‹ L'Ennui, ou Mémoires du comte de GlenthornChapitre 27 sur 30 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

T*jN entrant à l'hôtel Y*** je trouvai danslesalon deux dames qui partaient assez vivement avec lady ïw. Leur exte'rieur e'toit assez conforme à ce que m'avoit dit mon ami, si ce n'est pourtant que je trouvai la beauté' de la plus jeune bien au-dessus de ce que je m'étois imagine'. LVlégance de sa taille, la charmante expression de tous ses traits me remplirent d'une délicieuse surprise qui fit bientôt place à la plus pénible sensation.

« Lady Y***, permettez-moi de vous présenter M. O'Donoghoe. »

Choqué d'entendre prononcer mon propre nom ^ je faillis à reculer de

hante. La plus âgée de ces darnes détourna les yeux de dessus moi avec cette indifférence que Ton éprouve pour un étranger insignifiant. La jeune sembla touchée de ma confusion, car bienqu'accoutumée depuis long-temps au mouvement des grandes sociétés; \'étois déconcerté par une situation si neuve pour moi. Ah! me dis- je intérieurement, combien je serois mieux reçu si j'étois encore le comte de Gienthorn !

J'étois un peu mécontent de ce que Lord Y*** ne me présentoit pas à ceue charmante femme, comme il me l'a voit promis, et cependant j'eusse éprouvé, une seconde fois, lamortifi.cation de ni -en tendre appeler par mon vrai nom. Enfin, je fus injuste et je ressentis une in patience et une humeur qui n'étoient pas d'accord avec

m'ad

obi.

mon mieux pour y répondre; bientôt elle s'éloigna de moi , et j'entendis une conversation qui s'enlamoit à l'extrémité de la chambre entr'elle et la dame

plus âaée,

« Ma chère Lady Y * * * , savez-vous la nouvelle extraordinaire; la plus incroyable dont j'aie jamais entendu parler? Pour ma part, je n'y crois pas, quoiqu'elle m'ait été annoncée de bonne source. Lord Glenthorn , c'est-à-dire celui que nous avons toujours appelé ainsi, se trouve être le fds de.... dieu fait) qui ; personne n'a pu me dire son nom. .»

A ces mots j'aurais voulu me cacher sous terre; Lord Y*** me prit par le bras et me conduisit dans la chambre voisine. J'ai , aiç dit-il, quel-

ques canules qui passent pour beaux, ne sericz-vous pas curieux de les voir?

« Concevez-vous, poursuivit la vieille «lame dont jVntendois encore la voix , la porte ctoit entr ouverte , concevez vous qu'il ail été change' en nourrice? On lit de ceschoses-là dans les romans, niais on ne les rencontre jamais dans le monde, aussi je ne puis y croire.

En voici cependant les de'tails dans une lettre que m'a e'erite lady Ormsby; un forgeron se trouve cire le vrai Coinie de Glenthorn, et, encolle qualité, il entre en possession du château de Glenthorn et des vastes domaines (jui l'entourent. Et cet homme est marié, comme de juste, à une femme de son. espèce. lia un lis, il en peut avoir cinquante. Et voila où aboutissent nos espérances; et tous mes projets pour Cécilia 'évanouissent »

Je semis que mes traits se de'composoient: « Ne pourrois-je pas me dispenser d'entendre cela, dis-je à Lord Y***; si vous permettez, je vais fermer la porte? »

u Non, me dit-il en souriant et en m arrêt m, il faut que vous entendiez lin**, et cdU vous fera grand Lien.

Vous savez que je suis votre ami, votre

guide et votre maître de philosophie.

Ainsi donnez-moi libe.te' entière; et si l'on parle mal de vous, supportez- Je patiemment ; ne voiLi-t-il pas un heau busle de Soerate? »

Ces paroles de Milord me firent perdre quelque chose de la conversation qui avoit lieu dans l'appartement voisin; les derniers mots que j'entendis, éioient : « •

« Mais, ma chère , Lady Y***, regardez donc Cecilia. Toute autre à sa place

«croit malheureuse et abattue; point du tout , je ne lui ai jamais vu l'air si satisfait ».

e k Oui repondit Lady Y***. Jamais elle ne parut si contente; mais nou* ne devons pas juger d'elle d'après ce qui se passerait dans l'esprit d'une autre, car qui peut être compare'e à mademoiselle Delamère ?

« Mademoiselle Delamère, dis- je à lord Y***, est-ce celle à qui est substitué....

« Le comté de Glenthorn. Justement ; mais, ajouta-t-il en riant, ne laissez pas tomber de vos mains cette tête de Socrate. M

Je perdis encore quelque chose de ce qui se disoit à peu de distance de nous, mais la vieille dame continuant de parler:

m. Je veux seulement vous dire, ma-

chère ? que si cet homme eut été' tel qu'on le dépeignoit, vous n'auriez pas pu faire un meilleur choix. »

,< Ma chère mère, répondît la plusdouce voix que j'eusse jamais entea-

avez jai

isé sérieusement à ce mariage. Vous désireriez pas de me voir unie à

[u'on nous a représenté

Glenthor

« Pourquoi? Qu'est-ce qu'on lui a reproché? Un peu de dissipation et de légèretés Et s'il a voit assez de fortune pour fournir à ses profusions ; qu'importe? Les jeuneâ gens de nos jours sont si extravagans! llfautprendre le monde comme il est. »

« Celle qui a épousé lord Glenîhorn s'est sûrement conduite d'après ces principes ? et vous en avez connu 1 es résulta ts,5) mit *

«Ohl ma chère, quant à ce tle femmelh, ce'toit dans le sang. Quelque personne quelle eut épousée, elle se fût

conduite de la même manière, et Ton m'a assuré que lord Glenthorn cioit un excellent mari. Un de ses cousins m'a conte' qu'un jour sa femme, désirant avoir une chaîne d'or pour meure autour de son cou ou dans sescheveux , je ne sais plus lequel , à l'instant lord Glenthorn en fit acheter cent aunes, et l'aune valoit trois guine'es.

Une autrefois elle avoit envie d'avoir un cachemire, le jour suivant il lui en offrit trois douzaines des plus beaux.. Voilà Cëcilia un ëpoux comme il vous en faut un. »

« Non, ma mère, répondit Cecilia en riant. » r *•

« Vous êtes une fille étrange; ave* vos idées romanesques, je crains bien

C *oo )

que vous ne vous mariez jamais. »

(( Du moins, ma mère, ne sera-ce pas à un fou. »

Lady y***. — Mademoiselle Dclamère avouera du moins qu'un homme peut avoir ses travers sans être tout à fait un fou et sans perdre tous ses droits à l'estime ; autrement elle priveroit d'espérance une portion considérable du genre humain.

Madame Delamère. — Quant à lord Glenthorn , \e vous assure que ce n'étoit rien moins qu'un fou : n'at-il pas vécu pendant trois ans avec une sagesse exemplaire ? Il y a bien long- temps que nous n'avons entendu parler de ses landaus extraordinaires*

Cécilia. — Mais j'ai entendu dire qu'il étoit entièrement dépourvu d'instruction, sans gout pourle'tudte, inca-

ÎOL

paLlc du moindre travail, et qu'il s<* mouroit d ennui. Qu'une femme seroit niallieu rcusc avec un pareil époux!

Lady y**'\ — Mais que pouvoiton attendre d'un jeune homme élevé' comme Ta été lord Glenthorn?

Cécilia. — Rien ; et c'est pourquoi je n'ai jamais désiré de le voir.

Lady J?***. — Peut-être mademoi* selle Delamère changerait- elle- d'opinion si elle le voyait.

Madame. Delamère. — 1\ passe pouï être très- bel homme. Lady Jocunda Lawlcr me Ta dit dans une de ses lettres; elle a été bien près de l'épouser, car le comte en étoit fort épris.

Cécilia. — Preuve certaine que je ne lui aurois jamais plu, car le même homme ne peut pas aimer deux femmes sj différentes.

tadorne Delamère,— Yous n'y en-

tendez rien , ma fille ; je suis persuadée que si vous eussiez connu le comte de Glenthorn , vous en auriez été amoureuse.

Cdcilia. — Cela est possible, si j'eusse trouve' en lui tout le contraire de cé que Ton m'en a dit. Hè'

Dans ce moment arriva la compagnie. Lord Y*** fut appelé pour la recevoir ; je le suivis, enchanté de ne pas être le lord Glenthorn. À dîner, la conversation roula sur des sujets généraux ; et lord Y***, avec une politesse amicale et attentive, s'occupa de me faire valoir , sans laisser deviner le soin qu'il y mettoit.

J'eus le plaisir de voir que Cécilia Delamère ne me prenoit pas pour un Sot : jamais je n'avois fait tant d'efforts pour ne pas déplaire à lady Géraldine quand j'en étois épris.

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Quand toute la société , excepté madame et mademoiselle Delamère , fut partie, lord Yw me prit à part et m«

dît:

a Vous me pardonnerez les moyen* c|ue j'ai pris pour vous convaincre que vous1 êtes bien supérieur à l'idée qu'on s'est fiûtc engénéral du lord Glenthorn. Vous ne trouverez pas mauvais que je vous aie démontré que , lorsqu'un homme est doué d'assez de force d'esprit.pour se reposer sur lui-miiine. et d'assez d'énergie pour tirer parti de scs-takns, il devient indépendant de»

opinions et des discours du vulgaire ; il obtient les suffrages des juges les plus éckirés; et ce sont eus qui à la longue ûirigent le reste du monde. Voulezvous me permettre de vous mettre en (acede votre amie prudente et de votre belle ennemie? a

-«r* Madame et mademoiselle Delàmère, j'ai l'honneur de vous présenter l'ancien comie de Glenthorn. »

Je n'ai qu'un souvenir confus de Tétonnement que montra madame Delamère, mais je n'oublierai jamais la vive rougeur qui anima aussitôt la figure céleste de sa fille. Celle-ci resta dans un silence profond ; mais sa mère s'écria, avec une volubilité toujours croissante :

u Juste ciel ! le lord Glenthorn. J'ai

dit mais il n'étoit pas dans la

chambre. >} Ces dames se lancèrent mutuellement des regards dont le sens e'toit certainement: Il faut espérer qu'il n'a pas entendu notre conversation.

« Mon cher milord-Y***, pourquoi ne pas nous avertir d'avance? Si par hasard nous eussions parlé mal à propos ; vous en auriez été responsable» 9

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« Certainement, mesdames, repondit lord Y*** »

« Mais seïicusemcnt , dit madame Th lanière , est-ce à lord Glcnthorn , oui on non, que j'ai le plaisir de parler? Je crois que toutà l'heure j avois commence à raconter une bigarre histoire qu'on m'avoit apprise; mais peut-être elle est controuvee et mes c orrespondans ont voulu s'amuser de ma crédulité. Je vous certifie que je n'ai pas été dupej je n'ai jamais cru la moitié de cette histoire. »

m Vous pouvez la croire tout entière , lui repondis- je ; l'histoire est vraie en tous ses points. »

« Oh! mon cher Monsieur, que je suis fâchée d'apprendre que ce n'est pas une imposture ; et le forgeron est réellement Comte de Glenthotnj et il a pris possession du château ; il est

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marié et il a un fils! Que vous êtes malheureux ! tout ce que je puis vous dire, c'est que je voudrois de tout mon coeur que vous fussiez encore Comte de Glenthorn. »

Madame Delamère ayant appris de Lord Y*** les circonstances de ce qu'il vouloit bien appeler ma belle conduite, trouva que j'a vois certainet agi avec beaucoup de générosité ; que peu de personnes à ma place eussent cédé une fortune dont je m'étois vu si long- temps légitime proprié-

un

devant la loi; et elle ne pouvoit s'empécher de penser que j'avois agi au moins imprudemment, en ne portant pas l'affairé devant les tribunaux.

Je fus consolé des reproches qui sortoient de la bouche de madame Delamère par l'air de satisfaction qui se ma-

nifcsta dans les yeux de sa fille. Après cette visite, Lord Y*** m'invita une

fois pour toutes à fréquenter sa main; j'y rencontrai souvent mademoiselle Delarncrc et j'eus beaucoup d'occasions de la comparer avec l'image qui m'étoit restée de Lady Ge'raldine ***.

CeciliaDelamèren'etoit pas a jssi amusante que Lady Géraldine, mais elle intéressoit davantage. L'esprit de cette dernière ëtoit toujours vif et piquant, mais il blessoit quelquefois. Celui de

Cecil

jetoit

un e'clat plus agrc'able et plus doux ; ses saillies s'exerçoient plus sur les hoses que sur les personnes; elle n'aoit pas le talent de Lady Ge'raldine pour la caricature, mais elle excelloit dans les peintures gracieuses. L'une possedoit au plus haut degré l'art

comique de l'imitation , et le génie de

la satire; l'autre avoit peut être moins d'étendue clans ses pensées ; mais ses observations générales sur la société et les mœurs annonçoient plus d'im- " partialité et un jugement plus exquis.

Avec autant de générosité que lady Géraldine en pouvoit mettre dans les choses importantes , elle montroitplus d'indulyence et des attentions plus délicates dans les moindres détails de la vie. La fierté de celle-là devenort quelquefois offensante , Cecilia en avoit peut être davantage, mais elle ne la laissoit voir que lorsqu'elle etoit attaquée. Avec une égdiè pureté d'inlentioa , lady Géraldine semettoit plus souvent dans la nécessité de justifier de la sienne. Sans doute Cecilia étoit moins séduisante, mais elle attachoit Lien autrement. Le monde admiroit dans l'une le pouvoir si recherché dû.

paraître avec avantage en public; les vœux plus sages de l'autre n'aspiroient qu'au bonheur domestique. J'admirai long-temps l'une avant de l'aimer; pour Cécilia je ne l'avois point admice encore que je l'aimois déjà.

Tant qu'il me fut possible, je cherchai à me persuader à moi-même que je ne sentois que de l'estime pour mademoiselle Delamère; mais dès qu'une fois je me vis forcé de m'a vouer que je l'aimois, je pris la résolution de fuir ses charmes dangereux. Que je serois heureux, me dis-je, si je possédois encore la fortune que j'ai perdue! Mais dans ma situation présente qu'ai-je

à espérer! certainement , mon ami, lord Y*** n'en a pas agi avec sa prudence ordinaire en m'exposant à une tentation semblable; mais il croyoit

sans doute que l'impossibilité où je

me trouve d'obtenir mademoiselle Delamère m'empècheroit d'y songer, ou bien il a compte sur l'insouciance et l'apathie de mon caractère. Malheureusement pour moi en devenant pauvre je suis devenu plus sensible ; pendant plusieurs années, lorsque j: et ois dans l'opulence et que je pouvois trouver aisément à me marier, je n'en ai jamais eu le désir, me voilà tombé l'égarement d'un amour sans espoir.

J'examinai ma situation avec plus d'attention encore. Trois cents livres sterlings par an étoient tout ce que je possédois au monde, et Cécilia, quoique peu riche, avoit été accoutumée à la dépense, car sa mère n'avoit jamais perdu de vue le comté deGIenthorn, dont elle la regardoit comme l'héritière assurée. Cependant le propriétaire actuel jouissoit d'une santé excellente,

il avoit un fils également fort et Lien portant, et comme il n'y avoit pas d'apparence que madame Delà m ère

décidât sa fille à épouser le jeune lord, héritier présomptif, il faîloitbien qu'elle tournât ses regards d un autre côte', pour lui trouver un époux sortaLle. Cette dame rcgardoit une grande fortune comme indispensable pour le bonheur. Les idées de Cécilia étoient plus modérées; mais quoique désintéssée et généreuse, ellen'ëtoit ni assez romanesque, ni assez simple pour faire un établissement qui ne lui donneroit [ pas les moyens de tenir son rang parmi ^ ses e'gauxj quand je me serois cru as- ^ sez d'influence sur mademoiselle Dei lamère pour la décider à un mariage Ci imprudent et mal assorti, je n'aurois q pas voulu abuser de la confiance que m'avoit montré lord Y*** pour détruire

le bonheur d'une jeune personne à qui il prenoit le plus vif intérêt. Je re'solus de ne plus la voir, et pendant quelques semaines, fidèle à ma destination, je m'abstins de fréquenter la maison de lord Y***i Je regarde cette action comme la plus vertueuse dont je puisse me flatter; c'est certainement le sacrifice le plus pénible que m'ait arraché le sentiment du devoir. Enfin, lord Y*** vint me voir un matin, et après m'avoir reproché ma disparition de la manière la plus amicale, il me déclara qu'il ne se contenteroit point des excuses bannales dont se payent les simples connoissanecs ; que son désir ardent de me voir heureux lui donnoit le droit d'exiger de moi une franchise parfaite. Je me sentis soulagé par ses encouragemens ; j'avouai clairement le motif de ma conduite. Il m'é-

coûta sans étonnement et me dit

( >iS )

f< Il est agréable pour moi de voir que je ne me suis trompé ni dans le jugement que'j'ai porte' sur votre go ut, jii dans celui que j'ai porte' sur votre

délicatesse; permettez-moi de vous assurer que vous avez senti et agi précisément comme je l'avois prévu. Il est de certains présages moraux qu'un homme expérimente' interprète toujours avec justesse, et d'après lesquels on peut faire des prédictions assurées sur la conduite , et par conséquent sur la destinée des individus. Je suis convaincu que c'est de nous que dépend notre fortune. Les dieux privent d'abord d'intelligence celui dont ils ont résolu la perte; mais ils accordent la probité j la raison et l'activité à celui qu'ils veulent rendre heureux. N'avezyous déjà pas fait preuve de la plus scrupuleuse probité , et votre activité

ne se révcillera-t-ellepas bientôt? Ouï,

cette mol esse de caractère que vous vous reprochez à vous-même, n'est venue que du manque d'occasion ; mais maintenant le plus puissant des motifs va vous aiguillonner et vous allez réussir à proportion de votre activité. Vous savez que dans notre patrie les talens et la persévérance mènent à tout : un homme habile et appliqué peut aisément y arriver à la réputation et affermir son indépendance. Le temps et le travail sont nécessaires pour vous préparer à la profession dans laquelle vous devez vous distinguer , et sans doute vous serez laborieux et patient,

.L'industrie cl le temps par leur double puissance , De l'objet île ses vœux rappiochent l'espérance.

Quant à la probabilité de votre succès futur, je n'en puis juger que par la connoissance que j'ai des vues et du

caractère de la femme que vous aimez.

Je sais qu'à l'égard de la fortune ses désirs sont modères, et je suis certain que dans le choix d'une époux , son excellent jugement sera décide par les qualités essentielles et non par quelques avantages fortuits que pourroient posséder ceux qui prétendent à sa main. L'influence de sa mère finira sûrement par céder à la supériorité de sa raison. Cécilia jouit sur elle, non -seulement du pouvoir que les esprits fermes ont . toujours sur les foibles, mais elle exerce de plus le doux empire de l'amabilité et des grâces qui sont toujours si puissans sur les femmes , même les plus plus altières Sans doute mademoiselle Delamère, en formant un<5 union, doit y apporter toutes les précautions qu'indique la prudence, mais

cette prudence ne la dominera pas ty-

( liO )

ranniquenicnr \9 et ses païens pourront aisément lever les obstacles qui naîtroient d'embarras pécuniaires , si elle se de'cidoit pour un homme disposé à se contenter de l'honnête nécessaire, et qui eût prouvé d'avance qu'il est en état, par son travail, de garantir V indépendance de sa femme. J'ap^puie avec force sur cette dernière condition , parce qu'elle est indispensable, et que je suis convaincu que sans elle on n'obtiendra jamais le consentement deCécilia, lors même que sa majorité lui permettra de mettre plus de liberté dans son choix. Vous voyez les raisons qui vous excitent au travail : est-il un plus doux espoir et une plus belle perspective à présenter à un esprit aussi mâle que généreux ! Adieu ; de la persévérance et du succès.»

L Tel fut le discours que me tint lord

'Y**''\ Il fit su:' mon esprit tmc telle impression, que je crois l'avoir rapporte ici textuellement, fie ce jour je date le commencement d'une existence nouvelle. Echauffe par la noble ambition de me distinguer aux yeux de mes semblables , soutenu par le désir de plaire à la plus aimable des femmes, je sentis s'éveiller toutes les facultés de mon amej mon activité se développa et ne fit que s'accroître. Le charmé de l'indolence fut rompu et le démon de l'ennui expulsé pour jamais.

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