II. — Premidres experimentations
C'est une loi uniforme et qui a toute la valeur d'une induction scientifique fondee sur I'expdrimentation, que toutes nos societes d'enseignement populaire
tendent invariablement, depuis vingt-cinq ans, a augmenter le nombre et rimportance de leurs cours purement lh6oriques parce que, pourdistribuer Teau par des canaux qui puissent la conduire partout, il n'y a pas d'autre moyen que d'61ever d'abordla source. La preuve complete demanderait tout un appareil de statistiques, mais il est possible de Tabr^ger en consultant simplement les publications annuelles des programmes et des comptes rendus.
Voici d'abord la premiere en date, V Association poly technique. S'il est vrai que noblesse oblige, on doit reconnaitre que ses origines lui cr^aient de grandes obligations. Des ouvriers etdes polytechniciens se rencontrent en 1830 sur une barricade; rest^s fr^res d'armes apr^s la lutte ou ils out appris a se comprendre et as'estimer, ils se retrouvent a des cours du soir, ceux-ci comme professeurs, ceux-la comme auditeurs, et continuent le bon combat pour la ddmocratie et le progr^s. Lutte pacifique : les ouvriers ont compris que tanl vaut la t^te tant vaut la main et les futurs savants que le principal objet du savoir est de guider Toutil. Ils se sont rencontres avec Descartes. Et d6ja nous voila loin des simples cours d'adultes fond6s par Carnot en 181S, dont le but ne visait pas plus loin qu'a etendre un enseignement purement primaire et s'adressait h ceux qui savent a peine lire et 6crire. Si nouscompulsons les cours th6oriques que renferme le tableau alphabetique des 48 ma-
L'ENSEIGNEMENT INTl^GRAL PRATIQUEMEM IRR^AUSABLE 211
litres enseignees dans la derniere annde scolairc, nous trouvons les math^maliquos (arithm6tique, alg^bre, g^om^lrie), la m^canique, rastronomie el la cosmographie, la physique, la chimie, reconomie politique et la legislation. Detachez ces cours Iheoriques; vous serez bien pr^s d'avoir un instltut imposant d'enseignement integral. Comme on Ta dit : « le niveau monte, Tesprit se hausse ; Touvrier devait avoir sa Sorbonne ; il Ta.* » Pas tout a fait : mais la Sorbonne elle-m^me n'est pas achev^e ! Si T^loge qu'adressait un ministre de Tlnstruction publique en 1893 a TAssocialion polytechnique est le fidMe resume de ses tendances et de ses efforts, il y a lieu d'etre optimiste : « Par votre enseignement, vous affranchissez vos el^ves de la servitude du metier quotidien, servitude d'aulant plus pesante que la division k Tinfini du travail actuel tend a r^duire le r6le de Tinitiative. Vous 61evez et agrandissez leur esprit. Vous leur faites lever la t^teet regarderles astres, c'est-a-dire les grandes lois qui president a Tensemble du travail moderne " ». L'association polytechnique est done rest^e fidMe a son programme et k sa devise de 1830; son programme etait de i^epandre dans les classes laborieuses rinstruction qui forme la base de notre societe moderne ; et sa devise, Tinscription que portait le drapeau qu'A-
1. M. Edouard Pelet. Bulletin mensuel de l^ association polytechnique,