LA MÉTHODE D'OBSERVATION
mais l'enfant sent qu'il est en présence d'un phénomène constant comme une loi physique et naturelle, telle que : c'est l'automne, les feuilles tombent. Il ne reste plus qu'à formuler la loi. La classe le fera d'elle-même; il n'y aura guère qu'à en rectifier la forme extérieure. Cette loi, cest la règle. Se produisant à ce moment, quand elle aura été découverte par un effort personnel, ne voit-on pas qu'elle aura une autre réalité, une autre autorité pour l'enfant que si on a commencé par elle, que si on l'a énoncée toute faite, sauf à la faire reconnaître plus tard dans des exemples?
Cette méthode a pour elle l'autorité de la science même, qui procède ainsi, puisque les lois scientifiques de la linguistique historique ou comparée ne sont que des faits observés et généralisés. Mais en outre, est-il un pédagogue qui ne comprenne l'avantage de substituer la méthode inductive à l'autre? Le résultat immédiat est déjà grand, le résultat lointain est plus grand encore. Cette collaboration de l'enfant éveille en lui l'esprit d'observation, l'habitue à rapprocher des faits les uns des autres, à démêler des raisons là où auparavant il n'avait qu'à obéir et à croire. C'est tout profit pour le jugement.
On compromettrait le résultat obtenu si, au lieu de continuer dans la même voie, on avait recours,
pour assurer la possession de la règle, à des procédés mécaniques. Ce serait une fâcheuse idée que de faire apprendre par cœur la formule trouvée, avec l'exemple qu'elle peut contenir. Si l'enfant interrogé donne avec d'autres termes une formule équivalente, s'il fabrique un exemple, tant mieux : cela prouvera qu'il aura compris. Bien entendu, il faut encore moins charger la main que la mémoire de faire le travail de l'intelligence : ce n'est pas en copiant machinalement qu'on apprend quoi que ce soit. Assurément, c'est un devoir commode à choisir qu'un tableau de conjugaison, mais ce n'est pas un devoir, c'est un pensum, qu'il soit donné ou non en punition. Pendant que s'allonge, sur une ou plusieurs colonnes, la liste interminable des formes inexpliquées et inappliquées, la tête de l'enfant est ailleurs, heureusement! Cela est si vrai que, s'il s'est trompé sur le point de départ, il ira tranquillement, consciencieusement, jusqu'au bout de son erreur.
J'en ai recueilli quelques exemples comiques. Voici un élève de onze ans qui, s'étant trompé de tableau, a conjugué imperturbablement le verbe arriver :
Imparfait : /avais arrivé en retard.
Passé défini : feus arrivé en retard.
Passé indéfini : fax eu arrivé en retard, etc.