‹ L'EnnuiChapitre 58 sur 68 · A mesure que la science engraisse, lidée de Dieu maigrit · texte numérisé non relu

A mesure que la science engraisse, lidée de Dieu maigrit

L'ENNUI MODERNE i'^o

une dignité. «(Gomme un cercle enchanté, le catholicisme embrasse la vie entière avec tant do force, que, quand on en est privé, tout semble fade », a dit Renan'/

Le départ de Dieu, la dissolution de la foi, voilà les raisons un peu générales, mais vraies de l'ennui moderne. Il naît, cet ennui, au dix-huitième siècle, au moment oii les dogmes fléchissent. Une incroyance générale envahit les âmes, qui semble l'avant-courière de la fin du monde. « Ce mal incurable de l'ennui, dit Scherer-, le dix-huitième siècle le porte partout. C'est là son fond, j'allais dire son principe. C'est par là que s'expliquent ses agitations, ses dégoûts, ses tristesses cachées, l'audace de ses vices. Il flotte sans trouvera quoi s'attacher. Il se prend à tout pour retomber toujours dans un désenchantement plus profond. Chacun des fruits auxquels il mord lui laisse un goût de cendres plus amer. Il se donne des secousses, et il ne parvient pas à se sentir vivre. Il est triste, triste comme la mort, et il n'a pas même la grandeur de la mélancolie. Tout ne lui est plus qu'un spectacle, lui-même il se regarde vivre, et ce spectacle a cessé de l'intéresser. Lassitude, ^ aridité intérieure, prostration de toutes les forces de la vie, voilà à quoi il en est venu... »

Que veut la Révolution? Faire descendre le ciel sur la terre, distribuer le bonheur à tous les êtres. Elle échouera, et le siècle suivant qui héritera de sa fièvre proclamera sa banqueroute.

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