LE VOEU A SAINTE ANNE
place dans Thistoire, et longtemps on parlera d’eux, parce
qu ils étaient à ce grand siège qui a eu lieu dans les murs de Pékin.
(c A leur tete, on verra se placer tout à l’heure un autre glorieux mutilé : le drapeau français qui, pendant plus de deux mois, n’a cessé de se dresser sur les fortifications du déchiré par près de cent balles chinoises, noirci par la mitraille, ayant perdu plus de la moitié de son étoffe , et dont une main pieuse a essayé de cicatriser les innombrables blessures. Il a été à la peine : il était juste qu’il fût à l’honneur !
a Toute la foule avait pris place dans la basilique longtemps avant l’heure marquée pour la cérémonie.
(c Qu’on se rappelle ou qu’on se représente la scène que nous avons eue sous les yeux : le vaste chœur de 1 église tout entier occupé par les prêtres ; les trois nefs absolument remplies par les fidèles, les marins et quelques soldats de l’expédition groupés au pied de la chaire : tout autour d’eux, les parents en deuil, et plus loin, sur l’autel de sainte Anne, le drapeau qui représentait si bien les deuils et les grandeurs de la patrie; et tout à coup, après la messe solennelle chantée en présence des deux évêques de Vannes et de Pékin, surgissant dans la chaire, se dressant dans sa haute taille, Favier, dont on avait hâte de contempler les traits vénérables et de recueillir les paroles.
(( Avant qu’il eût ouvert la bouche, un silence religieux régnait d’un bout à l’autre de l’édifice, où les orateurs les plus éloquents ne parviennent presque jamais à dominer entièrement le bruit. On l’écoutait déjà.
« Rarement orateur eut un thème aussi émouvant à développer devant un auditoire. Avec une opportunité parfaite, peut-être même avec un parti pris évident s’alliant à une habileté consommée, Favier a laissé les faits
parler. Les faits, du reste, parlaient assez d’eux-mêmes; et on ne peut l’accuser d’avoir voulu y ajouter les prestiges de l’éloquence ou de Faction oratoire. Nulle recherche de l’effet : l’émotion, qui naturellement accompagne un récit tragique, refoulée au fond du cœur; un verbe qui, comme celui de saint Paul, dédaigne les procédés de l’art, et néglige au besoin la grammaire; les événements exposés avec une rhétorique nue, rapide, presque froide; l’homme faisant effort pour s’effacer et ne laisser voir que les choses. Mais ces choses étaient en elles-mêmes si belles et si émouvantes, que tous les auditeurs en étaient attendris. . .
(c Aussitôt le magnifique récit terminé, une procession émouvante s’organise à l’intérieur de la basilique. Les pèlerins restent tous à leur place. Au milieu de la foule, et tout le long des nefs latérales, on réussit à frayer une voie où s’engage un défilé triomphal. En tête, le drapeau du Pé-T’ang, porté par Michel Henry, en qui son frère semble revivre en ce moment; derrière, les marins qui se souviennent d’avoir été secourus par sainte Anne à l’heure du danger, et enfin l’évêque de Pékin portant l’ex-voto, qui donne un corps aux vives espérances qui animaient là-bas toute une population chrétienne, protégée par les' armes et par la patronne des marins bretons. Avec eux