Éludes sur la littérature contemporaine, t. IV et t. VUI
« Partout un esprit lourd et prétentieux, partout rimpiiissance et le vide... Baudelaire manque de substance ijitellectuelle. . . Aucune génialité. » Et redoublant : < Rau* delaire, lui, n*a rien, ni le cœur, ni l'esprit, ni l'idée, id le mot, ni la raison, ni la fantaisie, ni la verve, ni même la facture. 11 est grotesque d'impuissance. » Max Nordau * lui fait son procès sans plus de mesure : c'est un dr^j^énéré, un mystique, un érotomane, etc. Mais il dit avec raison : « L'incapacité de l'égotiste d'éprouver avec justesse les impressions extérieures et la peine avec laquelle son cerveau travaille, sont aussi la clef de l'épouvanlalile ennui dont se plaint Baudelaire et du profond pessimisme avec lequel il contemple le monde et la vie . » L'ennui de Baudelaire trahit une lassitude de vivre incroyable; la vie, dans son ensemble, « l'insupporlalile, l'implacable Vie », lui apparaît comme une corvée de forçat : « Sue donc, esclave! Vis donc, damné *1 » Il est fasciné par la mort, repos définitif de l'épuisé. Sensîîif affamé, analyste minutieux de ses plaisirs, il a tro[» demandé à ses nerfs, qui ont craqué. Il faut avoir vécu la vie minute par minute, avec un souci d'intensiti' effrayant, pour dire :
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.