LES REMÈDES DE L'ENNTU
L'ennui provenant du dégoût de la vie peut avoir sa source à une autre profondeur, à savoir dans le désespoir des sentiments trahis, dans l'usure complèto du corps et de l'âme. C'est là un ennui sans remède et qui se complaît dans la consolation suprême de l'homme, la pensée de la mort. La mort a ses poètes, ses amants, ses adorateurs passionnés ; on lui fait des avances, on lui donne des gages, on entre en coquetterie avec elle. Beaucoup ne supportent la vie qu'en escomptant la dou ceur de l'heure dernière ; ou vivent sous le couvert de ce rêve : le suicide prochain, aux préparatifs délicieux.
Si, en terminant cette longue étude, nous nous demandons quel sera l'avenir de l'ennui, il nous sera aisé de répondre.
L'ennui ira toujours en augmentant et s'opposera au triomphe final du bien. Qu'il ait pour noms le mécontentement, le désir, le caprice, il bouleversera perpétuellement la terre et remettra tout en question. 11 empêchera que rien ne s'achève et n'atteigne l'équilibre parfait. Longtemps encore l'homme qui dira : Je m'ennuie ! cherchera une diversion dans les férocités de l'égoïsme, dans les passions, le vice, les impulsions non surveillées. L'ennui, qui est l'aiguillon qui précipite la course de ce monde, ne sera jamais émoussé.