Cf. Ernault, De Virgilio Marone, p
aux dépens des lettres qu'à leur avantage. Ses écrits furent recueillis dans les monastères d'Irlande et de Grande-Bretagne avec ceux des autres grammairiens, et il a, croyons-nous, une large part de responsabilité dans l'erreur qui entraîna certains Bretons hors du bon goût et du bon sens, et aboutit à la composition de la Lorica et des [Hisperica Famina. Lorsque, confiants dans sa réputation, des esprits sensés, comme Bède le Vénérable et Clément l’Irlandais, lui font des emprunts, ils lui prennent ce que d’autres grammairiens leur eussent également offert, par exemple des étymologies, et ils le traduisent en un langage intelligible. C'était là, à coup sûr, une bien mince partie du trésor antique qu'ils ont connue par l'intermédiaire de Virgile. L'essentiel, il ne l'a pas transmis, parce qu'il ne l'avait jamais possédé.
Ainsi de quelque côté que nous ayons tourné les yeux, nous avons en vain cherché des documents prouvant le maintien des grandes écoles, ou tout au moins l'existence d'un enseignement des arts libéraux, l'existence de maîtres auprès de qui fussent instruits les fils des familles nobles. Il est vrai, toute une série de faits n'ont pas trouvé place dans cette étude. Sauf pour Grégoire de Tours, et pour le motif que nous avons donné, nous avons écarté l'éducation exclusivement cléricale. Nous verrons, au chapitre suivant, si les documents relatifs à l'instruction donnée dans le monastère ou dans la maison épiscopale contredisent ce que nous avons vu. En tous cas, jusqu'ici, nous avons constaté, au vif siècle et au début du vi", l'ignorance presque absolue des lettres classiques. Non seulement nous n'avons plus rencontré, comme au temps de Sidoine, des hommes occupant leurs loisirs à lire du grec!, non seulement, en dehors de Fortunat, nous n’en avons guère trouvé qui fussent capables d'écrire une épître en vers corrects, mais les hommes les plus instruits, dont nous avons relevé les noms, ou bien avouaient franchement l'insuffisance de leur instruction, ou bien en montraient les lacunes par leur mauvais goût et leurs inconscientes erreurs. Leur langage offrait une résistance de moins en moins grande aux innovations de toute sorte accueillies par la langue rustique.
1. Les mots grecs qu'on relève dans Grégoire de Tours proviennent de la langue ecclésiastique, Cf. Bonnet, Le latin..., p. 220, Radegonde, dit Fortunat (Carm, VI, 14, v. 5%, lisait les Pères grecs {Cf. Hist. litt., p. 347); nous ignorons si elle les lisait dans le texte grec, Voir, sur la connaissance du grec à celte époque, Bonnet, p.53, note.