‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 344 sur 404 · Inst. orat., IX · texte numérisé non relu

Inst. orat., IX

ne pas être compris, reprendre, au moins sommairement, l'étude des figures de mots. C'est ce qu avaient fait l’auteur de la Rhetorica ad Herennium!, Cicéron ? et Quintilien 3, pour ne parler que des plus célèbres.

Isidore de Séville avait conservé cette distinction. Il répartit

l'étude des Figures entre la grammaire * et la rhétorique ?. Les

Anglo-Saxons, qui s inspirèrent surtout des grammairiens, semblent bien avoir suivi la même méthode. La division des parties de la grammaire chez Alcuin en est une preuve. N'étudiant pas tout d'abord la rhétorique proprement dite, ils se contentèrent d'étudier les tropes et les figures dans la grammaire, Aussi bien, les définitions qu'ils y rencontrèrent suffisaient à leurs premiers besoins. Ils étaient libres, d'ailleurs, d'allonger les listes que leur offraient Donat ou Charisius. |

L'étude qu'ils ont faite des figures et des tropes est-impartante, non”qu'ils aient ajouté quelque perfectionnement à l'analvse très fine que les Grecs avaient transmise aux Romains. Mais nulle part on ne voit mieux comment ils mirent en valeur l'héritage antique et adaptèrent à l'enseignement religieux les formules et les méthodes de l'école païenne: nulle part on n'aperçoit, avec plus de netteté, comment c’est le souci de comprendre l'Écriture qui à sauvegardé en partie les arts libéraux.

La méthode d'interprétation mystique adoptée par saint Augustin, par Cassiodore, par Grégoire le Grand, par Isidore de Séville était devenue classique dans l'Église. Elle imposait l'étude des tropes et des figures, le jour où l'on était décidé à utiliser la Science antique. Pour pénétrer la pensée contenue dans l'Écriture, il fallait en rechercher les quatre sens : historique, allégorique, anagogique et tropologique 5. Pour interpréter le texte dans un des trois derniers sens, il était nécessaire soit de reconnaitre le trope qui s'y trouvait employé pour dégager la signification réelle des mots, soit de découvrir le trope qui permettrait de lui donner un sens nouveau. Rien ne préparait mieux à cette analyse que les

- De orat., III, 54.

+ Inst. orat., IX, 3.

+ Etym., 1, 36 et 37.

+ Etym., I, 21, ct Halm, Rhet. lat. min., p. 517. | 7 6. Raban Maur les appellera « les quatre filles de la sagesse ». (Alleg. !

univ. sacram Script., M. 112, col. 849).

SH

répertoires où se trouvaient classés les formes et les modes d’expression de la pensée humaine, et les écrivains sacrés avaient reconnu la nécessité de s’en servir {. Au cours de son Ezxpositio in Psalterium, Cassiodore a relevé les exemples de tropes et de figures qu'il rencontrait ; il les a étudiés et en a donné la définition. Le tableau des figures ?, ainsi analysées, renferme presque toutes celles que les grammairiens et les rhéteurs anciens avaient reconnues. Comme eux, les Anglo-Saxons, Aldhelm, Bède étudièrent l'Écriture. Aldhelm pratiquait et conseillait l'inter rétation historique, allégorique, anagogique et tropologique de |” Re ture 5. Quant à Bède, il en fait un continuel usage ; sans cesse, il interprète les mots, les noms, les objets, etc., suivant les quatre sens #,

Comme eux, et pour la même raison, il est donc naturel qu'ils | aient inscrit l'étude des figures au programme de leur enseignement *. Ainsi que l'avaient fait les Pères 6, Bède crut devoir confir- . mer le droit qu'il avait d'étudier et d'enseigner les figures, en remar- ; quant qu’on les rencontrait toutes dans l’Écriture, bien avant que es grammairiens grecs en eussent donné la théorie 7. Il exerçait ; ainsi comme la reprise d’un bien détourné par la science séculière. !

La présence de nombreuses figures dans la Bible rendait l'adaptation aisée ; il suffisait de recueillir les définitions dans les gram- : mairiens et de les éclairer par des exemples tirés de l’Écriture. C'est ce que fit Bède 8 dans son De schematibus et tropis. Il s'aide

1. Cf. saint Augustin, De doct. christ, IÏT, 29. — Cassiodore, Expos. in Psall., praef. (M. 70, col. 9).

2. Il a été dressé par Garet dans son édition de Cassiodore et reproduit par Migne (70, col. 1269).

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