CHAPITRE X
EcoLE DiDEROT—QuEz DoIT Y ÊTRE L'ENSEIGNEMENT PÉDAGOGIQUE ?
La seconde objection faite contre l'apprentissage dans l’école n’est
pas mieux fondée que la première. On peut la diviser en deux
parties : 1° les essais faits pendant la première année sont du
temps perdu ; 2° les deux années suivantes sont insuffisantes pour faire un apprentissage convenable.
1° Pour l'apprenti, placé dans un atelier privé, la première année
se passe à faire des corvées plus ou moins écœurantes qui ne le
nl | | | | 26 L'ENSEIGNEMENT MANUEL DE L'ENFANT [li 41 Al on |! | préparent pas à l’exercice de son métier; c’est donc bien là une d | 11 fill année perdue, * p {| fl! “ Dans l’école professionnelle, au contraire, dit M. Corbon, la q [hi première année est pour l'élève certainement fructueuse. Outre + ER ll qu'il complète son instruction primaire, il n’a pas à dérober, pour à le [ii pi ainsi dire, les procédés du travail; chacun se fait un devoir de les ce pit Ri lui apprendre. Il est dispensé de toute corvée, comme il est pré- | | | A servé de toute influence malsaine. Il y a donc pour lui autant w ||] | [1] d'avantages à passer cette première année dans lesateliers de l’école g || | | professionnelle, qu’il y aurait d'inconvénients de toute sorte à la. | [|| al passer dans les ateliers privés.” ir LA ‘< Ce n'est pas tout. Pendant les stages de quelques mois qu'il a Ë r BRU faits dans trois ou quatre métiers différents, l'élève a pu s'initier à + d | la pratique des procédés particuliers à chacun d’eux, et non seule- M fe jt ment ce qu’il y aura appris ne sera pas oublié, mais ces exercices 1 || variés auront ouvert son intelligence, élargi ses idées profession- #" 4:
nelles, développé sa dextérité, enhardi son esprit, et cela lui sera Certainement d’un grand secours pour l'exercice de sa profession
| [EL 1 définitive.” E M [ Æt si dans un de ces moments de crise, si fréquents dans l’indus- Ù cc | Il trie, l'ouvrage vient à manquer dans le genre de travail de l'ouvrier, E ce | ji grâce aux notions qu’il aura apprises de plusieurs métiers différents, … Je D [I 1 lui sera bien plus facile qu’à tout autre d'éviter les tortures et les … pl nil misères du chômage en se livrant à un autre métier. : | | Donc la première année, consacrée par l'élève à chercher sa voie, . pl | | non seulement n’est pas du temps perdu, mais au contraire, elle lui la |. offre de sérieux avantages en le mettant mieux à même de parer aux | ra | | nombreuses éventualités qui l’attendent dans sa carrière. 4 pi 2° Après ‘la rotation tout à fait nécessaire de la première à pi a rotation p ço année, ajoute M. Corbon, les deux années suivantes suffiront à faire de un bon travailleur, à cette condition expresse que l'élève aura été intelligemment initié à la pratique de la profession choisie. Sans doute, il aura besoin encore, étant entré dans les ateliers privés, de se fortifier dans le maniement des outils, et de se faire aux procédés particuliers des maisons où il travaillera. Mais ce sera bientôt fait, et, en moins de deux années, ave les connaissances préparatoires qui font défaut à la masse des ouvriers, il deviendra un pr'aticien d'élite.” La seconde objection, on le voit, n’a pas plus de valeur que la n tiè première, à Que: doit être l’enseignement pédagogique à l'école Diderot et . La dans les écoles semblables ? . th Cet enseignement pédagogique doit être purement et simplement … élé complémentaire de celui de l’école primaire. Si “on l’élargissait, à pr 1 en y introduisant certaines leçons de science, on risquerait de faire + vel des fruits secs aussi bien pour la vie intellectuelle que pour la vie no ouvrière.” ph En effet, les élèves, qui entrent à ces écoles d'apprentis, viennent lev
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de sortir de l’école primaire. Ils ne sont done pas suffisamment préparés à un enseignement scientifique; et les longues heures qu'ils passent à l'atelier, les efforts d'esprit et de corps qu'ils sont tenus d’y faire, ne les mettent pas à même de pouvoir profiter de leçons arides qui d’ailleurs sortent du cadre de l’enseignement secondaire.
L'enseignement pédagogique ainsi maintenu dans de sages limites, on a pensé qu'il serait bon de donner aux élèves ‘ un enseignement qui éveille fortement leur curiosité scientifique et le esoin de connaissances générales en histoire, en géographie et toutes choses qui complètent l'enseignement primaire et nourrissent heureusement l'esprit” Pour atteindre ce but le directeur de l’école Diderot, aidé de quelques autres professeurs, fait des conférences familières aux élèves sur ces diverses matières.
Dans l’enseignement technique supériearement donné par le directeur des travaux, M. Bocquet, et par ses aides, on se garde de la sècheresse pédantesque dans les leçons, comme de toute parole malsonnante et de tout ce qui ressemble à de la brutalité. Car, dit M. Corbon : “La vertu essentielle des directeurs, des professeurs et contre-maîtres doit être la patience, la mansuétude, les allures amicales, en un mot, tout ce qui va au cœur des enfants, et provoque leur sympathie en même temps que leur bonne volonté. Il faut prouver aux enfants qu'on les aime pour en être aimés.”
L'enseignement professionnel donné ‘à l’école Diderot a toujours produit des résultats satisfaisants, Les élèves qui en sortent, après la troisième année, avec un certificat d'apprentissage, se placent rapidement et dans de bonnes conditions. Plusieurs même sont promptement devenus contre-maîtres, et la direction de l’école reçoit des demandes fréquentes d'ouvriers et de nombreuses lettres de félicitations.