‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 40 sur 404 · Sulpice Sévère, Vita S. Mart · texte numérisé non relu

Sulpice Sévère, Vita S. Mart

fesseurs, qui protestait contre une société corrompue et contre l'altération du culte nouveau, adapté par les païens de la veille à leurs besoins et à leur conception mesquine de l'existence. Après avoir rêvé la rénovation du monde romain par l'Évangile, les chrétiens de l'Église des saints, dépositaires de la pure tradition du Christ, s'enfermaient pour ne pas laisser entamer leur précieux trésor, autant que pour sauvegarder leurs croyances. Désespérant de réformer le monde romain, ils pensaient surtout à conserver la foi faussée par le siècle ; ils attendaient des jours meilleurs, quelques-uns le règne du Christ, ce millénaire! qui devait être l'âge d'or du christianisme; d'autres semblaient compter sur les Barbares? qui grondaient aux frontières et qui, eux, n'avaient pas été atteints par l'inguérissable perversion romaine.

Cette rupture était, dans un certain sens, un procédé révolutionnaire. En refusant de jouer un rôle dans la cité, l'anachorète entrait en révolte contre elle; 1l donnait en outre un démenti à la nature qui n’a pas créé l’homme pour vivre dans la solitude. Mais, dans le désert même, la nature reprit vite ses droits: non loin de la grotte de l’ermite, s'éleva le couvent. Avec les cénobites, la vie sociale réapparut, mais sous un nouvel aspect. Le monastère fut une société en raccourci : il eut son gouvernement, ses lois, son organisation; il dut pourvoir aux besoins matériels aussi bien que satisfaire aux aspirations morales. C'était, il est vrai, la cité de Dieu qu'il s’efforça de réaliser, autant quil était possible sur cette terre, mais les exigences mêmes de la nature humaine en firent une cité humaine. Dès lors, en face de la société romaine modelée par la domination impériale, on put apercevoir, dans son expression concrète, le type d'une organisation sociale fondée sur les principes du christianisme.

Pendant longtemps la Gaule n'avait pu suivre cet exemple : les lois guettaient les citoyens et les empêchaient de déserter la vie publique; les chrétiens étaient étroitement surveillés *. Mais quand, par l’affaiblissement du pouvoir, la sujétion des citoyens fut moins strictement maintenue, il fut loisible à des chrétiens isolés et même

1. Le millénarisme avait encore des adeptes au 1v° siècle. Sulpice Sévère est nommé par saint Jérôme (Comm. in Ezechiel. XI, 36 M. 25, col. 339) comme ayant partagé cette erreur (Le Blant, Insc. chrét. de la Gaule, II, p. 83, note). Le passage de Sulpice incriminé (Dial., 2, 24) n’est pas clair.

2. Viollet, Fist. des. inst. de l'ancienne France, t. 1, p. 167.

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