‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 150 sur 404 · Chap. 9 {M. 66, col. 980). Cf. Dom Besse, id., p · texte numérisé non relu

Chap. 9 {M. 66, col. 980). Cf. Dom Besse, id., p

10, Cf. Malnory, Saint Césaire, p. 274.

11. 2° et 3e règles, chap. 5 (ap. Benoît d'Aniane, (onc. Regul, 55, #, M. 103, col. 1182). Cf. dom Besse, id., p. #15.

12. Règle de Césaire, 18 (M. 67, col. 1109), d'Aurélien, 32 (M. 68, col. 391), de Ferréol, 11 M. 66, col. 963).

Si nous interprétions ces règles sans tenir compte du temps et des circonstances où elles ont été écrites, ni du caractère de leurs auteurs, nous aurions tôt fait de conclure qu'elles ont sauvé les lettres. C'est la culture classique qui avait permis aux Pères de l'Église grecque et de l'Église latine de constituer la science ecclésiastique ; c'est en elle, qu'ils avaient trouvé le moyen de pénétrer le sens de l'Ecriture ; elle avait été, pour eux, l'instrument indispensable de la lecture sacrée, et saint Augustin en avait admis et réglé l'emploi dans son Traité de la doctrine chrétienne. Donc, en inscrivant dans leur règle la lecture sacrée, saint Césaire, saint Ferréol, pour ne parler que d'eux, y auraient, par là même, inscrit l'étude des lettres. Nous arriverions à la même conclusion, si, avec Mabillon, nous posions en principe qu'on ne peut ni parvenir à l'intelligence de l'Ecriture, ni prêcher clairement, ni instruire convenablement les enfants, sans avoir appris les arts libéraux !. Mais nous avons eu soin de le marquer, les exigences de l'éducation chrétienne ne sont pas immuables. Au vif siècle, la culture des laïques n'obligeait pas le clergé à se faire violence et à lire les auteurs païens, que nous avons entendu stigmatiser par Grégoire le Grand. Sans de grands efforts, sans de grandes études, il gardait sa supériorité intellectuelle dans cette société brutale et dépravée. De plus, les règles ne sont pas faites pour les séculiers, mais pour les moines, moins préoccupés de s'élever au niveau des hommes demeurés dans le siècle. Le souci de la prédication n'assurait pas davantage l'étude des arts libéraux : nous avons constaté que l'ignorance de plus en plus grande de la foule interdisait au prédicateur de parler autrement qu'en langage rustique *. Par l'exemple même de saint Césaire, nous avons vu qu'au début du siècle, un homme, naturellement bien doué et pénétré de la Bible et des Pères, atteignait à la réputa-

1. Trailé des études monastiques, IT, p. 60. Ne l'oublions pas, le Traité des éludes monastiques est une œuvre de polémique. Mabillon ÿ revendiquait, pour les religieux, le droit qui leur était contesté, de se livrer aux études les plus hautes. Ce droit, il voulut l'établir avant tout sur la nécessité, et il prétendit prouver qu'on n'avait jamois cessé de le reconnaitre, que, par suite, il était consacré par la tradition et se trouvait inscrit dans les premières règles orvanisantle monachisme occidental. Mabillon a été plus mesuré daus ses Réflexions sur la Réponse (de l’abbé de Rancé) aux Traité des études monastiques.

2. Voir, sur l'auditoire et sur les homélies de Césaire, Malnorv, Op. cil., p. 167. Cf. Bernouilli, Die Heiligen d. Merov., p.67. L'abbé de Rancé, dans la Réponse au Traité des études monastiques p.160, 22#+, remarque que d’ailleurs le moine n'est prédicateur que par exception.

tion d’orateur, sans avoir appris la rhétorique. Restait la lecture

sacrée, mais nous croyons pouvoir dire qu'au vi° siècle, elle s'ac-

commodait, comme la prédication, d'une instruction rudimentaire,

complétée par la pratique assidue des écrivains sacrés. L'exégèse

biblique ne semble pas avoir atteint en Gaule, à cette époque, une

grande hauteur. Les questions agitées dans les conciles touchent

moins au dogme qu'à l'organisation de l'Église et surtout à la

réforme morale du clergé et des fidèles. La lecture même que,

conformément aux règles, les religieux faisaient dans les monastères,

doit être, semble-t-il, entendue dans un sens assez restreint. Au xvu® siècle, l'abbé de Rancé a pu soutenir que les moines doivent se contenter de lire l'Ecriture, sans en scruter les mystères impénétrables, et que, par suite, ils n'ont pas besoin de s'y préparer par une instruction complète. Nous n'examinons pas la valeur de cette théorie, qu'on est étonné de voir se produire ou plutôt se reproduire à une époque cultivée; mais peut-on supposer, sans preuve, qu'au vi siècle, les auteurs des règles que nous avons citées alent eu sur cette matière une opinion moins rigoureuse que l'abbé de la Trappe? Nous ne connaissons pas les intentions de saint Ferréol ou de saint Aurélien. Quant à Césaire, nous avons déjà dit que ses connaissances classiques avaient été limitées à l'intention de les acquérir. On conviendra difficilement qu'il ait voulu recommander à d’autres la lecture des lettres profanes qu'il s'était interdite à lui-même. Il est donc vraisemblable que les expressions lectioni vacent, litteras discant, n'ont pas ici la même signification qu'au temps de saint Jérôme ou de saint Augustin. Plus tard seulement, les prescriptions des règles seront entendues dans un sens plus large; mais, au vi* siècle, quand Césaire dit : lectioni vacent, il prescrit aux moines de s'occuper à des lectures spirituelles ; et quand Ferréol dit : omnes litteras discant, il entend seulement que tous les moines soumis à sa discipline sachent lire et écrire.

Il y eut pourtant, au vi‘ siècle, des monastères où les lettres étaient enseignées, mais ils n'étaient pas en Gaule, et leur influence ne sy exerça pas à cette époque. Nous pouvons donc négliger, pour le moment, l'exemple de Cassiodore ! et de Columban ?.

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