‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 140 sur 404 · Inst. XI · texte numérisé non relu

Inst. XI

. Id., praef.

LES LETTRES DANS L'ÉGLISE DE GAULE DE 93350 à 420 147

de Ligugé et de Marmoutiers fondés vers 360 et 372 par saint Martin? On a trop souvent une tendance à rapporter à l'origine de ces monastères des institutions qui y furent établies beaucoup plus tard. C’est fausser le caractère des grands moines que leur préter des idées qui leur furent étrangères et d'attribuer à chacun individuellement l'ensemble de l’œuvre accomplie par tous !. On s'expose à compromettre leur réputation, en leur prêtant des vues qui pouvaient être en contradiction avec les besoins de leur temps. Le monastère avec son organisation complète, son école ouverte aux enfants du dehors aussi bien qu'à ceux destinés à la vie religieuse, n'apparaît pas tout d'abord. À côté des milliers d'hommes pieux qui se réfugiaient à Ligugé ou à Marmoutiers pour prier, on ne voit guère de place pour des maîtres enseignant les arts libéraux.

Lecoy de la Marche ?, s'appuyant sur un passage de Sulpice Sévère 3, où il est dit qu'à Marmoutiers les plus jeunes moines étaient occupés à transcrire des manuscrits, en conclut que saint Martin a contribué à sauver les chefs-d'œuvre de l'antiquité ‘. Mais rien ne prouve que ces copistes aient reproduit autre chose que les textes sacrés. En tout cas, pas un document ne permet d'affirmer qu'à ce moment les lettres profanes aient été enseignées à Marmoutiers. Sulpice Sévère dit d’un des disciples de Saint Martin : « que, dès son enfance, il avait grandi parmi la sainte discipline de l'Église dont Martin lui-même l'instruisait ». Tout au plus, dans ces monastères, enseignait-on à lire et à écrire aux illettrés 6. D'ailleurs, rien de ce que nous savons de saint Martin ne nous autorise à

1. Quand Ampère (Hist. litt., 1, p. #15), pour protester contre le reproche d'oisiveté adressé aux moines à certaines époques, cite l'activité de ceux du iv® siècle, puis de ceux du xu°, et enfin, par un tour de main trop habile, l'activité des Jésuites, successeurs des moines, et des MM. de Port-Royal, il fail une généralisation qui étonne sous sa plume.

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