, les passions intellectuelles ; enfin il connaît la vie intérieure! il deviendra un amant, il fera un converti, un néophyte travaillant à se compliquer et dont les altitudes fanatiques nous surprendront. Qu'a-t-il voulu faire? Se renouveler, explorer le pôle contraire, devenir un au Ire personnage. C'est l'ennui qui a décidé cette volte-face : il le retrouvera dans le rôle nouveau qu'il va jouer gauchement.

L'ennui chez les sensitifs. — « Les sensitifs qu'on pourrait nommer aussi les affectifs, les émotionnels, ont pour marque propre la prédominance exclusive de la sensibilité. Impressionnables àl'excès, ils ressemblent à des instruments en vibration perpétuelle et ils vivent surtout intérieurement'. »

Le sensitif est un subjectif tout près de haïr le monde extérieur, qui tend à vivre du jeu de ses images mentales; épris de lui-même, obsédé par ses chers fan-

{. Kibot, Psychologie des sentiments, p. 378.

LENNUl SELON LES GARACTÈIlES -Jdo

tomes, il est un analyste raffiné de ses sensations pesées à plusieurs balances ; il est traversé de frissons curieux dont il fait tour à tour ses délices et ses tourments. D'où lui viendra l'ennui?

Le sensitif naît fragile ; il tire son ennui de sa délicatesse qui le condamne à de rapides épuisements ; il advient qu'il est peu apte à l'effort et que la lutte le rebute; se sentant misérable, il est pris de lassitudes mortelles en face de l'hostilité des hommes et des choses, et son imagination étend sur le monde le voile noir de son découragement. Son bonheur est d'ailleurs d'établissement difficile, parce que son âme est nuancée comme un arc-en-ciel ; il ne trouve à s'épanouir que parla rencontre favorable d'un milieu aimé.

L'ennui chez le sensitif dérive de sa nature même. 11 fait son ennui avec sa finesse qui se déchire à tout, avec ses rêves, qui lui reviennent blessés. Il connaît les longues sécheresses, la monotonie d'une àme qui ne peut se déprendre d'elle-même. Quoi qu'il tente, il souffrira. La sensibilité est une analyse. c( Les délicats sont malheureux'. »

L'ennui chez les passionnés. — Le passionné est celui qui recherche les émotions pour les ressentir avec une exceptionnelle intensité. On lui envie ses élans

i. Voici quelques lignes de Fénelon où se lit un ennui de sensitif brisé par la vie. « Pour moi, écrivait-il, je suis dans une paix sèche, obscure et languissante; sans ennui, sans plaisir, sans pensée d'en avoir aucun, avec un présent insipide et souvent épineux, avec un je ne sais (^uoi qui me porte, (lui m'adoucit chaque croix, qui me con-

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irrésistibles, la force de sa passion dominante. 11 semble qu'il ait dans l'ardeur naturelle de son être un talisman contre l'ennui : nul ne le subit davantage.

Le passionné est la victime des excès où il s'emporte ; dissipateur effrayant d'énergie, il paie avec sa raison les jeux de sa folie. N'y aurait-il pas chez lui un déséquilibre originel? Son ennui est un lendemain de fête, l'horreur secrète du buveur dégrisé, le coma après l'accès* ; nul ennui plus sombre, plus voisin du suicide. •

Le passionné ignore la variété reposante de la vie 2; il ne prend plus la vraie mesure des choses; sa chasse au bonheur tourne à l'hallucination; il est le jouisseur qui veut jouir jusqu'à l'abolition de la conscience de vivre; mais ses moments de joie sont clairsemés; il vit, en attendant leur retour, dans un long ennui 3.

tente sans goût... Le monde me paraît comme une mauvaise comédie qui va disparaître dans quelques heures. Je me méprise plus encore que le monde ; je mets tout au pis aller; et c'est dans le fond de ce pisaller que je trouve la paix. »

1. « L'existence n'est tolérable que dans le délire littéraire. Mais le délire a des intermittences ; et c'est alors que l'on s'embête. » Flaubert, Correspondance.

2. La violence des passions est un signe de force vitale, non d'intelligence ; les passionnés se fourvoient sans cesse; de là le malheur général de leur existence. — L'infini de la jouissance ne doit pas être demandé à une intensité destructrice, mais à la variété des sensations et de notre activité.

3. Nous rappelons le cas de Byron. pour illustrer l'ennui du passionné. 11 écrivait : « Pourquoi ai-je été toute ma vie plus ou moins ennuyé?... Je ne sais que répondre, mais je pense que c'est dans mon tempérament... comme aussi de me réveiller dans l'abattement, ce qui n'a jamais manqué de m'arriver depuis plusieurs années. La tempérance et l'exercice que j'ai pratiqués parfois et longtemps de suite, vigoureusement et violemment, n'y faisaient que peu ou rien. Les passions violentes me valaient mieux. Quand j'étais sous leur prise directe, — c'est étrange, — j'étais agité et non abattu. Pour le vin et les

L'ennui dans l'esprit abstrait. — L'esprit abstrait est celui de l'homme qui a passé de l'instinct à la réflexion, de la sensation aux idées, et qui tend à vivre à la lumière froide de la raison.

L'âge qui nous détache de nos sens et des sensations cueillies sans y penser, fait de nous, bien malgré nous, un esprit abstrait, spiritualisé; nous voilà condamnés à aimer les idées après avoir aimé les créatures. Nous perdons jour à jour mille impressions imperceptibles qui remplissaient notre capacité. L'intelligence prend le gouvernail, avec ses commandements raisonnes et sa langue d'algèbre. « Tôt ou tard on ne jouit que des âmes. » Hélas ! qu'il est peu d'àmes dont on puisse jouir, tandis qu'au temps des jouissances physiques et des baisers semés sans compter nous étions toujours occupés.

La culture acharnée de l'intelligence qui vise au développement de l'esprit abstrait est une marche à l'ennui. Le talent, par exemple, ne s'acquiert qu'au prix d'efforts héroïques, autant dire d'un épouvantable ennui. Pour s'assurer dans n'importe quel genre une supériorité, il est nécessaire de s'astreindre à de sévères

spiritueux, ils me rendent sombre et sauvage jusqu'à la férocité, — silencieux pourtant et solitaire, point querelleur, si on ne me parie pas. Nager aussi me relève ; mais en général je suis bas, et tous les jours plus bas. A cela pas de remède, car je ne me trouve pas aussi ennuyé qu"à dix-neuf ans. La preuve en est qu'à cet àge-là j'étais obligé de jouer ou de boire, ou d'avoir une excitation quelconque, sans quoi j étais misérable... A présent, ce qui m'envahit le plus, c'est l'inertie, et une sorte d'écœurement plus fort que lindilîérence. Si je me réveille, c'est par des fureurs. »

Se rappeler encore Stendhal qui, passionné et ardent à vivre, accuse à tout bout de champ de l'ennui.

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disciplines ; il faut rerincr les yeux à tout ce qui n'est pas notre idée fixe, dédaigner les tentations du chemin el de l'heure; Tesprit n'ailerniit sa domination qu'au prix de l'écrasement des sens. Le talent est une victoire d'ascèle; il exige le sacrifice du présent à l'avenir, la foi dans un idéal, presque inaccessible ; il est la folle entreprise de la volonté. C'est l'ennui de qui vit retiré, cloîtré, en attendant que son règne arrive; ennui du travailleur à œillères, du solitaire par ambition forcenée et originalité excessive.

Les professions proprement intellectuelles oii l'esprit seul fonctionne, et continuellement, reposent sur l'ennui. Exploiter son cerveau sans relâche, ne vivre que par ses facultés les plus hautes, quelle gageure ! Pour devenir l'homme de sa spécialité, on s'est interdit la liberté, on se retranche des goûts charmants. La vocation première de l'homme, ce sont les joies de la vie; on y renonce quand on fonde sa carrière sur l'exercice implacable et épuisant de rintelligence. Un jour vient où des doutes s'élèvent sur la valeur de l'œuvre accomplie; écoutez les regrets tardifs du travailleur vieilli qui n'a pas cueilli la vie dans sa fleur, qui s'aperçoit que sa gloire lui a coûté trop cher ! il envie le sort des simples, des ignorants, des abrutis; il est trop tard pour s'échapper de la prison qu'il a construite de ses mains; il est enfermé dans l'ennui ^

1. Ilcnan s'exprime ainsi, dans L'Eau de Jouvence : « Tons les trois nous avons mené une jeunesse sage, car nous avions une œuvre à faire. En conscience, voyant le peu que cela rapporte, pouvons-nous

Le penseur en qui triomphe l'esprit abstrait est voué à l'ennui. La pensée est un extrait, une essence passablement grisante, et déjà, de par sa richesse, elle enferme en soi la satiété ^ Voué à l'abstraction, le penseur se retire de la vie vulgaire ; il déduit, il généralise, et quelques échantillons lui suffisent; il vit en chartre privée dans son esprit, et le monde extérieur s'évanouit. Constructeur de systèmes, il prend l'univers dans un filet de mots où il apparaît tout petit. Quand il erre parmi les hommes il ne se sent pas la chaleur du vivant ; il voit les ressorts et partout le mécanisme. Il n'est pas séduit et il découvre le fond horrible des choses. Tout lui est cabinet de travail, salle de dissection ; son cerveau est un laboratoire. 11 tient de sa manière analytique de vivre un froid intérieur qui lui est particulier. « Le philosophe, dit Amiel, est l'homme à jeun dans l'ébriété universelle; il aperçoit l'illusion dont les créatures sont le complaisant jouet ; il est moins dupe qu'un autre de sa propre nature. 11 juge plus sainement du fond des choses. » — Taine écrit ces lignes où se trouve dépeint l'ennui de ceux qui pensent : « Cette disposition à vivre seul et en soimême produit la tristesse. Presque tous nos moments de gaieté nous viennent du contact changeant de nos semblables, ou du spectacle changeant de la nature.

songer à conseiller aux autres, qui n'ont pas d'œuvre à faire, les mêmes maximes de vie? » — Et dans quels termes éln({uenls Gœthe décritl'ennui de Faust qui a étudié en vain!

. 1. « J'ai épuisé la vie », disent de bonne heure ceux qui pensent et qui ont dévoré la vie grâce à l'intensité de leur pensée.

TABDIEU. 14

21 0 * i;exxl"i

On se dissipe, on s'occupe, on oublie, on rit : bonheur léger et passager qu'il faut prendre ou perdre, sans beaucoup le regretter ni l'attendre, et sur lequel il ne faut pas réfléchir. L'homme réfléchi le trouve misérable, et, comme il n'y en a pas d'autre, il juge que la joie n'est pas. Bien plus, apercevant les choses par des vues générales, il découvre en l'homme cent mille misères que le vulgaire n'aperçoit pas : l'immensité de notre ignorance, l'incertitude de notre science, la brièveté de notre vie, la lenteur de notre progrès, l'impuissance de notre force, le ridicule de nos passions, l'hypocrisie de notre vertu, les injustices de la société, les douleurs sans nombre de notre histoire. Il lui semble, non sans raison, que la vie est un mal, et s'il ne tombe pas dans la misanthropie méchante de Swift, il n'a de refuge que la gaieté douloureuse de Candide, ou la quiétude mathématique de Spinoza : refuge inutile qui laisse la blessure aussi cuisante ^ »

Les RÉFRACTAiREs A l'ennui. — Y a-t-il des réfractaires à l'ennui? Non, si c'est un mal inhérent à la nature de l'homme. On rencontre cependant des gens qui disent l'ignorer: sans doute ils l'éprouvent atténué, ou enfermé dans un alliage ; assurément ils n'en ont pas

i. Il est bon de noter à cette place lennui incommensurable de Ferdinand Brunetière, esprit algébrisé devenu inaccessible à ce qui ne se présentait sous le modede l'abstraction : il s'était rendu inapte à sentir la nature, ainsi i|ue nous le ra|iporte M. Paul Hervieu voyageant avec lui : sa conversion au catholicisme après tant d'années d'incrédulité raisonnée, fut le vertige du désespoir : il disait d'ailleurs à M. Paul Bourget : « Sije ne m'écrasais pas de travail, je mourrais de chagrin devant la couleur de mes méditations. »

conscience, ils n'en font pas le travail de leur pensée; puisqu'ils sont sans plainte à son égard, nous dirons qu'ils sont des réfractaires à l'ennui.

Les réfractaires à l'ennui ne sont point reconnaissablés à des traits communs. Essayons de distinguer certains d'entre eux.

Le bien portant en possession de la joie invincible de vivre triomphe naturellement de l'ennui. Pour lui, vivre est une sourde ivresse; respirer seulement est un plaisir. A quelque tâche qu'il s'applique, il a la jouissance foncière de son être : l'esprit peut être vide, le bonheur tel qu'il résulte d'une santé riche équilibre l'individu et fait l'effet du plein. Et ajoutons qu'une force physique toujours égale à elle-même entraîne l'insensibilité, l'inconscience, conditions de la simplicité d'esprit et de la belle humeur.

Parmi les «C///5 se trouvent des réfractaires à l'ennui. Nommons d'abord l'actif du type médiocre qui sera un simple, un automate entre les mains de ses chefs, ou le bon serviteur d'un métier machinal. Convaincu de son utilité sociale il aura des joies de rouage bien graissé ; ou content de peu, il se fait à sa portée un bonheur facile ; il n'a pas de « nerfs », il est sans remarque subtile ; il ne songe pas à approfondir la pensée de l'ennui.

Voici ensuite l'actif d'énergie débordante, l'enragé d'action, le dévorant de vie. Il est le hardi coureur d'aventures, souple à tout rôle et fertile en transformations ; le jouisseur de vaste appétit ; le lutteur de

toute endurance que rien ne découragera; optimiste, sûr de rebondir, soulevé par un entrain superbe, cet actif qu'on dirait invincible n'a point commerce avec l'ennuie

L'apathique qui a pour marque propre l'inertie est réfractaire à l'ennui, ou l'éprouve sans une claire conscience. Son consentement est acquis auxoccupations monotones et insipides ; sa passivité accommodante, sa torpeur native, son indifférence obtuse en font un être garanti contre les tourments fins 2.

Vimaginatif échappe à l'ennui par la grâce de ses

1. Tel était Cavour, type de ces actifs souriants et infatigables. On a dit de lui : « Cavour est d'une nature facile et opulente. Il est sanguin, bien portant, toujours prêt, infatigable... Son optimisme a quelque chose d'imperturbable... Il avait au plus haut degré ce qu'on peut appeler la faculté de vivre, faculté qu'il ne suffit point de prendre la peine d"é"naîirè pour posséder, et qui consiste dans la multiplicité des aptitudes unie à l'activité du corps et de l'esprit... Il était de ces hommes privilégiés qui, loin d'avoir à porter la vie, sont toujours portés par elle, .\ussi le fond de son humeur était-il un enjouement inépuisable qui se révélait par le ton plaisant (juil donnait à la conversation, X)ar son sourire aimable, par son rire facile et franc, par les éclats de sa voix, par une certaine façon piquante de présenter les choses, par sa bonne grâce à s'accommoder des gens et à se plier aux situations, parla célérité de ses allures, de ses gestes, par une manière devenue historique de se frotter les mains... L'n jour qu'il avait passé trois ou quatre heures à écouter les requêtes et les longs projets de je ne sais quels pétitionnaires ennuyeux, comme je lui témoignais quelque compassion : — Moi, reprit-il, je ne m'ennuie jamais. » Scherer, Eludes sur la llltérature contemporaine, t. 11.

2. Taine affirme que le tempérament llegmatique est éminemment propre au travail et se trouve soustrait à l'ennui. 11 écrit : <• Il est deux circonstances ien Angleterre) qui allègent beaucoup le principal poids du travail moderne, je veux dire l'ennui. L'une est le tempérament flegmatique qui supprime les sui'sauts d'idées, l'improvisation, les petites émotions intervenantes, et permet à l'homme de fonctionner avec la régularité d une machine. L'autre est le manque de délicatesse nerveuse, l'insensibilité acquise, l'habitude des sensations ternes, qui supprime en l'homme le besoin du jjlaisir vif et varié, et l'empêche de se révolter contre la monotonie de son ouvrage. » Soles sur l'Angle terre, p. 82.

L'ENNUI SELON LES CARACTERES t!I3

créations et de ses rêves. C'est Tidéaliste qui s'enchante de ses songes ' ; ou l'artiste au génie fécond ; c'est aussi le vaniteux gonflé de ses fanfaronnades ; le méga- ' lomanc loujours fumant de projets ambitieux.

Le sociable prostitué qui fait ses délices de la foule, qui tend les mains à tout venant, ne nargue-t-il pas l'ennui ? Un tel personnage trouve en tous lieux compagnie qui lui est bonne et ne prend pas le temps de rentrer en lui-même, pour s'y ennuyer. Dispersé et souple à plaisir, adroit à découvrir des contacts excitateurs, il ne logera point l'ennui dans son esprit furieusement banal et extériorisé.

Enfin tout agencement de nos facultés qui aboutit à un équilibre heureux nous assure une protection relative contre les tortures de l'enijui.

1. Renan, parlant du caractère breton, s'exprime ainsi : « L'ennui est ciiose inconnue à ces races; elles rêvent trop pour s'ennuyer. Ce que les autres appellent ainsi est pour elles délectation intime, soliloque dans l'infini. » Pages détachées, p. 18.

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