PRÉFACE
JL ’i N i-' L U E N c E de l’éducation populaire sûr la prospérité publique est incontestable. L’instruction primaire est la source principale d’où découlent les richesses qu’on attend de l’industrie; . c’est cette instructioo qui élève le moral des nations , et qui donne l’essor à toutes les inventions auxquelles nous devons nos jouissances et notre bonheur. Je sais que des esprits prévenus pensent que l’instruction d’un peuple le ^nd plus difficile û gouverner , et que les hommes qui sont ignorans Sont plus dociles aux ordres du maître."
Si c’était ici le lieu d’examiner cette opinion, il me serait facile de prouver que l’autorité publique exercée par des magistrats qui parlent au nom de la loi ne rencontre jamais d’obstacleà chez les nations éclairées ; c’est ce qu’on renjar- • que en France, en Angleterre, dans les États- Unis, etc. ; tandis, qu’au contraire, il ne faut souvent que de l’audace pour soulever un peuple, ignorant contre son souverain légitime. Chaque page de l’histoire en fournit des exemples. Ce n’étaient pas sans doute des hommes éclairés queces soldats qui ont détrôné tant d’empereurs^ que
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ceux qui ont servi sous Cromwell pour traîner leur roi h l’échafaud ; que ce’s rebelles qui firent la principale force de la fronde et delà ligue; que ces insurgés qui reconnurent à Naples Mazaniello pour leur maître ; que ces hommes qui .ont servi si souvent d’instrumens pour changer l’ordre de succession au trône de Russie et à l’empire d’Allemagne , etc. Il est même possible de conduire une natiou ignorante jusqu’à la soulever contre le Dieu qu’elle adore; car, par exemple r les soldais de Mahomet frétaient assurément ** pas lettrés, et pourtant ils ont changé de religion , et renversé le culte d’une grande partie du monde. ,
Les soins que prend un roi pour donner à chacun de ses sujets la part d’instruction nécessaire à sa position sociale, sont des devoirs qu’il - remplit et des sacrifices qu’il fait aux intérêts de sa couronne , parce qu’ils assurent sa puissance. Puisque l’instruction est' un moyen de rendre les hommes meilleurs et plus heureux , les rois doir vent favoriser les progrès des lumières ; car Dieu ne leur a accordé le pouvoir dont ils jouissent que sous la condition de contribuer de tous leur^ moyens au bonheur public , dont ils sont responsables devant lui. -
Mais quand cette opinion serait contestable, je crois pouvoir affirmer que, quel que soit le . sentiment qu’on adopté sur ce sujet , on ne fera
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pas difficulté d’accorder que l’enseignement des principes du dessin aux hommes de tous les états, offre de grands avantages, sans présenter le plus léger inconvénient. Tons les ouvriers employés à la construction des bàtimens ont sans ^ *
cesse recours au dessin; tels ^e les maçons, me- ^ nuisiers, charpentiers, appareilleurs, serruriers, couvreurs, carreleurs, fumistes, etc. Tous 'ceux qui fabriquent nos meubles, ceux qui travaillent aux choses de mode et de goût , tels que les ébénistes , fondeurs , doreurs , penduliers , bronziers , marbriers , tailleurs , modistes , etc. ; ceux qui se livrent à l’exécution des nïécaniques ou des instrumens, tels que les opticiens, ingénieurs, mécaniciens , fontainiers , etc. , je pourrais enfin citer presque toutes les profe.ssions , ont sans cesse besoin de comprendre jes idées des personnes' qui leur commandent *des travaux, et quelquefois de communiquer les notions que leur suggère leur intelligence ou leür expérience. Et comment pourront- ils comprendre ou exprimer ces idées , si l'art du dessin ne leur est pas familier ? Cet art, enseigné dans les écoles primaires doit exercer le goût des moindres artisans , et , leur donnant le sentiment du beau , les rendre propres à donner à notre industrie un essor trèsfavorable. Dans l’ancienne Grèce, tout le peuple savait dessiner, et le goût exquis de cette nation était l’effetde sou éducation. Aussi que de grandes
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choses n’a-t-elle pas produites dans les. sciences, les arts et la littérature. La France , qu’on regarde comme le ‘centre du bon goût, et doitt la capitale est l’Athènes moderne, méritera de la postérité les mêmes. hommages, quand le peuple y aura reçu la mêm§ instruction primaire. Puisse le Traité que j’offre au public contribuer à obtenir ce beau résultat.
Cette édition est bien différente de celle que j’ai publiée il y a quelques années par les conseils de M. le duc de Cazes, alors président du . conseil des ministres. Outre les changeméns que l’expérience m’a indiqués et l’étendue plus que double que ce livre a reçue , on remarquera qu’il n’est plus rédigé pour être (Jxclusivement employé dans les écoles d’enseignement mutuel. Je proteste d’avance contre la conséquence qu’on prétendrait en tirer que j’abandonne cette méthode , dont on supposerait que j’ai reconnu les inconvéniens. Les personnes qui liront cet ouvrage y verront, qu’au contraire, je regarde ce mode d’enseignement comme préférable à tout autre pour donner aux enfans certains genres d’instruction , et spécialement poiur leur montrer à dessiner. J’ai seulement disposé mon livre sur des bases plus étendues, pour qu’il pût être employé dans toute espèce d’école primaire, afin d’y introduire un genre d’étude d’une utilité immense , et qui est le sujet d’une -sorte de récréa-