Fustel de Coulanges, L'invasion germanique, p
à des groupes de chrétiens de se retirer du siècle. De bonne heure, saint Antoine avait été célèbre en Gaule comme dans tout le monde chrétien. Saint Athanase, qui devait être son biographe, avait fait un séjour à Trèves de 336 à 338 ; il dut contribuer à répandre la renommée de l'ascète dans l'importante communauté de cette métropole. C'est à Trèves que saint Jérôme lut la vie de l'ermite. Dans la deuxième partie du 1v° siècle !, le saint avait des imitateurs dans cette ville?. À la même époque, les îles de Lérins abritaient déjà des anachorètes3. L’exemple de ces hommes vivant dans la retraite, soit solitaires, soit en commun, — saint Augustin, dans les Confessions, parle de plusieurs serviteurs de Dieu habitant la mème cabane #, — dut avoir une énorme influence. Dès ce moment, rompre avec le siècle n'apparaissait plus comme un rêve irréalisable. Dans la Gaule même, les cénobites de Trèves, les ermites de Lérins avaient — avec des atténuations, il est vrai — réalisé l'existence idéale du chrétien, comme saint Antoine en Orient. Désormais Paulin de Noles, saint Martin pouvaient orienter les fidèles vers la retraite, ils étaient assurés d'être compris : le monachisme gaulois était fondé ÿ.
Vers 360, saint Martin créait le monastère de Ligugé, en 372 celui de Marmoutiers. Les grottes se remplirent rapidement, et, quand saint Martin mourut, en 397, deux mille moines suivirent son cercueil 6. On sait quelle fut l'influence de saint Martin; à ce moment, comme dit très justement M. Malnory, « chaque chrétien qui sent naître en lui le désir de renoncer au monde le rapporte à saint Martin ? ». Au commencement du siècle suivant, saint Honorat fonda le monastère de Lérins (vers 410)8, Cassien celui de Saint-Victor de Marseille (vers 418)°, saint Castor d’Apt celui de
1. En 386, d'après Bayet dans Lavisse, IJist. de France, If, 1, p. 34.
2. Saint Augustin, Confessions, 1. VIII, ch. 6 {M. 32, col. 755). Cf. Ozanam, La civilisation au Ve siècle, I, p. 37.
3. Saint Hilaire d'Arles, Sermo de vita s. Ilonorati, & (M. 50, col. 1259).
+. Passage cité plus haut.
. Sur ces débuts du monachisme en Gaule, voir Ozanam, La civilisation au Ve siècle, IT, p. 36, et Dom Besse, Premiers monastères de la Gaule méridionale (Rev. des Quest. hist., 1902, p. 39+). On peut consulter aussi le tableau idéalisé tracé par Montalembert, Les moines d'Occident, 1, p. 220 (éd. de 1863),