SCÈNE Vil
Les Mêmes, ARUNDEL.
ARUNDEL, apercey^ant Ânhiir qui embrasse Marie,
He bien , cournge; il me semble, raademoi^elle Marie, qu'il n'est pas si mal poriani q >e vous le disiez. ARTULR , courant à lui.
C'est loi , mon cher x\rundel ?
ARUNDEL
Moi-même, qui, depuis une heure, attends en déjeunant le moment de l'embrasser.
Comment! on t'a fait attendre?
ARUNDEL
Oh! je ne me suis pas irapatitulé, vu que je faisais antichambre dans ta salle à man'^er. J'étais là d'aill< urs avec un original , M. IJirton , que l'on prenJrait pour h* m lître de la maison. Il s'^st fait apporter du meilleur vin.. .. Ce n'est pas cela qiip je b a ne ; mais il dispose de tout nvec un sang froid !.. Je te préviens qu'il a commande ta cdèche puur aller tantôt à Falkirk; ainsi arrangetoi pour t'en passer. '
MARTE , à part.
Comment ! il vient aussi à F.iikirk ? P )urvu que je ne le rencontre pas. Hàtons-nous de partir. {A ArundeL) Adieu , Monsieur.
ARUNDEL
Au revoir, ma belle enfant
Marie sort y emportant le plateau sur lequel est le déjeuner,
SCEINE VIII.
ARTHUR , ARUiNDEL.
ARUNDEL
Voilà une charmante fille pour laquelle j'ai une affection toute particulière.
ARTHUR
Comment! tu la conuais?
Parbleu ! depuis une heure que je suis arrivé, est ce que je n'ai pas eu le temps de faire connaissance? de revoir tous tes anciens vassaux , et de recevoir sept ou huit pétitions... Les voilà... je t'en parlerai tout-à- l'heure, et il faudra bien que tu accordes , car je suis toujours solliciteur, et surtout tenace en diible : mais voyons d'abord dans quel état sont tes affaires.
ARTHUR, d^'wi air insouciant
Mais... je crois que cela va bien.
ARUNDEL
Il paraît que tu n'en es pas sûr?
ARTHUR
Ma foi, non; mais toi qui parles.
ARUNDEL
Moi , c'est différent , je n'ai jamais eu beaucoup d'ordre, et je ne sais pas trop où j'en suis; je crois même que j'ai par le monde quelques IetlreS'de-4:hange ; mais enfin elles arriveront, et on verra bien.
Air : De Lantara,
Qu'un autre aux calculs s'abandonne , Moi , mon budget e.^t facile et léger ; Je reçois moins que je ne donne , Ht j'emprunte pour obliger, {bis.) Je puis compter quelques dépenses faites j Je puis compter des services rendus ^ Bref, j'ai doublé mes amis et mes dettes : Voilà l'état de tous mes revenus.
Mais, que veux-tu? je suis garçon, je n'ai pas d'enfants; je me fais une famille ; j'ai le défaut de me mêler un peu de tout , il est vrai , mais comme c'est pour rendre service; on veut bien me le passer.
ARTHUR
Et qu'est-ce que cela te rapporte ?
Le plaisir d'obliger, c'est une spéculation comme une nuire; dès que j'arrive quelque part, je vois un air amical, des figures ouvertes , le sourire sur les lèvres. On me poie en bon accueil. Si tu savais comme ils m'ont reçu dans le pays.... Vrai , je leur redois quelque chose.
ARTHUR
Je vois que tu es toujours le même; aussi, tu e'taîs digne d'être heureux.
ARUNDEL
Et pourquoi ne le serais-tu pas autant que moi ? Je sais que tu as des chances contre toij tu es liche, tu es i^rand seigneur; mais qu'importe , morbleu ! le bonheur est partout.
ARTHUR
Non pas pour moi , et si tu veux que je t'ouvre igon cœur, je suis le plus malheureux des hommes.
ARUNDEL
J'y suis !•.. quelque passion ?
ARTHUR
Non.
ARUNDEL
C'est donc quelque chagrin bien profond ? quelqu'accident imprévu ?
ARTHUR
Plût au ciel. Mais tout semble au contraire sourire à mes Vœux.
J'entends enfin , tu es malade de ton propre bonheur.
ARTHUR
Oui, je t'avoue que Tennui est le plus insupportable des fardeaux, que l'existence m'est à charge, et que je l'attendais pour te faire part de mes re'solutions : tu étais l'ami de mon père , tu es le mien... C'est entre tes mains que je veux remettre ma fortune; lu en feras un bon usage, j'en suis certain ; et quant à moi, ce soir... je n'aurai plus besoin de rien et ne m'ennuierai plus: voilà mon projet.
ARUNDEL , froidement.
Cela me paraît raisonnable, et , dalis la situation o\x tu es , tu n'as rien de mieux à faire : si tu étais utile à l'État , à ton pays , à tes compatriotes , je te presserais de vivre ; mais ton immense fortune , tes brillantes qualités , tes talents , n'ont contribué ni à ton bonheur, ni à celui des autres ; tu peux partir , lu ne laisseras , après toi , ni reproches , ni regrets ^ ton absence même ne sera pas remarquée.
ARTHUR
C'est ce qui te trompe; je veux , après moi , leur être plus utile que je n'ai pu l'être jusqu'ici: je te confie ces papiers, ce sont mes dernières volontés ; tu verras que je n'ai oublié personne; que je donne à toi ^ à tous mes vassaux.
ARUNDEt , froidemenu C'est là ta dernière volonté ?
ARTHUR
Oui y fixe et invariable. >
Hé bien , tu pouvais l'épargner celte peine ^ tu n'aS rien £ donner.
ARTHUR
Comment , je ne peux pas disposer de mes biens ?
ARUNDEL
Tes biens ! apprends donc que lu n'en as pas, que tu n'as rien. Si j'ai consenti à me taire par tendresse pour toi , rien ne m'oblige maintenant à cacher la vérité , et ta résolution aura au moins cet avantage , qu'elle rendra au vrai comte Derfort et son nom et ses biens.
ARTHUR
Que veux- tu dire ?
ARUNDEL
Aîr : A soixante ans. ( Dîner de Madelon. )
De ce séjour le maître véritable , Vit inconnu dans son propre château ,
Pour t^eurichir une adresse co tpable Vous échangea tous les deux au berceau. A tous les yeux , s^il faut que je Taffiche , J'y suis tout prêt, et sans rieu épargner , Son nom , ses biens , je vais tout lui donnerl II est heureux , je vais le rendre riche j Fasse le ciel qu'il y puisse gagner !
ARTHUR
Et pourquoi m'as-tu aussi long-temps caché ce secret ?
ARUNDEL
Je n'avais d'autre garant, d'autre preuve, que ma parole, et ne t'en aurais jamais parlé , sans la résolution dont tu viens de me faire part.
Oui , tu as raison , ces biens ne m'appartiennent pas y il faut les rendre.
ARUNDEL
Je vais chercher le véritable propriétaire; il n'est pas loin d'ici ; je le rétablis dans tous ses droits..,, je viens après te rejoindre... et nous ne nous séparerons plus.
L^Ennuin Z
/VchfVesdelaVïileoo. . . .
à^^rÇfilef van de Stad Brussei ^
ARTHUR
Que dis-lu?
ARUNDEL
•Tai promis a ton père de ne jamais le quitter , lu vois Lien ^u'il faut que nous parlions ensemble.
ARTHUR
Est-ce toi que j'entends ?
ARUNDEL
Oh ! moi , c'est différent.
Air : Des Amazones.
/ Sur mon destin ie suis tranquille,
Pour mon pays j'ai comballu , A mes amis j'ai lâché d^êlre utile, JVù toujours fait tout le bien que j'ai pu. Celui qui voit sa lâche terminée , Au doux repos peut se livrer gaîment j Bon ouvrier j'ai fini ma journée , Voici le soir, et je pars en chantant.
Sois tranqui'i*^ , je vais tout disposer, et dans une Leure je TÎcns le cLeiclur.
Il prend la main d'Arthur , et sort.