CHAPITRE PREMIER
L'Enseignement des lettres classiques en Gaule dans la seconde moitié du IVe siècle
À la veille d’être séparée de l'Empire, la Gaule vit resserrer les liens qui semblaient l'unir pour toujours à la Romania. Les victoires de Julien avaient arrêté pour un temps l'effort des Barbares ; la présence ou l'action des princes qui lui succédèrent avaient raffermi le pouvoir et restauré les institutions impériales. Ainsi l'époque où l’on peut étudier avec le plus de sûreté l’administration romaine en Gaule est celle qui précède immédiatement le siècle des invasions. L'école, en particulier, y apparaît avec des traits plus accentués que dans les âges précédents.
La deuxième moitié du 1v° siècle sera donc le point de départ naturel de ce travail. Sans doute. dans les tendances d’une partie de la société, nous apercevrons des indices promettant une orientation nouvelle des études; mais l'insuccès mème des protestations chrétiennes au 1v® siècle, en dépit des raisons qui les justifiaient, nous fournira la preuve que la tradition antique n était pas encore entamée. En essayant de déterminer ce que fut, entre 350 et 420
Enseignement des lettres classiques. 1
environ, l’enseignement des arts libéraux dans la province des Gaules, en marquant son caractère et son objet propres, en recherchant les causes de son succès, c'est bien l’école romaine que nous étudierons dans l'une des phases de son développement.
Les centres d’études. — Les maîtres.
L'enseignement des lettres était prospère en Gaule au 1v° siècle. Outre la preuve indirecte qu'en fournissent les écrits du temps, nous en trouvons le Lémoignage formel dans saint Jérôme ! et dans Symmaque?, dans les notices que le professeur le plus célèbre de l'époque, Ausone, a consacrées à plusieurs de ses maîtres et de ses collèques, dans les textes du Code Théodosien relatifs aux écoles. Ces indications sont par elles-mêmes assez précises pour que nous n'ayons pas besoin de recourir aux données incertaines de la linguistique et de l’épigraphie.
Certains indices ont permis en effet à M. Mohl de supposer que le latin parlé en Gaule au iv° siècle était plus rapproché du latin littéraire que celui des autres provinces, notamment que celui de l'Italie *. Si le faitétait établi sur des preuves plus nombreuses, nous lui aurions attribué une très grande valeur. Mais nous ne croyons pas qu actuellement on connaisse assez bien le latin parlé dans la Gaule au 1v° siècle pour décider s il avaitété particulièrement pénétré par la langue littéraire.
De même, nous écartons le témoignage des inscriptions de la Gaule. Eüût-on classé les textes lapidaires par époques et par régions, travail quin'est pas fait *, il seraitimpossible d'en tirer des conclusions certaines. Un exemple le montrera. M. Hirschfeld remarque que les inscriptions d'Autun sont « presque toutes très brèves et très incorrectes », etilen conclut « que même dans ce foyer d’études libérales, les mœurs et les lettres romaines n'avaient pas jeté de profondes