‹ L'ennui: étude psychologiqueChapitre 16 sur 60 · Petits poèmes en prose · texte numérisé non relu

Petits poèmes en prose

Il s'excite à la jouissance continue, il grave son Mémento vivere de jouisseur dans la pièce U Horloge :

Trois mille six cents fois par heure, la seconde

Chuchote : Souviens-toi!, . .

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire For I

Ces excitations forcenées à la débauche finissent par Teffondrement du fanfaron. L*ennui de Baudelaire est un coUapsus après paroxysme ; il est le frère de la nausée, il sent les lendemains pourris de noce crapuleuse; il a la langue épaisse, il parle avec une bouche d'amertume et de cendre; la peau est fiévreuse, l'estomac barbouillé ; c'est l'ennui lié à l'accablement paralytique de la chair meurtrie, à réreintement ignoble de la sensualité morne; le corps est un marais putride, un lac de fange; l'esprit embourbé s'y débat, assailli de visions sinistres et d'imaginations lugubres. Dans ses Petits poèmes en prose et dans ses Fleurs du Mal s'entend à toute ligne l'intonation râlante de l'ennui, un accent las et écœuré, un bâillement qui avoue et se prolonge. Inégal à son effort et k la vie, surmené lamentable, Baudelaire, prince des impuissants, n'a pas supporté en vain tant de souffrances : il est vraiment poète, il est unique par la vertu de l'ennui et du désespoir.

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