‹ L'enseignement de la musique par l'éducation méthodique de l'oreilleChapitre 8 sur 114 · TITRE III · texte numérisé non relu

TITRE III

QUESTION : Tous les sons musicaux ne sont pas identiques. Ils peuvent différer par des qualités de gravité ou d'acuité — c'est-à-dire par la hauteur.

La série ordonnée des sons musicaux ou gamme.

L'intonation des ' mots, des syllabes, deâ voyelles, varie avec les

ImtimeTt ^u'IT' *i- 8* — Faire prononcer par quelques élèves successivement de pnme. ourtes phrases évoquant des sentiments différents; recomman-

PAR L'ÉDUCATION DE UÔREILLÉ

der d'observer une diction aussi naturelle que possible.

Ex. : Laisse-moi tranquille! (impatience). Veux-tu te taire l (commandement).

Bonjour, Monsieur! (politesse).

Oh! que je suis content! (joie).

Sur la remarque du maître, l'élève reconnaîtra que chacune de ces phrases comporte des inflexions diverses de la voix. Certaines syllabes ne se prononcent-elles pas sur un ton de voix plus élevé que certaines autres? Il est facile de s'en rendre compte, en répétant alternativement chacune de ces phrases avec l'accent et les inflexions naturelles, puis, d'une façon monotone, en prononçant chaque syllabe avec la même intonation. Le sens môme d'une phrase ne peut-il être altéré par une diction et une accentuation fausses? Gomme le dit le proverbe, ici « le ton fait la'chanson ».

En quoi donc diffèrent les syllabes d'une même phrase, selon qu'elles sont dites naturellement ou de façon monotone ? Le maître pressera l'enfant de questions jusqu'à ce qu'il prononce le terme juste qui qualifie un degré de hauteur : l'intonation*

Ex. : L'enfant dira d'abord que certaines syllabes sont plus fortes que d'autres. — Pourquoi plus fortes? Parce qu'elles sont dites « plus haut », « à voix plus haute ». — Si je répète toutes les syllabes d'une façon monotone, on dit que je parle sur le même... ton.

Donner un certain ton à une syllabe et un autre ton à une autre syllabe, c'est changer d'intonation.

9. — Appliquons maintenant au chant ce que nous venons de trouver dans la parole.

Si vous chantez le début de la Marseillaise :

Comparaison entre les intonations d'une même phrase prononcée naturellement ou sur le même ton (monotone) ; parler sur le même ton, uniforme pour tous les mots.

A). Ions, en

avez- vous le sentiment que certains sons sont chantés plus haut que 2odie d'autres? Sur quelles syllabes se trouvent ces sons?

S'il en est ainsi, et l'épreuve peut être faite sur d'autres chants, on en peut conclure que, comme les sons parlés, les sons chantés diffèrent par la hauteur, ont des intonations différentes : l'intonation indique donc une certaine hauteur du son.

L'enfant peut acquérir facilement cette sensation de hauteur, d'une façon tangible : par exemple, on lui demande s'il sent qu'il lui faut un plus grand effort musculaire dans son larynx (gosier) pour chanter :

que pour chanter :

Comparaison des sons relativement à leur hauteur. Recherche de la Routeur relative des dif férents sons d'une mé-

La sensation de hauteur révélée par l'effort musculaire du larynx ( comparer avec un poids soulevé).

Si Ton chante T8*e ascendante I-VIII en serrant très légèrement le larynx entre deux doigts, on le sent s'élever sensiblement. Si inversement

Ou par un fil de caoutchouc tendu (à défaut de la corde et du chevalet}.

on redescend de VIII à I, on le sent redescendre. Il est bon d'habituer les enfants a faire sur eux-mêmes cette constatation, dès le début, et aussi souvent qu'ils hésiteront sur le sens du mouvement ascendant ou descendant d'un intervalle. Cette pratique est très efficace pour donner expérimentalement la notion de hauteur différentielle des sons.

On constatera qu'il est plus aisé de donner une intonation juste en montant qu'en descendant (effort plus aisément réglable à la montée qu'à la descente).

Bien vite on se rendra compte de la différence d'effort. De même, il faut faire un effort plus grand pour exécuter un saut à 50 centimètres de hauteur qu'un saut de 25 centimètres.

On peut encore donner la sensation de hauteur avec le fil de caoutchouc serré entre les dents et tendu de la main gauche. Si, sans changer la position de la main gauche, on appuie avec la main droite sur le fil, en des points de plus en plus rapprochés des dents, le son devient plus aigu, monte comme Ton dit. En tendant le fil verticalement, on peut identifier avec la voix des sons de plus en plus hauts (aigus) et de plus en plus bas (graves). Il n'est pas d'enfant qui n'ait fait cette petite expérience à titre de jeu, sans toutefois prendre conscience des résultats qu'il obtenait et sans les analyser. — De même, faire vibrer plus rapidement une baguette flexible demande un effort plus grand et produit un son plus aigu. — On peut aussi faire vibrer un diapason à branches : en le tenant sans le serrer par le manche en bois, on sent le frémissement, les vibrations du son.

Gomme on le fait pour la voix parlée, on dit d'un son qu'il est élevé, aigu, lia ut (parler lia ut) ou grave, bas (parler bas), plus élevé ou plus grave qu'un autre.

n y a des limites à Un s on trop aigu, trop élevé, ne serait pas plus perçu par raudito*, au grave et nQirQ oreiue qu>un oiseau qui plane trop haut n'est visible pour nos yeux. De même, un son trop grave n'est plus perceptible.

Les sons perceptibles se trouvent donc renfermés entre deux limites extrêmes au grave et à l'aigu.

On devra multiplier les exercices susceptibles de développer le sens de la comparaison des hauteurs, qui est le fond même de l'éducation de l'oreille.

10* — Avant de commencer l'étude des intervalles, qui donne la connaissance des sept rapports de hauteur, ou intervalles, des sons de la gamme, il est nécessaire que l'enfant apprenne à émettre un

son musical.

Comment émettre le Le maître, dans ce but, émettra un son sur A, dans un registre

son : premiers exer- moyen, de mi à sol :

Respiration-émission. —

La baguette vibrante.

Distinction des sons en sons hauts* aigus; sons bast graves,

MI on FA ou SOL

Il expliquera que,"pour chanter, il faut se tenir droit, laisser tomber les bras naturellement, ne jamais les croiser sur la poitrine ni tenir les mains derrière le dos ; prendre une respiration profonde et émettre le son donné sur A, en laissant sortir doucement et sans cffhrl l'air qu'on a introduit dans ses poumons. Il chantera et fera répéter plusieurs intonations sur A de cette manière, en battant deux

PAR VÉD UCATION DE L'OREILLE

temps d'une demi-seconde chacun, et en soutenant le son l'espace de quatre temps ainsi marqués (2 secondes environ). Chaque émission sera séparée par un silence d'égale durée ; avant chaque émission, le maître dira : respirez!

Il arrive fréquemment que de tout jeunes enfants donnent difficilement, au début, plus de quatre sons (ou cinq) conjoints, et encore a-t-on quelque peine à obtenir une émission précise. Dans ce cas, on les prendra individuellement ou par petits groupes, et on les exercera à plusieurs reprises pendant deux ou trois minutes. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter de cela ; en peu de temps, la voix arrive à parcourir les sept degrés de la gamme, et l'entraînement se fait surtout par l'imitation des camarades mieux doués à cet égard.

Il faut d'ailleurs, lorsqu'on pratique l'intonation numérique, base de tout Nécessité d'alterner l'enseignement des intervalles, surveiller attentivement l'émission des sons. 'a wcai**»*i^n «*r A, L'émission, accompagnée du chiffre, est la seule capable d'assurer la correction chines!* tntonation8 de l'intervalle ; mais elle n'est d'aucun secours pour aider à une bonne émission du son, qui, au moindre fléchissement, devra être reprise en vocalisation sur A.

Au début donc, on alternera les deux façons de faire, en donnant une trè3 grande prépondérance toutefois à l'intonation numérique. Chaque exercice, après avoir été chiffré, sera vocalisé sur A, au moins par fragments pour commencer, l'intervalle chanté sur A manquant souvent de précision chez les débutants. Mais il ne faudra jamais manquer d'y revenir, et cela assez fréquemment et chaque fois qu'on aura pratiqué à plusieurs reprises un exercice par intonations chiffrées.

11. — Comment maintenamt reconnaître les sons, comment les c/asser? et comment les ordonner surtout, de façon que, chantés par plusieurs voix, ils se produisent au moment nécessaire, chacun à sa place, à sa hauteur et avec sa durée?

Toutes ces notions, assez délicates à expliquer, et souvent obscures pour les enfants, ne peuvent être saisies que si on amène, par des interrogations logiquement enchaînées, les élevés à prendre par eux-mêmes connaissance des choses qu'on veut leur enseigner.

Si l'on fait prononcer par chaque enfant la même phrase, tirée des paroles qui accompagnent une chanson connue d'eux, comme « J'ai du bon tabac », sans chanter, dans le premier cas, ils reconnaîtront facilement que chacun d'eux la dit d'une façon différente, sur un ion différent; s'ils la disent tous ensemble, le résultat est confus : pas d'intonation commune ; et même si, ce qui arrivera, ils empruntent pour les paroles seules le rythme même de la musique, l'ensemble n'est pas net. D'instinct, il est vrai, ils prendront une certaine intonation commune à tous et assez monotone ; mais tout cela manquera de la précision qu'apporterait la mélodie, si elle accompagnait les paroles : l'épreuve en sera faite immédiatement.

Dans les mots qu'on vient de prononcer, le son A, représenté par le signe A, a des inflexions qui diffèrent suivant les voix.

Ces sons A sont-ils tous semblables, si on les compare au point de vue de leur hauteur? Le maître fait reprendre les mots « j'ai du bon tabac ». Les élèves constatent que le son A peut se dire à toutes les hauteurs des sons de la voix. Cesse-t-il d'être le son A ? Non.

Comment reconnaître les sons, les classer.

Comparaison des voyelles et des sons musicaux:

Les voyelles ont des intonations variables en hauteur.

Les sons musicaux doivent être fixés invariablement à une hauteur déterminée.

Recherche du nombre de sons das sables .

Une voyelle quelconque, E. I. O. U, dans n'importe quel mot, peutelle être prononcée simultanément, dans tous les mots possibles et à tûutes les hauteurs, sans que lé sens des syllabes où elles entrent soit modifié? La réponse sera affirmative.

Mais si deux personnes chantent à deux hauteurs différentes ce son A sur le même air afai du bon tabac », est-ce que la, différence de hauteur n'amènera pas de confusion ? L'épreuve est encore facile à faire.

11 y a donc une condition nécessaire, particulière aux sons musicaux, permettant de les reproduire exactement : c'est que leur hauteur soit exactement fixée, qu'elle soit invariable pour

n son donné.

12. — Quand le vent souffle dans la cheminée, on peut entendre une infinité de sons, n'est-ce pas? Les enfants peuvent les reproduire facilement et c'est souvent un jeu pour eux : imitons le vent ; pouvons-nous identifier tous les sons que nous entendons ainsi successivement? Non. Glissons le doigt sur un fil de caoutchouc tendu et serré à des distances de plus en plus rapprochées des dents : nous entendons des sons de plus en plus aigus ; il est difficile de les reproduire exactement. Si nous écoutons le poteau du télégraphe sur la route, il chante ; que chahte-t-il? Nous pouvons identifier deux ou trois sons, exactement : les autres nous échappent, ils sont vagues et confus.

il n'y a que sept sons principaux.

13. — Quand on compare ensemble tous les mots de la langue française, on s'aperçoit qu'on n'emploie en tout que cinq voyelles ponr parler.

Quand on compare ensemble tous les sons de toutes les chansons possibles et qu'on les rassemble, on découvre que toutes les chansons possibles ne renferment que sept sons principaux.

Si on classe ces sons en les ordonnant de façon que leurs intonations soient aussi rapprochées que possible, en montant comme en descendant, on peut en faire un chant, une mélodie où ces sept sons se succèdent toujours dans l'ordre numérique suivant:

La série des sept sons dans leur ordre numérique.

un 4?u*

trois

quatre

cinq

six sept six

cinq

quatre Trois

deux

-eun

Premier exercice du chant de la série: 1° vo~ cali&èe sut A ; 2* arec les nombres des degrés.

14. — Le maître chante cette série, lentement, battant deux temps au rythme de 60 à la minute pour une ronde.

Il la reprend une seconde fois, avec le même mouvement, mais en vocalisant sur A.

Une troisième fois il recommence en ajoutant le 8è son, octave du premier, et fait répéter chaque son de la série sur A en assurant bien la rectitude de rémission.

Pour cela, l'enfant émet chaque son comme il a été expliqué précédemment, prenant un repos toutes les deux secondes et faisant une inspiration avant rémission du son suivant. Le maître commande : « Respirez », puis il fait chanter, à deux temps, les sons de I à VII en nommant les nombres, en indiquant chaque fois : « Respirez !»

PAR L'ÉDUCATION DE L'bREILLE 11

L'exercice' peut se figurer sous la forme suivante, qui donne les durées réelles de son exécution :

TJ ' — 0~

( respirez) A (respirez) A

/respirez.)

(respirez) A.

( respirez ) A .

(respirez )

(respirez) A.

(respirez) A.

( r»«*pir*z )

(.respirez) A .

(respirez ) A ,

( respirez )

Il est bien recommandé aux maîtres de chanter les sons de la série et non de les frapper à l'harmonium : au début, l'enfant peut reproduire le son de la voix, mais non celui d'un instrument : il semble que l'instrument ne chante pas d'une façon appréciable pour lui. Il lui faut un entraînement, très court il est vrai. Après quelques expériences, il reconnaît et identifie le son de l'instrument.

15. — Avant de faire répéter par les élèves la gammejainsi chiffrée, le maître donnera succinctement les conseils nécessaires pour obtenir une bonne émission vocale des sons :

1° Tenue : Le corps droit, sans raideur; les bras ^tombant naturelle- Comment il faut se

ment le long du corps ; la tête droite, très légèrement relevée. Pros- t^^^tent reépirer cri re absolument la tenue des mains derrière le dos, et ne jamais faire chanter les bras croisés.

2° Respiration : Inspirer largement et à fond ; puis, sur la voyelle A, expirer progressivement et avec une grande douceur l'air inspiré.

Le son A doit sortir naturellement, sans effort apparent ou réel,

sans être guttural, la bouche bien ouverte, en veillant à ce que les dents ne restent pas serrées.

On ne doit jamais prolonger le son jusqu'au moment où Pair manquerait : deux secondes, au maximum, suffisent pour l'émission.

Après chaque émission, arrêt assez prolongé avant de faire une nouvelle inspiration.

Ces questions de tenue et de respiration sont d'une importance extrême : le maître s'assurera que chaque élève se conforme exactement à ses instructions.

Il fera répéter plusieurs fois l'exercice de respiration sur A chanté et non chanté, en battant deux temps au rythme de 60 à la minute et en interrompant chaque fois rémission du son avant la troisième battue.

16* — Ces principes une fois appliqués, le maître chantera de nouveau la série des sept sons, ainsi qu'il a été dit plus haut, et fera répéter par les. élèves chaque son de la série au fur et à mesure de

son émission.

On chanteiiuitaona \ \\ peut arriver que quelque élève réfléchi et intelligent remarque I» "huitième* est* uns qu'après avoir parlé de sept sons, le maître en fasse entendre un huirépiique du premier tième. Si cette observation n'est pas faite spontanément, le maître la la îTrie?* Condu8ion à provoquera par quelques questions.

En taisant entendre d'abord les huit sons, puis une seconde fois en s'arrêtant sur le septième, le maître demandera si quelque élève peut dire qu'il éprouve un sentiment différent à l'audition de l'un ou de l'autre groupement.

Généralement un des élèves donnera la réponse juste : la série, en s'arrêtant sur le son VII, n'a pas de conclusion, elle reste « en l'air », pour ainsi dire, comme ferait une phrase inachevée : t Bonjour mon.... »

La répétition du premier, comme huitième son, a donc pour but de donner une conclusion à la série, d'en compléter le sens.

Identification dessont 17. — On fera de suite l'épreuve de l'identification de I avec VIII: sur le même son VIII, le maître chante VIIM. Il fait remarquer que c'est le même son qu'il appelle huit et un. Faisant alors chanter ce son par quelques élèves, il fait continuer la série ascendante supérieure à ce VIII=I, en atteignant des sons aussi aigus que la voix peut en donner, et même, pour cette fois, en forçant un peu.

Des questions seront posées, tendant à faire constater que la série ainsi chantée est identique à celle qui a été chantée précédemment ; donc VI II est identique à 1.

18. — Il fera alors observer que ce huitième son est une réplique du premier : le huitième son peut en effet être qualifié de un et servir de point de départ à une nouvelle série de sept sons, série identique à la première, mais chantée avec une intonation plus

élevée. Le maître chantera et fera entendre à l'harmonium la série

supérieure.

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Il pourra encore corroborer son dire par quelques exemples en chantant successivement, par exemple :

«l'ai du bon tu - bac dans ma

et en faisant chanter deux fois, à quelques enfants, un fragment de chant, la seconde fois à l'octave supérieure ou inférieure, suivant la hauteur du chant choisi.

La Tour prends çar.de

La Tour prends gar.de efc-

J'ai descen.

• du dans m

on jar - dit)

J'ai descun . du dans mon jar . din

Chaque fois seront posées les questions : « Reconnaissez-vous cet air ? — Y a-t-il quelque chose de changé dans la façon de le chanter? — En quoi consiste ce changement ? »

19. — Cette identification des sons I et VIII ayant été établie et^comprise, on reprendra le chant de la gamme diatonique majeure sous cette forme : chaque fois, on répétera un grand nombre de fois l'intervalle (VIII-I) (I-VIII); on chantera I ou VIII et on demandera à l'élève de chanter VIII ou I et d'en donner l'octave de lui-même à plusieurs reprises. Cet exercice se fera individuellement et collectivement.

-e- ~xx~ «o- -e- -Q-

un deux trois quatre, cinq six sept huit- un boit un huit un huit

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