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146 LES LETTRES DANS L'ÉGLISE DE GAULE DU IV* AU Vl® SIÈCLE
étudié les poètes, devaient en chasser le souvenir, il ne fallait pas s'attendre à ce qu'ils les inscrivent plus tard aux programmes de leurs écoles.
Cassien en veut surtout à la rhétorique ; 1l redoute d’être induit par elle au péché de cenodoxia ‘; il rappelle, d'après l'abbé Nestor, qu'un homme ne doit pas se figurer qu'il possède la science spirituelle, parce qu'il parle bien ?. Notons, en passant, que le sort des lettres n’eût pas été en péril, s'il n'y avait eu contre elle que ce grief. Nestor ne faisait qu'exprimer l'idée incontestable que l'éloquence ne vaut pas la science. Cassien ne répudie pas seulement les excès de la rhétorique. Avec Sulpice Sévère et Paulin de Noles, il déclare « les syllogismes de la dialectique et la faconde cicéronienne indignes des simples vérités de la foi 3 »; et comme Sulpice, il se défend de connaitre l’art d'écrire “. On le voit, lors de l'établissement du monachisme en Gaule, les chrétiens qui se retirent du monde : Sulpice Sévère vivant dans ses terres, Paulin s'exilant de sa patrie, Cassien fondant un monastère, sont mal disposés pour les lettres classiques.
Nous allons chercher si, contrairement à ce que ferait prévoir cette tendance, les lettres classiques ont été enseignées dans les monastères de la Gaule, dès leur fondation.
Jusqu'ici, nous nous sommes prononcés sur des documents précis ; nous entrons maintenant en pleine hypothèse, et, si nous citons encore des textes, c'est, en général, pour montrer qu'ils ne prouvent rien. Une accumulation de témoignages peu sûrs, pour aboutir à des résultats négatifs, voilà la tâche ingrate que nous entreprenons. Certes, si nous l'avions pu, nous eussions épargné au lecteur ces pages arides et monotones. Mais, dans des ouvrages très répandus, on lit que les lettres classiques ont été recueillies par les monastères dès le début du v° siècle, et cette opinion a été trop souvent considérée comme incontestable. Il nous a donc paru impossible de dresser simplement un procès-verbal de carence, et nous avons dû insister sur des textes que, sans cela, nous aurions signalés en quelques mots.
Ce qu'a été l’enseignement dans les premiers monastères de la Gaule, il est difficile de le dire. Enseignait-on seulement dans ceux