LE 30 JUILLET
Près de la famille Henry, dans l’assistance nombreuse et émue, se tenaient : le lieutenant de vaisseau Perdriel, représentant l’amiral de Courthille, préfet maritime; le capitaine de vaisseau de Marolles, ancien commandant du D’Entrecasteaux ; M. le vicomte de Roquefeuil, maire de Plougrescant; le lieutenant de vaisseau Darcy; M. Lejeune, commissaire de l’inscription maritime à Tréguier; plusieurs enseignes de la promotion d’Henry; le premier maître de manœuvre Casimir, représentant les officiers mariniers du D’ Entrecasteaux ; le second maître Elias, portant le dra-
QUELQUES LETTRES
peau du Pé-T’ang, et dix de ses compagnons du siège, tous décorés de la médaille militaire.
Après la bénédiction du monument, de touchants discours ont été prononcés par MM. de Roquefeuil, Perdriel, de Marolles, et par M. l’enseigne Boissarie, au nom de la promotion de Paul Henry. Le poète Théodore Botrel a dit une poésie à la mémoire du soldat breton.
(( La cérémonie, écrit un témoin, a été ce qu’elle devait être : très belle, très touchante et très simple h »
' A quelques mois de là, une seconde cérémonie réunissait, au même lieu, une assistance semblable : le corps de Paul Henry, ramené en France, était inhumé dans le monument dont je viens de parler. Un des assistants, parent du jeune officier, a raconté avec émotion ce dernier acte des funérailles.
(( Le gouvernement, dit-il, avait décidé que le transport des restes de Paul Henry et de son jeune camarade l’aspirant Herber, tué glorieusement aussi pendant le siège des légations, serait fait aux frais de l’État. Partis de Pékin le 13 avril 1902,. les corps des deux officiers ne sont arrivés à Marseille que le 19 juin. Après une imposante cérémonie militaire, le cercueil renfermant les restes de l’enseigne Henry fut dirigé sur la Bretagne. Le 23 juin, il arrivait à Pontrieux. Le 26, à da première heure, la châsse énorme était placée sur un corbillard, et, sous les plis du drapeau tricolore qu’il avait si bien défendu, Paul Henry fit la dernière étape du long voyage. Par les collines et les vallées inondées de lumière , le cortège s’achemine, traversant les bourgs et les villages de ce joli coin de Bretagne, et les cloches, à toute volée, portent au loin la nouvelle de son passage. Sonnez gaiement, cloches bretonnes! celui qui passe a sauvé du martyre un évêque, des religieuses et des chrétiens par centaines , sonnez gravement, cloches de Tréguier! celui qui passe est mort en héros, sonnez tristement, cloches de Plougrescant ! une famdle. désolée attend, au pied du calvaire, les restes de son enfant.
« A dix heures, le cortège arrive. Quatre marins, Louarn, Le Secli, Lalès, bay, quatre •épaves glorieuses du siège, tous blessés et portant de nobles cicatrices, entourent le coips de leur chef. Louarn porte le drapeau du Pé-f’ang, qui flotte au vent, troué par plus de vingt balles.
« Après la cérémonie religieuse et le panégyrique, prononcé par M. 1 abbé Le Pro^ost, vicaire général de Saint- Brieuc, le corps est porté au pied du monument que ses camaiades de promotion et les officiers du D'Entrecasteaiix ont élevé, 1 an passé, a la mémoiie d Heniy. En une allocution vibrante, le lieutenant de vaisseau de Ferré de Péroux, délégué par l'amiral Roustan, préfet maritime de Brest, rappelle le magnifique exemple donné par Paul à ses frères d’armes, et lui adresse, au nom de la marine tout entière, un dcrniei adieu.
« Repose en paix sur cette terre de la catholicpie Bretagne que tu as tant aimée, cher petit héros, et que ton nom soit à tout jamais glorifié, comme un symbole do sacridee volontaire et de sublime dévouement.