CHAPITRE XI
La rhétorique et la dialectique chez les Anglo-Saxons.
Dans les écoles romaines, la rhétorique et la dialectique étaient, l'une et l’autre, enseignées par le rhéteur. Du moins celui-ci étudiait-il ce qui, dans la dialectique, était jugé nécessaire à l'orateur, le reste, la dialectique, en tant que science, était étudié par les philosophes. Après Isidore de’ Séville‘, Alcuin? a conservé le souvenir de cette union ; il a fait de la dialectique et de la rhétorique les deux divisions de la logique.
La rhétorique.
La rhétorique, que nous abordons maintenant, n'exigera pas un long examen ; aussi bien aurons-nous vite épuisé les documents que nous rencontrons à cet égard dans les œuvres des Anglo-Saxons.
Aldhelm a nommé la rhétorique parmi les arts libéraux ?, et 1la consacré quelques lignes aux pieds employés par les rhéteurs . La rhétorique figure également parmi les matières qui, d'après Alcuin, étaient étudiées à l'école d’York?. De ces indications, il serait téméraire de conclure à un enseignement méthodique de l'art ora-
. Etym., FH, 2%, 7. Isidore attribue cette division à Platon. . De dial., 4 M. 101, col. 952).
. De laud, Virg., 35 {M. 89, col. 133).
De sept. (M. 89, col. 2351,
. De SS. Eub. Ecel,, v. 143% (Poet. lat, car., |, p. 201) :
Sr +
is rhetoricae infundens refluamina linguae.
toire chez les Anglo-Saxons du vi et du vin siècle. En parlant de la rhétorique, Aldhelm n'a fait que reproduire la liste traditionnelle des arts libéraux, et son énumération des pieds oratoires est une digression isolée, introduite dans un traité de versification. Quant au témoignage d'Alcuin, à l'examiner de près, il a une valeur très restreinte, Dans le vers cité plus haut, il est dit seulement que les étudiants d'York apprenaient rhetoricae... refluamina... linguae : ces mots peu précis, empruntés à Fogunat! qui les applique à la grammaire, ne peuvent guère désigner que les ornements du style de la langue littéraire ; ils pourraient s'entendre également des figures qui, nous l'avons dit, étaient souvent considérées comme telles. L'emploi de rhetoricus dans Aldhelm cadre bien avec ce sens : ce mot désigne, d'une façon constante, le style travaillé, le style figuré, par opposition avec la langue de tous les jours ?. Dans le De orthographia, Bède explique declamo par rhetorizo3, c'est-àdire parler sur un ton oratoire. Si l'on s'en tient à ces documents, il semble qu'Aldhelm et Bède aient surtout, comme les maitres du moÿen àge, considéré, dans la rhétorique, ce qui concernait le style ; ils n'ont donc pas, à proprement parler, étudié la rhétorique. Si donc, nous nous sommes servis du De grammatica et du De orthographia d'Alcuin, qui, certaines parties exceptées, représentent l'enseignement des maîtres anglo-saxons, nous n'avons pas le droit d'utiliser le De rhetorica pour connaître les écoles de Jarrow et d'York. La définition de la rhétorique, le caractère du traité prouvent, à notre avis, qu'il a été spécialement composé pour l'École du Palais.
Il y avait eu, dans les écoles romaines, des formules traditionnelles pour définir l'art oratoire. Elles n'avaient pas été acceptées sans débat*. Les définitrons, comme : « la rhétorique est l'art de bien dire », « la rhétorique est l’art de persuader », avaient paru trop générales. Certains avaient voulu lui constituer un domaine
1. Vita S. Mart., I, v. 29 Parvula grammaticae lambens refluamina guttae
2. De laud, Virg., 60 (M. 89, col. 159) « …..rhetoricis relatibus favorabiliter venerari nitebar....….. Velut jactis jam rhetoricis fundamentis ac constructis prosae parielibus., » Zd. (col. 160) :4«.. cum metrica leporis elegantia et rhetoricae dissertitudinis eloquentia... »
3. Keil, VIE, p. 269, Cf. l'emploi de rhetor avec un sens défavorable dans Bède, Expos. in Cant. Cant., LM. 9, col. 1065).