CHAMEROT, LIBRAIRE
SPC X>V fAKDïtax, 15t
IISO.
L'imiGHBIEHT DU PBnPLB.
Cne c»u«e de «ervHade Tolontaire*
Le 24 février, un miracle social met dans les mains de la France le choix de ses des tinées. La France, librement consultée, répond en se plaçant dans Téchelle des peuples libres entre le Portugal et Naples.
Il doit y avoir une cause de cette servitude
volontaire; Tobjeldeces pages est de re»
chercher cette cause» et, s'il se peut» d'en préserver Tavenir.
Lorsque la France républicaii^e ress^isirs^ ses dttstinét^s » quelle soluiioa appûHtm^»elle aux problèmes qui se poseront devant elle? Où est le principe qui survivra aux subtilités sous lesquâUes la liberté a été étouffée? Ce jour-là, le spliin^ dévorera quiconque ne répondra pasâ la question.
Certain que les obstacles ne serviront encore une fois qu!à élever la Révolution française à une nouvelle puissance, et qu'il faut déjà songer à organiser une victoire inévitable , je veux chercher , ici , sur quel
principe diivra étr« émhli ïenms^em^M dans la Démocratie. Ce problème touchant à toute l'organisation sociale, si la solution que je propose est la vraie, il n'est pas impossible qu il en rejaillisse quelque lumière sur ceux mêmes qui semblent s'en écarter le plus.
Qu'est-iie en soi- que la question de l'en-
seigtiement ? Une (|Uë8iion du dittûkion ma*
DE S£RVtT09¥: V0U)NTAIRE. 7
fale« Tout se réduit à deniaoder où est désormais le prini^ipe d autoritf ^ On répond : Pans la religion, J accepte cette réponse ^ mais j'insiste et je demande Âjnon topr:
Quelle religion ?
Il e^^ttrpp n»ai|ifeste que nylle autorité ne p^u% s'établir sur iç principe de trois ou quatre cultes qui» se ni^nt mutuçlleineiit, 9B détrjuisçnt 1 un par l'autre. Asseoir la so- N riété fr^çâii^e sur çe^je b^se, c est | asseoir dans le vide sur W trépied de Tét^rnelle anarchie.
Nous sommes accoutumés» en France , à .ix>nsi4érer iesrçUgions çommf^ un élément parlici4<er qui #ç développe indépendampaent de$ autres éléments de la société.
Petsoqpe » a pjus. çpntribiié que Montesquieu à ci>nsaçrer cette opinion dans Y Esprit des lois. Ce sont les pieds d'argile du colosse»
Ce gran4 esprit croit qjie partoni; la religion s'est accoma^odéè à la forme politique, et il ne voit pas , au contraire , que c'est lu forme politique qui partout s'est réglée sur Umouk de l'institution religieuse*
Il croit que la religion ne doit pas donner des lois; et il ne voit pas que partout, sous toutes les formes , la religion est la loi des lois, c est-à-dire celle sur laquelle toutes les autres s'ordonnent.
Il croit que plus la reliçion est sévère, plus les lois civiles sont douces, que le prin * cipe de la fatalité peut être dans le dogme, celui du libre arbitre dans le code ; et il ne voit pas que la substance de la religion ' et de la vie civile est la même.
C'est Montesquieu qui a enseigné aux publicistes à considérer l'élément religieux comme un accessoire sans relation nécessaire avec la vie politique des peuples. Tant que cette rtïère d'erreurs subsistera , les discussions se passeront à la surface des choses.; il n'est pire joug que celui d'une idée fausse.
Qui ne Voit , en effet, que cette manière d'envisager les religions est la plus sure garantie contre toute émancipation des sacerdoces? Si la constitution religieuse est un fait insignifiant, sans relation avec les
DE SERVITUDE VOLONTAIRE. î»
autres, pourquoi la changer y pourquoi la réparer? Uoe révolution religieuse serait peine perdue.
Dans les pays où les cultes sont envisagésàcepointdevne, Tanciennecroyance, quoique toujours s'ai&iblissant et réduite à 1 apparence, ne reste pas moins souveraine. On crée deux mondes distincts :
l'un comprend la société politique , l'autre la société spirituelle. Ce divorce, qui est dans les esprits, passe dans les choses. Ces pays font des révolutions politiques et point de révolutions religieuses, parce qu'ils nont phis assez de foi pour cela. Ils se contentent de distinguer la vie publique d avec la vie intérieure. Ils ont un pied dans TÉtat, un autre dan5 Téglise. Mais si , après s être placés dans l'impossibilité de faire une révolution religieuse, ils renoncent à cette séparation des choses civiles et des choses ecclésiastiques, qui pour eux est la loi de salut, ces mêmes États sont en péril de mort.
Là au contraire où la religion , prise par
fout, le monde au sérieux , a été considérée comme ce quelle est en effet, c'e$t*à«^ire comme la substance des lois , des gouver^»
nementSf des mœurs, on a pensé que Ton ne pouvait rien changer si Vanne changeait d'abord la religion ; d où il est arrivé quç les peuples le plus profondément croyants ont£ait des révolutions religieuses, et que ceux qui le sont le moins, se sont mis dans Timpossibilité d'en faire. En sorte que, par excès même d'indifférence ^ ils se sont ren« dus, pour ainsi dire, incapables d échapper au joug de la religion qu'ils n-ont plus.-
Où la révolution religieuse a précédé la révolution politique, il e$t certaines conquêtes morales sur lesquelles personne ne songe à revenir. Partout, au contraire, où la révolution politique s'est accomplie sans que la religion nationale ait. été modifiée, vous voyez au même moment d'inci'pyables progrès et des retours plusi iocroyables encore. Dans les temps les plus calmes , vous découvrez, sous le gouvernement le plus libre t Tc^nciea fonds persift^iat 4'wi fiw«
vtmcttient absolu* Vous ne pouvez dire d^aucune reforme , même la plus insignifiante^ qu^dle e&t irrévocablement acquise.
Vous passez en un jour de Textréme liberté à l'extrême servitude; vous touchez à la &is les temps les plus opposés , toujours ballottés entre lé moyen âge et la^Gon** vention. Dans. ces pays, la Révolution na pas jeté Tancre. Le passé vient la ressaisir jusque dans le pc»t. Ils semblent condamnés à d'étemelles tempêtes.
Je connais tel de ces États où 1 on passe la jourfiëeà se demander si Ton sera gouverné le soir par Babeuf ou par Grégoire VII , ou encore par tous les deux à la fois , ce qui n'est point impossible. Là il n'est jamais cet^tain que deux et deux font quatre. La chose est solennellement contestée tous les quinze ans en présence de tous les pouvoirs de rÉtat; et Ton nlmagine pas quelle dépense d^éloquènce il se fait à ces occasions pour et contre. Cela ferme une partie des monuments oratoires de ces populations.
Au l'esté, la complaisance que ces peuples mettent à se laisser asservir est ce qui trompe le plus les princes et les pouvoirs publics. Elle devient pour eux une tentation prodigieuse à laquelle nul d'entre eux n'a encore su résister; et c'est là ce qui cause leur ruine violente. Une telle commodité d'usurpation les poussant à abuser delà ser*^ vitude, ils ne tardent pas à la détruire par son insolence même ; car ces peuples sem-1^ blent ne s'apercevoir qu'ils ont perdu quel« que chose, que le jour où il ne leur reste plus rien à perdre. Alors, on les voit regagner en un jour, en une heure, fort au-detà de ce qu'ils se isont laissé enlever, quelquefois en uii demi-siècle.
En 1617, le plus grand esprit de Fltalie écrivait ceci : « Je ne croirai jamais à un M changement dans l'État si je n^en vois un n dans la religion. Mais on ne s'aperçoit pas » que rien de pareil se prépare ; au con- M traire , l'ancienne s'invétère de jour en » jour. »
Ainsi, ce qui frappe dans ces Etats, cest
que rindifférence totale en matière religieuse les aveuglant sur l'importance des questions de cette nature, ils sont infailliblement dupes dans toute affaire où la i eli: gion est mêlée.
Que nous fait, disent-ils, cette religion?
Vautelle la peine qu on s'en occupe? Elle est .morte! Disant cela, ils sont liés et garrottés; ceux qui ne le sont pas s amusent à garrotter les autres.
. Peu imporle,reprennent-ils ; cette Église, il est vrai, comuiande nos armées ; elle dirige notre gouvernement, elle nomme nos inquisiteurs d'État, elle fait le plan de nos expéditions, elle ordonne, elle règne, elle gouverne; mais, encore une fois, qu'est-ce que cela prouve? Elle n'existe pas.
Après cela, qui se chargera de démontrer que si telle religion çst morte, comme on le dit, là précisément est le danger ; qu'une religion vivante peut bien imposer à un État une forme despotique, mais que du moins elle lui communique une partie de sa force , tandis qu'une religion morte
14 vm CAVSË
cmnmimiqtte infâUliblemétit sa mort à l'État, au peuple qui y reste politiquement et oi^aniquement attaché. Liez donc un vivant à un cadavre, et dites-moi s'il n'y a, dans cet arrangement ^ nul inconvénient pour le premier. Ce que les anciens craignaient le plus était la contagion de la mort des dieux.
Inutiles discours, incompréhensible mé-^ taphysiquel Ils veulent continuer de marcher jusqu'au bout enchaînés au moyen âge sans regarder une seule fois cette difficulté en fece.
Est-ce pusillanimité d'esprit? Mais comment taxer de pusillanimes des gens si intrépides ? Le monde romain a péri pour cela. Que disait-il par la bouche de Pilate et deFëstus? « Ce sont des subtilités dont nous » ne nous occupons pas; nous les laissons V aux Juifs. » Vous savez ce qui en arriva.
Puisque le raisonnement sur ce sujet parait inutile, je me contenterai de rappor* ter rhistoire qui suit : elle se passait mille ans avant J.-C.
DE SERYITVDS VOliONTAIRE. i%
Des captifs, les nus prisonniers de guerre, les autres enlevés sur les rivages , étaient entassés dans une galère grecque de Téné-»
dos ; et le maître du vaisseau cinglait vers lin port d'Italie où il devait les vendre. Au milieu de la nuit,, les captifs brisent leurs liens ; ils s'emparent de Féquipage; Ce fut une grande fête ; Focéan n'avait pas encore entendu de pareils cris de joie.
L'un des prisonniers s'approcha de ses compagnons, et leiu: dit : « Une chose m'inquiète , c'est de voir que vous laissez le gouveroail entre les mains qui vous conduisaient au marché. » En effet, un vieillard qui semblait étranger à tout ce qui |e passait autour de lui, tenait le gouvernail, et il avait ses yeux attaches sur une étoile.,
« Eh ! quoi/ répondirent les captifs, ne voyez -vous pas que ce vieillard regarde dann les nues , et qu'il ne se mêle en rien de ce qui se passe panùi nous? Vous avez pewr de ce b%um vermoulu dans ses mains tremblantes i mm voye% donc aoA âge i
cest vraiment folie de croire qu'il pourrait mouvoir ce vaisseau. Vous avez, mon ami, besoin d'ellébore. Ainsi ils renvoyèrent le bon conseiller, et ils continuèrent de cingler joyeusement vers les Iles Fortunées.
Cependant le vieillard, toujours souriant, ne quittait pas le gouvernail; il fit si bien qu'en rasant un rivage d'un seul coup de timon, voilà le vaisseau dans le port. C était justement celui de Tarente, fameux entre tous pour la vente des esclaves. En un moment, les marchands qui attendaient la cargaison se précipitent armés isur les captifs; ils leur rendirent leurs chaînes, et chacun d'eux fut vendu vingt deniers.
Depuis ce moment, aucun d'eux n'entendis jamais- parler d'un vaisseau sans demander qui tenait le gouvernail.
Cette histoire est trop ancienne, dites* vous; je le veux bien. Ecoutez donc cette autre, elle est tout aussi vraie ^ mais elle a deux mille ans de moins.
Il s'agit d'un fondeur de Florence , vrai patriote, qui toute sa vie chercha le bien et
mourut désespéré de ne lavoir pas trouvé.
Il voulut un jour couler la statue d'un héros pour en faire don à sa patrie ; par malheur, il n'avait dans son atelier que le moule d'un cheval de quadrige. Peu^ importe, pensa- 1- il en lui-même; je combinerai si bien les matières que je réparerai cet inconvénient; et, en effet, il versa dans le moule les matières les plus précieuses, lor et l'argent mêlés d'une manière admirable.
€'est étonnant, dit-il, lorsque l'œuvre fut achevée ; je voulais un héros ,. et je n'ai qu'un cfaevah Evidemment ma combii^aison ne vaut rien. Brisant la statue , c'est , dit-il, laiaute de l'or et de l'argent ; essayons le bronze, voilà le vrai métal du sculpteur, il employa ce qui lui restait de bien à se fournir d'un bronzé sans défauts ; versant ce nouveau métal dans le même moule, il resta quelque temps plein d'angoisse, jusqu'à ce que l'œuvre fût achevée. Quoi, dit-il, lorsqu'il la vit, encore une fois un cheval, et je n'obtiendrai jamais le héros! Le sort
18 UNK CAUS£
est jeté sur ma maison» Et il brisa la statue d^ bronze comme il avait fait xie celle d'or et d argent.
Ces riches métau;^ sont perfides, repritil en lui-même^ ce qui rendra ingéfiument ma pensée, c'estla pure argile, fille innocente de la terre.
Ayant rempli lancien moule d argile , il lui donna le temps de sécher. Après quoi , dans une inquiétude inexprimable, il jeta de nouveau les yeux sur son œuvre ; et c'était encore une fois un cheval d argile au lieu d*un héros. De nouveau il brisa la sta* tue ; il la mit en poussière, et cette fois, il tomba dans le désespoir. Quoi ! disait-il, j'ai usé de toutes les forces de la création , et je n'ai jamais pu changer la forme ancienne.
La malédiction est sur moi!
Ainsi, il se plaignait de la destinée, et ses amis ne purent jamais lui faire comprendre que , pour changer une forme , il faut changer le moule.
O mes amis , artistes incompîiraljles , rombien de fois aveis vous déjà brise votr^
DE SERVITUDE VOIONTAIKE. 19
Statue !#en 1789, en 1815, eoi 1830, en 1848 ! toujours lancienne forme , toujours le cheval du quadrige et jamais le demidieu ! prenez garde d épuiser vainement , dans ce travail, toute Targile du globe!
Ii'ex|iérien€c«
Pendant dix ans j'avais travaillé sans relâche à démontrer deux choses : luiie^ que tous les Etats catholic|ues périssent; l'autre, que la liberté politique est irréali* sable dans ces sortes d'Etats. J'avais montré ritalie esclave de toute l'Europe, TEspagne esclave au dedans , le Poriugal esclave au dedans et au dehors, l'Irlande esclave de l'Angleterre, la Pologne esclave de la Russie, la Bohême, la Hongrie, esclaves de
l'expérience. 2 1
TAulriche , TAutriche elle-même , mère de toute servitude, dads la servitude de la Russie. Cherchant le même avertissement au delà de l'Europe, j'avais montré, en Amé< rique, d^n côté la fortune croissante des Etats-Unis hérétiques, de l'autre, la servitude des démocraties et des monarchies ca< tholiques dans les Etats du Sud; chez les premiers , Washington , chez les seconds , Rosas.
Frappé de cette démonstration de ruines qui ne souffre aucune exception sur toute la surface du globe , j avais adjuré mon pays, tout en conservant et respectant la liberté de conscjienèe , de se garder politiquement et temporellement de la domination catholique, puisque chez tous les peuples modernes elle avait été lavant^ courrièrc de la dissoluttou et de l'asservissèment.
Cent fois j'avais posé la question dans les termes suivants : Voyez l'histoire des peu* pies liés à la papauté ; tous ils sont tombés. Vous seuls restez encore debout; prenez
22 LEXPÉRiraCE.
garde dans ce chemin qui a mené tous les autres à ia ruine. Je n envisage pas ce que l'Eglise roinaine est ou n*est pas dans le royaume invisible; mais je dis, j affirme quau seul point de vue temporel, tout peuple qui identifie sa destinée avec celle de TËgltse romaine est un peuple perdu.
Si vous croyez, conservez votre foi. Si vous vQuIejs rester un peuple , faites que votre église n'intervienne en rien dans la conduite de vos affaires.
Du reste, je savais combien cette séparation que je demandais est chose difficile ; car j avais toujours tenu pour certain qu'une religion nationale est le principe fondamental sur lequel s'ordonne TEtat , et qu'en quçlque situation qu elle se trouve, aussi longtemps qu'elle subsiste ou paraît subsister, elle communique à une nation ou la durée, ou Tétre, ou le semblant, ou le néant, saus qu-aucun des efforts faits pour contrarier cette loi puisse réussir à en détruira çmièremem ÎVffçt, TeWm étaiçAt k& idées que je tffiv^iU^is
♦ à faire prévaloir au moment dtB l'explosion
4u î 1 février. Ce jour-là je crufe à rémanctpalion de la France..* Vous qui voulez connaître combien il y a loin d'une pensée démontrée & une pensée réalisée , et combien de fois il fout recommencer le même ouvrage, c'est pour vous que j'achève ce récit.
J'étais , dis-je , tout pleitt de l'idée du péril permanent que fait courir à là France sa solidarité avec le catholicisme. Le lendemain du jour d'émancipation , d'ardents amis me pressent d'accourir au pied de la montagne Geneviève. Il s'agissait pour nous d'inaugurer de nos mains la victoire de la philosophie. J'arrive; la place était déjà riBmplie d'un peaple frémissant d'enthousiasme. Je marréie au bord de la fosse où l'arbre allait être enraciné. Sur l'autre bord était notre maire^ le sculpteur David d'Angers , qui n'a point , j'imagine , perdu le souvenir de ce moment. Un murmure solennel s'échappe de celte foule attendrie. Elle se découvre, il se fait un mo-
ih L EXPÉRIENCE.
meïit de silence sacra, Du fond^le la terre sui^it^ porté par Fembousiasme, un homme en surplis» Il ouvre ses lèvres auxquelles étaient suspendus des milliers d'hommes ; et voici les paroles qui tombent dans la fosse: « Messieurs , cet arbre de la liberté vous est donné par les dames du Sacré- Cœur. » — Mille v.6ix répondirent; 1 accent en monta jusqu aiixnues l O sublime ironie de la Bible » je te savourai en ce moment dans toute ta grandeur! Ton enseignement ne sera pas perdu pour moi !
Que signifiait le baptême quêtait allée chercher la révolution de 18&8 ? le voici :
En France, toute révolution qui recon-.
natt qu elle n a pas en soi une force nKirale assez grande pour soutenir, et sauver la société est une révolution qui se livre. Déclarer qu elle a besoin d'une autre puissance que la sienne, c'est tomber sous la dépen- , dance de cette puissance étranger^. Rien au monde ne peut corriger ce premier manque de foi.
Quelle est la différence de la révolution
L'fi^PÉRiBtfCE. 25
de 1789 et de celle de i8&8? La première a cru qu elle pouvait sauver le inonde par sa propre énergie spirituelle ; elle a enfonté les grandes choses et les grands hommes que Ton connaît. La seconde a cru qu'elle ne pouvait sauver le monde si elle n'avait Fappui du prêtre. Elle est allée nécessairement aboutir à l'expédition romaine.
Sion^ulière idée de croire que les révolutions se sauvent par la timidité d^esprit! Se faire petites ) se renfermer dans une seule question, mauvaise politique pour elles. La condition de leur succès est d'intéresser à leur victoire et de rangei* en bataille toutes les fiicultés de F esprit humain. Le mot de Danton n est pas Seulement vrai contre les armées; étrangère»; il Test cent fois davantage contre les puissances coalisées de la traëiâon;
Là Bévtdution dé i8&8 a recommencé le jeu de Sixte V, EHe a cru faire son chemin en s'inciinant et s'oppuyant sur des béquilles. Il ne faudrait pourtant pas en prendre l'habitude; car ce moy^a ne réussit
26 LEXPÉlttEWQE.
pasàtous; il (serait temps peut-être de se redresser et de montrer que Ton peut comiDe d'autres se tenir sur ses pieds.
La scène de la bénédiction des arbres de la liberté a été répétée, pour ainsi dire, chaque jour dans FAssemblée constituante. Que l'on ne dise pas qu'un peuple ne perd rien dans ie servage. Dès les preoiiers moments on put voir combien le principe vital de la société française avait été dénaturé pendant cette captivité étrangère où la FYance avaitété retenue depuie Waterloo.
Combteiid'idées avaient étéensevelies» sous terre, depuis les invasions! combien avaient subi la rouille ! l'esprit national paraissait avoir perdu sa irempe.
Un prisonnier retehu longtemps^ dans les ténèbres, s'il est bruigquement délivré, est blessé par la lumière ; de même , la France ne pouvait plus supporter l'éclat des principes de droit public qui avaient fait son émancipation il y a un demi^siècle.
l\ fallait d'abord que ces principes fussent non seulement voilés, mais niés*
On en vit un exeinple saisissant de» la première séance, .
L'assemblée y sortie de la fournaise de la révolution, se plaça au^sit6l; par le choix de son président sous Tin vocation du parti ca<> tholique ; et les masses de ténèbres, accumulées dans ï Histoire parletnentaire , devinrent comme la doctrine officielle de notre régénération.
Le lendemain , il se trouva un ministre ♦ homme de talent et de cœur ,. qui crut qu'une question aussi débattue que celle du divorce, résolue chez toutes les nations civilisées » hormis les nations catholiques , Prusse , Allemagne , Hollande , Russie , pays Slaves , Suède , Grèce , Moldavie , Valachie , Angleterre, États-Unis , Suisse , Autriche même , n avait besoin que d être présentée pour être acceptée en France le lendemain d'une. révolution démocra»
tique. Qui ne se souvient de Faffreux scandale qu^excita parmi nous uu. pareil projet dejai?
Cornaient I prapoi^rfit^kdQçMriQ^ca^
2S L £M»ÉRIËIIGE.
tholique sur le mariage cessât d*étre imposée comme règle de droit civil même à ceux qui ne sont pas catholiques ! Blesser ainsi la loi suprême d'intolérance !
Prendre au sérieux la liberté des cultes !
la faire entrer, ccMnme nos pères , dans le droit civil ! II n'y eut quune voix pour condamner un pareil blasphème î c'était, disaiton, détruire la femille« Rien qu un juif avait été capable de cette énormité. Il retira sa proposition et fît bien. Nous nous signâmes plus de dix fois , comme dit Brantôme du chevalier Bayard. Nous débutâmes ainsi , en nous plaçant dèslorigine au-dessous du droit public de TAutriche, et tout fut réparé, grâce à Dieu.
Lecteur , dis-moi à quelle époque de rhistoire profane ou sacrée s'adressent les paroles suivantes dé Montesquieu : » Une » bigoterie universelle abattit les courages » et engourdit tout Tempire. »
Je continue.
Quand on vit la France de 18/iS débuter ainsi sur une question aussi élémentaire ,
l'expérience. 29:
OQ put se demander jusqu où irait la chute.
Étrange avertissement que celui d'une révolution triomphante qui commençait par s'agenouiller devant ses ennemis im^ placables et par leur demander grâce ! Les vainqueurs voulurent à tout prix se faire amnistier ; et <x)mme en cela même on ne garda pas la mesure , plus on suppliait les vaincus et plus ils deven^ent hautains.
Bientôt, comme cela était inévitable» ceuxci arrivèrept ^u mépris , soupçonnant que Ton ne pouvait se passer d'eux, et que tant d'humilité de la part des victorieux venait peut-être de quelque manque de foi dans la victoire.
Au milieu de ce renversement imprévu , le parti du clergé fut le seul , qui ^ passé le premier mom^it de ccwifusion , s'orienta aussitôt du haut de ses tours , le seul qui retrouva sa vcHe^ le seul qui sut profiter de tout, le seul^ui, pendant que les autres s'agitaient et se remuaient sans profit , saisissait d'une main sûre Favenir du lendemain.
30 LEXF&AIBMCB.
L'indifférence en matière religieuse s al-* liant ches un grand nombre des républicains de la constituante à une secrète peur de se couimetti'e avec la puissance du clergé^ il ariiva qu'ils furent k là fois dupes et de leur peur et de leur indifférence.
Lune les conduisait à -feire d'énormes concessions que Tautre leur faisait regarder comme insignifiantes; si bien que, chaque put y ils s'enchaînaient davantage , sans mcmerapercevoir; et c'était là une triste épreuve pour Ceux qui y étrangers à une pareille illusion , assistaient à Cette renaissance de la servitude sans pouvoir lempécher. Que le ciel leur éparg^ie une nou* velle expéWenoe de ce genipe ! Car si un tel spectacle est crUel dans tous les cas, il devient insupportable qu^nd ce sont les amis les plus sûrs, les plus éprouvés de la li* berté qui, à leur inSu, travaillent à la détruire.
L'illusion était si complèteque l'on r6n« versait presque toujours d'une main c^ qut^ Ton Faisait de 1 aiurci
l'expérience. 31
On voulait , par exemple , la Uberlé de renseigneoiem ; mais en votant, presque sans tolérer de discussion , le salaire des clergés, on rendait cette liberté impossibie, puisqu'on détruisait ce qui en est la pre*mière condition, Tégalité*
On proclamait Tégalité des cultes ; m«is on décidait que celte déclaratibn serait ioau'^ gurée par Monseigneur rarohevêque de Paris; en sorte que tous ceuH quine vqu^.
laient pas&ire profession de foi i^tholique étaient exclus par le fait de la déclamtion^
de Tégalité des cuites.
Dans leur langage officiel, les plus an-eiens républicains, ceux qui avaient acquis le droit de parler au nom de la Révolution, déclaraient, la Frauce républicaine et catholique. Si uu ministre ouvrait la bouche pour parler du pape , c'était Je Guiik de nos conscienots. Par des paroles etdes actes de ce genre, on pensait ne rien faire autre chose que conquérir à la République la faveur de TÉglise, et Ton ne sentait pas que Ton était, soi-même, envahi et conquis. On
^2 l'expérience. <
pensait que ces principes de convention n auraient pas de conséquences ; et Ton ne voyait pas que Ton semait derrière soi les dents de Cadmus, qu^on se plaçait sur une pente invincible, que de telles paroles et de tels actes y c'étaient des chaînes. On se vantait de vaincre ainsi fhostilité du clergé, et Ton ne soupçonnait pas que chacune de ces victoires était une ruine. A la fin, d'habiletés en habiletés , de succès en succès , de triomphes en triomphes, on se réveilla dans le gouffre de lexpédition ca-> tholique de Rome. £6t->il bien sûr que le réveil soit complet ?
Otez de la discussion une certaine fièvre contre les personnes ou contre les systè^ mes politiques , est-il bien sûr que cette expérience ait fait tomber les écailles des yeux? Qui a tiré les conséquences des principes? Qui a fait faire un pas à la philosophie ? On nous accuse d être des barbares.
Oui, nous sommes, en effet, les vrais compagnons d'Attila. Il suffit de nous montrer dans le lointain Tombre d'une tiare, voilà
L£XPÉBll^NCE. 3 S
la troupe des barbares qui s'agenouille et demande merci pour tant d'audace»
A-t*on assez vu, assez senti, assez prouvé^ assez compris que la France a perdu la clef de sa position y son pas des Thermopyles?
Ah \ vous vous flattez de n'avoir frappé , du même coup, que deux peuples. étrangers. Détrompez-vous. Après tout , Tltalie pouvait vous dire , comme Ferrucci :
Tu poignardes un homme mort. Prenez-y garde. C'est bien vous-même qtie vous avez frappé de l'épée. Fasse le ciel que vous ne vous en aperceviez pas trop tard !
Mais de quoi vais-je m'inquiéter? En identifiant sa cause avec celle du papisme , en extirpant dans son germe le principe de la nationalité italiennie, la France a donné à sa religion, ie plus grand, le plus auguste, le plus magnifique gage qu'elle eût entre les mains; car elle s'^st livrée elle-même; elle a fait, sur l'autel de Saint«-Pierre, le sacrifice pieux de sa propre nationalité.
Elle s'est, autant que possible, anéantie politiquement dans une immolation mys-
3 6 jL'exPjliiiBiiCE.
tique« Quoi de plus respectable , quoi de plus saint, que de s'exténuer , de se flageller, de se Kvrer, de se perdre volontairement en renouvelant contre soi«méroe lea divins stigroaîtes des invasions et des traités de 181510 cëleate suicide 1 c est ce que Savonarole appelait peur les nations :
Vjirt de bien mourir.
Oui, il est beau de voir le peuple hébreu s'ensevelir tout vivant pour la gloire de son lerople. Qui n envierait cette gloire H Tous les siècles ont adniiré un pareil holocauste. Puisque nous consommons avec la ménae foi le sacrifice de nous-mêmes, soyons tranquilles! lavenir saura bien nous payer tous d'une même admiration*
Quand viendra pour TOccident le jour de la lutte suprême^ vous regarderez de tous les côtés de Thorizon , et voua appellerez : Italiens, Hongrois, Romains, Véni« tiens, Piémontais, Lombards, Moldaves , Vdla(|ues , Polonais , Allemande , ô mes frères, seoQure?; votre fi^rf l U solidarité m^% lie, i3>5t I^ mçUlwr^ det Yf rtu» \m^
l'expéIience. s s
manitaires. Dérision! (iiacuû d'eux vous moatrera en ricanaot ses cadavres et les plaies que vous avez faites. Alors , il vous faudra retirer en toute hâté votre couteau sanglant des flancs de Fltaiie, et vous en couvrir vous-mêmes ; car vous seres seuls ce jour-rlà pour vaincre. Ce sera votre eirpiation l
K ul spectacle plus cruel. J ai vu un grand peuple qui, dans son sommeil, s'était laissé enlever les principes qui font sa force ; il était semblable dans cet état à Samsou , auquel . ie$ ennemis avaient netrancbé sa chevelure.
* Comment le géant qui faisait la terreur des l'ois estait devenu plus faible qulun- roseau? Ses adversaires se jouaient de lui conidEie d'un enfant , ou plutôt des enfants le menaient à la lisière ; ils le cou^ vraient d'opprobres : « Ah! c'est toi qui d'une main renversais les trônes et brisais les armées ! c'est toi qui faisais une révolution en te jouant! maintenant que ta force est tombée sous le ciseau , que tu as livré
36 L^EXPéRIENCe.
toi-même le secret de ta puissance, voyons donc, beau roi, ce que tu sais faire!
Et ils continuaient ainsi de île railler.
Ils voulurent même laveugler en prétendant l'éclairer; ils essayèrent par mille moyens de lui crever les yeux et de le retenir dans les ténèbres. Insensés , qui ne voient pas que si le géant se laisse aveugler, ils sont eux-mêmes perdus , puisque, dans les ténèbres, il ébranlera les deux colonnes sur lesquelles tout subsiste et il s ensevelira avec eux sous les décombres 1 Mais , au contraire, s'il veille pour qu on n'aveugle pas en lui Toeil de la conscience, de la justice, de la raison, au lieu de tout t^bUner, il élèvera de ses fortes mains ( car je vois déjà renaître la chevelure du Samson tonsuré ) la demeure où doivent habiter les trois sœurs, liberté, égalité , fraternité, qui sont dispersées sur la terre.
ProMème «oelfil et reUsteux.
Le catholicisme étant la religion nationale, ccHnmeàt étoblir la liberté moderne surnn principe religieux qui la repousse ?
Ce problème e$t le fond de Thistoire de France , depuis soixante ans ; il se retrouve en lout ; il peut être posé dans les mêmes termes pour chacun des éléments de la société laïque.
Car il est certain qu aujourd'hui du .
moins la nation française semble ne
vouloir renoncer ni à la religion catho* lique ni à la liberté moderne ; nous prétendons maintenir Tune avec la ténacité de Thabitude , Tautre, avec Fenthousiasme de la nouveauté. Telle est la vérité pratique. C'est là ce qui complique , pour nous , le problème social de difficultés extraordinaires. Comment lel t^ésoudre? Rien ne sert de supprimer en idée Tun ou Tautre de ces éléments. Encore une fois, la France veut , conserver deux contraires. Que doit-il en résulter? Voilà la question.
Supposez qu'un nou^au changement éclate ; ou le catholicisme sera persécuté , où il s'abritera dans Findifférence. Dans le premier cas, la persécution servira à le ranimer; dans le second cas, c'est par l'indifférence qu'il sera sauvé; dans tous, il survivra, puisqu'au milieu de tant de tourmentes , il ne se découvre aucun système qui se donne hardiment pour son sticcesseur.
Je connais pour les peuples deux moyens d'éclinpper à . la raine^ qu'entraîne avec
soi le déclin d'une religion naÛQual» : le premier e^t de fqire une révolutioii religieuse , c At-à-dire de substituer à une rciligîon vieillie une religion nouvelle. Le« Allemands, les Busses, les Anglais, les Suédois, les Américains des États-Unis, ont grandi p^r ce système ; mais rien ne marque que vous entriez dans cettç voie , et je crois inutile d'y insister davantage.
La seconde manièipe , convenable aux peuples qui n'ont plus de foi poôiljve , et qui, parla, seraient incapables de réformer leur croyance, est de séparer absolument la société laïque de la société ecclésiastique.
Ces peuples peuvent ainsi se sauver du naufrage en rompant le lien qui les rattache politiquement à une église raeùacée de périr. Ce moyen, toutefois inférieur au premier, ne peut être efficace qu a condition que la séparation soit absolue; le moindre lien temporel qui subsiste peut amener la ruine ; car ce qui est un déclin pour une égliso devient aisément uaç chut^ irrépa-* rubU pour une nation i / i*
Combien de nationalités vivantes l'Église romaine na-t-elle pas déjà ensevelies sans pâlir ! Quoique déclinant toujours, elle peut encore continuer de régner par son isolement même ; au lieu que la nation qui décline est remplacée aussitôt par une autre qui grandit à sa place.
Tel peuple qui croit n'avoir fait que descendre a vraiment disparu dans l'abîme creuso par son église. De là, le cri de salut des états modernes catholiques , depuis raffaissement successif de leut système religieux, a été celui-ci : Séparation de rÉglise et de l'Etat. Voyant la grande nef qui menaçait de sombrer, ils ont coupe le câble. Malheur à ceux qui le renouent!
A ne considérer que les choses temporelles, la condition des peuples est , en effet, toute différente selon qu ils ont conservé, comme base de l'organisation sociale, le principe de la caste sacerdotale ou selon qu'ils ont échappé à ce régime. Un homme célèbre de notre temps a fait un livre sur la question de savoir : Pourquoi la révolu-
ET RELIGIEUX. ^i
don d'Aogteterre a réussi? Je craios qu'il n'ait omisia cause qui renferoie toutes les autres. La révolution d'Angleterre a réussi parce qu'elle a établi un gouvernement de libre discussion sur le fondement d'une religion de libre examen. Le principe politique de l'Angleterre s'est confondu avec son principe religieux; et cette unité a permis à cette société de suivre une marche régulière.
La même chose est bien plus ^ vraie encore des États-Unis. On répète, d'une manière générale , que le dév.eloppement de la démocratie en Amérique repose sur la religion. Mais » encore une ^ois , quelle religion? C'est ce qu'il fallait dire. Là encore le principe de la vie politique n'est qu'une conséquence*du principe de la liberté religieuse propre à toutes les sectes protestantes. Ainsi s'explique l'assurance avec laquelle cette société s'engage dans la venir. Elle marche en ligne droite vers un but auquel tout concourt, sectes religieuses et partis politiques.
Vous demandez en quoi les révolotions d'Angleterre et celles des États-Unis diffè* rent des révolutions de France : la réponse à cette question est contenue dans ce qui précède.
Les révolutions d'Angleterre et celles de rAinérique du Nord se sont identifiées avec le principe de la religion national^. L'une et Tautre se meuvent dans Vorbite traeée par une religion positive. Il s'ensuit que ces États ne s'avancent ^^niats aussi loin que la France ; mais avissi il est certaines bornes au delà desquelles ils ne peuvent reculer jamais»
D^w^ns un temps où la logique des princ'iipes se montraitànu, Charles II9 Jacques II d'Angleterre , catholiques de cœur , se croient liés par Mo engagement de conscience à l'absolutisme politique comme à une conséquence nécessaire de leur foi.
Réciproquement, la haine invétérée de l'Angleterre pour le papisme n'était pas seulement une fièvre religieuse ; c'était une horreur naturelle pour le principe de la
|T REUGIBUK.
servitude ehez un peuple qui travailUii à fonder sa liberié.
L'Angleterre aristooratique s^ordonne au xvii^ siècle sur le plan de 1 aristocratie de Fégiise épiscopale. ^ • \
La démocratie des États-Unis s'ordonne au xviii* siècle sur le principe de la Â^îiiocratie de Téglise presbytérienne. Ces deux États fondent leur constitution politique sur leur constitution religieuse. •
Lorsque les pays où la religion repose sur le prindpe de la liberté d'examen viennent à s émanciper pdlitiqueme»t , la liberté reste quelque cbos'e de sacré |>our tous les partis ; elle conserve dans la politique le caractère qui lui "à été imprimé par la religion.
Dans les pays, au contraire, où la libeftér d'examen est proscrite par le principe religieux, la liberté politique, même consacrée par les chartes écrites, est longtemps regardée comme une étrangère. Elle a je ne sais quoi de suspect; on sentà toute occasion quelle u est point la fille légitime de la
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maison. L'exception est de la tolérer, la règle est de se défier d'elle , car elle touche à l'hérésie; ^t soit qu'on la combatte ou qu on la serve» on est toujours disposé à. la consi* dérer comme une concession dont il faut s'empresser de profiter ou de s'affranchir.
Qui ne voit, parla, que le problème social repose en France sur des données entièrement différentes de celles de l'Angleterrp et des États-Unis^ Ici la religion nationale est ep pleine contradiction avec la révolution nationale. L'une, et Vautre se ltet|nteni directement. De là cette société porte dans sesfldncs une tempête éternelle;, ni la révolution ne peut se ramener au principe catholique , ni le principe catholique ne peut se ramener au principe de la révolution. La guerre fst entre eux par la nature des choses.
Il en résulte que la révolution en France n'est réglée, ni gouvernée, ni limitée par une religion ni par une secte quelconque.
Sortie des orbites connues dans le monde civil , on ne peut mesurer sa marche sur
ET RELIGIEUX. Ub
celle daucune église. La Révolution frafiçaise est elle-même son origine, sa règle, sa limite; elle ne s'appuie sur personne; elle ne relève que cle soi ; elle dit comme Médée : K Moi seule et c'est assez! » Elle fait chaque jour son dogme au lieu de le modeler sur un dogme antérieur; elle-même ignore où elle s'arrêtera, car elle a dépassé les bornes de toutes les croyances positives. Par delà les colonnes d'Hercule de l'ancien monde et du nouveau, le Dieu d'aucun sacerdoce ne lui a dit encore : Tu n'iras pas plus loin ! Un peuple dont la marche s'accomplit régulièrement est celui dont la vie politique n'est que le développement de sa religion nationale; mais si , au contraire, ses institutions politiques ne dérivent pas de ses institutions religieuses , si entre les unes et les autres il y a contradiction, si pour passer de la hiérarchie f'eligieuse à la hiérarchie politique, il faut changer de principe, la vie de ce peuple n'est pas un développenient normal, mais une suite de révolutions.
Et un pareil ordre de choses ne peut cesser
46 paobUhe social
cft^e par Fun ou l'autre de ^es moyens ; sait que )a religion nationale pamène à $tm principe la constitutioi) politique , soit que le contraire ait*]ieu; ou encore que Tune ou l'autre soient séparées de manière à n'avoir rien de commun entre ellos ; solution qui souvent tentée n'a été encore réalisée pleinernent nulle part , et qui , malgré tes apparences, est embarrassée de presque autant de difficultés que les deux autres.
IjU première de ces solutions a été celle de ritalie. Tant que le principe déraocrati* que y a persisté dans les républiques , il formait une contradiction avec le principe absolutist:e de la religion à laquelle appar* tenait ritalie, et celle-ci a été travaillée par une suite cpntinuell^ de révolutions. L'Italie n a pu trouver de repos qu i^o ramenant le principe dp sa conalitution politique au principe de sa constituli&n religieuse , je veux dire ep changeant sa liberté contre lu servitude et en devenant oadavre » perlndt ac cadaver^ ce qui lui a réussi pendapt trois siècUst Depuis qu'elle rdaomiMiiCQ
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àm YÎVre , chaque mouvemeot ^ chaque souffle provoqua «ine souffrance intoléra^ bles Téut étfcnt organisé chez elle pour la mort sociale , chaque tentative de vie ino'»
derne e$t uiie guerre déclarée à la nature des choses et une sorte de crime de lèsepapauté.
La seconde solution parait devoir être œUe dé la Btissie^ le C2ar devenant peu à peu le grand pontife et le principe politique aBsorbailt chaque jour la religion grecque.
La troiiicme solutiod est celle que tente la France.
Qu'eét^ce en soi que la forme d'autorité consacrée ch&t nous* par la religion nationale? L^idéal de TaUtorité catholique constituée par le concile de Trente se résume en ceci : L'église est une mônar.chie; la sou-» veraiueté réside dans le chef qui la communique aux inférieurs ) sans t}ue les assemblées a-tent eu en réalité aucune part de souveraineté effective depuis trois siècles.
Comment de cette société religieuse
pouvez*vou8 déduire la société politique de nos jours? Cela est évidemment impossible. Gomment de la monarchie religieuse déduire la république politique ? Gomment de la souveraineté absolue du chef de la religion déduire la souveraineté également absolue du peuple? Gomment de l'absolutisme déduire la liberté ? Gomment du culte de la tradition, le culte de }a révo* lution? Commeilt de FélectiOn de Tinfitrieur par le supérieur déduire logiquement tout le contraire dans le sufFrage universel?
Gomment de Tobéissance aveuglé déduire la liberté pleine et entière de discussion?
Autant de mots qui se brisent et se heurtent les uns contre les autres. Toiit revient à dire : Qu'entre la religion de la France et la politique de la France il y a une con- « tradiction absolue.
Si la France n'obéissait qu'au principe catholique, elle se réglerait sur le modèle delà politique sacréedeBossuet,et se repo* serait immuableùient dans Tabsolutisme.
Si elle n'obéissait qu'à l'attraction des prin-
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Gtpe» philosophiques qpi ]a travaillent, elle suivrait en droite^ ligne 1^^ direcûon de la liberté moderne. Mais» portant en elle deux principes différents et comme deux âmes , elle ressemble à ces corps qui^ attirés par plusieurs forces divergentes, parcourent une courbe plus oumoins composée. Depuis les smxaate années qui nous séparent du commencement de la révolution , on peut calcule!^ Tespèce de coiirbe que suit le corps social , et voici ce que lobservation établit à ce sujet. La ï'iraiiGe est emportée par un vif Kàouyement de liberté ; mais une énorme puissapçe de servitude l'entraîne eu même temps par sa ipasse^ d où il résulte que ses élans les plus fiers d'indépendance n aboutissent souvent 'qu à la faire graviter vers un violent servage.
Voyez et jugez! La France s'élance eu 1789, elle va.tomber en 1804 dans la servitude de FEmpire. De nouveau, elle prend son essor libéral en 1820 ^ c'est pour retomber dans la servitude de Charles X. En I8S0, nouvel essor, suivi d'une nouvelle
IMirvitMéé %to8 liO^tè^^pyiippe. fift 'Mit , l'ëkte v^s la liberté H é^ pl^s gniéiK^ttè tôiit ce qui avîtit préeédé ; la ^r vieillie q^ « suivi B a-tHfelie pas dépassé toute t^pérafiôe? Ainsi après un élan d\ifl[îraiithiiS!sè^ ittènt, Uâie période de servitude : trii« ^eift hiiéi t|u>Mi ëperçoit dans te' mouvesi^mt dfe là Frftuoe tlepuis qn'elb à èôlUlQàiâltiîé te ^éMrs de ^è» nivolmions.
Certes , je «e sui^ p^s itivpiiet âè là ^is- ^pari«iofi ttouVrfte dé vos libertés ; j* «lifts bîeii tqutfe voiifS voufe affiràiidiirez «ttconfe <ite tout ce t^^î VOUS énlba^flasse aujioùrd*hui.
Déjà je Vois ce é^meirtt ^û^i s'à^priôfché; ^ it s^lâë^ràvauéè. Mài% sitôt que tdfiS SeitÈ libres , t^uelk ïkouveliè servitude Vt^ fôrgerez-VôUS? Voilà ce tjui m'ihqulëtè...
Qui pourrait me le dire?
Pour que cette société pût se rèposef , il feudrait 1 une OU i*autre de ces clràSeS : ou que le principe absolutiste de sa religiéti fît triompher définitivemeut 1 absoluti$ttie dans sa politique ; ou que le principe détnocrattque de sa politique f4t pénétrei' la
«1? «EiM^WîX. M
9lm^ c^sser^it r^tosurchiç- Mais p^rscan^ne S0n{;eapt, à ce qu il me parait, ^éneusem<»^t ^ cette seconde proposi^o^^ e^ la prf^mièr^ quoique toujours tentée, ayant toujours échoué , il en résulte que la France travaillée r consumée au-dedans par deux principes opposés, ne peut s'arrêter ni dans , la servitude , ni daç^s la liberté ^ mais que transportée tantôt d'enthousiasme» tantôt de fureur, par cette anarcbiç intestine, elle présente au monde, qui n a pas son secret, ou la merveille, ou le scandale de contradictions inexplicables \ aujourd'hui fêtant l'Etre suprême , demain écrasant un peuple pour restaurer le pape \ et je crains que ceux«là se trompent qui espèrent voir , de leur vivant, la paix v^ritablei,^ pelle des esprits, s'établir dan^ notre natjon/ Car je ne connais pour le$ esprits nulle sécuriié hors de la logique ; et il semble que notre pays soit constitué de manière non pas à goûter U repos , mais à se travailler sans
easM M proSt du mondf i l4aUspiia là e#tte
52 PBOBLÈME SOCIAL
fausse illusion dW repos qui ue parait pas devoir nous être d<}Bné jamais, puisque nous en refusons nous*mémes la première condition en nous obstinant plus que jamais à vouloir assortir des éléments contraires. La France est amoureuse de l'impossible. Cette passion fait les héros, , elle ne donne pas la paix.
Ceignons donc nos reins, car pous attendons la paix , et la paix ne viendra pas.
Nous avons fait de grands maux à des peuples qui ne nous en avaient fait aucun; et soit que nous réparions cesnniquités, soit que nous les ei^piions , rien de cela ne peut .5e faire en dormant sur le duvet.
Si le catholicisme eût été vaincu par la philosophie oii réciproquement , la France aurait, comme d'autres^ suivi pacifiquement sa destinée; mais la terre n'eût pas été ébranlée et rajeunie par les cataclisnies qui naissent de la guerre éternelle de deux éléments contraires. L'étincelle est toujours près de jaillir de leur choc, pour rallumer le volcan. Dès quie Tun de ces éléments