CHAPITRE X
□ mon relour de prendre quelque inte're t à îi i es a fia i r es d o m es ti q u es ; 1 e s i 1 en ce cl la solitude de mon château me panrurent insupportables, en comparaison Idu mouvement qui animoit la brillante habitation d'Ormsby. Il y eut bdans ma vie un vide complet pendant jïiv.c semaine entière, durant laquelle je t ne 8s , ne pensai , ou ne dis rien dont je jr puisse me souvenir, si ce n'est cepen- > dant une promenade où, par politesse, ; j'accompagnai M. M'Leod. Il vint me voir avec le même extérieur et avec les mêmes ide'es dont il m'a voit déjà tant fatigue avant mon départ pour le château d'Ormsby. Il commença par
nie parler de mes projets pour l'amelioration du sort de mes vassaux ; il me dit que, selon le de'sir que je lui en avoib
témoigne , il alloit m'exposer son j>lan pour l'éducation des pauvres de l'Irlande, le plus succinctement qii'il lui serait possi-0/e. Ces derniers mois furent les seuls que j'entendis avec quelque plaisir j néanmoins je le remerciai affectueusement; je serai charme, lui dis-je, de connoitre les opinions et les sentimens de M. M'Léod.
Je ne rapporterai pas ce qu'il me dit; car il n'eut pas plutôt ouvert la bouche, que je me livrai à je ne sais quelle rêverie. Je me rappelle pourtant qu'il m'en tira en me proposant d'aller avec lui jusqu'à une e'cole qu'il avoit fondée lui-même dans une petite terre qui lui appartenoit; car il vaut mieux, me dit-il, vous montrer ce que l'on a
déjà fait de ce peuple, que de vous parler de ce qu'on en peut faire.
Cela est très-vrai, lui répondis-je , presse de terminer une conversation qui m'accabloit , et désirant me délasser un peu en faisant un tour de promenade. La soirée étoit charmante , et vraiment j'éprouvai une grande satisfaction à voir l'état de la propriété de M. M'Léoci. Dans une situation peu favorable, ayant a combattre toutes sortes de difficultés, il étoit venu à bout d'établir un véritable paradis.
Dans tout ce que je voyois autour de moi, il n'y avoit rien, à la vérité qui fût extraordinaire, mais il régnoit un tel air de propreté et de bien-être parmi ces paysans que je me crusen Angleterre , et que je m'écriai : Est-ce bien en Irlande que je vois tant de prospérité?
Nous avons réussi , me repondit M. M'Le'od, avec du temps et de la patience. Nous n'avons pas entrepris trop à-la-fois. Nous commençons par montrer la possibilité de quelques légères améliorations, et l'espérance du succès décide promptement à faire quelques tentatives. Ma femme et moi nous vivons beaucoup au milieu des
paysans, nous prenons intérêt a tout ce qui les regarde, ils voient la manière dont nous faisons chaque chose, et quand ils sont bien convaincus que n os p r o cèdes so n t p r e'f c ra bles aux leurs, ils sontporte's à nous imiter ; c'est ainsi que nous les conduisons à notre but, et que nous leur inspirons graduellement le désir et l'espérance de mener une vie plus commode et plus heureuse. Notre tâche est alors très-avancee: du moment que nous avons
eVeille en eux de l'émulation et de Activité', le goût du travai Wcmp.ro tf'eux ; et d'ailleurs nous ne les aidons dans leurs entreprises qu'à proportion du zèle et de la bonne volonté qu'ils montrent. Peut-être est-ce un avantage pour eux comme pour nous , que nous ne soyons pas riches , car nous ne sommes pas tentes de nous jeter dans de vastes plans que nous ne pourrions pas exécuter. Voilà, me dit M.M'Lcod, l'endroit qui rend tout le reste facile. — Il me montra en même temps une cabane proprement bâtie, à côté de laquelle e'toit un assez beau jardin où travailloient un grand nombre d'enfans. Cetoit là que se tenoit l'école. - Nous ne" pouvions pasespérerbeaucoup deshom.nes faits dont les habitudes éloient formées,
Cl 11 Wlu beaucoup do
temps pour quVs nous permissent de donner des notions pi us saines à leurs enfans. Voilà vingt-six ans que nous sommes à ce travail , et si nous avons eu quelque succès, c'est uniquement parce que nous avons commence' par
la jeunesse. Nous voyons croître actuellement une génération qui prospère par nos soins et dont le bonheur fait en grande partie le nôtre.
M. lVFLéod qui étoit habituellement grave et silencieux , rue parut ce jour-là très-animé et fort communicatif. Mais je suis persuadé qu'aucun sentiment d'ostentation ou de vanité ne l'agitoit, car je ne l'entendis jamais parler du bien qu il avoit fait , ou le rappeler en aucune manière. Je suis convaincu que son motif étoit de m'engager à persévérer
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dans mes projets bienveillans ♦ en
me démontrant la facilite de leur exécution. Il étoil si préoccupe de
ses propres idées qu'il ne s'apercevoit pas de l'ennui qu'elles me procu»
voient. Au reste il recberchoit si peu les applauclissemens , qu'il ne lui échappoit jamais une de ces expressions de civilité prévenante qui semblent en provoquer le retour.
La religion , poursuivit-il ? est la > grande difficulté de ce pays. La variété dans les croyances n'est point j un obstacle à l'admission dans notre 3 école. Le prêtre catholique vient le & samedi matin , et le ministre p rotes-* iî tant le samedi soir, pour faire réciter
g aux enfans le catéchisme et les ins^
ij truire chacun dans les principes de ;a sa foi. Gomme nous avons donné n notre parole , et que nous y sommes il fidèles ? de n'entreprendre aucune
conversion et de ne point nous mêler des opinions religieuses, les prêtres Catholiques voyent avec plaisir que nous donnons aux enfans des instructions qui peuvent leur être utiles pour leurs intérêts temporels.
Il m'invita ensuite a entrer dans l'école, et à y jeter un coup -d'oeil.
Passant un jour sur cette route, ditil, je vis une foule d'enfans oisifs, rassembles sous l'inspection d'un prétendu maître , qui du plus loin qu'il m'aperçut, cria a ses élèves .-Repassez,
repassez 5 voici du monde. Alois , chacun s'empare de son livre, et se met, en débitant sa leçon de toute sa force , à donner une idée de son zèle et de sa diligence. Ici, milord, vous ne verrez pas de représentation pareille , cette misérable charlataneric n'est pas de mon goût. Entrez, s'il vous plaît.
J'entrai donc, mais je l'avouerai à
ma bontc, roui ce que je remarquai;,
ce
d'avoir servi depuis long temps, sans être détériorés. Chacun continua son.
travail, avec attention et simplicité; maïs ce tableau ne me frappa que médiocrement. Le go ut du perfectionnement s'étoit fort refroidi en : moi, et quoique réjoui un moment > du spectacle que m'offroit cette réur e nion d'enfans heureux, ces idées sortirent de mon esprit, en retournant >chez moi. Je résolus c( p -ridant, de a surpasser un jour, tout ce qu'a voit ïfait M. M' JVéod , et certes, mes moyens bétoient plus grands que les siens. La [(jalousie avoit encore plus de part bdans celte résolution* crue la ffénérn-
2ské.
Avant que j'eusse arrangé seule-
ment , dans mon imagination, ce dernier plan , un matin , je reçus la visite du jeune Ormsby , qui vint me presser d'aller passer de nouveau quelques jours , dans son château. Je ce'dai à une invitation qui s'accordoil avec mes désirs. Quand j'arrivai, les dames ctoient à leur toilette, à l'exception de miss Bland qui, chargée de faire les honneurs, me reçut, ainsi que d'autres hommes , dans la bibliothèque, avec son éternel sourire. Partout où alloit miss Bland , elle devenoit tout de suite l'amie de la maison, et Ton se reposoit volontiers sur elle, du soin de recevoir les hôtes. Comme représentant lady Ormsby, elle me parla poliment de tous les riens du jour, et des changemens qui s'étoient opérés sur la scène, toujours mouvante, du château qu'elle habitoit.
Deux brigadiers, et deux aides-dceampétoient partis, mais en échange, > ctoit venu un autre aide-de-camp , le capitaine Andrews; etmilordOToolc » eloit anité. Suivit une convcrsaliori * entre miss Bland et un des étrangers , g sur la joie et le chagrin que l'arrivée [y de Milord feroit naître dans le cœur de deux dames qui, autant que je q pus le deviner, étoient lady Hauton, <) et lady O'Toole. Gomme je n'etois v q point au fait des intrigues , et des cap quetages- de Dublin , cela piqua trèsxi médiocrement ma curiosité'. Miss ci Bland, qui voulut absolument persister à me parler , m'apprit que 0 milord O'Toole avoit amené avec lui , II M. G: cil Devrreux , bel -esprit et: q poëte , un des jeunes gens les plus :b aimables , et les plus galans de Dud blin. Je me décidai sur- le - champ, à>
ne point l'aimer. J'ai toujours détesté ces annonces solennelles. On paroi l toujours à son desavantage, quand on est précédé d'une renommée si Lruyantc. À peine lYloge linissoh-il , que M. Devcreux entra. Ce n'étoit point l'homme que je m'attendois à
>cr-
sonne, et distingué par ie ton de la bonne compagnie, il n'y avoit en lui aucune fatuité ^ au contraire , il serabloit si peu occupé de lui-même, il étoit si prévenant , C{ue malgré le préjugé qui m'avoit décidé a ne point l'aimer, je fus enchanté de lui, après avoir été dix minutes dans sa société.
Blilord Kilrush , rne le présenta avec grand appareil, comme un homme de mérite , à qui lui et son frère O'Toole, s'inléressoient particulièrement. Cet air de patronage ne plaisoit
pas beaucoup à M. Dcvcrcux qui, fem Balle d'clrc ainsi montré, détourna la conversation de lui-même et de ses poèmes, sur des objets généraux.
Il me lit quelques questions sur une caverne curieuse, ou espèce de chemin souterrain qui , d'un côtédonnoit sur le bord de la mer, et de l'autre, aboutissoit à une vieille abbaye située derrière le château de Glenlhorn.
M. Devereux dit qu'autrefois en Ir- [ lande ces cavernes avoierit servi de \t greniers. Mais un habitant du voisi- : nage, ayant remarqué que ce souter- : rain servoit, depuis long- temps , de i retraite aux contrebandiers, lordKilt ruAi entreprit une dissertation . dans [ les formes, sur la contrebande, sur [ les importations et exportations, et î sur les lois et la balance du commerce. . Je ne compris pas un mot de ce qu'il.
me dit, et j'ignore .si ce grand orateur se comprcnoil lui-même ; mais il crut avoir parfaitement re'ussi à me donner une haute idée de son instruction, et de sa profonde sagesse.
Son frère OToole vint ensuite; il ne me parut pas porté vers la galanterie, comme la conversation de miss Bland, me l'a voit fait supposer ; sa seigneurie e'toit entièrement dévouée à l'ambition y il parla si fort et si long- temps des hommes et des affaires d'état, des intrigues de la cour, despromolions, que je commençai à me croire un homme de l'autre monde, car j'étois complètement étranger aux choses,
dont il nous a voit entretenus. J'ctois ennuyé de l'entendre, mais cependant, humilié de ne pouvoir parler aussi exactement , cl avec cet air d'assurance et d'autorité; j'éprouvai
le désir de devenir aussi quelque chose à la cour. Les soucis, les inquiétudes de l'homme ambitieux,. si opposés a mon caractère paresseux et : indolent, ne furent plus rien pour : mon esprit infatué de l'amour du
[ pouvoir. Dans un moment l'ambition.
i fit de moi son esclave.
M. Devereux me guérit de cette maladie avant quelle eût fait de g grands progrès. Il resta avec moi un
p quart, d'heure pendant que les autres [[ hommes étoient alle's s'habiller. Quoip que peu disposé à parler avec un in— d connu , je fus seduitpar l'amabilité de >a ses manières. Il me parla de la société b de l'Angleterre, comme d'un sujet p qui devoit m'étre familier ; a mon
)î tour je lui parlai de celle d'Irlande. Yi Nous nous en! retînmes de milord
0 O'Toolc , ce qui conduisit h parlée
de la cour de Dublin ; je lui témoignai le regret de n'avoir pas cherché à figurer plutôt dans la carrière politique. L'ambition , lui dis-je, peut tenir l'esprit d'un homme , attentif et éveillé. Les plaisirs vulgaires n'ont plus d'empire sur moi , ils ne sont vraiment plus capables de m'émouvoir.
Milord, me dit M. Devereux, vous feriez mieux de rester toute votre vie obile ou endormi que de vous-occuper de si futiles objets.
Funeste ambition ! sombre enfer des virans-, S'il ne les a sentis, qui peindra tes tourmens ?
Vous vous rappelez sûrement, milord , la description que Spencer a faite de cet enfer.
Pas exactement , lui répondis-je , ne roulant point détruire l'idée favo-
raLlc que cet honnête Irlandais avoit conçue de nia littérature. Il prit les œuvres de Spencer me les offrit ? et je nie levai pour lire le passage en question ; quels efforts ne feroit pas le plus paresseux des mortels pour > conserver l'estime même exagérée, i qu'il croit avoir inspirée ; je parvins à l lire sans bâiller les dix vers suirans:
1 Funeste ambition! sombre enfer des vivans , 3 $'il ne les a sentis, qui peindra tes tourmens ? A A poursuivre un objet qui s'éloigne sans cesse OOn use les beaux jours de sa belle jeunesse 5 iOOn abreuve ses nuits d'amertume et Je pleurs, jÇQu'attendent au réveil de plus vives douleurs 5 gAAgité par l'espoir, tourmenté par la crainte, vAAjant pour tout réfoge une inutile plainte , qAApîès des cris, des pas, des travaux supeiflus, BJ[La fin de tant de peine est de n'espérer plus.
C'est plein de force , m écriai- je t uMu ton d'un homme très- accoutume à
jtffuger
la poésie,.
— « Cela devient plus remarquable encore milord , quand nous pensons que ces vers ont été faits par un homme qui avoit été secrétaire d'un lord lieutenant. »
Je sentis mourir ma naissante ambïtion; je reconnus qu'il valoitmieuxpasserune vie tranquille. M'a résolution fut fortifiée pai 'l'apparition deLady Géraldine. L amour et l'ambition son tr comme on lésait, deux passions incompatibles ; aucune d'elles nctoit à la vérité encore maitresse de mon cœur ; mais l'amour et lady Géraldine avoien t déjà pris le dessus sur l'ambition et sur lord O'Toole. Lady Géraldine parut très-gaie ; et quoique peu présomptueux , je ne pus m'empècher de croire , que mon retour au château d'Ormshy avoit contribué à sa gaîté.
$e ne gouiai ce plaisir qu'avec dk-
a ction et reserve , tandis que je vis qu'il etoit vivement senti par sa mère. Miss Bland, pour faire sa cour h lady Kildangan , observa que Lady Géraldine e'toit encore plus aimable que de coutume. Celle-ci, à ces mots donna des signes non-équivoques de son mécontentement. C'est la seule fois que je lui vis faire la moindre attention aux paroles de sa docile amie.
Pour détourner la conversation , je demandai à la belle offensée des nouvelles de Miss Tracey et de M.
Cabbitt.
M. Gabbilt , me répondit-elle, en reprenant toute sa gaîté ? est maintenant l'homme le plus heureux de r Irlande ; il est parti avec l'espérance de devenir intendant des terres de Milord O'Toole. Je m'étais engagée d'honneur à lui procurer celte place
pour le dédommager de la plaisanterie que nous lui avons fait subir.
Vous savez que dans les contes arabes , Barmccide finit pas donner un bon dîner au pauvre Shakabac, après s'être joue' long-temps de sa crédulité'.
Et pour MissTracey que pourrez-vous faire ?
J'ai persuade à sa mère que la pauvre enfant alloit tomber en atrophie. Aussi sa mère va-t-elle la mener promptement aux eaux, pour y rétablir sa santé' , et y guérir son cœur malade. Clémentine ! ma chère, ne me regardez pas avec des yeux si sévères; dans le fond de Famé vous savez bien qu'on ne peut pas faire
un plus grand plaisir à une jeune demoiselle que de lui procurer une occasion plausible pour s'absenter un peu de sa maison.
Je craignis un instant que lady Géraldine ne perdît dans MissTracey un précieux moyen d amusement;
Lien vite ; et après
plaça leur
tour les lords Kilrush et son frère O'Toolc. Tout graves et importantsqu'étoient ces deux personnages accoutumés à se voir traiter plus que respectueusement , lady Géraldine les trouvoit très-propres à être plaisantés , et elle ne s'en faisoit aucun
scrupule.
Milord, me diuelle , peut-être vous ne connoissez pas lord O Toole?
J'ai eu l'honneur de lui être présenté aujourd'hui.
A la bonne heure ; car il regarde comme un être inconnu celui qui n'a pas l'honneur d'être connu de lui ; mais comme vous êtes nou-
Tellement arrive dans ce pays vous seriez excusable, et je vous ferai faire une plus ample connoissance. Nous avons en Irlande une ancienne et respectable famille du nom de Toole; mais celui-ci n'est qu'un misérable politique, un homme qui pour tout talent sait faire patte de velours.
Les deux frères ont un manège qui est très-propre à conserver leur crédit ; l'un a la manie d'être toujours sur la scène, et l'autre de rester toujours caché derrière la toile. Ces deux mortels forment , avec le capitaine Andrews, le trio le plus divertissant Milord O'Toole est tout artifice sans art ; milord Kilrush, c'est l'importance sans pouvoir, et le capitaine Andrews c'est la souplesse même sans aisance. Ce pauvre Andrews, c'est un animal sans défense ? à moins, qu'il.
ne se retire en lui-même. Donnez-
! lui le temps , me disoit quelqu'un, n me montrant une tortue déterre, : de mettre sa tête sous son écaille, et r'tme pesante, voiture lui passera sur le corps sans l'offenser. Milord Glcnihorn, avez-vous jamais remarqué la manière de converser du capitaine
Andrews ?
— Non, je ne lai jamais entendu
converser.
— Ce n'est pas là ce que je veux dire ; lavez-vous jamais entendu parler?
— Je lui ai entendu dire, vraiment
et sans doute.
— Lord Glenthorn est un peu sévère ce soir, dit madame O'Connor.
— Si vous avez remarqué, poursuivi tlady Géraldine , l'étonnante économie de mots du capitaine Andrews ,
saYez-vous d'où elle provient? Vous
croyez peut-être que c'est de la conscience de sa nullité?
Oh! je ne lui soupçonne pas tant de modestie.
Encore! dit madame O'Connor, 1 avec un air d'élonnement insultant pour moi, lord Glenihorn a vraiment bien de l'esprit ce soir.
Lady Géraldine témoigna , par un signe, combien elle étoit choquée du compliment que je venois de recevoir, et me dit : vous vous trompez, Milord, si vous croyez que ce soit par timidité ou par orgueil que le capitaine Amirews est si bref dans ses discours. Vous n'avez pas deviné la raison pour laquelle il ne donne jamais sur chaque chose que la moitié d une opinion.
« C'est ii l'école des diplomates qu'il a puisd ce talent, » dit M. Dcvereus..
Laclj Géraldine— Il faut que vous acliiez que le capitaine Andrews ne « 1 1 en qualité d'aide-de-camp que jusqu'à ce qu'on lui ait trouvé u poste dans la diplomatie. 11 Tout iui i rendre justice, il est tellement propre
, ^ sujet du
inonde il ne hasardera une assertion.
Il n'est sûr de rien , pas même de son
existence.
M. Devereux. — Il manque du moins de la seule preuve de l'existence que voulût admettre Descartes; je pense , donc je suis.
Lady Géraldine. — Il a une telle peur de se compromettre ? que si on lui faisoit cette question : Le soleil s'estil levé ce matin ? U re'pondroit en souriant avec douceur : On m'a dit qu'oui ; j'ai lieu de croire. . . .
Je vous demande bien pardon, dit
M. Devereux, ce style est trop affirmatif. En diplomatie, il faut toujours préférer les verbes impersonnels aux verbes actifs ou passifs. Cette expression on m'a dit expose à de dangereuses recherches. Qui vous a dit? qui vous a fait savoir? Alors on est forcé de citer ses autorités; ce danger n'est pas a craindre, lorsqu'on s'est contenté de cette tournure on dit, on assure.
Que je voudrois entendre la conversation de deux diplomates accomplis! s'écria lady Géra dine.
Cela est impossible, dit M. Devercux; en politique comme en géométrie , il y a des lignes qui font un continuel effort pour s'approcher, sar.s pouvoir se rencontrer jamais.
Les railleries de lady G éraltl ine m'auroientpeut-élrebientôt ennuyé comme:
toute autre chose ; mais il y avoit une inconcevable variété dans sa plaisanterie. D'abord je lavois jugée superficielle, et ne songeant qu'à ses plaisirs; mais |'e lui trouvai un fonds de connoissances qu'on n'avoit pas lieu d attendre d'un esprit aussi dissipé; une profondeur de réflexion , qui contrastoit singulièrement avec sa vivacité naturelle; une horreur et un énergique dégoût pour le vice et la bassesse, qui étonnoient ses compagnes, tristement condamnées à une imitation servile.
J'ai fait mention d'une dame Norton, et d'une dame Hauton , qui se trou voient alors au château d'Ormsby. Ces deux Anglaises, que je n'avois rencontrées dans aucun des cercles de Londres , faisoient une grande sensation en Irlande, et tournoient la moitié
des têtes de Dublin, par l'extravagance de leurs parures , l'impcrl^ nenec de leurs airs, cl 1 audace de leur conduite. Leur renommée partout les précédoit, et avaut qu'elles armassent au château d'Ormsby, tout
le monde y étoit préparé a admirer ces élégantes célèbres. Quand elles étoient présentes, chacun les exaltoitj absentes, chacun les déchiroit, excepté lady Géraldine, qui ne partageoit ni les adorations , ni les dénigremens. Un matin, ces deux dames étoient entourées chacune, deleursadmira leurs. Un groupe se pressoit vers lady Hauton, pour obtenir d'elle des odèies d'habillemens j on considéroit sa parure , avec des yeux d'étonnement et d'envie. Un autre groupe etoit formé autour de lady Norton qui racontoit à voix basse, les détails
tin
d'un procès en divorce, qui occupoit alors beaucoup l'attention du beau moude. Lady Norton avoit reçu des lettres curieuses de ses correspondons de Londres, et on la prioît de les communiquer. Lady Norton sortit pour aller chercher ses lettres; lady Hauion, pour aller commander, je ne sais quels patrons de modes ; ell s n'eurent pas plutôt tourne le dos, que d'une voix unanime, on critiqua leurs discours , leurs vetemens, et toute leur personne. Lady Géraldine quis'etoit tenue a l'écart, examinant des gravures, dans ce moment ferma son livre, et jetant un regard d'indiguation sur toute la société, elle s'avance jusqu'auprès d une des grâces de Swadlinbar, et lui dit d'un ton ironique :
Je vob , ma chère Thérèse , que
Vous
à-fait nue; et vous, ma chère Betty, vous serez bientôt fâchée d'avoir la
réputation d'une femme modeste.
Courage , mes amies , allez en avant et prospérez; empruntez les patrons des modes les plus folles , et les exemples des actions les plus immorales. Qu'on se dépêche; le vice et la folie, n'entreront jamais assez tôt dans notre île. Nous autres Irlandais, nous aurions pu vivre encore cinquante ans dans l'innocence, si vousn'aviez point hâté les progrès de la corruption , si, sans en exiger de quarantaine , vous n'aviez pas reçu à h ras ouverts, tout étranger suspect, si vous n'aviez pas encouragé l'importation de tous les colifichets, de toutes les pernicieuses bagatelles , qui répandent la contagion sur la surface entière de notre pays.
Miss Ormsby* — Oh ! que vous êtes sévère, et cela , parce que j'ai demandé
un patron.
Madame OConnor. — Mais vous
savez que lady Géraldine est trop fière pour prendre modèle sur per-
i sonne.
Eh Lien? si je suis trop fière , je
e corriger ; je vais aller à l'école
>de lady Hauton, et de lady Norton,
pour apprendre d'elles à augmenter
• mes charmes, et à sauver ma réputation. 11 faut que je commence par me
bdéfaire de la mauvaise habitude de arougir, n'est-ce pas, madame O'Connnor? car j'ai remarqué que vous aviez isété .surprise de me voir rougir d'un bdiscours tenu hier à table, par une Me ces belles parleuses. Il faudra aussi nréformer mon langage , apeler avec liintiigue, un arrangement, un proct*
scandaleux , une petite discussion.
Quant à l'adultère , c'est un mot odieux qui ne se trouve plus qu*î dans les livres de prières ? un mot fait pour nos grand'mcres.
« Nous sommes trop polis pour parler de l'enfer, %
Que nous serons vertueux , quand nous n'aurons plus même de noms pour les \:ices! Mais suspendons nos sermons. Apprenons plutôt de ïady