‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 22 sur 104 · LA GRAMMAIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LA GRAMMAIRE GÉNÉRALE

; habillées » on a affaire à un pur adjectif (Dumarsais : Encyclopédie, au mot Auxiliaire; comp. : Condillac, Grammaire, 329).

Et c'est de là que date la funeste habitude de chercher partout des propositions, et, au besoin, pour en inventer, d'imaginer des termes sousentendus, qu'on restitue, grâce auxquels on redonne aux formes du langage leur aspect « régulier ».

Les gens de la Révolution française étaient pénétrés de cet esprit de la Grammaire générale. Dans chaque Ecole centrale, on créa une chaire où la Grammaire générale serait enseignée. L'idéologie était la philosophie du temps. De plus en plus, ces spéculations et ces rêveries prennent la place des recherches véritables, la grammaire philosophique se perd dans les nues.

Un seul exemple. Je ie prends à Domergue, qui donne {Gr., p. 77) comme modèle d'analyse du vers suivant :

Hélas! petits moutons, que vous êtes heureux!

(Mme Desiioulières.)

l'étrange décomposition que voici :

l'e proposition : Hélas/ mis pour : je suis malheureux;

2me proposition : ,T admire ceci, proposition sousentendue;

3me proposition : Vous, petits moutons, êtes heureux à un liant degré.

Naturellement, chacune de ces propositions contient les trois termes essentiels, appelés en la circonstance : judicant (sujet), judicateur (verbe), judicat (attribut). Voilà comment L'esprit d'analyse est poussé jusqu'au délire par Domergue, qui était cependant un sage, si on le compare à certains contemporains. Et, ce qui est presque touchant, à force de naïveté, c'est que ces analyses delà pensée lui paraissent la condition nécessaire de toutejouissance esthétique! Ce n'est que « parce que des versi se plient régulièrement à cette décomposition qu'ils doivent être trouvés beaux, et qu'ils peuvent procurer un plaisir délicat » !

Même la Grammaire comparée, qui naît alors, et qui devait prendre un si bel essor scientifique, ne dégoûte pas des idées régnantes les théoriciens : on en a la preuve par l'influence que ces idées exercent sur l'un des plus grands savants de l'époque, Sylvestre de Sacy, qui savait l'allemand, l'anglais, l'italien, l'espagnol, les langues classiques, les langues sémitiques, et qui fut le fondateur de l'étude des langues asiatiques en France.

Ce linguiste a écrit pour son fils des Principes de Grammaire générale mis à la portée des enfants\

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