‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 343 sur 404 · K., VI, p · texte numérisé non relu

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6. Bède remplace les mots numerosa scansione de Max. Victorinus par numero syllabarum,

bien ensuite que le rythme est modulatio sine ratione, mais il ne s explique pas sur la nature de cette modulatio; il n'est pas question du rôle de l'accent, constitutif de ce type de versification.

Nous n'avons pas besoin de remarquer l'importance de ce passage pour l’histoire de la versification rythmique !. L'usage des rythmes explique quelques-unes des modifications introduites par Béde dans les mètres qu'il a étudiés. Il explique, avant tout, l'attention qu'il apporte, — et nous avons noté chez Aldhelm le même souci — au nombre des syllabes dans la versification métrique. Bède a une tendance à interdire la substitution d'un trisyllabe à un disyllabe, d'un tribraque à un ïambe ou à un trochée. Le phalécien, le saphique, le tétramètre dactylique catalectique avaient déjà chez les anciens un nombre fixe de syllabes. Bède modifie, dans ce sens, les tétramètres iambique et trochaïque et l'anacréontique. Seul l'hexamètre fambique, peut, avec les règles qu'il donne, n’avoir pas toujours le même nombre de syllabes ; mais, — est-ce hasard? — il se trouve que les quatre vers cités dans le De arte metrica ont chacun douze syllabes.

En fait, le rythme propre à la versification métrique leur échappait. Sauf dans le chapitre où Bède rapproche, d’après Victorinus, les deux versifications, il ne parle jamais de l'effet partioulier produit sur l'oreille par le vers de Virgile. Cette notion n'est pas mentionnée davantage par Aldhelm. Seul Boniface indique, dans sa définition du mètre, que la division des mots en pieds est inséparable du rythme ?, Si Bède néglige ainsi l'élément important du vers, ets il accentue les tendances des métriciens de la basse époque dans le sens de la versification populaire, c'est, croyons-nous, qu'il subit l'influence de la versification rythmique, qui seule avait PO Jui un sens. En étendant l'isosyllabie, il facilitait d'ailleurs l'ilusion que purent avoir ses contemporains de saisir la cadence du vers antique. Il est vraisemblable qu'entre le vers

Deus creator omnium et le vers | Rerum creator omnium,

entre les strophes rythmiques construites, soit « à l'exemple du

4. Cf. Ronca, Metrica e riüthmica latina nel medie evo, I, p. 10.

2. Gaisford, Script. lat. rei metr., p. 580 (cf. K., VII, p. 645) : « Metra ne verborum spatia certis pedibus ac temporibus terminata, quibus adhaere rhythmus, id est modulalio quac certa dimensionce temporum terminatur. »

mètre iambique », soit « à l'exemple du mètre trochaïque » !, et les strophes métriques, l'oreille des moines de Jarrow ne percevait aucune différence.

Nous nous sommes étendu sur les doctrines des Anglo-Saxons relatives à la versification, en raison de l'influence que leurs ouvrages ont eue dans les écoles carolingiennes et dans l'enseignement du moyen : âge. On voit que, s'ils ont conservé l'usage du vers latin, ils ont accentué le caractère artificiel de la versification prosodique, et transformé en recettes des habitudes qui ne répondaient plus à rien de vivant. Il faut noter encore qu'ils ont attribué à l’art des poètes chrétiens une importance exagérée. L'union de Virgile et de Seduhus s'explique par leur zèle religieux, mais elle ne prouve pas qu'ils aient fait aux classiques la place qui leur revenait dans l'art poétique.

Les figures.

Parmi les divisions de la grammaire reconnues par Isidore de Séville, et, après lui, par Alcuin, nous trouvons mentionnées les Schemata et les Tropi?. C'était là un terrain commun à la grammaire et à la rhétorique. Les tropes sont étudiés à la fois par Donat * et par Quintilien #. Quant aux figures, si, en théorie, l'on était d'accord pour établir entre elles une distinction, et pour réserver les figures de mots aux grammairiens, les figures de pensée aux rhéteurs *, dans la pratique, il était souvent difficile d'établir la limite des unes et des autres. Telle figure, la prolepse par exemple, est rapportée par Donat 5 à la première catégorie et par Quintilien ? à la seconde. Les grammairiens pouvaient s'en tenir à ce qu'ils considéraient comme de leur compétence; mais les professeurs de rhétorique, employant toutes les figures, devaient, sous peine de

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