‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 123 sur 404 · Epit. 1, p. +. CF. Cassiodore, voir plus loin chap. V · texte numérisé non relu

Epit. 1, p. +. CF. Cassiodore, voir plus loin chap. V

Dans sa brillante leçon sur Virgile, Ozanam, s'appuyant sur ce passage, a vu en lui un philosophe conciliant la sagesse antique et le christianisme !. Rien ne permet de transformer en une pensée profonde, en un dessein arrèté, les allusions que Virgile fait, en passant, au principe dont nous étudierons l'importance capitale dans les chapitres suivants.

Nous nous refusons également à suivre Ozanam, quand il attribue à Virgile une part dans le maintien providentiel des lettres : À l'entendre, l'obscurité de Virgile était voulue : il croyait « sauver les traditions littéraires en les cachant ? ». Dans son désir de rencontrer, au vi° siècle, un représentant des lettres classiques, Ozanam s'est, croyons-nous, laissé égarer. À en juger par ses écrits, et nous ne pouvons le juger autrement, le pédantisme de Virgile n'est pas le trop plein d'une érudition débordante, pas plus que son obscurité n’est une manœuvre pour sauvegarder les lettres. Gallo-Romain ou Barbare, Virgile avait puisé dans quelque recueil un savoir grammatical rudimentaire, qui le défend mal contre la corruption de la langue; au hasard des rencontres, 1l a appris quelques mots grecs, et même quelques mots hébreux à, qui ont le double avantage d'enrichir son vocabulaire fort pauvre et d'êtreinintelligibles au vulgaire; puis, soit auprès d’un maïtre, soit dans un livre, il a appris ce qu'il appelle la leporia, cette fausse rhétorique qui abandonnait l'étude directe des modèles pour les recettes souvent contraires au bon sens, laissait tomber tout ce qui était sain dans la théorie établie par les rhéteurs grecs, et, pour compenser ces pertes, accumulait des subtilités, qui, dans l'ignorance générale, paraissaient constituer un progrès de l'esprit humain. À aucun moment, on n'aperçoit dans Virgile l'homme qui a grandi dans le commerce des grands auteurs, et en a tiré profit pour la formation de son esprit. Veut-on, malgré l'incertitude qui enveloppe la patrie, la naissance, les intentions mêmes de Virgile, conclure de ses écrits aux connaissances de ses contemporains ; loin de prouver que la culture classique eût encore à l'époque où il a vécu des admirateurs fervents, Virgile montre, par son exemple, à quel degré l'étude des lettres était tombée, et c'est bien gratuitement qu'on lui a fait honneur d'avoir sauvegardé l'antiquité. Dans la suite, son influence s’est exercée beaucoup plus

1. Voir notamment Civilisation chez les Francs, p. 512 ct suiv. 2. Id., p. 529.

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