‹ L'enseigne de vaisseau, Paul Henry. --Chapitre 8 sur 14 · LE VŒU A SAINTE ANNE · texte numérisé non relu

LE VŒU A SAINTE ANNE

F avier voulut, quelques jours après son arrivée en Europe, venir consoler le père et la mère du jeune officier qui avait sauvé le Pé-T’ang, et leur apporter le drapeau que Paul souhaitait posséder après Favoir défendu. Il passa, en effet, la soirée du 19, la journée du 20 et la matinée du 21 janvier 1901, au milieu de la famille Henry, à Angers. Sachant à quels chrétiens il parlait, il leur défendit presque de pleurer; il leur répéta les mots qui ont été adressés, à travers les âges, aux parents des saints : « Ne pleurez pas, votre fils est sauvé. » Ce fut le résumé des longs entretiens qu’il eut avec eux, et la conclusion des récits et des confidences qu’il leur fit.

Il s’exprima de même, quand il raconta, le 20 janvier au soir, devant un auditoire nombreux, réuni dans la grande salle de l’Université catholique d’Angers, le siège de la mission de Pékin et la mort de l’enseigne Henry. Après avoir dit la journée de deuil du 30 juillet 1900, et

comment, le lendemain, le corps du jeune officier avait été descendu dans une tombe creusée dans le jardin du Pé- T’ang, au pied d’une statue de Notre-Dame de Lourdes, il ajouta : a Moi, je n’ai pas dit les prières de la sainte Eglise. Je ne sais pas si ce sont des visions; mais, pour moi, Paul est allé en paradis... Pour moi, je suis sûr que c’est un saint. J’invoquais souvent saint Georges, saint Maurice, et j’ajoutais Paul... Je ne comprends pas qu’on chante autre chose qu’un Te Deum. Je l’ai dit au pape, et il m’a dit : a Vous avez bien fait. »

Trois jours après cette conférence, qui fit sur les auditeurs une impression extrêmement vive et durable, M’’^ Favier se rendait à Sainte- Anne d’Auray, pour y accomplir, à la place de Paul Henry, le vœu fait par les défenseurs du Pé-T’ang. Il apportait et confiait au trésor de la basilique un calice d’or orné d’émaux. La cérémonie avait attiré un grand concours de fidèles. Beaucoup de journaux de France en donnèrent le compte rendu ou la signalèrent, et, parmi eux, le journal V Univers , auquel j’emprunte les pages que voiciL

Mercredi , 23 janvier . — (c Ce vœu a été fait dans des circonstances extraordinaires : il fallait qu’il fût solennellement accompli. Depuis mon arrivée en Europe, je me SUIS rendu à Rome, où j’ai eu le bonheur d’entretenir longuement le souverain pontife; j’ai été en Bourgogne, mon pays natal, où m’attendait ma chère et vénérable mère. Avant de retourner en Chine, je visiterai bien des villes*

* Univers, numéro du lundi 4 février 1901. La lettre d

U correspondant n’est pas signée.

LE SIÈGE DU PÉ-T’ANG

et bien des localités. Si j’avais été mis dans la cruelle nécessité de choisir , il n’est pas un seul de ces voyages que je n eusse volontiers sacrifié au pèlerinage de Sainte- Anne dAuray. Au besoin, je les aurais sacrifiés tous. Et pourtant je ne suis pas ici en mon propre nonij je ne suis que le délégué de celui qui ne peut venir. )>

(c Tel a été le début du récit empoignant que Favier a fait, le mercredi 23 janvier, dans la basilique de Sainte- Anne, aux nombreux pèlerins attirés par le désir de le voir et surtout de l’entendre.

(c L’évêque de Pékin a dû être content. L’accomplissement du vœu a été aussi solennel qu’il pouvait le souhaiter; la cérémonie d’action de grâces a été aussi belle, aussi triomphante que semblaient le demander les circonstances.

(C On était accouru de toutes les paroisses du littoral breton. Il y avait des pèlerins d’Arzon, de la Trinité- sur- Mer, de Quiberon, de Moëlan, de Saint- Renan, de Brest, de Guipavas, de Lesneven, de Perros-Guirec, de Lannion; tous, ou presque tous, les parents ou les amis des marins et des soldats qui ont pris part à l’expédition de Chine, et principalement de ceux qui ont combattu à Pékin. Ce n’était pas la population mêlée et quelque peu bruyante de nos grands jours de fête, mais des fidèles déjà recueillis et presque émus. L’âme de cette foule semblait se mettre d’avance en harmonie avec les impressions qu’elle devait bientôt éprouver. Çà et là, dans les rues du village, dans la basilique ou sur l’esplanade, des femmes, des jeunes filles, de jeunes garçons en deuil : ce sont les épouses, les

sœurs ou les enfants des marins qui ne sont pas revenus de l’horrible pays jaune, où ils sont morts en défendant les légations ou le Pé-T’ang. On^se montrait le père, l’oncle et les deux jeunes frères, l’un séminariste, l’autre élève de marine, du héros Paul Henry, dont le nom était dans toutes les bouches. Dans différents groupes on apercevait les survivants de la terrible lutte. Un congé bien mérité leur avait permis d’accepter le rendez-vous qui leur avait été donné aux pieds de sainte Anne. Tous ils ont, à la boutonnière, un ruban spécial, en attendant la médaille. Quelques-uns portent les marques, plus glorieuses encore, des blessures à peine fermées.

a Ces tout jeunes gens, quelques-uns presque des enfants, n’ont pas l’air de se douter qu’ils ont fait de grandes choses. Ils sont tout étonnés et cependant ravis des chaleureuses ovations dont ils sont à chaque moment l’objet. L’héroïsme vrai s’ignore lui-même. Leur démarche n’a même rien de martial, et leur attitude est aussi simple que celle des pèlerins qui les admirent. Leur chef surtout, Llias, ce simple quartier-maître de mousqueterie , aujourd’hui second maître, qui, à la mort de l’enseigne Henry, a eu l’honneur de commander devant l’ennemi pendant plus de quinze jours, Élias a une physionomie très calme et plutôt mélancolique, le parler ^oux et presque féminin. Mais sous toutes ces vareuses noires et sous le collet bleu, on devine des corps agiles et des membres souples, tout prêts a bondir. Dans le visage tranquille, on trouverait, à le bien chercher, le signe des résolutions énergiques et des entêtements tenaces. Ces humbles ont désormais leur

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