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ne doit pas dépasser l'enfance !. Ces précautions, le laïque doit les prendre comme le clerc; car, pour l'un et l’autre, le but suprême est le salut éternel, et on y parvient par la même voie. Tous les chrétiens doivent regarder la science comme un degré par lequel on s'élève jusqu à be pensée divine enfermée dans son expression biblique. Dans l'antiquité on prend le matériel encyclopédique ; on prend l’un des arts du Trivium, la grammaire, et on étudie l’art de parler et d'écrire correctement, on apprend à mettre la ponctuation, à placer exactement les accents; puis on étudie les tropes nécessaires pour l'interprétation de l'Écriture. Voilà ce qu'on emprunte aux auteurs antiques, à qui l’on se garde surtout de demander le secret de leur forme.
Telle est la mesure dans laquelle, à l'époque qui nous occupe, l'Église a contribué à la conservation des lettres classiques. Les textes que nous avons analysés, les témoignages que nous avons empruntés aux initiateurs mêmes des diverses créations scolaires de l'Église du 1v° au vin® siècle, permettent de voir dans quel sens on peut employer pour le ix° siècle les mots de rénovation ou de renaissance des lettres. Il v a eu, dans ces longs siècles, de la part de l'Église, nombre d’essais pour mieux adapter à ses besoins les disciplines de l'antiquité, pour employer plus habilement, avec quelques-uns des chefs-d'œuvre de l'esprit, les plus médiocres manuels de la décadence. Parfois les auteurs anciens ont donné plus qu'on ne leur demandait. La versification latine a été conservée
‘dans l'enseignement monastique. Columban, Boniface, Aldhelm,
Bède, Tatwin, Alcuin lui-même ont fait des vers latins. Parce qu'au dire de saint Jérôme, on trouvait des hexamètres dans l'Écriture, tous ces saints ne purent lire et imiter Virgile. Ils dépassaient les limites qu'ils avaient eux-mêmes tracées à l'enseignement, et les traités de métrique qu'ils écrivaient permettaient à d'autres de suivre leur exemple. Ainsi se répandait le sens de la forme : c'était
4. Epist. 280 (Epist. Kar. aevi, Il,p. #37):« Éxhortamini juvenes vestros, ut diligentissime catholicorum doctorum discant traditiones, et catholicae fidei rationes omni intentione adprehendere studeant, quia sine fide Deo inpossibile est placere (lebr., XI, 6). Nec tamen saccularium litterarum contempnenda est scientia, sed quasi quoddam fundamentum tenerae infantium aetati tradenda est grammatiea, aliseque philosophicae subtilitatis disciplinae, quatenus quibusdam sapientiae gradibus ad altissimum evangelicae perfectionis culmen ascendere valeant; et juxta annorum augmentum sapientiae
quoque accrescant divitiae. »
comme une revanche des lettres, reléguées dans un rôle secondaire. T Mais notons-le, ces effets inespérés ont été des accidents; c'est par un abus des disciplines propres à l'enseignement monastique que de tels services ont été obtenus des lettres antiques. Leur fonction légitime était beaucoup plus humble. Mise au service de la lecture divine, elles fournissaient un répertoire de mots et de faits, et tout leur intérêt consistait dans l'aide qu'elles pouvaient apporter à l'intelligence et à l'interprétation de l'Écriture lue dans la traduction latine. Toujours et partout, c'est la même méthode, qui consiste à s'en servir comme de matériaux à mettre en œuvre pour le plus grand profit de la foi. Nul, parmi les Irlandais ou les Anglo-Saxons que nous avons rencontrés, n'a permis ni compris l’idée de les appliquer à la culture désintéressée. Ils les ont toujours considérées, non comme une fin, mais comme un moyen. Chargés d'instruire la société civile, les maîtres des écoles monastiques élargiront leur programme, mais aucun ne renoncera à ce principe, et c'est un excès de langage de leur attribuer une intention quelconque de restauration intégrale de l'antiquité.
À défaut d'écoles civiles où les lettres pussent être étudiées avec plus d'ampleur, cet enseignement représentait seul, au vif siècle, celui qui était autrefois donné dans les écoles romaines. La volonté de Charlemagne allait en faire la loi de l'Occident.
Vu ET LU en Sorbonne, le 8 juin 1903, par le Doyen de la Facullé des Lettres de l’Université de Paris, A. CROISET.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vivce-Recteur de l'Académie de Parts, L. Lrano.