‹ L'enseigne de GersaintChapitre 2 sur 18 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

vingt ; en revenant à Paris, ils étaient six. Il faut croire, me disaisje, que les redingotes de 1900 commençaient à se lustrer, on les a retournées en 1910 ; la critique s'amuse et justifie son existence ; à quoi bon aller à Berlin si on n'en rapporte rien de nouveau? Revenu de Berlin, en effet, le clan de la critique, sauf l'exception de quelques obstinés — comme il y en eut en 1900, mais dans l'autre sens, — en tenait pour l'Enseigne de l'empereur. Et je n'y pensai plus, jusqu'au jour que je viens de dire, lorsque je me trouvai moi-même en présence des tableaux eux-mêmes.

Je n'en savais pas davantage. J'ai dit tout à l'heure que cette imprécision, ces contradictions non plus, ne pouvaient désormais, dans ma résolution d'entreprendre une étude raisonnée sur Watteau, me suffire. Une enquête minutieuse, scrupuleuse, complète, je devais la mener avant de poursuivre ma tâche. Cette enquête, je la fis, et si mon embarras changea, alors, de forme, il resta tout aussi grand.

Certaines personnes, me disais-je, ne vont-elles pas m'accuser de faire bien légèrement fi des services qu'elles m'ont rendus, lorsqu'elles verront que je marche si manifestement à l'encontre de leur propre sentiment? Je les supplie de n'en rien croire, et d'être persuadées qu'aucune préoccupation, si ce n'est artistique, ne m'a conduit dans cette recherche qui fut quelquefois douloureuse par les résultats obtenus, si opposés à leur conviction. La mienne se faisait peu à peu, aussi loyale, aussi profonde.

Et si je me décide à la publier, c'est que je me trouve, je le répète, dans l'impossibilité, d'une part, d'encombrer un ouvrage

d'art et de psychologie d'artiste, de détails matériels infinis, et, d'autre part, de publier quoi que ce soit d'à peu près complet sur Watt eau en laissant en suspens un problème capital pour son œuvre, problème dont je suis arrivé à trouver la solution définitive, puisque, au cours de mes recherches, il m'a été donné, d'abord, de préciser et d'éclaircir certains faits restés jusqu'ici dans l'ombre et la confusion, et puisque j'eus le bonheur, ensuite, de rencontrer le document irrécusable et décisif qui, uni aux autres preuves que je ferai ressortir, mettra le point final, du moins je l'espère, car la subtilité de la critique et la malignité dont parle M. Le Prieur sont infinies, au problème cent-cinquantenaire de l'Enseigne de Gersaint.

C'est donc bien comme étant, non pas une œuvre de polémique, mais la simple préface à un ouvrage de longue haleine, ou son appendice... anticipé, que je demande que soient prises ces pages : sans les précisions qui vont suivre, je ne pouvais poursui\Te un travail déséquiUbré désormais, et où l'histoire anecdotique n'a droit à aucune place légitime.

Je sais ce dont je suis redevable à ceux qui m'ont ainsi, s'ils l'ignoraient autant que je l'ignorais moi-même, mis dans le bon chemin. Nous fûmes tous innocents et de bonne foi. Je dois du moins aux personnes de tout rang qui m'ont si libéralement facilité ma tâche, d'éviter toute agressive manière qui serait inconvenante doublement. Ce sera ma préoccupation constante. La nécessité m' ayant poussé, je me trouve pouvoir terminer une trop longue discorde. Du plus petit au plus grand, chacun s'en réjouira. Et ceux qui ne savent pas encore ce que je sais, mais qui vont le savoir, se féhciteront, j'en suis sûr, avec moi, des hasards divers et heureux, et des concours inestimables qui m'ont favorisé dans la recherche et dans la découverte de la vérité.

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