De dial, (col. 952;, d'après Isidore, Etym., WE
qui constitue la philosophie avec la physique, elle-même divisée en arithmétique, géométrie, musique, astronomie, et avec l'éthique !. Ainsi se trouve constitué, dans le cadre des sept arts, le programme de leur enseignement.
Dans les trois chapitres qui vont suivre, nous étudierons les arts du Trivium qui seuls intéressent directement les lettres classiques. D'après les traités que nous ont laissés les Anglo-Saxons et les indications que nous trouvons dans leurs ouvrages, nous essaierons de comprendre ce qu'ils ont retenu de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique, et de marquer quels en ont été, chez eux, les limites etle caractère propre. Au cours de cet exposé, nous marquerons, mais cette fois dans le détail, comment ils ont été guidés dans leur choix, et comment, voulant uniquement parvenir à la science de l'Écriture, ils furent entraînés parfois au delà des limites que cet objet leur imposait.
Objet de la grammaire.
Dans les écoles impériales, la grammaire comprenait, nous l'avons dit, deux divisions : « l'art de parler correctement et l’explication des poètes ». Le grammairien professait devant ses élèves un véritable cours de belles-lettres, et il les amenait au seuil de la rhétorique. Ainsi conçue, la grammaire correspondait moins à une science précise qu'à une phase de l’enseignement.
Pour Aldhelm, pour Bède, pour l'Ecole d'York, la grammaire continue, théoriquement au moins, à embrasser un ordre de connaissances. Les vingt-six divisions de la grammaire, suivant Alcuin?, s'étendent de la grammaire proprement dite,
1. Id. IT n'est donc pas exact de dire (Mariétan, Problème de la class. des sciences, p. 100) que. pour Alcuin, la philosophie n'est qu'une partie de la dialectique.
2. Gramm. (M. 101, col. 858). Alcuin reproduit, à peu de chose près, la division donnée par Isidore, Efym., 1, 5; il en a modifié l'ordre ; comme Priscien (/ntrod., K., 1, p. 3), il place les voix, Les lettres et les syllabes avant Les parties du discours, et il insère ensuite les dicliones, les oraliones {Priscien, id.), les definitiones omises dans les Étymolouies. Isidore avait Jui-mème emprunté sa division, ainsi qu'il le dit .td.).
L'enseignement des leltres classiques. 21
avec les parties du discours, la ponctuation, l'accentuation, la versification, l'orthographe, l'étymologie, etc., aux figures de mot et aux tropes, à la fable ! et à l’histoire. Comme Quintilien, les Anglo- Saxons considèrent donc la grammaire comme un cadre d'éludes. Elle enseigne à écrire, à lire, à parler, à prononcer correctement le latin, elle enseigne la propriété des mots, l'usage des figures, le rythme des vers, le sens des allusions mythologiques et historiques. Chez les Romains, la grammaire préparait à la rhétorique : chez les Anglo-Saxons, elle amène à l'intelligence matérielle de l'Écriture. Mais le but n'est pas seul changé. Ce qui, dans l’enseignement romain, formait un lien entre les diverses parties de la grammaire, ce qui les vivifiait, ce qui les rendait ou légitimes ou nécessaires, l'explication des poètes, n'apparait plus dans la définition d'Alcuin. Une préocupation plus pratique et plus étroite le domine. « La grammaire, dit-il, est la science des lettres, et elle est la gardienne de la correction, quand on parle ou quand on écrit : elle repose sur la nature, la raison, l’autorité, l’usage *. » Thurot a remarqué * que « l'antiquité n'avait pas légué au moyen âge une division satisfaisante de la grammaire ». C'est peut-être que les différentes parties de la grammaire concouraient si bien à un tout, qui était l'interprétation des auteurs, qu'il semblait diflicile de les isoler en des sciences spéciales, C'est seulement, quand on considère la grammaire en elle-même, qu'on peut y établir des divisions. Enfermée dans des chapitres précis, elle perd alors la large signification que lui donnait Quintilien, et que saint Augustin, profitant des sens multiples du mot lifterae, lui conservait dans le De ordine #. Quand Alcuin définit la grammaire litteralis scienlia ©, il est possible qu'il entende, avec Diomède 6, — auquel 1
1. Isidore entend par ce mot {Etym., 1, 40) l'apologue, les fictions pot- Liques : « ut eae quas vulro dicunt vel quales Plautus et Terentius composuerunt », les fictions mythologiques.
>, Gramim. (M. 101, col. 857).
3, Ertraits de divers manuscrits latins pour servir à l'histoire des doclrines grammalicales au moyen âge, p. 131.
11, 12 (M. 32, col. 1012).
Granum. (M. 101, col. 857).
6. Ars gramm., IT (K,, 1, p. 421). Diomède n'est pas cité par Alcuiu dans sa liste, mais il était connu des Anglo-Saxons — Lilteralis ars ou scientia el employé plus tard pour désigner la grammaire, voir Du Cange, Literatoria