‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 352 sur 404 · De SS, Euh. Ecel., v. 15425 (Poe, lat. car., 1, p · texte numérisé non relu

De SS, Euh. Ecel., v. 15425 (Poe, lat. car., 1, p

En tout cas, cette étude était rare; la preuve en’ est qu'Alcun semble bien avoir su très peu de grec f.

Nous avons passé en revue ce que les Anglo-Saxons ont retenu de la grammaire. Si l'on compare ces matières avec l'enseignement du grammairien, dans l'éducation romaine, on voit que le programme antique est singulièrement rétréci. L'étude de la langue elle-même se détache, dans l'ensemble des connaissances, qu'il appartenait au grammairien de transmettre. Les Anglo-Saxons sont contraints, par leur qualité d'étrangers, d'étendre le rôle du grammairien inférieur. L'étude du rudiment se prolonge pour eux ; quand les écoliers, les étudiants, car il faut abandonner un terme qui limite l'acquisition des éléments aux années d'enfance, quand les étudiants, ont franchi le premier degré, la tâche du maître est encore toute pratique. Il leur enseigne le vocabulaire, l'usage en s'aidant des livres. L'étude des parties du discours, les connaissances qui garantissent la correction contre les vices, les barbarismes, etc., la science du vocabulaire, des gloses, différences, etc., l'orthographe, voilà les parties essentielles de l'enseignement grammatical ; leur conservation se justifie assez par la nécessité de comprendre la langue de l'Église, de lire la Bible, par le souci d'en reproduire le texte. Les Anglo-Saxons sont amenés aussi à apprendre la ponctuation et l'accent. et à étudier les figures de grammaire, utiles pour comprendre les sens tropologique, anagogique et allégorique de l'Écriture. Cédant à un intérêt moins pressant, entraînés peut-être par les rapports de la quantité et de l'accent, qu'ils devaient connaître, ou séduits par le rapprochement des versifications latine et hébraïque, ils apprennent à distinguer les longues et les brèves, ils étudient la métrique. C'est d'ailleurs le seul exercice qu'ils aient conservé parmi ceux des écoles antiques. En dehors des vers latins, on ne voit pas qu'ils aient appris à composer, comme les jeunes Gallo-Romains.

Lisent-ils les auteurs profanes? L'interprétation des poètes, avec Île grammairien, puis, celle des historiens et des orateurs, auprès du rhéteur, constituait l'élément vivant, dans l'éducation romaine. Elle n'est pas indiquée dans la définition d'Al- Cum; apparaissait-elle dans la pratique? ou l'enseignement de la langue était-il limité aux sèches notions que l'on rencontrait dans les traités de grammaire. Il est manifeste que les Anglo-Saxons ont

1. Alcuin cite du grec dans l'Orthographia (K. VIT, p. 298, 312, etc.), rarement dans ses travaux d'exégèse, {nterr. el respons. in Genesim 151 1M. 100, col. 534+), 280 (col. 558), 281 {col. 560), ete. TI semble cependant en avoir su plus que ne le croit Egger, l'Hellénisme en France, X, p. 50.

lu, non pas les auteurs profanes, mais certains auteurs profanes. La liste des auteurs cités par Bède comprend une faible partie des textes que lisaient, à l’école, les contemporains d'Ausone. Le maître

unique qui remplace le grammairien et le rhéteur n'a pas assumé l'interprétation de tous les auteurs qu'ils se partageaient. Et su Et surtout, l'explication des textes n’est plus le centre de l'enseignement. Ce n’est pas le poète ou l'orateur que le maître commente, signalant, au cours de son explication, un fait de grammaire ou de métrique, relevant une image, éclairant le texte à l'aide de l'astronomie, de l’histoire, etc.., c'est la grammaire, l'orthographe, la métrique, l'astronomie quil reconstitue, en rapprochant des vers et des fragments d'auteurs. On les invoque pour appuyer l'emploi d'un cas ou l'existence d'un phénomène, comme on invoque le texte sacré pour appuyer une croyance. Bède cite les poètes dans ses traités de cosmographie comme dans ses traités de métrique: il les cite aussi, nous l'avons dit, dans ses travaux d'exégèse. Les textes profanes font partie du trésor encyclopédique; on y puise, comme on puisait, au 1v° siècle, dans les ouvrages de Varron. Ils constituent l'autorité humaine dont on peut user, quand elle n’est pas en contradiction avec l'autorité sacrée. Le texte qu'on explique, qu'on commente, celui qui aurait dû remplacer les poètes dan la définition de la grammaire, c’est l'Écriture, à commencer par-ks Psaumes qui fournissent le livre élémentaire de l’enseignement religieux. Sans le vers latin, qui donna des lecteurs aux poëes, le nombre des moines connaissant les auteurs profanes eût été sans doute assez restreint. S'il ne s'agissait que d'y recueillir des exemples, des mots, d’y trouver de quoi appuyer une définition, de quoi décrire un phénomène, il suffisait que le maître fit cette recherche ; ses élèves pouvaient se contenter d'en accepter les résultats. Il est vraisemblable que les classiques ont, dans la première moitié du vi siècle, trouvé dans les monastères anglo-saxons plus de lecteurs que ne l’exigeaient les besoins stricts de l'enseignement. Remarquons-le toutefois: on ne possède pas, que nous sachions, de manuscrits d'auteurs classiques, écrits en Angleterre par des contemporains immédiats de Bède. Combien, en dehors des traités techniques, n ont dû lire que des poètes chrétiens!

Nous avons, Jusqu'ici, comparé l'enseignement de la grammaire chez les Anglo-Saxons avec ce qu'il était dans les écoles romaines, et nous n'en avons aperçu que les lacunes. En le rapprochant de l'enseignement de la grammaire, au moyen âge, on

constate que les maîtres anglo-saxons ont eu des idées plus justes que beaucoup de leurs successeurs. Acquise dans les livres, leur science n’est pas sans raideur, et ils ont consacré un certain nombre de faits contestables rencontrés dans les grammairiens. Mais ils ont eu, en général, le mérite d’être pratiques et surtout de ne pas confondre la grammaire et la dialectique. IL est regrettable que, sur ce point, leur exemple n'ait pas été mieux suivi.

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