‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 12 sur 104 · UNE FONCTION, PLUSIEURS FORMES · texte numérisé non relu

UNE FONCTION, PLUSIEURS FORMES

« plusieurs » qui n'est pas, à proprement parler, un adjectif numéral, et qui ne marque le nombre que d'une façon indéfinie : on fera donc de « plusieurs » un adjectif numéral indéfini!

Voici maintenant une expression équivalente : « J'ai beaucoup de raisons de le croire » ; beaucoup est incontestablement un adverbe, mais ici c'est un mot marquant le nombre.

Est-ce tout? Non. Qu'on se souvienne de toutes les autres expressions : « J'ai une foule de raisons de le croire » ; la majorité des gens le pensent, etc. Si l'on exclut ces expressions, et d'autres équivalentes, du chapitre des mots marquant le nombre, ce chapitre n'est-il pas incomplet et tronqué? D'autre part, mettre « beaucoup » ou bien « majorité » au chapitre des noms de nombre, cela est incompatible avec le système de classification et de nomenclature par « parties du discours ». Beaucoup est un adverbe, et majorité un nom. On ne peut rapprocher ces mots, de nature différente, que si l'on étudie d'ensemble la manière d'exprimer la quantité. Gela est possible sans doute, nous le verrons. Mais c'est de la méthode, et non de la nomenclature. C'est même une méthode assez opposée à la nomenclature.

La Commission l'a si bien senti qu'elle a abandonné quelques-uns des termes les plus chers à la

grammaire usuelle, ainsi « déterminatif » . En effet, qui déterminera ce mot redoutable : déterminatif:' Tout peut être, à l'occasion, déterminatif. L'adjectif « rouge » est évidemment un adjectif qualificatif marquant la couleur; mais, dans la phrase : « Monte du vin rour/e » l'adjectif rou/je détermine le vin à choisir, si la cave n'en contient que deux espèces, du rouge et du blanc.

On distingue, avec raison, en général, le complément déterminât if au. complément d'objet du verbe. Mais supposons qu'un chasseur se voie menacé d'un procès-verbal, parce que le garde forestier le rencontre au moment où il chasse. « Pardon, observe le chasseur, je chasse la bécasse. » En ajoutant le complément d'objet direct : la bécasse, le chasseur détermine à ce point son action que, grâce à cette détermination, le délit n'existe plus, cette chasse spéciale étant, à ce moment, permise.

Comparez le sentiment de mon erreur (complément déterminatif) à je sens mon erreur (complément d'objet). Le rapport a-t-i! changé? Si je dis : « J'espère que vous viendrez », la proposition « que vous viendrez » est un complément d'objet, sans doute, mais ne détermine-t-elle pas aussi mon espoir?

Il y a plus, et on pourrait soutenir ce paradoxe que parfois l'absence d'un complément donne à un

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