‹ L'ennui: étude psychologiqueChapitre 4 sur 60 · Gœthc, Faust · texte numérisé non relu

Gœthc, Faust

Là grande misère c'est la discussion avec répuisement, \e sauvetage de nos bouts de chandelle,. la révolte contre l'inévitable. Mais où devra commencer notre sévérité? A quel moment sera donné notre dernier sourire à la vie enjôleuse ? Le désir est le pourvoyeur de notre existence ; lui absent nous tournons au cadavre, nous mourons avant notre heure, et d'inanition ; désirer c'est vivre, et vivre c'est désirer ; les deux termes sont toujours et partout convertibles entre eux. Loin de nous détourner de nos désirs agonisants, nous mettons en eux notre suprême espoir et nous les galvanisons jusqu'au bout.

L'épuisement peut appartenir à l'esprit, source prématurément tarie, sans que le physique trahisse une destruction sensible. Que voit-on alors? L'action nous importune, notre curiosité décroît, l'imagination replie ses ailes; les sentiments altruistes qui sont un don de soi, une expansion généreuse, se sèchent en nous; le cœur devient terre stérile. Ne plus aimer, ne plus se passionner, agir à peine, c'est s'enfermer dans une existence étranglée et refroidie en cohabitation avec l'ennui. Cette déchéance ne va pas sans bien des nuances et des retours, sans des adieux doux encore et prolongés. Elle a ses chances, mais elle est un fait général et nous sommes ses spectateurs atterrés.

« Oh I je voudrais me passionner pour un homard à la moutarde, pour une grisette, pour une classe de miné-

raiix l » dit Fantasio qui joue des airs éblouissants sur le thème de Tennui.

Sainte-Beuve, plus en fonds de yie que Musset, s'exprime ainsi (en 1839) : « Je suis arrivé dans la vie à Findiflférence complète. Que mlmporte, pourvu que je fasse quelque chose le matin, et que je sois quelque part le soir 1 »

Victor Hugo dit en vers magnifiques cette impression de désillusion finale :

Ai-je donc vidé tout, vie, amour, joie, espoir?

J'attends, je demande, j'implore ; Je penche tour à tour mes urnes pour avoir

De chacune une goutte encore * l

Baudelaire, épuisé héréditaire, est abondant et plein d'images quand il s'agit de peindre son néant intérieur :

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte, L'Espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur, Ne veut plus t'enfourcher 1 Couche-toi sans pudeur, Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte. Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil de brute *.

L'épuisement mental, qui éteint nos facultés et qui nous mutile, traîne l'ennui à sa suite ; mais celui qui consent à son amoindrissement atténue les rigueurs de la défaite ; la résignation désarme l'ennui.

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