‹ L'enseignement de JésusChapitre 7 sur 23 · Cf. Lagrange, Revue biblique, lOOi, p. IIG · texte numérisé non relu

Cf. Lagrange, Revue biblique, lOOi, p. IIG

Mais est-ce seulemeat une parabole? Peut-on perdre de vue que cette parabole est une réponse aux pharisiens et aux scribes qui murmurent de ce que Jésus accueille les pécheurs et mange avec eux (Marc, XV, 1-2)? Jésus fait donc allusion à sa propre conduite et nous voici dans l'allégorie et tout près de saint Jean rapportant l'allégorie : tt Je suis le bon pasteur », etc. (Jean, X, Il et suiv.). Ne rapetissons pas l'enseignement par l'image, tel que Jésus l'a pratiqué jusqu'à ne lui prêter que des images d'une signification si courte et des paraboles d'une portée si élémentaire, que cet enseignement parabolique finirait par être d'une platitude inconciliable avec la pensée si élevée du Sauveur.

Une dernière forme de l'enseignement de Jésus est celle où la parole du Sauveur semble s'inspirer des accents qui, dans l'Ancien Testament, sont ceux des psalmistes et des prophètes.

La prière est la première des leçons religieuses que nous devions à l'Ancien Testament. C'est lui, souverainement, qui apprend à prier. Jésus, à son tour, est le maître de la prière. Combien de fois le mot prière ou prier revient-il dans l'Évangile? Jésus prie, Jésus prie longuement. « En ces jours-

là, il se retira sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu » (Luc, VI, 12). Dans la nuit du jardin des oliviers, « se trouvant en agonie, il priait plus instamment i> (XXII, 44). La prière est pour Jésus un dialogue intérieur entre lui et le Père. « Père, si vous voulez, éloignez dé moi ce calice ! Cependant que ce ne soit pas ma volonté, mais la vôtre qui se fasse » (XXII, 42). « Père, je remets mon esprit entre vos mains » (XXIII, 46). Quand ses disciples lui demandent de leur enseigner à prier, il met sur leurs lèvres l'oraison dominicale, que TertuUien appellera un jour l'abrégé de tout l'Évangile, et qui est dans la même manière: « Père, qui es aux deux... » La prière sacerdotale du Sauveur, dans le quatrième évangile (Jean, XVII, 1-26), est une élévation à Dieu, prononcée en présence des apôtres : pareilles élévations devenant alors une forme d'enseignement, tout en restant une prière. Les Synoptiques nous en donnent un exemple unique.

Mat., XI. " En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. "Oui, Père, je te loue de ce que tu l'as voulu ainsi. *' Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père; personne non plus ne

connaît le Père, si ce n'est le fils et celui à qui le Fils veut le révéler.

On a dit que c'était là un hymne, un cantique qui rappelait la prière de Jésus fils de Sirach, dans le livre de V Ecclésiastique (LI, 1-30), et l'observation est fondée. Cette prière du Sauveur rappelle aussi bien les plus beaux psaumes.

Enfin, et c'est un contraste inattendu, il est des pages de l'Évangile oti éclatent des imprécations et des menaces. La voix de Jésus semble s'emplir d'une éloquence sombre et terrible. Saint Mathieu a recueilli, seul, un long discours contre les pharisiens, d'une ordonnance peut-être un peu composée et oh l'évangéliste a sans doute mis la main.

Mat., XXIII. "Malheur à vous, scribes et pharisiens iiypocrites ! parce que vous fermez aux hommes le royaume des deux; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer.

" Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous courez la terre et la mer pour faire un prosélyte; et, quand il l'est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous.

La malédiction se relève ainsi huit fois, dans la même forme : « Malheur à vous... », qui se retrouve ailleurs dans les discours de Jésus (Mat., XI, 21; XVIII, 7; XXIV, 19; Luc, VI, 24, 25, 26, etc.), et

qui est une forme prise aux prophètes, comme Isaïe, Jérémie^ Ezéchiel.

Is., V.* Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, qui joignent champ à champ, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espace, et qu'ils habitent seuls au milieu du pays ! " Malheur à ceux qui tirent l'iniquité avec des cordes de mensonge, et le péché comme avec les traits d'un chariot...! " Malheur à ceux qui appellent le mal Lien, et le bien mal,

qui font des ténèbres la lumière, et de la lumière des ténèbres...!

" ]\Ialheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux, et intelligents h leiTr propre sens !

" Malheur à ceux qui sont des héros pourboire le vin, et vaillants à mêler les liqueurs fortes...!

Nous n'avons considéré jusqu'ici de renseignement de Jésus que sa forme littéraire, et comment il s'est subordonné aux habitudes natives de l'esprit juif. Mais cet enseignement est airccto aussi par l'horizon au sein duquel il se produit, et tout autant par la condition des auditeurs auxquels il s'adresse. C'en est la couleur, couleur locale et couleur sociale.

La nature environnante se reflète dans l'Évangile,

sans qu'il porte la trace d'aucune recherche, ni proprement d'art. Elle s'y reflète ingénument et sobrement, mais nettement, et de telle manière que les traits que nous noterons ne sont vrais que du pays de l'Évangile. Le sentiment de la nature trouve là une expression qui compte parmi les plus rares et les plus justes. Il n'est pas une parure, un agrément imprévu : il tient au tissu même de la pensée. Son originalité estd'être appliqué à l'intelligence et à l'expression des choses spirituelles et morales.

Luc, XII. " Considérez les corbeaux : ils ne sèment, ni ne moissonnent, Us n'ont ni cellier, ni grenier, et Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus que les oiseaux?

*' Considérez les lis comment ils croissent : ils ne travaillent, ni ne filent ; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'était point vêtu comme l'un d'eux. " Si donc cette herbe qui est aujourd'hui dans les champs et qui demain sera jetée au four, Dieu la revêt ainsi, à combien plus forte raison ne vous vêtirat-il pas, gens de peu de foi?

Mat., Xin. ""* n leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu'un homme a pris et semé dans son champ. •* C'est la plus petite de toutes les semences. Mais, quand il a poussé, U est plus grand que tous les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches.

Mat., XXIV. "Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l'été est proche...

Mat., XVI. * Le soir vous dites : Il fera beau, car le ciel est rouge; "" et le matin : Il y aura de l'orage aujourd'hui, car le ciel est d'un rouge sombre. Hypocrites, vous savez discerner l'aspect du ciel, et vous ne pouvez 4iscemer les signes des temps.

A des traits comme ceux-là, on en relèverait presque à chaque page de l'Évangile, on a l'impression d'une nature colorée, animée, fleurie: c'est l'impression que la Galilée a donnée toujours aux voyageurs : « Provincia similis Paradiso, in iritico et in f rugis similis j^gypto^ modica quidem^ ^ed praecellit ^gyptum in vino et oleo et poma » , disait un pèlerin du vi* siècle, en parlant de Nazareth'. Voici le témoignage d'un pèlerin plus mo- -derne et de meilleur style :

a Une absence complète du sentiment de la nature, aboutissant à quelque chose de sec, d'étroit de farouche, a frappé touies les œuvres purement hiérosoly mites d'un caractère grandiose, mais triste, aride et repoussant. Avec ses docteurs ^solennels, ses insipides canonistes, ses dévots

1. Antonin., Breviarius, 5, dans les Itinera hiérosoly m. , édit. ^Geyer (Vienne 1898), p. 162.

hypocrites et atrabilaires, Jérusalem n'eût pas conquis rhumanité... Jérusalem est la vraie patrie du Judaïsme obstiné qui, fondé par les pharisiens, fixé par le Talmud, a traversé le moyen âge et est venu jusqu'à nous. Une nature ravissante contribuait à former cet esprit beaucoup moins austère, moins âprement monothéiste, si j'ose le dire, qui imprimait à tous les rêves de la Galilée un tour idyllique et charmant. Le plus triste pays du monde est peut-être la région voisine de Jérusalem. La Galilée, au contraire, était un pays très vert, très ombragé, très souriant, le vrai pays du Cantique des Cantiques et des chansons du bien-aimé. Pendant les deux mois de mars et d'avril, la campagne est un tapis de fleurs, d'une franchise de couleur incomparable. Les animaux y sont petits, mais d'une douceur extrême. Des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus si légers qu'ils posent sur une herbe sans la faire plier, des alouettes huppées, qui viennent presque se mettre bOus les pieds du voyageur, de petites tortues de ruisseaux, dont l'œil est vif et doux, des cigognes à l'air pudique et grave, dépouillant toute timidité, se laissent approcher très près par l'homme et semblent l'appeler. En aucun pays du monde, les montagnes ne se déploient avec plus d'harmonie et n'inspirent de plus hautes pensées... Ce joli pays, devenu aujourd'hui, par suite de l'énorme appau-

vrissement que l'islamisme a opéré dans la vie humaine, si morne, si navrant, mais où tout ce que l'homme n'a pu détruire respire encore l'abandon, la douceur, la tendresse, surabondait, à l'époque de Jésus, de bien-être et de gaieté. Les Galiléens passaient pour énergiques, braves et laborieux. Si l'on excepte Tibériade, bâtie par Antipas en l'honneur de Tibère (vers l'an XV) dans le style romain, la Galilée n'avait pas de grandes villes. Le pays était néanmoins fort peuplé, couvert de petites villes et de gros villages, cultivé avec art dans toutes ses parties. Aux ruines qui restent de son ancienne splendeur, on sent un peuple agricole, nullement doué pour l'art, peu soucieux de luxe, indifférent aux beautés de la forme, exclusivement idéaliste. La campagne abondait en eaux fraîches et en fruits ; les grosses fermes étaient ombragées de vignes et de figuiers ; les jardins étaient des massifs de pommiers, de noyers, de grenadiers. Le vin était excellent, s'il faut en juger par celui que les Juifs recueillent encore à Safed... »

Ce pays galiléen, contemporain du Sauveur, et (qui nous est connu par quelques textes de l'historien Josèphe, apparaît dans l'Évangile en pleine lumière et comme saisi en de sobres mais vivantes esquisses, d'une familiarité exquise, surtout d'une délicieuse sympathie. C'est un monde très animé

que le regard du Sauveur a surpris en pleine vie. La Galilée est un pays de blé et de vigne. Nous avons déjà rencontré le semeur, le moissonneur n'est pas loin :

Marc, IV. " Et il disait : H en est du royaume de Dieu comme quand un homme jette de la semence en terre. "' Et qu'il dorme et qu'il veille, la nuit et le jour, la semence germe et croit sans qu'il y pense. " D'ellemême, la terre produit, d'abord l'herbe, puis l'épi, puis le grain tout formé dans l'épi ; " et, quand le fruit est mûr, aussitôt il y met la faucille, car la moisson est venue.

Nous avons rencontré le riche propriétaire qui n'a plus où serrer sa récolte, et qui songe à abattre ses greniers pour en construire de plus vastes (Luc, XII, 16-21). La vigne donne d'autres soucis avec les bâtisses qu'il faut élever :

Luc, XIV. " Car, lequel de vous, s'il veut bâtir une tour, ne s'assied d'abord pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi la terminer? "'' de peur qu'après avoir posé les fondements, il ne puisse l'achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler, " en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu achever.

— avec les vignerons qu'il faut louer :

Mat. , XX. * Le royaume des cieux est semblable à un père de famiUe qui sortit dès le matin afin de louer des

ouvriers pour sa vigne. ' Étant convenu avec les ouvners d'un denier par jour, il les envoya à sa vigne. ' Et, sortant vers la troisième heure, il en vit d'autres qui étaient sur la place inoccupés. * Et il leur dit : Allez aussi à ma vigne et je vous donnerai ce qui sera juste. ' Et ils y allèrent. Et, sortant de nouveau vers la sixième heure et vers la neuvième, il fit de même. * Étant sorti vers la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient sur la place et il leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? ' Ils lui répondirent : C'est que personne ne nous a loués. Il leur dit : Allez aussi à ma vigne. * Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire en allant des derniers aux premiers...

— avec les soins de toute sorte qu'il faut donner à la culture :

Marc, XII. * Un homme planta une vigne, et l'entoura d'une haie, et creusa un pressoir, et bâtit une tour, et la loua à des vignerons, puis s'en alla dans un pays lointain.

Luc, Xm. " Il disait aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne, et il vint pour y chercher du fruit, et il n'en trouva point. ' Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve point. Coupe-le ; pourquoi rend-il même la terre stérile?' Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année jusqu'à ce que j'aie creusé tout autour et que j'y aie mis du fumier. ° Peutêtre à l'avenir portera-t-il du fruit; sinon tu le couperas.

Rien que dans ces raccourcis, la vie sociale apparaît : le propriétaire, l'intendant, l'ouvrier qui se loue pour un salaire journalier, le vigneron qui prend la vigne à ferme. La sympathie de Jésus va vers le serviteur, malmené, battu, pitoyable :

Luc, XVn. ' Qui de vous, ayant un serviteur qui laboure ou qui fait paître les troupeaux, lui dira, quand il revient des champs : Approche ^âte, et mets-toi à table ? * Ne lui dira-t-il pas au contraire : Prépare-moi h souper, ceins-toi, et sers-moi, jusqu'à ce que j'aiemangé et bu ; après cela, tu mangeras et boiras ?

Combien de paraboles sont tirées de la vie du serviteur, de ses rapports avec le maître, avec l'intendant ? On dirait que ce monde de serviteurs est l'ordinaire auditoire du Sauveur.

Ils ont des mœurs sobres et pures. Les paroles de Jésus sont presque sans reproches pour eux. Auprès de saint Paul, dont le langage est parfois d'une crudité si choquante, soit qu'il argumente contre des Juifs, soit qu'il prêche des Grecs, le langage de l'Évangile est d'une innocence d'enfant et d'une pudicité incorporelle. Les pécheresses sont dans les cités ; là aussi les riches et les rois. Jésus parle des pécheresses, des riches et des rois comme d'étrangers. « Qu'êtes-vous allés voir au désert? Un homme vêtu d'habits somptueux ? Mais ceux qui portent des habits somptueux sont dans les

maisons des rois » (Mat., XI, 8). Et on devine que, pour ces humbles, les maisons des rois sont inaccessibles, et que ces vêtements souples ne sont point les leurs. « Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui faisait chaque jour splendide chère. » Gela se situe comme dans l'irréel des contes ! « Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d'ulcères, et souhaitant de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche » (Luc, XVI, 19-21). Celui-là est le prochain. Celui-là est légion : « Va vite dans les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux » (Luc, XIV, 21). Et les gens sans gîte : « Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, presse-les d'entrer » {Ibid.j 23). Jésus se compare lui-même à ces derniers, quand il dit : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête » (Luc, IX, 58).

Ces serviteurs opprimés ou sans gîte, hâtonsnous de le dire, ne sont pas tout. La vie sourd de toutes parts avec ses éternels contrastes de misère et de joie. Ici les cortèges et les festins de noces(MAT., XXII, 2-12; Luc, 36; Mat., XXV,1-12; jEAN,II,l-10).Làles scènes funèbres (Luc, V1I,12-15; Jean, XI, 32-44). Au jour le jour, les villages pleins d'enfants, d'enfants graves même dans leurs jeux :

Luc, YIÏ. "A qui donc compare rai-je les hommes de cette ^^cuératlon et à qui ressembleut-ils "? " Ils ressemblent à (le petits enfants assis dans la place publique et qui, se parlant les uns aux autres, disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé ; nous vous avons chanté des lamentations, et vous n'avez pas pleuré.

Ce n'est pas une conversation, prenons-y garde ; c'est un refrain populaire, noté au passage.

L'Evangile nous fait pénétrer dans la vie familiale. Il la décrit comme une sécurité, comme une bonté, comme une paix, qui en font vraiment le

paradis de la maison du Père ». L'effort sera facile qui permettra de concevoir ensuite Dieu comme un père et le ciel comme sa maison. La différence ne sera que de degré. Voici la table mise, les enfants assis autour, et les chiens qui attendent du pain, car a il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » . A quoi l'interlocutrice du Sauveur répond avec esprit : « Oui, Seigneur, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres D (Mat., XV, 26-27). Et c'est tout un tableau d'intérieur. Us abondent dans l'Evangile. Voici la lampe qu'on allume et que l'on met sur le chandelier, afin qu' « elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Mat., V, 15), car sûrement la maison n'a qu'une grande chambre, et une lampe doit suffire à l'éclairer toute. « Et il leur disait : Apporte-

t-on la lampe pour la mettre sous le boisseau ou sous le lit ? N'est-ce pas pour la poser sur le chandelier » (Marc, IV, 21)? L'encombrement est grand, et l'on comprend que la pauvre femme, qui a six drachmes pour toute fortune, ait du mal à retrouver la drachme perdue. La voilà qui « allume une lampe, balaie la maison, et cherche avec soin, jusqu'à ce qu'elle la trouve. Et lorsqu'elle l'a trouvée, elle appelle ses amies et ses voisines, et dit : Réjouissez - vous avec moi, car j'ai trouvé la drachme que j'avais perdue » (Luc, XV, 8-9). Puis, le soir venu, la maison sera fermée solidement, par peur des voleurs qui rôdent la nuit, et la famille reposera autour du père qui est là pour la défendre contre toute surprise. Ne vous risquez pas à frapper à la porte, fussiez-vous un ami qui demande un secours.

Luc, XL " Et il leur dit : Si l'un de vous a un ami, et qu'il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête-moi trois pains, * car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n'ai rien à lui offrir, ' et si de l'intérieur de sa maison, cet ami lui répond : Ne m'importune pas, la porte est déjà fermée,mes enfants et moi nous sommes au lit, je ne puis me lever pour t*en donner, — * je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour les lui donner parce que c'est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin.

* Et moi, je vous dis : Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira. *" Car quiconque demande, reçoit, et celui qui cherche, trouve, et à celui qui frappe, l'on ouvre.

" Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d'un poisson? *'0u, s'il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ?

Après la vie agricole, la vie au bord du lac de Tibériade ; après les semeurs ou les vignerons, les pécheurs, leurs barques et leurs filets :

Mat., XIII. " Le royaume des cieux est encore semblable à un filet qu'on jette dans la mer et qui ramasse toutes sortes de poissons. ^* Quand il est rempli, les pêcheurs le tirent sur le rivage, et s'étant assis, ils mettent dans des vases ce qui est bon, et ils jettent dehors ce qui est mauvais.

Au delà de ce peuple simple, sobre, idéaliste, au milieu duquel Jésus trouve ses auditeurs les mieux préparés et ses disciples, il y a la foule que Jésus rencontre à Jérusalem, il y a les classes dirigeantes du judaïsme, les classes insensibles à la « bonne nouvelle », hostiles au prophète galiléen. Elles apparaissent sous les traits que Jésus prête aux scribes et aux pharisiens :

Luc, XX. *" Gardez-vous des scribes, qui volontiers se promènent en robes longues, et qui aiment les saluta-

— allions sur les places publiques, les premiers sièges dans les synagogues, les premiers lits dans les festins, " qui dévorent les maisons des veuves, et qui pour l'apparence font de longues prières.

N'insistons pas sur cette société bornée et violente, sur ce monde incorrigible d'ergoteurs, qui sont l'antithèse même de l'Évangile : nous les retrouverons à chaque pas, ils rempliront le prétoire de leurs cris hostiles, ils insulteront le crucifié sur sa croix. Le cœur miséricordieux de Jésus se détournait d'eux comme on se détourne de bêtes méchantes : « Race de vipères » (^Iat., XII, 34 ; XXIII, 33). Cette dure parole avait déjà été dite par Jean-Baptiste (Mat., III, 7).

Enfin au delà de l'horizon, il y a Rome.

Rome, et le peu qu'on rencontre de Romains même en Judée, est un monde extérieur à celui oh parle Jésus. La monnaie impériale qu'on met un jour sous ses yeux est la seule occasion qu'il ait de prononcer le nom de César (Marc, XII, 17), ce nom si familier cependant aux Hiérosolymites (Jean, XIX, 12 et 15). Jésus parle de « rois de la terre » (Mat., XVII, 24), de « rois des nations » (Luc, XXII, 25), comme il parle de « maisons des rois » (Mat., XI, 8), comme il parle de « région lointaine » (Luc, XV, 13 ; XIX, 12).

Son regard ne se pose que sur le peuple qui l'environne, sa parole ne s'adresse en apparence qu'à lui.

Dans ce peuple môme il discerne un peuple qui est plus près de lui et, pour ainsi dire, plus à lui. Le judaïsme, en effet, tel qu'il est conçu par l'orthodoxie hiérosolymite, est essentiellement la science de la loi et l'observation de la loi. Le « Nomisme » crée une aristocratie, celle des Juifs qui sont doctes dans la loi et qui en sont les observateurs scrupuleux. Les pharisiens de Jérusalem, en saint Jean (VII, 4o-52), expriment le sentiment qu'ils ont de leur aristocratie lorsqu'ils disent : « Y a-t-ii quelqu'un parmi les princes du peuple qui ait cru en Jésus ? Y en a-t-il parmi les pharisiens ? Mais cette populace qui ne connaît pas la loi, ce sont des maudits ! » Et comme Nicodème, l'un de ces maîtres en Israël, prend la défense de Jésus ainsi condamné sans qu'on l'ait entendu, ils lui répon-

dent : « Toi aussi, es-tu Gahléen? Examine avec soin les Écritures, et tu verras qu'il ne sort point de prophète de Galilée. » Israël apparaît ainsi partagé en deux classes, celle des justes et celle des pécheurs, celle qui connaît la loi et celle qui ne la connaît pas.

Jésus est allé vers cette classe abandonnée.

« Les scribes et les pharisiens, le voyant manger avec des pécheurs et des publicains, disaient à ses disciples : D'oii vient que votre maître mange et boit avec des pécheurs et des publicains » (Mauc, II, 16)? Jésus fait allusion à ces enfants

d'Abraham que répudie le pharisaïsme, quand il déclare que « le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc, XIX, 10). Ils sont les malades vers qui il est envoyé pour les guérir (Marc, II, 17). Et dans ce sens tout symbolique on a pu entendre la parole d'Isaïe que Jésus applique à son ministère : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés » (Mat., XI, 5-6).

Retenons ce dernier mot, dont la signification sociale et juive a maintenant toute sa valeur : les pauvres sont évangélisés.

Étrange chose ! Plus l'histoire nous permet de restituer l'enseignement de Jésus à son moment et dans son milieu, de lui rendre sa couleur locale, tout ce qui fait qu'il a été adapté à un peuple à part, et, dans ce peuple, à une classe d'exception, qui était la moins cultivée, la plus misérable, — et plus apparaît la qualité unique de cet enseignement, qui est la simplicité, un je ne sais quoi de dépouillé, d'universel, d'essentiel, d'humain et de divin ensemble : « Seigneur, disait Simon Pierre, tu as les paroles de la vie éternelle. » Et nous ne pouvons aujourd'hui encore que redire le mot, le mot ingénieux et profond du pécheur de Tibériade.

Les paroles de la vie éternelle sont bien celles qui nous révèlent la paternité de Dieu et la réconciliation de nos âmes à leur Père céleste. Mais ce sont celles aussi qui nous révèlent nous-mêmes à nous mêmes, qui émeuvent en nous une sensibilité, que le monde antique n'a pas soupçonnée et qu'Israël n*a encore que pressentie dans la voix de ses prophètes ou de ses psalmistes. L'Evangile prêché aux pauvres de Galilée va droit au plus profond du cœur de l'homme pieux et pur, et lui parle un langage qu'il attendait et qu'il ne désapprendra plus.

L'enseignement de Jésus et la Loi

Les pauvres sont évangélisés.

Cette affirmation, avec le sens très particulier que nous venons de voir qu'elle a, renferme déjà un jugement sur le judaïsme, sur le judaïsme tel qu'il est conçu et pratiqué par les pharisiens, le judaïsme des observemces légales ou prétendues telles :

Marc, VII. * Et les pharisiens et les scribes, venus de Jérusalem, s'assemblent auprès de Jésus. ' Et voyant quelques-uns de ses disciples manger le pain, le& mains impures, c'est-à-dire non lavées, ils les blâmeront. ' — Caries pharisiens et tous les Juifs, s'ils n'ont pas lavé soigneusement leurs mains, ne mangent pas, gardant en cela la tradition des anciens ; * et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent pas qu'ils ne se soient purifiés. Ils ont encore beaucoup d'autres traditions qu'Us observent : laver les coupes, les cruches, les vases d'airain (et les lits). — "" Et les pharisiens et les scribes lui demandèrent : Pourquoi tes disciples ne marchent-ils pas selon la tradition des anciens, mais

mangent-ils le pain avec des mains impures? " Jésus leur répondit : Isaïe a bien prophétisé sur vous, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. ' Cest en vain qu'ils m'honorent, enseignant des doctrines qui sont des ordonnances d'hommes. * Abandonnant le commandement de Dieu, vous maintenez ferme la tradition des hommes.

" Et il leur disait encore : Vous annulez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition. *• Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère; et .- Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. " Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Gorban*, c'est-à-dire offrande [à Dieu], est le bien dont je pourrais t'assister, " vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère, '' annulant ainsi la parole de Dieu par votre tradition que vous avez établie. Et vous faites beaucoup d'autres choses semblables.

Cette scène, qui, dans la vie de Jésus, prend place à l'issue du ministère galiléen et au seuil de la prédication en Judée, met en lumière l'antithèse de l'enseignement du Sauveur et de l'enseignement de l'orthodoxie juive de son temps.

1. « Le Corban (littéralement : don, offrande) était le trésor sacré constitué par le produit des treize troncs fixés dans le parvis des femmes, de l'impôt personnel d'un demi-sicle par tête et de dons volontaires. Un fils pouvait, d'après la tradition des anciens, se dispenser de secourir son père et sa mère, en vouant au Corban la somme d'argent qu'il leur destinait. »

(V. llOSE.)

La loi est la chose des scribes. Ils sont les docteurs de la loi (Luc, V, 17) ; ils sont les hommes de la loi (Mat., XXII, 35 ; Luc, VH, 30; X, 25...) ; ils sont le plus souvent désignés sous le nom de scribes, qui est synonyme d'homme de la loi ou d'homme habile es la loi. Ils sont le judaïsme savant et autoritaire. Saint Paul connaît assez le crédit dont le peuple les entoure, pour se réclamer devant le peuple de cette quasi corporation : « J'ai été élevé à Jérusalem, dirat-il aux Hiérosolymites, et instruit aux pieds de GamaUel, dans la connaissance exacte de la loi de nos pères » {Act.,XXU, 3). Paul a reçu la formation d'un scribe ; il a étudié la loi, non pas seulement de Moïse, mais la loi telle que la tradition la comprend ; il l'a étudiée dans le détail voulu, dans le détail infini du commentsdre soit historique [Haggada), soit rituel et casuistique (Ilalacha), que l'orthodoxie pharisaïque prétend en donner. C'est ce commentaire oral et traditionnel que saint Paul appelle c< les traditions de ses pères « et dont il a été jadis un « partisan jaloux à l'excès » {GaL,l, 14), comme tous les Juifs de la même formation que lui. C'est ce même commentaire sous la forme casuistique que saint Marc appelle ici « tradition des anciens » , et que Jésus plus sévère appelle « tradition des hommes » .

De cette orthodoxie juive, Jésus répudie ce qu'elle a, dans sa piété, d'extérieur et de matériel. Jésus

condamne l'ostentation que le pharisien met à être juste dans la rigueur de la lettre : mais la condamnation va plus loin, elle atteint cette lettre même, pour autant qu'elle est « tradition des hommes » .

Mat., VI. * Veillez à ne pas faire [vos œuvres] de justice devant les honmies pour en être regardés ; autrement vous n'aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux.

* Quand donc tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et les rues, afin d'être glorifiés par les hommes. Je vous le dis, en vérité, ils reçoivent leur récompense.

* Et quand vous priez, vous ne serez pas comme les hypocrites qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis, en vérité, ils reçoivent leur récompense.

" Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme les hypocrites; ils défigurent, en effet, leur visage, afin qu'il paraisse aux hommes qu'ils jeûnent. Je vous le dis, en vérité, ils reçoivent leur récompense.

Critiques et préceptes font allusion à la piété de parade du judaïsme pharisien. Jésus ne se borne pas à des allusions. Il dénonce directement l'autorité usurpée par les scribes et les pharisiens :

Mat., XXIII. * Dans la chaire de Moïse les scribes et les pharisiens se sont assis. ' Ils lient des fardeaux pesants

et difficiles à porter, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt. ' Es font toutes leurs actions pour être vus des hommes : c'est pourquoi ils élargissent leurs phylactères et agrandissent les franges de leurs manteaux; • ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues, ' qu'on les salue dans les places publiques et qu'on les appelle Rabbi*. ' Mais vous, ne vous laissez pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. ' Et n'appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux.

Jésus dénonce, en précisant par des exemples, le légalisme tyrannique et la casuistique pointilleuse ou finassière :

Mat., XXIII. " Malheur à vous, guides aveugles î qui dites : Si quelqu'un jure par le temple, ce n'est rien; mais, si quelqu'un jure par l'or du temple, il est engagé. " Insensés et aveugles ! lequel est le plus grand, l'or, ou le temple qui sanctifie l'or ?" Et vous dites encore : Si quelqu'un jure par l'autel, ce n'est rien ; mais, si quelqu'un jure par l'offrande qui est sur l'autel, il est engagé. " Aveugles ! lequel est le plus grand, l'offrande, ou l'autel qui sanctifie l'offrande ? " Celui qui jure par l'autel jure par l'autel et par tout ce qui est au-dessus;

4. Rabbi, de l'hébreu Rab qui signifie « grand »,a le sens de la formule \d^i\ïïQvir amplissimus : c'est une appellation honorifique pour les scribes, et le nom leur en est resté.

" celui qui jure par le temple jure par le temple et par celui qui l'hahite ; " et celui qui jure par le ciel jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis.

" Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! qui payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin*, et qui avez abandonné les choses les plus graves de la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c'était cellesci qu'il fallait faire sans omettre celles-là.

** Guides aveugles ! qui filtrez le moucheron, et qui avalez le chameau. " Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat ; mais au dedans ils sont pleins de rapine et d'impureté." Pharisien aveugle! nettoie premièrement l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur devienne pur.

On pourrait multiplier les exemples de la sévérité de Jésus pour la Halacha des pharisiens. Citons du moins ces traits parmi les plus expressifs :

Mat., XV. " Alors ses disciples s'approchant de lui, dirent : Sais-tu que les pharisiens en entendant ces paroles ont été scandalisés ?

" n répondit : Toute plante que n'a pas plantée mon Père céleste sera déracinée. " Laissez-les : ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles; si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse.

1. C'est-à-dire la dîme des plus minces récoltes, comme celle de la menthe, du fenouil, du cumin.

Nous avons vu s'esquisser nettement (Mat., Vn, 8-9) la distinction entre le « commandement de Dieu » et la Ha lâcha ou « tradition des hommes » , qui prétend l'interpréter, et en réalité se substitue à lui. Jésus repousse cette « tradition des hommes » ; il se détourne de cette plante que Dieu n'a point plantée. Mais est-ce pour embrasser la loi dans sa stricte lettre ? A ce compte et à son tour, Jésus ne sera-t-il qu'un scribe ?

Si on s'en tenait strictement à telle des affirmations du Sauveur, prise isolément, on pourrait conclure qu'il en est bien ainsi. N'est-ce pas Jésus qui a dit : « Je vous le dis, en vérité, jusqu'à ce que passent le ciel et la terre, pas un iod, pas un point de la loi ne passera. . . Celui donc qui violera l'un de ces commandements, les plus petits, et enseignera ainsi les hommes, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux » (Mat., V, 18-19).

Mais rappelons-nous que les logia du Sauveur sont conditionnés par la circonstance où ils ont été prononcés, et qui souvent ne nous est point indiquée, par la question à laquelle ils sont une réponse, et qui souvent ne nous'est pas connue : il leur arrive ainsi de sembler être des affirmations générales, alors qu'ils ont un sens particulier. La contradiction que l'on surprend ici entre le jugement de Jésus sur la

lettre de la loi, dont pas un point ne doit périr, dont pas un précepte, si petit soit- il, ne doit être violé, et, par ailleurs, tant d'autres logia que nous citerons, se résout si on veut bien concéder que cette pérennité de la lettre est à comprendre avec quelque atténuation.

Partout ailleurs, en effet, Jésus témoigne qu'il entend ramener les multiples commandements de Dieu — les rabbins en énumèrent 613 dans le seul Pentateuque — à une unité fondamentale et comme essentielle. Y a-t-il un précepte qui renferme tous les autres, et qui soit tel que l'homme qui l'observera puisse ne s'inquiéter que de celui-là ? Ama, et fac quod vis. Cette unité essentielle existe et Jésus la dégage.

Mat.. XXII. '* Les pharisiens, ayant appris qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, se rassemblèrent, " et l'un d'eux, docteur de la loi, lui fit cette question, pour réprouver : '" Maître, quel est le plus grand commandement de la loi? " Jésus lui répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu y de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. " (Test là le premier et le grand commandement. " Mais le second est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. *" De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes.

Saint Marc donne la même réponse sous une forme indépendante et avec des détails de plus :

]Marc, Xn. " Et un des scribes s'approchant, lui demanda : Quel est le commandement, le premier de tous ? " Jésus répondit : Voici le premier : Écoute, Israël, le Seigneur noire Dieu est r unique Seigneur, et : " Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. '' Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là.

" Le scribe lui dit : Bien, maître; tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu'il n'y en a point d'autre que lui, " et que l'aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et les sacrifices.

'* Jésus, voyant qu'il avait répondu sagement, lui dit : Tu n'es pas loin du royaume de Dieu.

Les scribes qui questionnent Jésus, au moins le scribe de saint Mathieu, posent une pure question fornielle : supposé qu'il y ait une hiérarchie de commandements, et que certains soient grands et d'autres petits, d'autres plus petits, quel est le plus grand ? Question de pédant juif. Mais Jésus ne la veut pas entendre ainsi. Oui, dit-il, un commandement est le plus grand, parce que ce commandement implique tous les autres, et ce commandement est celui qui prescrit Tamour du Seigneur et l'amour du prochain. Toute la loi est ramenée à ce devoir essentiel. De la loi ainsi conçue, Jésus

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